‹ Description bibliographique et analyse d'un livre unique que se trouve au Musée britannique, parChapitre 24 sur 46 · AOUT · texte numérisé non relu

AOUT

Et approuchez vous si) vous plaist

LUBINE

Desbon nuyt hay.

RAOUL HACBUE.

Dieu gard' Raulet.

RAULET

Que fait la fille?

RAOUL KACUUE.

El boult du lait.

LA FIANCÉE

Jay fait, jay fait.

LUBINE

Ça, ça, ma Godinc.

RAULET

Desbon nuyt hay.

RAOUL MACHUE

Dieu gard Raulet, Mon frère avec ma seur Lubine.

Mon Dieu et qui vous achemine ?

Cest grand nouveaulté de vous veoir.

LUBINE

Helas, Dieu y vueille pourveoir.

RAOUL MACHUE

Qui a il ?

RAULET

Ce nest pas grand chose.

Mais tirons nous à part, je n'ose En parler devant vostre fille.

RAOUL MACHUE

Gomment, est le feu en la ville Ou maistre Mimin trespassé ?

RAULET

Voicy tout, nous avons cesse

De le tenir au Pidagogue ,

Pour le faire un grand astrilogue ,

Et un maistre praticien,

Affin qu'il gardast mieulx le sien ,

Qu'il peust susciter de nous deux.

Mais nous en sommes pou joyeulx,

Car il a tant prins et comprins j

Aprins, reprins et entreprins

Et un grand latin publié,

Qu'il a le francoys oublié,

Tant qu'il n'en scauroit dire mot ;

Si me semble que le plustost

Que pourrons aller et courir, Qu'il nous le fault aller quérir, Aflin que l'en y remédie.

RAOUL MAC HUE

Et dictes vous qu'il estudie En ce point si fort et si ferme, C'est danger qu'il ne fasse un cherme Pour faire venir l'ennemy.

LUBINE

Allons ensemble, mon amy , Le quérir aflin qu'on le voye.

RAOUL HACHUE.

Or sus donc, mettons nous en voye Vistement, il n'y a que aller.

Habille toy, feras livraye

RAULET

Or sus donc, mettons nous en voye.

LUBINE

Cuidez vous qu'il aura de joye De la veoir ?

RAULET

Tant en parler, Or sus donc, mettons nous en voye, Vistement, il ny a que aller.

RAOUL HACHUE.

Mais d'où viens tu de flagoller?

Menez la par la main, Lubine.

LA BRUE

Je viens de quérir ma poupine

Que maistre Mimin mon amant Me donna.

LUB1NE.

C'est entendement .

Regardez que cest que daymer.

LE MAGISTEH.

Que tu ne me faces blasmer.

Aussi que j'ay de toy honneur, Et que une foys tu soys seigneur, Maistre Mimin, apprends et lis ; Responde quod librura legis , • En francovs.

MAISTRE MIMIN

Ego non, sire, Franchoyson jamais pari are, Car ego oubliaverunt.

LE MAGISTER

Jamais je ne vys aussi prompt,

Ne destudier si ardant.

Sans cesse il est regardant

Toujours en sentence ou ypistre.

Or me cherche ou est le chapitre,

Cest une science parfonde

Des avantureux qui du monde

Prennent ce qu'ilz en peuvent avoir ,

Car puisqu'il le fault scavoir,

Je te feray un si grand homme

Que tous les clercs qui sont a Rome,

Et a Paris et a Pavie ,

Si auront dessus toy envie,

Pour ce que tu scauras plus qu'eulx.

(') Le spectateur doit se supposer dans la maison du magister, où vont bientôt arriver les acteurs que nous connaissons déjà.

MAISTRE XIMIN lyt :

Mundo variabîlius Avanturosus hapare « Bonibus, et non gaignare , Non durabo certanibus , Et non emportabilibus.

Qui bien faictas, au partirc Capitulorum huyctare Dicatur.

LE MAGISTER

Voila de grands mots , Maist dieux, telz gens ne sont pas sotz Qui parlent ainsy haultement.

Dun mot n'en ment pas seullement, Et tout de luy, sans riens piller ; Que ce sera un grand pillier, Une foys dedans ce roy anime.

Or m'allez chercher le pseaulme Pourquoy le monde et son honneur Ne pend qu'a un fil.

MAISTRE M1HIN lyt .*

A gaudeno In capitro tertialy Pendaverunt esse paly, Mondibus ei honorandus À un petitum filetus , Vivabit soubz avantura , Mantellus in couvertura Remportaverunt bonorum.

LE MAGISTER

Tenez quel maistre Aliborum (');

()) Il existe une ancienne facétie en vers : Maistre Aliborum qui de tout se mesle et scait faire tous mestiers et de tout rien. Elle est attribuée à Pierre Gringore ; on en connaît trois éditions fort rares. Elle a été réimprimée dans la seconde livraison de la collection de poésies, romans, etc. (Silvestre 1858.)

Comment il fait ce latin trembler ; Et pert qu'il ne scauroit troubler L'eaue a le veoir.

RAULET

La, nous y sommes.

LUB1NE.

Allez devant, entre vous hommes, Et nous vous suyverons moy et elle.

Faictes bien la sage, ma belle.

LA BRU

Regardez la faisge pas bien ?

RAULET

Vous yrez la devant.

RAOUL HACHUE.

Rien, rien.

Toujours le père de lenfant Va devant.

RAULET

Venez.

RAOUL MACI1UE.

Ennement :

C'est a vous a aller.

LA BRU

Sus, sus, Et que feroient les femmes plus , Comme vous faictes les retis.

RAULET

Dieu gard magister, et mon (Hz.

Comme vous portez vous ?

MAISTRE MIMIN

Bene.

LE MAGISTER

Salve tes parens , domine > En francoys.

MAISTRE MIMllf.

Ego non sira.

Parus, mcrus, Raoul Machua, Filla, douchetus poupinis Donnare a mariaris Salvare compagnia.

RAULET

Nous n'entendons rien a cela.

LE MAG1STER

Et il vous salue, mes amys.

MAISTRE MIMIN

Patrius, Merius, Raoul Machua, .

Filla, douchetus poupinis.

LUB1NE.

Parlez francoys, parlez quia.

MAISTRE MIMIN

Quia, latina parlaris.

LA BRU

Mon père , sur ma foy je ris

De le ouyr.

RAULET

Il scait beaucoup dea.

MAISTRE MIMIN

Patris, Merius, Raoul Machua,

Filla, douchetus poupin fs Donnare a mariaris Salvare corapagnia.

LUBINE

Et ça, de par sa mère, ça

Levez vous, vous estes trop sage.

RAULET

As-tu oublié le langage Que ta mère si t'a apprins Et parle si bien.

LE NAGFSTER.

Sans mesprins, 11 semble qu'il ayt l'engin rude, Mais il brusle et art en l'estude, Et parle aucunes foys si hault , Que mon sens et le sien y fault.

J'affolle quand il m'en souvient.

LUBINE

On scet bien d'où cela luy vient.

Ils «ont des maistres si pervers Qui bâtent leurs clercs pour un vers, Vous lavez trop tenu soubz verge, Vous ne l'aurez plus.

LE MAGISTER

Etquipersje? Me baillez vous cest entrcmetz.

RAULET

Le magister n'en peult mais ; 11 a fait le mieulx qu'il a peu.

MAISTRE MIMIN

Aprenatis carismedes.

RAOUL MAC H DE

Le magister n'en peult mais.

LUBINE

Parleras tu francoys jamais.

Au moins dy un mot, joletru.

LA FIANCÉE

Le magister n'en peult mais, Il a fait le mieulx qu'il a peu,

LUBINE

Au moins baise la, entens tu ?

Tant tu seais peu dhonneur.

maistre m il in la baise.

Baisas , Couchaverunt a neuchias , Maistre Miminus amitus , Sa fama tantost maritus Facere petit enfanchon.

raulet.

Le gibet y ait part au laton. .Magister, que veult il dire ?

le magister.

Cest une fantaisie pour rire, Les mots sentent un peu la chair.

RAOUL MAC HUE

Et dit.

LE MAGISTER

Qu'il voudroit bien coucher Avecq la fille en un lit, Comme faict un homme la nuict

Première, et estre, Dieu devant , Avecq sa femme.

RAULET

Quel galand*

LUBINE

Il a le cueur a la eu y sine.

RAOUL HACHUE.

Vous esbahissez vous, Lubine, Maist dieux, quand j'estoye de son aage Et je trouvoye mon advantage, Incontinent sur pied, sur bille, Gestoit.

RAULET

Parlez bas pour la fille, Ils sont maintenant si enclines , Les paroles seroient bien fines Qu'ils n'entendissent en deux motz.

Or parlons, laissons ce propos.

Magister, vous nous avez dit Que nostre fils sans contredit Scait plus que vous, c'est la paroi le, Vous viendrez donc a son escolle , Yotre foys, car il s'en viendra Quand et nous.

LE MAGISTER

A moy ne tiendra.

Je iray voluntiers pour l'induire Et veoir s'on le pourra séduire A parler francoys nullement.

RAULET

Scait-il plus chanter voirement, Pour nous rejouyr en allant?

RAOUL MAC HUE

La fille chante bien y pavement ,

LA BRU

Scait-il plus chanter voirement ?

LE MAGISTER

Si fait, si.

LUBINE

Allons baudement.

Sus, prenez la fille, galand.

RAOUL MACHUE

Scait-il plus chanter voirement Pour nous resjouyr en allant ?

LE MAGISTER

Il fait rage.

RAULET

Chantez avant.

(Ils chantent quelques chansons à plaisir.)

RAULET

Cest assez, il nous fault parfaire.

Ça , maistre qu'est il de faire, Pour le rebouter en nature De parler francoys.

LE MAGISTER

Sa lecture.

L'a mis au point en quoy il est, Et de le laisser tout seulet Ce seroit un très grand danger, Parquoy ne le fault estranger

Qu'il ne soit jour et nuyt veillé, Et s'il dort, qu'il soit réveillé, Et qu'il n'ayt livre ne livret, Car cela du tout l'enuyroit Et luv troubloit l'entendement.

LUBINE

Rien ; nous ferons autrement Pour luy raprendre son langage ; Nous le mettrons en une cage ; On y aprend bien les oyseaulx A parler.

RAULET

Les mots sont très beaulx.

RAOUL MACHUE

C'est un très bon avis, Lubine.

LA FIANCÉE

Hé mon Dieu, que vous estes fine* Vous passez trestous nos voisins.

Dedans nostre cage a poussins Ny seroit-il pas bien a point ?

RAOUL MACHUE

Et je croy qu'il n'y pourroit point, Il est si grand, si espaullu, Si formé et si potelu.

Que a peine pourroit-il entrer.

LA FIANCÉE

Attendez, je la vois monstrer.

Mais que sa teste soit dedans, Son nez, sa bouche avec ses dens.

Laissez aller le cul arrière, 11 suffit.

RAULET

Et puis hay, quel chère !

N'ayes point de paour, mon varlet, Moy qui suis ton père Raulet, Et magister et Raoul Machue T'apprendront a parler. Il sue De paour qu'il a ; cest grand pitié.

MAISTRB MIMIN.

Gageatus emprisonare, Livras non estudiare, Et latinus oubliare, Magister non monstraverunt Et non recognossaverunt.

Fntrologea resurgant.

RAULET

Que dit-il?

LE MAGISTER

11 est si ardant A estudier, qu'il meurt tout.

LUBINE

Il faut commencer par un bout.

Or sus, Maistre Mimin, entrez.

RAOUL MACHUE

Et homme de bien vous montrez, Et faictes ce qu'on vous conseille.

LUBINE

Qu'il est sage ! voicy merveille.

Comme il y entre doulcement.

MAISTRE MIMIN

Anno !

LUfilNE.

Il s'est blessé l'oreille .

RAULET

Qu'il est sage ! voicy merveille.

LE MAG1STER

C'est une chose non pareille, Comme il est a commandement !

LUBINË.

Qu'est-il sage ! voicy merveille, Comme il entre doulcement.

RAULET

Magister, tout premièrement, Puisqu'en ce point assemblez sommes, Parlons a luy entre nous hommes.

Il me semble que cest le mieulx.

Or parlez a luy.

LE MAGISTER

Je le veulx, Sans donner a aucuns nulz blasmes, Nos paroles et ceulx des femmes, Ce sont deux paires de boissons, Pourceque plus nous cognoissons, Et portons plus grand conséquence.

Dieu t'envoit parfaite éloquence, En beau francoys, maistre Mimin, Or parlés.

LA FIANCÉE

Et non, non.

Femmes ont tousjours le regnom De parler.

LE MAGISTER

Trop aucunes foys.

LA FIANCÉE

Nous avons trop plus doulces voix, Que ces hommes ; ils sont trop rudes, Un enfant qui vient des estudes, Ne se doit point traicter tel voye.

LUBINE

Et non, non. Or dictes ma joye.

hihin repond comme une femme.

Ma joye.

LUBINE

Ma mère, je vous crye mercy.

haistre hihin pleure.

Ma mère, je vous crye merçy,

LUBINE

Et mon père Raulet aussy.

MAISTRE HIHIN.

Et mon père Raulet aussy.

LUBINE

Et a mon sire Raoul Machue.

HAISTRE HIHIN.

Et a mon sire Raoul Machue, Ostez moi, ma mère, je sue, On ne sens pas ce que je sens.

LUB|NE,

N'a il point parlé de bon sens ?

Il n'est doctrine que de nous. *

LA FIANCÉE

Sus, hommes, ou en estes vous ?

Qu'il parlast pour vous, ouy tantost ; Mais plus en dcvicndroiUil sot.

Or dictes, mamye, ma mignonne.

MA1STRE MIMIX.

Or dictes, ma mye, ma mignonne,

LA BRU

Mon cueur et mamour je vous donne,

MAISTIIE MIM1N.

Mon cueur et mamour je vous donne.

Nous croyons inutile de transcrire les soixante-dix ou douze vers qui suivent et qui terminent la pièce. La leçon continue ; Lubine fait siffler et chanter son fils, et les deux autres femmes concluent en disant qu'il n'y a que le sexe, pour apprendre quelque chose aux hommes. Mimin finit par emporter sa •fiancée dans ces bras :

Il suffît, il s'en fault aller.

Chantons hault a la bien allée, Et adieu, vogue la galcc.

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