‹ Description agréable de la République argentineChapitre 5 sur 65 · EXPORTATEURS · texte numérisé non relu

EXPORTATEURS

Laine, cordobanés et coLVKii-

TURBS.

"Ntra.Sra. delà Gracia"

Ignac.Ramos

Farine, drap, de cuença, viande salée, suif, ba-

teltX LAINE.

"San Andrès"

Antonio Juan

Farine, cuirs,

suif et LAINES.

"Santa Catalina"

Domingo Dias

Ces exportations ne pouvaient être envoyées qu'à des points déterminés, au Brésil et surtout en Guinée, sous une lourde responsabilité pour les propriétaires, autorisés par licence royale et spéciale ; mais elles durent donner de très bons résultats car, à partir de la date où fut publié ce premier tableau, les laines et les cuirs occupent une place spéciale dans la statistique, et une des meilleures encore.

Il est vrai, aussi, que, le 20 août 1602, Philippe III signa à Valladolid, la cédule, connue en i6o3 à Buenos Aires, qui permettait aux habitants de ce gouvernement d'envoyer annuellement, sur des navires à eux et pour leur compte, des produits de leurs récoltes: jusqu'à 2. 000 fanègues de farine, 5oo quintaux de viande salée et 5oo arrobes de suif, pendant six ans. Cette cédule est la preuve que les principaux produits de l'industrie coloniale agricole étaient les blés et les bœufs. Pourquoi ne fixe-t-elle pas de chiffre à l'exportation de la laine ?

Evidemment, la cour de Valladolid ignorait l'accroissement graduel de Télevage des moutons dans le Rio de la Plata, au point de juger impossible l'exportation de leurs produits, mais les licences furent données partiellement et la seconde décade douanière des laines doubla les valeurs de la première, ainsi que le démontrent les chiffres suivants :

Cinquante ans plus tard, on exporte de la laine en quantités très limitées, et quelques statistiques révèlent des époques de complète paralysation dans ce commerce ; par exemple, la statistique publiée par Wilcocke de 1748 à ij53 nous donne les valeurs suivantes :

Or en lingots 282.352

Argent monnayé et en barres 700.000

3oo quintaux de laine de vigogne.. 38.400

iSo.ooo cuirs 600.000

La viande et le suif de mouton ne furent pas considérés comme articles de commerce jusqu'au XIX"" siècle. L'alimentation publique de la colonie continua à se composer de viande d'animaux bovins dont le nombre de têtes se montait en 1780, à six millions et encore faut-il compter en plus la quantité réellement effrayante de bêfes abattues. Buenos Aires n'avait pas de marché alors et la Municipalité annonçait en place publique par la voix d'un Indien esclave à son service, les ventes à la criée de la quantité de viande consommée annuellement par la ville.

Ces sortes de hérauts exigeaient toujours de la viande de bœuf, mais, le 2 janvier 1608, la Municipalité résolut d'introduire pour la première fois le mouton dans l'alimentation publique; elle fixa deux jours de la semaine où les habitants se nourriraient de mouton et elle obligea le crieur de la boucherie Don Antonio Fernande^ Barrios à se conformer à cet arrêt.

Le prix était très élevé. Deux piastres de Roi pour la viande ; le cuir et le suit appartenaient au fournisseur. L'acte du Cabildo fixa le. prix.

Le mouvement commercial de la viande de bœuf domina celui des autres produits jusqu'au milieu du siècle actuel. Cependant, les timides exportations des deux siècles précédents avaient amené l'appréciation de nos laines et leur propagation sur les marchés européens.

« En 1774, déjà, le célèbre économiste espagnol Campo-ic manes^ — dit le général Mitre, — appelait l'attention sur « les laines de Buenos Aires qu'il signalait comme les seules « qui pouvaient, en longueur, faire la concurrence aux

(( anglaises; il conseillait qu'on les introduisît dans les manuc( factures espagnoles pour leur donner la perfection des laines « d'Angleterre. »

Six ans plus tard, en 1790, le Roi recevait le rapport de la vice-royauté de Buenos Aires, dont était alors chargé le marquis de Loreto, Don Nicolas de Arredondo. Il fut le premier gouverneur colonial qui entrevit l'importance future de l'élevage du mouton dans le Rio de la Plata.

11 consacra à cette question tout un chapitre de son rapport dans lequel on lit : « Des moutons dits de Castille, qui K ne sont pas utilisables comme ceux du pays, on tond la « laine, on la lave et on l'embarque pour TEspagne; l'encou- « ragement à cette entreprise ne peut se développer que si « les navires sont en grande abondance et si d'autres moyens « de transport plus commodes peuvent être employés; heu- « reusement que les exportations ne se bornent pas à un seul « article, parce qu'elles peuvent se remplacer dans les choses « en modifiantes moyens; et il paraît que, en Espagne, bien (( que les envois augmentent considérablement, on accom- « mode spécialement ces laines, si elles arrivent dans de meil- (( leures conditions, et que les troupeaux ne paissent pas dans u des champs si pleins de chardons et que, enfin, on ne tonde « pas les brebis sans séparer ensuite les différentes classes « de laine.

« Je crois que Ton doit encourager aussi cette production; <( on consomme beaucoup de viande et, en certains cas, il <( serait déplorable que l'on dût se passer d'elle; au cas où « l'espèce bovine serait attaquée d'une maladie contagieuse, « les moutons sont, en ce moment, en trop petit nombre pour « la remplacer; en cas de stérilité, certaines espèces souflFrent « moins que d'autres et le plus sûr est de la prévenir par tous « les moyens qui la rendent plus supportable, et, en dernier « lieu, quand on mangera cette viande plus souvent et en plus

« grande quantité, la race bovine s'annihilera d'autant moins, (( attendu que les animaux tués pour la consommation sont a ceux qui devaient augmenter les produits en se multipliant; (( et il faut remarquer que, en certaines occasions, le mouton « est plus approprié à l'alimentation que le bœuf, quand il « n'est pas possible de profiter de ce dernier tout entier. »

Nos moutons portaient alors un type de laine pareille àcelle du métis lincoln actuel, longue, plus plate et plus résistante; aujourd'hui même il existe, à l'intérieur et le long du littoral, des milliers de ces brebis de la race coloniale qui servit de base au raffinement de nos troupeaux et qui est connue vulgairement sous le nom de race de brebis pampas.

Ces dernières procédaient, comme on Ta démontré, de la brebis espagnole, de race mérinos, mais, abandonnées sur un théâtre nouveau, à l'évolution naturelle des choses, leur squelette et leur laine dégénérèrent jusqu'à produire le type indigène qui porte le nom Aq pampa ^ au corps long et étroit, aux pattes fines, longues et dépourvues de poils.

Ohapltjre II

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