PRAIRIES
Sommaire : Qualités universellement reconnues. — Division en trois classes. — Force productive de chacune. — Valeurs actuelles et futures. — Produits ordinaires. — Dédoublement du capital. — . Extraordinaires et fabuleux résultats. — Ventes de 1887 et 1888 à Buenos Aires, Entre Rios, Cordoba et Santa Fé. — Baisse des valeurs sur le littoral. — L'administration et la valeur de la terre. — Constante fertilité. — Épidémies. — Exploitation rationnelle et abus. — Sécheresses et inondations. — Initiative de Tauteur à ce sujet. — Ses projets en 1876 et en 1881. — Jugement du savant Ameghino. — Le projet officiel des écoulements. — Dangers dénoncés. — Nécessité d'études sérieuses. — Prairies hautes et basses. — Leur convenance. — Action privée. — Abreuvoirs naturels et artificiels. — Épuisement des lagunes. — Forôt colossale. — Fil de fer importé de i833 à i885. — Extension linéaire des enclos en fil de fer. — Leur coût. — Ennemis des prairies. — Les lapins en Australie. — Nouvelles alarmantes. — Les vi:(cachas et les lapins dans la République Argentine. — Destruction obligatoire. — Initiative officielle.
La fertilité des prairies de la République Argentine, et principalement des provinces de Buenos Aires, Santa Fé, Entre Rios, Corrientes et partie d'autres contrées, est universellement reconnue. Tous les ouvrages qui décrivent le pays ont consacré à ce sujet des pages qui courent le monde en toutes les langues européennes, et je ne crois pas opportun de traiter un sujet si rebattu en déviant de mon but pour analyser, de préférence, les questions économiques et pratiques.
Comme éléments producteurs sous l'action du travail et
rinfluence du capital, les prairies argentines sont d'une puissance intarissable et, dans certaines contrées, n'ont de rivales en aucune région de la terre.
Considérées au point de vue spécial de ce livre, elles doivent se classer en trois ordres : de première classe celles appelées vulgairement tendres ou pour brebis; de seconde classe ou simplement bonnes, celles mélangées de fourrages tendres et durs; et de troisième classe, depuis les ordinaires jusqu'aux inférieures, c'est-à-dire de fourrages durs, rares ou amers et de terres marécageuses.
La force alimentaire d'un champ doit s'étudier, dans chaque cas, selon les circonstances, Tétat des fourrages pendant les dernières années, les derniers mouvements météorologiques et la quantité des eaux réunies pour décider alors du nombre de brebis que peut alimenter la propriété sans violence et sans danger d'épuisement par surcharge.
Il est officiellement démontré par la Société Rurale Argentine que, en général, nos prairies de première qualité peuvent très bien alimenter en une lieue carrée (2 . 700 hectares) de 20 à 3o.ooo brebis, selon les circonstances spéciales, et, de plus, une supposition d'un nombre considérable d'autres animaux.
Dans les prairies de second ordre, on peut alimenter aisément de 12 à 20.000 brebis par lieue carrée, selon les détails de chaque cas et ce même chiffre, un peu réduit, peut s'appliquer à des prairies de fourrages durs et primitifs, c'est-à-dire inférieures, si on y élève des races anglaises.
Les brebis mérinos vivent dans les deux premières classes de prairies avec le profit qu'indique leur classification. Elles ne conviennent pas à la troisième classe, car elles ne s'y peuvent développer, tandis que, au contraire, on obtient de très bons résultats avec les races anglaises.
Avec une telle puissance productrice, la hausse progressive de la valeur des prairies argentines, et dans les ordres supérieurs spécialement, est parfaitement expliquée. Je pense cependant que ces prix, que le vulgaire considère comme élevés, ne le sont pas encore et qu'ils ont un plus grand avenir dont la réalisation dépend de l'augmentation des bras et des capitaux. La subdivision de la terre doublera les valeurs qui nous étonnent aujourd'hui.
Le rendement de ces prairies étudié en chiffres relatifs assure généralement un minimum de 12 0/0 pour le gros bétail et de i5 à 16 0/0 pour les bêtes ovines, avec dédoublement du capital chaque période de quatre ans, la consommation locale y comprise, sauf accidents exceptionnels, comme, par exemple, des inondations, des sécheresses ou des épidémies.
Il y a des années propices et des prairies spéciales exploitées par une administration intelligente et technique, et alors les résultats sont fabuleux.
Je veux le démontrer par la lettre d'un de nos éleveurs les plus remarquables d'une famille d'agriculteurs et dont le chef s'occupait déjà de croisement en i83o. M. Benjamin Martine^ de Ho\ me dit ce qui suit à propos de son établissement du Moro au sud de Buenos Aires :
« Comme je vous Tavais promis, je vous envoie le « résultat qu'ont donné 29.410 brebis prises au hasard, « achetées en 1881, pendant cinq ans sur de bonnes prairies « et pendant des années propices.