MAINTENANT
Mignotte, ma femme et amye, Dieu mercy et la vierge Marie, Nous avons cy deux beaulx enfans, Qui croissent et ja sont moult grans,
(') Huit feuillets. Sans indications Quarante-six lignes à la page.
Que j'ay nourris en grant exitente, Par mon labeur et de ma rente.
Jusques a icy loué soit Dieux, Mais j'affoiblis et deviens vieux, Pourquoy je ne pourray fournir Doresnavant à les nourrir, Ne querre ce qu'est nécessaire, Advisons ce qu'est bon de faire Pour y donner provision.
MI(i\OTTE.
Dire se me semble deussion Nostre besoing a Bon advis.
11 est l'ung de nos bons amys, Moult saige, prudent et discret, Je croy qu'il nous conseillèrent Loyaulement selon vérité, En nostre grant nécessité.
Allons luy demander conseil.
Ils vont donc ensemble consulter Bon advis, qui leur explique ce qu'il faut faire. En conséquence, ils vont prier Instruction d'apprendre à leurs enfans :
Ung mesticr De quoy ilz se puissent ayder.
Instruction donne ainsi ses avis aux païens :
Qui veullent vivre sans rien faire, Telz &èns debvroyent mourir de faim.
L'escripture ainsi le met :
Qui non laborat, non manduect.
Mourir de faim doibt endurer Qui pour vivre ne veult ouvrer.
Lcscripture si le devise.
Instruction reproche à la mère la tendresse outrée qu'elle
a pour ses fils, et la manière dont elle les habille. Enfin Instruction entreprend de les élever convenablement ; mais bientôt ils quittent leur institutrice qu'ils trouvent trop difficile à contenter. Us obligent leur père à se dépouiller de son argent, et s'en vont à l'aventure. Ils rencontrent Discipline dont les avis les font fuir bien vite. Puis arrive Jabien
Le filz de malle advanture,
qui leur débite une morale facile , et leur prêche une conduite des plus relâchées. Jabien leur présente Luxure , sa fille, avec laquelle ils jouent aux cartes et aux dez, dansent, chantent, etc. Les jeunes gens perdent au jeu, or, argent, chaperon, pourpoint, tout en un mot. Alors Jabien les conduit à Honte qui leur explique ce qu'ils ont à attendre de leur conduite passée.
Après cela , Jabien , Luxure et Honte amènent Finet à Desespoir qui lui dit :
Pends toy avant a ceste corde, ,
Sans espoir de remission, Je t'envoyes a perdition.
Celle-ci le pend au gibet et l'étrangle de ses mains. Malduict, frère de Finet, se repend, et Bon advis étant venu à son secours, il se soumet à Discipline.
Après de dures leçons, Malduict revient chez son père :
Pardonnez moy en charité,
J'ay en mon cueur douleur amère.
Maintenant pardonne, et son fils termine la moralité par ces mots :
Adieu toute cest assemblée,
Qui la vueillc a bon port conduyre.
Utoralitê nouvelle, contenant Comment Cnnic au temps be maintenant fait que les frères que bon amour assemble Sont cnnemgs et ont biseorb ensemble, Vont les parens souffrent maint besplaisir 3lu lieu b'aooir be leurs enfans plaisir.
iSlais a la fin Rcmort be Conscience Cueillant user be son art et science f es fait renger en pais et union, 6t tout leur temps more en communion [ l ;.
31 neuf personnages, Cestassaooir :
f e JJrcco.
lTc flerc.
Sa Hier t.
St premier ftU.
£t seconb ftU.
£c tiers filz.
3Unour fraternel,
Cnoic.
€t Itemort br Conscience.
Le Preco commence :
Bourgeoys, marchands, dames et damoyselles, Je vous salue en généralité,
(') Une gravure sur bois au titre, et deux autres à la fin. Douze feuillets. Cinquante-sept lignes à la page.
Vous suppliant que prestez vos oreilles Affin d'ouyr nostre moralité, Que faicte ayons, non par mondanité Mais pour le vray déclarer seulement Au nom de Dieu. Pourquoy la vérité, Vous cognoistrez icy présentement.
Alors commence un entretien entre le père et la mère qui remercient Dieu que leurs enfants semblent s'aimer tendrement. Les trois Gis entrent et conGrment par leurs discours ce que viennent de dire leurs parens. Le père, pour leur mieux faire comprendre l'avantage d'être unis, met en action la fable de Lafontaine. Chacun des trois fils essaie, mais en vain, de rompre le faisceau qui leur est présenté. Puis le père le délie et ils brisent aisément chaque pièce séparée.
LE PÈHK.
Mes cbers enfans, il ne sera possible
A quelque humain, de vous porter dommage,
Pourveu qu'ayez tous trois mesme courage,
Sans vous desjoindre. Gomme l'expérience
Vous ay monstre, et tenez pour science
Que vostre force n'estoit pas suffisante
Pour a ce bois estre en riens nuysante,
Estant conjoinct. Mais estant séparé
Alors avez par pièces esgaré
Tout le faisseau. Donc prenez souvenance
Que ne preniez en vous outrecuydânce
Pour vous desjoindre, pour vostre grant proffit.
Deux des frères se retirent, et vont se coucher sur la verdure où ils s'endorment. Envie entre en scène et leur inspire, contre leur jeune frère, des sentiments de jalousie qu'ils expriment à leur réveil. Remords de conscience leur donne un bon conseil, mais ils nel'écoutenl point.
Pendant qu'ils font paitre leurs moutons, Envie revient à* la charge, et lance une de ses flèches dans le cœur de laine , et une autre dans celui du second. Aussitôt ils conspirent la mort de leur cadet. Sur ces entrefaites, celui-ci vient les rejoindre, lis le lient de cordes, et le jeltent dans une citerne, en prenant la précaution de tuer un mouton et d'imprégner de son sang les habits de leur victime. Ils rapportent ces habits au père, en lui faisant croire qu'une bète féroce a dévoré leur frère.
Alors Remords de conscience s'empare d'eux , leur conseille de tout déclarer à leur père, et d'implorer son pardon. Ils suivent cet avis. Lamentations du père :
mauldicte envie
Tu feras ma vyc
En melencolie
Tout mon temps durer.
Las, mort, je te prie
Fais chose accomplie ;
L'ame soit ravye
Sans plus endurer. Pauvre vieillard, ton soûlas est perdu.
Las, mes enfans, je suis tout esperdu.
Menez moy tost ou vous l'avez jette.
Je veulx mourir en mesme place Ou mon bon filz a prins la mort.
Las, mes enfans , las, quel remort !
Menez moy tost sans plus atendre.
Arrivés tous trois à la citerne, le père se met à genoux, et implore Dieu pour qu'il puisse rejoindre son fils. Une voix répond du fond de la citerne. C'est celle du jeune frère qui n'est pas mort, et qu'ils se hâtent de tirer de la fosse.
Les deux frères demandent pardon à genoux de leur forfait. Leur jeune frère les relève :
Levez vous, frères, de bon cueur vous pardonne.
Le Preco termine la pièce par une allocution à l'auditoire.
«Fin de la moralité des frères de Maintenant : Nouvelle- « ment imprimé a Paris par Nicolas Chrestien, demourant « en la rue neufve Nostre-Dame , a l'enseigne de lescu de « France («)• "
(') Le fond de cette pièce présente une variante du sujet traité dans la Moralité de la vendition de Joseph filz du patriarche Jacob , comment ses frères esmeuz par Envye, s'assemblèrent pour le faire mourir, dont une copie figurée a été faite aux frais du prince d*Essling.
Utoralitr nounelle bung Empereur qui tua *on nepoeu qui aooit prtne une fille a forer. €t comment le Met Empereur estant au lift be la mort, la eatncte hoette lut fut apportée miraculeusement. €t est a bis personnage*, Ceetaewootr ; if empereur. £t Cl)appelatn. Ce Duc. JCe Conte. iTe tlepoeu be l empereur. ITeeruger. jftertault et (ftuillot, eermteure bu nepoeu. JCaille violée, fa Alère be la fille , avtc la eaimte Ijoôtte qui 0e présenta a lempereur (').
La pièce est précédée d'un prologue de X acteur, de vingtsept vers, qui explique le sujet de l'action.
L'empereur se sentant trop vieux pour bien gouverner, veut se démettre du pouvoir suprême, et demande conseil à son chapelain. Celui-ci donne lavis de consulter les grands du royaume qui, en conséquence, sont convoqués. Ils opinent en faveur du neveu, qu'un écuyer va inviter à se rendre à la cour.
L'empereur et deux conseillers, un duc et un comte, donnent de très bons conseils au neveu, après que l'oncle lui a confié le pouvoir.
Mais il n'en tient compte, et son premier acte est de mander ses deux affidés et de leur ordonner de lui amener une jeune fille dont il est amoureux. Ceux-ci se rendent chez elle, et la trouvent priant la Vierge de la préserver de toute souillure du corps et de l'âme. Ils l'enlèvent et la conduisent à leur maitre qui, après en avoir abusé, la renvoie. Sa mère va l'accuser de ce crime auprès du vieil empereur qui fait comparaître son neveu devant lui.
(i) Seize feuillets. Quarante-six lignes à la page.
Jay esté trente ans empereur, Qu'oncques tel deshonneur ne me vint.
Mais en ay pugny plus de vingt Cruellement pour tel péché.
Noncques je ne fus reprouché Davoir espargné en justice Nul homme tant fust grant ne riche.
Et maintenant se je t'épargne Le noble empire dAlmaigne Est deshonoré a tousjours.
Le duc et le comte intercèdent en faveur du neveu , mais en vain. L'oncle le met lui même à mort.
Par ma foy je feray justice.
De ce cousteau seras occis.
Jay faict justice jusques icy
Au plaisir de mon Dieu. Sainct George !
11 en a tout parmy la gorge,
Jamais femme n'efforcera.
Venez sa, seigneurs, venez sa*
Portez au feu le corps defaict.
L'empereur, par suite de l'effort qu'il vient de faire sur luimême, se sent mal, et demande à se confesser et à communier. Le chapelain dit qu'il n'oserait lui donner l'hostie sacrée après le meurtre qu'il a commis. L'empereur répond qu'il a fait justice et n'a point commis de crime. Il invoque Dieu, et le St-Sacrement vient de lui-même se poser sur ses lèvres. Tout le monde rend des actions de grâces au Ciel pour ce miracle, et la pièce finit.
Imprimé nouvellement a Lyon en la maison de feu Barnabe Chaussard, près Nostre-Dame de Confort. Mil cinq cens xliii. Beati qui faciunt justiciam in omni tempore.
iSToralhe ou Notoire rommainr bune femme qui avait ooulu trahir la cite' be Homme. <Êt comment la fille la nourriot tir ocpmaincs be don Icct en prteon. 31 cinq personnage, Ccetaeoaooir :
<&raciu9.
Ualeriud.
St Sergent.
fa iMcre.
£a fille {').
Oracius et Valerius s'entretiennent des devoirs de leur charge, et disent que c'est à une rigoureuse justice que Rome doit le grand renom auquel elle est parvenue.
Ils s'informent s'il n'y a pas de crime qui soit resté impuni. Le sergent d'armes, leur apprend qu'une femme est en prison, accusée d'avoir trahi la république. On la fait venir, et on la condamne à mort; mais touchés des prières de sa fille, les juges consentent à ce que la coupable soit enfermée, sans nourriture, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Dans la prison, la 011e vient chaque jour allaiter sa mère, à travers le grillage.
Les juges s'étonnant de ce que la prisonnière ne meure pas, l'épient et surprennent le secret. Us font grâce à la mère, en faveur du dévouement de la fille.
Cy fine l'histoire rommaine. Imprimé nouvellement à Lyon en la maison de feu Barnabe Chaussard, près de Nostre- Dame de Confort, mdxlviii.
(') Six feuillets. Deux petites gravures au litre; et à la fin, six empreintes sur bois, de monnaies de l'époque. Quarante-six lignes à la page.
Le style de celle moralité est sec et dur, et n'a aucune élévation. On pourra en juger par ces vers qui terminent la pièce. C'est l'effusion de reconnaissance et d'amour de la mère et de la fille.
LA HÈRE
Las, je voy que en nulle saison Oncques mère ne trouva Telle fille.