ORIGINES
Sommaire : Brebis d^Anicriquc. — IntrodTiction de la brebis européenne. — Éleveurs du Mexique. — Les brebis cfo.'C^|Bftsirgo. — Troupeaux du Pérou et de Quito.
— Capitulations de don Pedro de Mendoza et de Alvar Nunez Cabeza de Vaca.
— Premières brebis introduites dans le Rio de la Plata et à Tucuman. — Le ^- » grand troupeau du licencié Vera y Aragon. — Base et origine des immenses
troupeaux actuels. — Valeur des brebis à la fin du xvi« siècle. — Leur importance commerciale. — Caractères de la laine. — Quantité et poids. — La peste de 1609. — Les troupeaux de Tépoque. — Applications internes des laines. — Premières exportations de laines et de brebis. — Exportations subséquentes jusqu^à i6o5. — La cédule royale du 20 août 1602 et l'élevage des moutons de la Plata. — Exportation au commencement du xvii<' siècle et au milieu du xviii*'.
— La viande et le suif de mouton. — La municipalité de Buenos Aires signale deux jours de la semaine pour que les habitants mangent du mouton. — On oblige le soumissionnaire des boucheries à le donner. — Prix élevé fixé par la municipalité. — Nos laines en Europe au commencement du siècle actuel. — Le marquis de Loreto et les laines de la Plata. — Les brebis pampéenncs ou pampas.
Les chroniques de la découverte et de la conquête de TAmérique du Sud parlent souvent des brebis que les Espagnols (( admirèrent au service des Indiens ou virent gambader audacieusement par monts et par vaux ».
Quelques chroniqueurs prirent la précaution de les appeler brebis d'Amérique car ils parlaient, en réalité des Hamas et des guanacos.
La brebis européenne fut importée en Amérique par les conquérants comme les autres bestiaux; elle s'y est multipliée d'une façon merveilleuse, à la faveur de la bénignité du climat et de la bonté des fourrages de certaines localités privilégiées.
Au Mexique, Télevage des moutons fut un prodige de prospérité, si la chronique n'a pas été par trop fantaisiste. En i53i, un petit groupe d'éleveurs connus possédait déjà 3oo.ooo brebis. Un de ceux-ci, dont le nom reste presque ignoré, mériterait, en plus de la célébrité, qu'on ajoutât ce proverbe à la langue espagnole : Féconde comme les brebis de Camargo.
Don Diego Munoz de Camargo, en effet, de la province de Flaxco, dans Tarchevêché de Mexico, y importa dix brebis et un bélier. La Chronique de Herrera affirme gravement que, au bout de dix ans, ses troupeaux dépassaient quarante mille têtes.
Au Pérou, la conquête de Pi^arro forma des établissements qui, en i523, étaient déjà considérables et se propageaient )usqu à Quito. Un des chroniquenrs de Tépoque kkitun rif éloge de leurs produits « car le fourrage et la température sont si accommodants que les brebis et les chèvres mettent bas deux fois en quatorze mois »
Le Pérou n'est pas aujourd'hui producteur de laines, pas plus que le Mexique. Cependant les États-Unis reçurent de ce dernier pays la base de leurs millions de brebis et le Rio de la Plata doit ses troupeaux au Pérou. Ceux qui découvrirent nos grands fleuves, Solis et Gaboto, n'avaient point de brebis sur leurs navires, et quand Don Pedro de Mendo^a suivit leurs traces, en équipant l'expédition la plus puissante
de toutes celles qui furent alors lancées sur les mers de l'Amérique, il n'embarqua que des chevaux et des juments, à titre d'éléments de guerre.
C'était en i534et dans les capitulations de ÏAdelantado Alvar Nune{ Cabe^a de Vaca du lo mars 1540, on rappelle l'obligation d'apporter des chevaux, sans parler de brebis.
Elles vinrent par TefFet du hasard. Martine^ de Irala, qui avait affermi la colonie du Rio de la Plata, organisa une expédition espagnole avec trois mille Indiens auxiliaires pour ouvrir le chemin du Pérou.
Les expéditionnaires, après avoir quitté le Paraguay, traversèrent l'immense contrée inconnue du Chaco, les forêts, les cordillères et les tribus d'Indiens, entre le Paraguay et le Pérou, avant à lutter contre de grandes difficultés, devant i^,-<.[ii'ji:.;, aiî|v.u ti li.i Tiême, les expéditions les mieux préparées à laide de ressources et d'éléments inconnus au xvi' siècle reculent, cK aites ou désorganisées.
La C ' -a ' ; bien les vaillants capitaines du Rio
/a à ï Assomption. Leurs chefs Nuflo Chapes, Miguel de Rutia et Ruy Garcia, reçurent un petit troupeau de brebis et de chèvres du Cu{co, qu'ils résolurent d'introduire au Rio de la Plata, devant affronter d'immenses difficultés à travers cet horrible désert. Ruy Dia{ de Gu^man raconte qu'ils soutinrent victorieusement, tout le long du chemin, de nombreux combats contre les Indiens. « Une nuit, ajoute-t-il, trente mille barbares s'approchaient pour fondre sur le camp de Nuflo Chaires et, en entendant les bêlements du troupeau, ne connaissant pas ces animaux, ils crurent que ces cris étaient les signaux d'alarme des sentinelles et se retirèrent; le jour suivant ils étaient loin. » Cette expédition arriva à V Assomption en 1549.
Vers la même époque, le capitaine Juan Nune{ dei Prado, autorisé et armé par La Gasca, après son triomphe
sur Pi{arro^ faisait la conquête du Tucuman. Cette expédition introduisit au Tucuman, en i55o, un troupeau de brebis venant de celles de Chichas.
Ces embryons d'élevages se développèrent très lentement. Lo{ano dit que leur accroissement n'avança pas, plutôt par manque de soins qu'à cause de la mauvaise qualité du terrain. Nonobstant, l'intention d'acclimater la brebis au Rio de la Plata était déjà éveillée et dans les conventions de VAdelantado Juan Orti^ de Zarate^ datées du lo juillet iDÔg, on stipula l'introduction de quatre mille tètes provenant de troupeaux mérinos de la mère patrie.
La mort ne lui permit pas de mettre à exécution ses entreprises et de couronner ses aspirations; mais son gendre, le licencié Juan Torres de Veray Aragon^ marié à Santa Fé à la fille de VAdelantado^ voulant remplir les conditions de ce dernier, apporta du Pérou, en iSSy, les quatre mille brebis et, en plus, huit mille cinq cents têtes d'autres animaux.
Un écrivain contemporain a dit : a Cette introduction « d'animaux, très considérable pour l'époque, fut ce qui con- « tribua réellement le plus à la colossale prospérité de ce c( pays. Toutes ces brebis furent distribuées entre les pro- « vinces de Buenos Aires, de Santa Fé et de Corrientes. »
En ce temps-là, à la fin du XVT siècle, une brebis valait six à huit piastres argent; deux siècles plus tard elle valait quatre réaux de piastre du Roi, ce qui démontre très bien le grand accroissement des troupeaux. Pendant le XVir et le XVIir siècle, les brebis n'avaient pas plus d'importance commerciale que les volailles. On mangeait un peu de viande d'agneau aux jours de fête, du poulet et du dindon aux natalices, car la base de l'alimentation publique était les céréales et la viande de bœuf dont on calculait, au XVir siècle, d'une manière fantastique, sans doute, jusqu'à quarante-huit millions de têtes. I^a laine était plate, longue,
cassante et grosse; chaque animal en fournissait peu, quelquefois une livre et demie et les maladies décimaient les troupeaux.
Les épizooties — le charbon, sans doute — n'étaient pas inconnues dans la colonie, et tant les producteurs que les autqrités furent vivement alarmés en 1609, au point d'implorer le ciel, dans des moments d'angoisse, pour lui demander des secours.
Il en appert ainsi du procès-verbal de la session du Cabildo ou municipalité de Buenos Aires, du 4 mars 1609, dans lequel on lit, en langage du temps : « Dans la susce dite session il sera traité et proposé que, puisque depuis « un certain temps déjà à aujourd'hui on voit mourir dans « cette ville, comme dans sa juridiction, une grande quan- « tité de bestiaux, bœufs, moutons, chèvres, porcs, et cela tt de façon si extrême qu'on le tient comme chose épidé- « mique; que le fléau arrive et sévit déjà jusqu'aux fermes « du Rio Lujan; qu'en outre plusieurs Indiens employés « au transport de ce bétail meurent subitement; et qu'enfin, « pour se délivrer de ce fléau, il convient de prier Dieu, « dans sa miséricorde qu'il le fasse cesser ; à cet effet, « dans la susdite session, fût décidée une neuvaine avec c< accompagnement de procession ayant en tête le bien- « heureux saint Martin, patron de la ville, qu'on amènera « à la cathédrale pour y être exposé chaque jour sur un « autel où seront dits la messe et le salut, tous les jours « de la susdite neuvaine, et où l'on demandera des offrandes c( pour lesdites messes, ainsi que des suffrages et de la cire, u et, pour qu'il en soit ainsi, avis est donné au curé et au (( vicaire de cette ville, aux prélats des couvents, en leur « demandant ou les suppliant, au nom de ce Cabildo^ qu'ils « aillent auxdits suffrages; et soit ordonné aux députés de ce « Cabildo^ qui sont le capitaine Pedro Hurtado, alcalde
« ordinaire, et Martin de Marechaga, alferei royal et « Julien Pabon ; et que chaque jour de la susdite semaine « on demande l'aumône pour la ville à la porte de l'église par (( les capitulaires de ce Cabildo, dont deux d'entre eux chaque « jour. Sur quoi fut close la session du susdit Cabildo... »
On n'améliorait pas le type, on ne guérissait pas non plus le piétin, parce que l'élevage de la brebis n'était pas une industrie, comme je l'ai déjà dit ; et le campagnard de n'importe quelle des provinces du Rio de la Plata, depuis Montevideo jusqu'à Charcas et du Chili au Paraguay, pouvait se considérer comme un homme heureux s'il possédait cinq cents brebis, alors que, autrefois, il n'y avait pas un homme d'armes qui ne possédât son petit troupeau chez lui.
On peut déduire de cela que le commerce de la laine n'existait pas, en réalité, dans les premiers temps. La tonte se faisait par hasard. Beaucoup d'éleveurs ne la faisaient même jamais.
C'est à peine si cette production limitée pouvait satisfaire aux besoins de matelas et d'oreillers et surtout à ceux du rustique métier de chaque maison, installé à l'ombre des arbres ou dans les ranchos (chaumières) pour produire les fameuses couvertures, \qs ponchos vicharacos, les tapis d'église, admirablement teints, les serges et autres tissus populaires qui constituaient une des grandes industries du XVIIP siècle et qui, aujourd'hui, sont délogés de notre circulation commerciale, à cause du peu de valeur des imitations très communes de l'étranger. La première trace du mouvement des laines dans le Rio de la Plata correspond à la fin du XVP siècle.
Les permissions de cédules royales de cette époque pour exporter des produits sur les navires introducteurs d'esclaves excitèrent un peu les habitants de Buenos Aires pour lesquels le Rio de la Plata, loin d'être un moyen de communication et par suite de bien-être, élevait au contraire une barrière qui les isolait du monde.
11 m'a été impossible de vérifier si le commerce méditerranéen recevait dans ses ports, en ce temps, le courant producteur de notre laine; mais je crois que cela ne pouvait être possible. La propagation ne pouvait se faire aussi rapidement et cet article, de si peu de valeur alors, n'aurait pu supporter le fret d'un tel voyage. Le peu de valeur des exportations maritimes de Buenos Aires à cette époque en est la preuve.
Le premier envoi de laine exportée de cette capitale fut de 97 arrobes (ii kilos 1/2); il partit justement dans les premiers jours du XVir siècle, sur le navire San Andrès pour compte de son propriétaire Antonio Juan. L'ancienne statistique nous permet de former les curieux détails suivants :
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