GENRE ET ESPÈCES DE MURIERS
GENRE 1. MURIER (1) (MORUS, TOURNEr. inst. À, p. 589, tab. 362 (1719), et dans ce travail, pl. de 1 à xx.
FLEURS ANTHÉRÉES en épis ovoides ou oblongs (sur un individu, caduc après la fleuraison). Etamines, 4.
FLEURS CARPELLÉES aussi en épis ovoides ou oblongs, sur l'autre; sépales persistants, grandissant et devenant succulents, s'appliquant sur le carpel sec et cassant. (C’est cet ensemble que l’on nomme vaguement fruit.) |
CARPEL terminé par deux stigmates sans style ou par un style finissant par deux stigmates.
PREMIÈRE ESPÈCE
MURIER BLANC (MORUS ALBA, Linx. spec. 1398 (1764). SERING. Mür. pl. de 1 à XVII.
ARBRE de taille moyenne, souvent presque chauve sur toutes ses parties aériennes , d’un bois roux (dans les couches solides), blanc (dans son aubier).
BOURGEONS écailleux, ovoides et à écailles imbriquées.
1) Anciennement on disait Meurier,
FEUILLES alternes, simples, souvent chauves et luisantes, à fibres pennées, échancrées à leur base, dentées, parfois lobées, pétiolées et à stipules linéaires-oblongues, entières, pointues , demi-membraneuses, existant toujours sur les jets vigoureux, nulles sur les rameaux faibles ; laissant à leur chute, qui à lieu de bonne heure, deux cicatrices transversales sur les parties latérales de la base du pétiole.
FLEURS incomplètes, disposées en petits épis à l’aisselle d’un certain nombre de feuilles, surtout vers la base de ceux d’une vigueur médiocre ; celles à étamines ordinairement sur un arbre, et celles à carpels sur l’autre.
ÉPT 4 ÉTAMINES ou mâle (pl. x1i, fig. 1 ; pl. xvi, fig. 4, etc.), oblongs, obtus , à fleurs peu serrées , toujours sessiles, tombant après la fleuraison.
SÉPALES (pl. 1, fig. 1-3), 4 membraneux, oblongs-obtus, opposés-croisés et ouverts. Etamines %# devant les sépales et une fois plus longues qu'eux; anthères courtes , irrégulièrement circulaires, échancrées aux extrémités, s’ouvrant largement sur les bords flexueux, et fixées au sommet du filet par le milieu du dos. Au centre de la fleur, on remarque parfois un rudiment de carpel mal conformé.
ÉPT CARPELLÉ ou femelle (pl. 1, fig. 4), ovoïde ou presque sphérique, à fleurs très-rapprochées , pédoncule à peu près de la longueur de l’épi; sépales #, comme dans celles à étamines, mais persistant et devenant bientôt charnus, assez étroitement appliqués sur le carpe qu'ils recouvrent d’abord, puis se soudant entr’eux à mesure qu'ils deviennent plus succulents. Carpel terminé par deux stigmates séparés dès le sommet du carpe ou portés sur un style.
CARPE (pl. 1, fig. 6), réduit à sa maturité, a un corps ovoide-lenticulaire, mince, cassant (que l’on vend dans le commerce sous le nom de graine) et qui renferme réellement une ou rarement deux graines; quand il n’y en a qu'une, elle remplit le carpe.
GRAINE (pl. 1, fig. 7-10) également de forme ovoïde-lenticulaire, renfermant un embryon très-courbé, à longue racine, dans un
MURIER BLANC: 193 albumen. A la germination, les cotyles (pl. r, fig. 11) sont entraînés à l’air sur une petite tige; ils sont elliptiques, très-obtus, foliacés et soulève parfois le carpe tapissé par le derme, qui est aussi soulevé du sol.
Presque tout le monde nomme fruit la partie que nous mangeons sous le nom de Müre ; mais cette partie suecculente n’est réellement pas le fruit pour le botaniste (comme il a été dit plusieurs fois) ; car cette suceulence n’est produite que par les sépales persistants dans la fleur carpellée seulement; ce sont les sépales qui se collent les uns aux autres, tout en enveloppant étroitement le véritable fruit ou carpe. Les caractères de couleur des sépales sont totalement insignifiants pour distinguer même les variétés.
La culture, les sols, les climats et l’exposition ont considérablement influé sur cet arbre, source de tant de richesses, que quelques personnes ont été tentées d’en faire plusieurs espèces, ou au moins de regarder telle ou telle variété comme autant d'espèces qui ont reçu aussitôt un nom (d'espèce jardimière). Chacun s’est cru autorisé à donner à telle ou telle modification un nom qui la lui rappelle. C’est toujours ce qui arrive à nos plantes, culüivées presque partout; à nos céréales, par exemple, qui, au lieu d’un nom, en ont cinquante dans une même langue.
Ce n’est qu'avec un bien grand travail que j'ai pu, particulièrement au moyen de l'immense collecüon de MM. AUDIBERT et de leurs conseils, que je tente de caractériser quelques variétés, et de donner leurs synonymes. Après plusieurs voyages auprès de ces savants horticulteurs , aidé de leur inépuisable complaisance, j'ai pris sur les lieux des échantillons à divers âges; je les ai décrits et desséchés sur place, et souvent confrontés les uns avec les autres.
On regarde ordinairement le Mürier comme ayant les fleurs anthérées (mâles) sur un arbre, etlesfleurs carpellées (femelles) sur un autre, ou, autrement dit, les Mûriers sont dioïques ; mais iln’en est pas toujours de même : j'ai eu occasion de voir, chez MM. Aupr- BERT et ailleurs, de fréquentes exceptions : ainsi, sur un arbre, on trouve des épis de fleurs à étamines et d’autres à carpels, disposition
que les botanistes nomment monoique, et cela varie même à tel point qu'une année un arbre est assez généralement à fleurs anthérées, tandis que l’année suivante ce sont les fleurs carpellées qui dominent. Ces modifications des organes de la reproduction varient parfois à tel point qu'on trouve sur le même épi et des fleurs anthérées et d’autres qui sont carpellées.
Ces faits ne peuvent s’observer aussi facilement sur les Müriers fréquemment taillés, mais bien sur ceux qui sont à peu prè: abandonnés à eux-mêmes, et que l’on ne taille pas. Cela prouÿe, ainsi que bien d’autres cas le constatent, quele bourgeon rudimentaire, alimenté de diverses manières, peut tantôt produire ou une branche à feuilles, ou des ramifications florales.
Un Mürier, ou tout autre genre d'arbre, pendant les premières années de son existence, ne donne que des feuilles. A leur aisselle, poussent des fleurs; alors, les branches modifiées ne produisent plus de rameaux; cette portion de l'individu cesse de croître, à moins qu’il ne produise des graines.
Jusqu'à présent, on n’a trouvé que les feuilles du Mürier blanc (et ses nombreuses variétés), celles du Mürier multicaule et celles du Märier noir qui aient pu servir utilement à la nourriture du ver-à-soie. Toutes les autres plantes essayées ne m'ont produit qu'un résultat de pure curiosité et sans applications utiles.
On a donné à ces insectes des feuilles de Scorzonère ( Scorzonera hispanica), qui ont pu mener jusqu’au terme de leur vie un certain nombre d’entr'eux. M. JouRDAN m'a montré, dans le Musée de Lyon, des cocons obtenus de trois générations successives du Bombix du Mürier, faites avec la feuille dela Scorzonère d'Espagne. Le cocon de la troisième était très-petit, fort mince et d’un jaune citron. D’autres ont vécu pendant quelque temps avec la feuille de la Ronce des haies (Rubus fruticosus), celle de Laitue (Lactuca sativa capitata). M. ROBINET a cité un éducateur turc qui est parvenu à nourrir ses vers-à-soie en leur donnant des feuilles de Laitue jusqu'à ce que les Müriers aient été feuillés.
MM. GUÉRIN-MÉNEVILLE et EUG. ROBERT ont cité une femme des environs de Sainte-Tulle , qui avait reçu quelques vers éclos le 4 mai, et les bourgeons des Müûriers n'étant pas encore développés, elle eut l’idée de leur donner des feuilles de Ronce (Rubus fruticosus) et de l'Orme des champs (Ulmus campestris). Ses vers, dit-on, s’en sont nourris pendant quinze jours, mais ils se sont peu développés. Deux jours après leur avoir donné des feuilles de Mürier, ils ont fait leur première mue, et on ajoute ensuite qu'ils ontbien pris de la vigueur.
J'ai nourri, à plusieurs reprises, des vers avec les feuilles de Maclure orangée (Maclura aurantiaca) ; un certain nombre d'entr'eux sont parvenus à faire des cocons minces ; mais, huit à dix jours avant de coconner, ils ont acquis une teinte verte trèsprononcée et un aspect un peu sanieux. D'ailleurs, ils ont toujours mangé cette feuille (très-laiteuse) avec beaucoup d’avidité, et de tout ce que je connais, après les trois espèces de Mûriers indiquées, c'est la Maclure (aussi nommée Märier des Osages) qui pourrait plus facilement les nourrir; mais cet arbre est plus tardif que les Mûriers, et ne pourrait les remplacer dans les premiers âges. D'ailleurs , ses feuilles seraient très-difficiles à cueillir à cause des rameaux épineux qu’elles présentent à leur aisselle.
Tous ces succédanés du Mürier, pour nourrir les vers jusqu’à ec que les seconds bourgeons apparaissent, après que la gelée a détruit les premiers, ne produiront jamais une nourriture assez substantielle pour conduire avantageusement les larves jusqu'au coconnage, et on ne doit pas (industriellement) faire d'éducation cette année, à moins que ce ne soit dans le but de conserver une variété à laquelle on peut tenir, et qu’on n'ait pris des précautions pour protéger de jeunes feuilles de Mürier.
Toutes les variétés du Mârier blanc servent plus ou moins bien à la nourriture du Bombix du Mûrier (ou ver-à-soie) ; mais on a trop abandonné la culture des variétés à feuilles minces et petites, nommées aussi Sauvageon. La négligence qu'on a mise à la culture, à la taille et à la récolte de leurs feuilles a engagé à recourir
à celles dont les feuilles sont grandes, épaisses, presque charnues, qui conviennent beaucoup moins à la nourriture de cet insecte. Nous entrerons dans quelques détails à cet égard, en traitant des variétés, de leur culture, de leur taille, etc.
L'apparition des feuilles du Mürier blanc varie, comme on le comprend bien, avec la température, la lumière, l'exposition et le sol même.
Le 43 mai 1853, époque de mon prenuer voyage dans le Midi de la France pour étudier les Müriers, les feuilles, dans le Lyonnais, commençaient à sortir des bourgeons ; la teinte jaune les distinguait à peine des branches qui les portaient. De deux en deux heures de marche du bateau à vapeur, elles se montraient toujours mieux. A Valence, “la teinte jaune commença à prendre un peu plus de verdeur.
Jusque-là, la taille était entièrement négligée. A la Voulte, où les Mûriers sont très-nombreux et la taille approchant de la forme méridionale, ils étaient déjà d’un jaune beaucoup moins pâle. Vis-àvis, à Montélimart, la taille est extrèmement négligée; sur K droite, au contraire, la forme hémisphérique commençait à dominer. Entre Pierre-Latte et le Pont-Saint-Esprit, la végétation des Müriers avançait très-sensiblement et la taille était déjà soignée ; cependant, les branches m'ont paru trop longues et trop lâches. À Avignon, ils étaient en pleine fleuraison et les feuilles très-vertes.
En automne, les feuilles du Märier blanc servent, dans les contrées méridionales, à la nourriture des vaches. On les récolte à l'approche des frimas , lorsqu'elles commencent à jaunir; alors, elles se détachent avec une grande facilité. On peut les mettre sécher dans des hangars, des granges, sur les claies des magnaneries, si leur grande quantité empêche de les utiliser fraîches. Elles augmentent la production du lait. On fait, dit M. Isidore HEDDE (1), p. 120, une farine avec les feuilles, de Mürier
{) Deseription méthodique des produits divers, recueñlis dans un Voyage en Chine; St-Etienne, 1848, 1 vol. 8 de 400 p.
MURIER BLANC. 197 Sang - Fen Mürier farine aux vers-à-soie, soit dans les temps de disette, soit pour alimenter les jeunes vers après la première mue. On pourrait peut-être l'utiliser aussi en saupoudrant les feuilles de Mûrier, trop aqueuses pendant des temps de pluies continuelles , ou si elles étaient mouillées et difficiles à sécher,
D’autres livres chinois indiquent aussi la farine des Dolics, voisins des Pois, du Riz mondé et de mélanges de feuilles de Mürier. M. HEDDE cite M. CHAMPOISEAU, de Tours, comme en ayant obtenu d’heureux résultats.
(désignée, en chinois, sous le nom de ) pour donner
Cette farine est faite de diverses manières. La cueillette des feuilles s'en fait à la fin de l'automne, avant qu'elles jaunissent. On les sèche au soleil; on les bat, on les brise en petits fragments, on les conserve pendant l’hiver dans des jarres, dont l’ouverture est soigneusement fermée. Au printemps,-on réduit ces feuilles brisées en farine qui sert à alimenter les vers. Telle est la recette employée dans le district de Hai-Hien, département de Kia- Shing, sans qu’on ait donné d’autres détails.
On pourrait aussi utiliser l'écorce des branches que l’on coupe dans le Midi après la première cueillette des feuilles, en les faisant rouir. On retirerait encore des filaments propres à confectionner des toiles.
Les passementiers s’en servent même pour la confection des épaulettes d'officiers.
Le bois, très-ferme, quoique jouissant d'une grande élasticité , sert à la confection d'excellents manches d'outils (bêches, haches, pioches et triandines). Il est très-bon aussi pour le chauffage.
Son bois est assez dur, il peut être employé à un grand nombre de travaux des champs : la menuiserie, le charronnage et la tonnellerie. IL est aussi bon que le châtaignier pour les treillages et les échalas. Ses racines produisent une couleur jaune qui pourrait servir dans la teinture si cette couleur n'était pas si com-
mune. Dans les années où le raisin manque, ses fruits pourraient servir à faire une liqueur fermentée; on peut en faire des SiTOPS.
Ce Mürier blanc, naturalisé, paraît avoir été introduit de la Perse ou de la Chine en 1230 ; il fut transporté en Orient et dans l'Asie-Mineure ; de là, en Sicile et en Provence en 1494; mais ce ne fut qu'à parür du règne d'Henri IV que peut dater la multiplication de cet arbre précieux. On le cultive en Allemagne jusque vers le 55° degré de latitude, et en Russie jusqu’au 50°. Dans ces contrées, il gèle plus souvent que dans les nôtres à l'extrémité des rameaux qui ont végété tard.
C'est l'arbre qui supporte le mieux les sols et les orientations dont s'accommode la vigne, et dans celle où la maturité du raisin est incertaine ; on ferait bien de le planter avec elle, quoique à une certaine distance ; car si l’on ne peut faire du vin, on a au moins des feuilles, et,si l’une et l’autre peuvent réussir, l'enlèvement des feuilles dans un temps donné permettrait à la vigne de müûrir ses fruits.
On peut aussi utilement employer le Mürier pour faire des abris dans les contrées chaudes où le Hétre et le Charme réussissent mal. Les Müriers, comme les Poiriers , pourraient être élevés en murs de verdure pour remplacer les Thuya de nos jardins et pour ombrer beaucoup de plantes délicates. On pourrait aussi l'utiliser pour faire des salles d’ombrage, il se prèterait à toutes les formes qu'on voudrait lui donner.
Var. 1. Murier blanc mince (Morus alba tenuifolia, SERING. pl. XI, présentant un grand nombre de modifications de feuilles (4).
RAMEAUX minces, effilés, nombreux, durs.
1) Lixxé rapporte {spect. plan. éd. 2, p. 1399 (1764), et qui est reproduite dans ce
FEUILLES lobées plus ou moins profondément, et alors à sinus entiers sur les bords, minces et presque parcheminées, rarement entières dans la jeunesse de l'arbre, mais souvent lorsqu'il est âgé ; stipules le plus souvent nulles (l'arbre étant peu vigoureux).
C’est là ce que l'on suppose être l’état normal (ou sauvage) du Mürier blanc. C'est lui que l’on a souvent en haies, que l’on taille ordinairement sans aucun soin, qui semble devoir être soumis aux mutilations les plus absurdes et que l’on obtient ordinairement par les semis, quand on ne prend pas des fruits de Mûriers greffés. Lorsque l'arbre est âgé, il a presque toujours des feuilles non lobées, mais petites, vu le grand nombre de branches produisant peu de feuilles qui sont difficiles et longues à cueillir.
Pour remédier à cet inconvénient, M. PERRET, des Granges, près Villefranche (Rhône), a eu l'heureuse idée de couper en hiver toutes les premières branches un peu au-dessus de leur base, presque comme on le fait pour le Saule blanc, que l'on soumet en taille réglée tous les trois ou quatre ans. Ces arbres ont développé au printemps de jeunes branches, par suite de l'apparition de bourgeons surnumérairess ou adventifs qui ont offertune grande vigueur.
Si les feuilles entières, ou mieux lobées dites sauvageon, ont l'inconvénient de présenter peu de facilité pour leur récolte, etdemandent conséquemment plus de frais,au moins ont-elles l'avantage d'être bien préférables à ces feuilles épaisses et aqueuses des Müriers greffés et convenant si peu aux vers qui ont besoim d’avoir une alimentation substantielle. Ce serait probablement un moyen d'empêcher
travail pl. xxr, fig. de gauche), le Morus indica de RumPHius, ou Bahesarang, Caju Besaar, Lerbarium amboineuse 6, auctuarium 8, p. 5, comme synonyme de son Morus indica; mais il est sûrement dans l’erreur (voir la synonymie du Mürier indica); c’est bien plutôt la forme du Mürier blanc à feuilles non lobées qu'on a représentée, IL est impossible de se méprendre sur ces deux formes de feuilles et sur celle des fruits. Rumpmius cite les noms que lui donnent les Chinois : donc ils le cultivent; ces noms sont :
Bahesarang, Caju BBesaar (Voir l’article Rsèrier indien (Morus indica).
J'ai tout lieu de croire que c'est un type à feuilles minces non lobées du Murier blaune.
200 MURIER BLANC MINEE.
les maladies graves auxquelles ils sont très-exposés à la fin de leur vie de larve. En taillant ces vieux Mûriers, on obtient des rameaux longs et vigoureux, qui produisent des feuilles bicn plus grandes que quand l'arbre est abandonné à lui-même après tant d’absurdes mutilations, et qui se détacheraient bien plus facilement de la branche que celles des vieux arbres abandonnés.
En confirmation de cette explication, M. RIVIÈRE, de Montmerle, a bien soin de conserver, pour la dernière ou les deux dernières mues de ses vers, la feuille de ses Müriers non greffés.
Cette variété, tenue naine, est généralement plus précoce; elle offre en cela quelques avantages sur le Mürier en arbre, car elle gèle moins facilement que plusieurs autres.
D'ailleurs, élevé en nain ou en haie, il peut au besoin, si les premières feuilles sont enlevées de bonne heure, repousser très-vite en le taillant en vert; au-dessus du troisième ou du quatrième rameau poussant, et la deuxième feuille peut encore être utilisée à la fin de l'éducation, sans faire souffrir l'arbuste qui est trèsvigoureux.
Les Müriers à feuilles minces ont réellement été traités em dépit du bon sens, si on'les compare à ceux à feuilles épaisses (Müriers greffés). Dans ces derniers, on a employéles engrais, tandis qu'ils auraient dû être soumis à la culture appauvrissante. Ceux à feuilles minces, qui auraient dû ètre soumis à une eulture luxuriante, sont placés dans les plus fâcheuses circonstances du milieu terrestre. Le sol autour d’eux est see, l’air et l’eau peuvent à peine pénétrer à leurs racines ; on n’y ajoute jamais d’engrais (on ne pense pas qu'une haie en ait besoin), on les plante souvent à 15 ou 26 centimètres les uns des autres. De nombreuses racines se développent, s’entrelassent, épuisent le sol, sans que jamais on y ajoute la moindre matière organique ; on coupe inconsidérément les branches, on en récolte aussi imprudemment les feuilles, et l'on se plaint de ce que ces arbres ne produisent que de petites feuilles difficiles à cueillir, sèches et en apparence peu nutritives, et cependant estimées.