EXPOSITIONS ET FOIRES
Sommaire : Anarchie argentine en i858. — Initiative de M, Posadas, — L^Association commerciale Once de Setiembre. — Inauguration de la première exposition rurale et agricole argentine. — Son caractère national. — Invitation aux gouvernements de Parana et des provinces. — Jujuy, — Discours des D'» Alsina et Eli:{alde, — Aspect de Pexposition. — Les brebis exposées. -^ Un seul prix.
— Exposition de iSSg. — Influence de Tantérieure. — Grand nombre d'éleveurs <|ui y assistent. — Prix à l'espèce ovine. — Insuccès de l'initiative. — Nouvelle époque, 187 1. — Fécond exemple donné aux nations sud-américaines. — Expositions de 1871; 1875, 1876, 1878, 1880, 1881, i883 et 1886. — Afflucnce d'exposants. — B6tes ovines exposées. — Les bergeries étrangères à Buenos Aires. — Statistique des prix. — Le palais des expositions. — Intervention des pouvoirs publics. — Jurys et verdicts. — Abus condamnés. — Expositions des provinces.
— Foires à l'intérieur et sur le littoral. — Saison des ventes à Buenos Aires. — Les foires permanentes chez les vendeurs à l'encan. — Nouveaux établissements.
— Foires dans les Cavagnes,— Protection officielle mal appliquée. — Ventes de laines et cuirs. — Acheteurs de lots. — Spéculateurs. — Producteurs. — Marché.
L'anarchie régnait en i858 dans la République Argentine et dans ses champs par suite de la guerre civile. La seule source de la production nationale était l'élevage, mais les armées et les pillards Tépuisaient implacablement.
Le beau territoire de la République, divisé par la démarcation fratricide de VArroyo del Medio, n'apparaissait plus devant le monde comme le théâtre d'une grande nation : la Confédération d'un côté et l'État de Buenos Aires de l'autre soutenaient les bannières de la lutte armée.
L'idée d'une exposition agricole nationale paraissait un délire passager en de tels moments, mais elle surgit et se fit jour au milieu de cette bataille entre frères.
Son initiateur fut le fils d'un des premiers chefs du pouvoir exécutif argentin dans les temps héroïques de la patrie, Don Gervasio A. de Posadas^ directeur, en i858, des postes à Buenos Aires, et plus tard, de la République depuis la reconstitution de 1862, jusqu'à sa mort. L'idée fut accueillie par la Société commerciale Once de Setiembre qu'il présidait et, le i5 avril i858, on inaugurait à Palermo La Exposicion Agricola Argent iua au milieu de Tindifférence publique et du silence surprenant de la presse batailleuse, préoccupée d'horribles polémiques personnelles. C'était une œuvre nationale au milieu du désordre des élémentsqui composaient la Patrie; une tentative de révélation de ce que nous serions unis, présentée à la vue des frères séparés et brouillés par l'ardeur de leurs passions.
Le D* Don Valentin Alsina^ gouverneur de Buenos Aires, dit au moment d'inaugurer l'exposition : « M, Ger^ « pasio A. de Posadas qui conçut ce sympathique projet et «< l'Association commerciale Once de Setiembre qui l'appuya « chaleureusement ont eu, comme nous le voyons, le mérite « de l'exécuter. Ils s'adressèrent à tous les cultivateurs, aux « propriétaires d'établissements ruraux de tous genres, « spécialement aux introducteurs de races et d'animaux « étrangers comme aux améliorateurs de races communes « et, sans oublier non plus les provinces sœurs, ils réunis- « sent à ce concours les bestiaux de toutes espèces, les « laines, les graines, les fruits, etc. »
Le ministre de l'intérieur, le jD' Don Rufino de E liquide ^ disait dans son discours : « Dans ces salles, vous voyez « réunis, messieurs, les noms des provinces sœurs et celui « de Buenos Aires; vous voyez figurer parmi les exposants,
« sans distinction aucune, des Argentins, des étrangers de « toutes nationalités. Cela signifie, messieurs, que Tunion « entre les peuples de la République Argentine et entre les « Argentins et les étrangers est un fait fatal et nécessaire « produit par les lois immuables de la nature et de la socia- « bilité humaine, et les Provinces argentines, aujourd'hui « représentées par leurs produits dans cette humble enceinte, c< le seront demain dans un congrès qui fixera irrévocable- « ment leur glorieuse destinée. »
Malgré Tanarchie, le gouvernement de TÉtat de Buenos Aires avait invité son adversaire, celui de Parana et les gouverneurs des provinces confédérées ; celui de Jujuy seulement y répondit.
L'exposition fut un bazar et une foire. Les pianos alternaient avec les bougies et les animaux avec les étoflPes.
Le gouverneur fit frapper une médaille commémorative, juste hommage à un essai qui devait se développer jusqu'aux proportions australiennes et européennes de l'exposition de 1886.
L'industrie des laines fut très pauvrement représentée au concours, démontrant ainsi le peu d'intérêt que prenaient les éleveurs à l'exposition et Tunique prix dans cet ordre fut remporté par M. Guillermo White : c'était une mention honorable pour bélier et brebis Rambouillet nés dans le pays.
Malgré la presse aussi indifférente avant l'exposition qu'après sa clôture, les hommes intelligents comprirent qu'on avait planté en bonne terre une semence bénie et, avec la persévérance du patriotisme, M. Posadas et ses collègues de la Société inaugurèrent le 3 avril 1859 la deuxième exposition à la même place que la première.
L'effet produit par la première apparaissait palpitant. L'intelligente concurrence des éleveurs se disputait la place et les brebis remportèrent les prix suivants : Juan Hannah^
premier prix pour des brebis Rambouillet^ et premier prix pour laines : Pablo Halbach^ second prix pour mérinos métis; Martin J. Iraola^ second prix pour mérinos pur; E. Twaites^ second prix pour laines ; Teodoro Atucha^ mention honorable pour béliers mérinos; Patricio Rookey^ mention honorable pour béliers mérinos ; Emilio CastrOy mention honorable pour ses laines.
Beaucoup d'années passèrent sans que ces nobles efforts se développassent comme il convenait au pays. Si les troupeaux s'amélioraient, la science de la plus grande partie des estancieros laissait à désirer.
En 1871, sur l'initiative de la Société Rurale Argen^ tine^ s'ouvrit la nouvelle et brillante période des expositions agricoles dans lesquelles la République Argentine a devancé les autres nations sud-américaines en leur donnant un exemple qu'elles s'empressent d'imiter.
Les expositions qui ont eu lieu depuis 1871 jusqu'à 1886 sont au nombre de six, et l'élevage de la race ovine y fut représenté dans la forme suivante :
ANNÉES
NOMBRE d'animaux exposés