COMMUNE DE MARENGO
Marengo est situé à l’extrémité occidentale de la plaine de la Métidja, à 38 kilom. 0. de Blida, et à 28 kilom. S.-E. de Cherchel, sur la route de ces deux villes.
Marengo est placé sur une des ondulations qui ferment la plaine du côté de l’O. C’est l’endroit le plus considérable des centres agricoles du département.
Des collines et pentes modérées existent entre son territoire et la mer, avec laquelle elle a des communi-
cations faciles et promptes, par la vallée fertile et boisée de l’oued Nador qui débouche à l'Ouest des ruines de Tipaza.
Marengo a été fondé en vertu du décret du 17 septembre 1848, pour recevoir des ouvriers de Paris. Le décret impérial du 13 janvier 1855 l'a consütiié en commissariat civil, et celui du 31 décembre 1856, en commune. Il y a une station télégraphique. La popu“ lation est de 555 Français, 60 Étrangers, 9 Juifs, 166 Arabes, en bloc 41 individus.
Marengo a un hôpital dirigé par les Sœurs de St-Yincent-de-Paii], auquel sont annexées une école de filles et une salle d'asile. Un canal, dérivé de l’oued Meurad, de plus de 8,000 mètres de longueur, qui dans son parcours donne naissance à quatre chutes d’eau, de 15 a 30 mètres, amène une quantité de 200 litres par seconde. Un moulin à deux tournants est en fonction. Marengo tient, à son entrée, un marché, connu sous le nom de YArba des Hadjoutes, fréquenté par les Arabes qui y apportent des figues, des raisins secs, du miel, de la cire, des bestiaux, des laines. Des maisons d’Alger, faisant le commerce des blés, ont élabli des succursales à Marengo qui , par sa situation entre le Cliélif et Tipaza, port d’embarquement, se trouve être un lieu d’entrepôt pour les productions du Ctiélif et de rO. de la plaine Bon hôtel, dit Hôtel du Lion d’or.
La forêt de Sidi Slirnan, de l’étendue de 300 hectares, située à 2,000 mètres du rivage, est composée d’ormes et de frênes, que surveille l’administration
spéciale. Les colons aux(iuels de petits lots ont été attribués dans cette forêt, profitent des prairies qui y font suite, au N., pour élever du bétail. Ils ont aussi planté des mûriers et des platanes. Leurs cultures en céréales et en tabacs réussissent parfaitement. La route de Miliana, ouverte par l’armée, est une voie de communication qui favorise encore le bien-être dans la localité. Les sections communales de Marengo sont :
1° BOU RKIKA, à rembranchement des routes de Blida, de Cherchel et de Miliana, à 6 kilom. E. de Marengo, à 31 kilom. 0. de Blida. Ce cenlre fut fondé en 1849 pour des familles allemandes. Le territoire, couvert de palmiers-nains, a offert un défrichement difficile. Aujourd’hui les cultures et la récolte des fourrages sont importantes.
Population, 187 Français, 24 Etrangers, 47 Arabes. L’Empereur allant à Miliana, a" traversé, le 7 mai, cette localité aussi bien qu’Ameur el-Aïn.
2' AMEUR EL-AlN est un centre créé dans les mêmes conditions que Bon Bkika, à 24 kilom. 0. de Blida, et à 14 kilom. E. de Marengo. La moitié du village, celle qui s'étend au côté S. de la route^ avait été bâtie parle Génie militaire; un puits et deux sources réunies, qu’on a prises dans la montagne, alimentent deux fontaines à abreuvoirs et un lavoir. Il y a une petite chapelle. L’administration a planté, sur les boulevards, une grande quantité d’arbres d’essences diverses. Le transit continuel des voitures et roulages procure plus d’un avantage aux habitants, qui sont au nombre de 240 Français, 48 Etrangers, 11 Maures. Le tremblement de terre du 2 janvier 1867, à lézardé toutes les maisons qui, au nombre de 98 sont devenues inhabitables. — 3 personnes ont été tuées et 2 blessées,
3“ TIPASA, situé à 8 kilom. de Marengo, est un village maritime établi au débouché de la vallée de l’oued Nador, sur un petit port, dont la rade est bien abritée des vents d’O. par le Ghenoua. La navigation légale y a été autorisée en août 1853, époque où l’entreprise du centre de population a été concédée à M. de Mouchy, sur 2,672 hectares, pour 500 familles. Un poste de douanjers a été établi. On n’obtient de l’eau qu’au moyen d’un puits. Les réparations à un aqueduc romain amèneront de l’oued ^’ador d’abondants moyens d’arrosage. Sur la pente couverte d’épaisses broussailles, qui descend de l’E., dernière colline
du Sahel algérien, se montrent, parmi de hauts oliviers, les ruines de Tipaza, ville romaine, dont l’enceinte était de 3,450 mètres, — 500 à TE., 1,100 au Sud, 450 à l’O. et 1,400 sur le rivage. Le village est assis dans les ruines mêmes. L’Empereur Claude accorda le droit latin à cette antique cité. A l’époque des Vandales, les habitants catholiques aimèrent mieux s'expatrier en Espagne que d’accepter l’évêque arien que ces hérétiques voulaient leur imposer. Quelques-uns eurent la langue coupée eu cette occasion. Les Arabes nommèrent Tfessadt (la Ruine), cette ville abandonnée, dont les Turcs et les Français tour- à tour, ont achevé la désolation en détruisant ce qui en restait, pour employer les matériaux à leurs propres constructions. On trouve encore de belles briques de 8 centimètres d’épaisseur et de 30 centimètres carrés. Au milieu de ces décombres sont les débris d’une basilique que l’on désigne sous le nom d’ Eglise de VEst. C’est un édifice en pierres de taille, de 60 mètres de long sur 30 de large, ayant la figure d’un carré long. Les murs subsistent encore à diverses hauteurs. L’entrée est à l’O., au N. s’ouvre une grande fenêtre cintrée, et au S deux chapelles. Un mur, avec portique ouvert, sépare le chœur de la nef. Les chapitaux gisent encore au pied des colonnes qu’ils décoraient jadis. 85 colons en compagnie de 72 Arabes, promènent dans cette solitude.
A 23 kilom. de Koléa, et à 10 kilom. à l’E.-S.-E. de Tipasa, est situé, sur le plateau du Sahel, le sépulcre des anciens rois de Mauritanie, vulgairement désigné sous le nom de Tombeau de la Chrétienne (Kober-Roumia). C’est un édifice rond de 32 mètres de hauteur, dont le soubassement carré a 63 mètres sur chaque face. Le périmètre de la base du monument est orné sur tout son développement d’une colonnade de 60 demicolonnes engagées, de l’ordre ionique, divisée en quatre parties égales par 4 portes de décoration, répondant à peu près aux 4 points cardinaux, et d’une hauteur chacune de 6 m. 20 c. Au-dessus, commence une série de 33 degrés, hauts chacun de 58 cent, qui, en rétrécissant graduellement leur plan circulaire, donnent au mausolée l’apparence d’un cône tronqué. Sala Raïs, en 1552— et Baba Mohammed, pacha, en 1766, ont fouillé ce bâtiment du côté de l’E. — M. Berbrugger, Conservateur du Musée d’Alger, l’avait exploré à la fin de 1855 et dans les premiers mois de l’année suivante. Dès le 23 novembre 1865, commencèrent de nouvelles explorations ordonnées et patronées par l’Empereur, qui chargea M. ü. Mac Carthy, ingénieur civil, d’entreprendre les travaux de recherches, conjointement avec M. Berbrugger. Le 5 mai 1866, la sonde artésienne indiqua une cavité bâtie; le 15 du même mois, on pénétra horizontalement dans une galerie dont la porte fut découverte le 18. Au pied, et au-dessous de la fausse-porte de l’Est, on trouve un couloir bas, en pierres de taille. En débouchant de ce passage dans l’intérieur, on arrive à un grand caveau voûté, au fond duquel
apparaît une excavation. A droite est la porte basse d’un nou^ veau couloir. Cette porte est surmontée d’un linteau où sont sculptés en relief un lion et une lionne d’un travail assez médiocre. Arceaux, couloir et galerie, tout est dallé en pierres ajustées au moyen d’entailles faites aux angles. Du couloir dont on vient de parler, on passe dans la grande galerie, à laquelle on monte par un escalier de sept marches. La grande galerie haute de 2 m. 52 c. et large de 2 m. 07 c., est bâtie toute en pierres de taille comme le reste. De trois mètres en trois mètres, environ, on a ménagé dans l’épaisseur du mur de petites niches destinées à recevoir des lampes, ainsi que l’attestent des traces de fumée. Quand on parcourt une bonne partie de la grande galerie, on trouve sur la gauche une énorme excavation. Un peu plus loin, sur la droite, on rencontre l’issue ou boyau de mine, par lequel on est entré dès le 15 mai. En continuant de parcourir la grande galerie, on remarque qu’elle s’infléchit fortement à gauche et de manière à se diriger vers le centre du tombeau. A l’extrémité on rencontre un nouveau couloir. Après l’avoir dépassé on est dans un caveau, d’où l’on pénètre, par un second couloir, dans un caveau plus grand, où avaient été probablement déposés les restes de Juba 11 et de Cléopâtre Séléné.— Ony remarque trois grandes niches à lampes. Deux grandes pierres restaient sur le sol et ont pu appartenir au socle sur lequel étaient déposées les urnes ou les momies. Couloirs, caveaux et galeries ont un développement total d’environ 170 mètres.
Jusqu’ici, et sauf découvertes ultérieures, les objets recueillis dans ce monument et les notions qui le concernent plus ou moins directement, conduisent à ces conclusions :
Le Tombeau de la Chrétienne doit avoir été violé peu après la mort du dernier roi de Mauritanie, assassiné à Rome 40 ans après J-.C., par ordre de Caligula; il semble que son entrée ait été ignorée des Arabes. En tous cas, il est certain qu’elle n’était pas connue dans le xvi® siècle, puisque, pour la chercher, Sala Raïs, pacha d’Alger, a ouvert du côté de TE., une brèche considérable dans le monument.
Les personnes qui désirent visiter le Tombeau de la Chrétienne sont informées que, d’après une décision officielle, la clef en est actuellement confiée à la garde de MM. Dorvaux et Meyer, fermiers à Beauséjour, entre Tagourait-Bérard et Tipaza, sur la route du littoral, à 2 kilom. au N.-E. du monument et sur la ligne même qu’il faut suivre pour y arriver, en venant d’Alger ou de tout autre point intermédiaire.
Afin d’éviter aux visiteurs qui viendraient par une autre direction, notamment par la plaine, le surplus de chemin qu’il leur faudrait faire pour aller à Beauséjour, au bord de la mer, et remonter sur le plateau du Kober Ùoumïa, il a été disposé que, le jeudi et le dimanche, il y aurait toujours quelqu’un en station au Tombeau avec la clef de l’hypogée. En choisis-
sant un de ces deux jours, les visiteurs dont il s’agit éviteront l’inconvénient qu’on vient de signaler.
Dans l’intérêt des touristes qui veulent visiter le mausolée royal de Mauritanie, nous ajouterons à l’avis qu’on vient de lire quelques renseignements essentiels sur les différentes manières de faire cette très-curieuse excursion.
Le visiteur qui peut ne pas regarder au temps ni à la dépense, doit aller au Tombeau de la Chrétienne ~ dans sa voiture ou dans une calèche de louage — en suivant constamment le bord de la mer, par une route excellente jusqu’au Mazafran et passable sur l’embranchement qui passe par Fouka maritime, hou-lsraaël, etc. 11 revindra ensuite par Koléa.
Dans ce système, voici l’emploi du temps :
1" jour. — Départ d’Alger; dîner et coucher à Bou-lsmaël, à l’hôtel Cheviron.
On a tout le loisir de voir ce beau village qui donne une idée de l’heureuse transformation que peut subir notre littoral algérien, aujourd’hui couvert encore de broussailles presque partout
2* jour. — Arrivée au Tombeau, vers 7 ou 9 heures du malin, selon la saison (1). On a tout le temps de l’examiner en détail, au dedans comme au dehors, et même de déjeûner.
Par prudence, se munir de provisions de bouche.
Dîner et coucher à Koléa, hôtel de Paris, chez M. Pizot.
.‘F jour. — Retour à Alger pour l’heure du déjeûner.
Quant au touriste qui est obligé de ménager le temps et la dépense, voici un devis qui lui convient.
1" jour. — Aller à Koléa par la voiture de 3 heures de l’aprèsmidi . 3 fr.
Dîner et coucher à Koléa . 5
"P jour. — Aller au Tombeau et revenir dans une voiture de louage . 10
Déjeûner et menus frais imprévus . 4
Retour à Alger par la diligence de l’après-midi. ... 3
25 fr.
Total des dépenses : vingt-sept heures et vingt-cinq francs. On aura eu rarement occasion de faire un meilleur usage de son temps et de son argent f Moniteur de l'Algérie}.
4» GHATERBAGH, hameau de 18 habitants.
(<) Ne pas oublier, en passant devant la ferme de Beauséjour, située à gauche du chemin, quatre kilom. environ après Tagourait-Bérard, d’avertir le surveillant qui sc munira de la clef du Tombeau et guidera le visiteur dans le souterrain.