‹ Description d'Alger et de ses environsChapitre 4 sur 28 · CAPITALE DE L’ALGÉRIE · texte numérisé non relu

CAPITALE DE L’ALGÉRIE

SITUATION. Alger est situé par 0^44’ 10” de longitude orientale et par 36° 47’ 20” de latitude nord , sur la côte septentrionale de l’Afrique, à 1,644 kilomètres de Paris, 750 de Marseille, 657 de Tunis, 911 de Fez, 1,266 de Maroc, 410 d’Oran, 422 de Gonstantine.

ASPECT EXTÉRIEUR. Alger, VU de la mer, présente un vaste amas de constructions sur une pente exposée à l’orient, qu’on aperçoit de fort loin. La tour du phare se distingue d’abord à la base de cette agglomération qui s’étend le long de la plage, et dont le sommet, à 118 mètres au-dessus de la mer, est couronné par le château de la Kasba. Le boulevard de l’Impératrice, se développant au-dessus du quai et en face du

port, dessine une succession de portiques qui sétagciil sur des rampes savamment ménagées, et forment comme ^un magnifique soubassement à la cité, qui en reçoit une physionomie locale du plus grandiose effet. La nouvelle enceinte des remparts , vers le haut de la ville , n’enveloppe encore que des terrains vagues et extrêmement accidentés. Adroite du spectateur, la Salpétrière et rhôpital du Dey déploient leurs vastes bâtiments, le quartier de Bab-el-Oued étale ses usines nombreuses, que domine le mont Bou-Zaréa; enfin, plus près encore de la ville, ou voit l’arsenal de l'artillerie et le jardin Marengo, accosté de l’importante bâtisse destinée au Lycée. A gauche, le quartier de l’Agha prolonge fort loin sur la côte l’ancien faubourg , dont les constructions, comprises aujourd’hui dans Alger, s’arrêtent au fort Bab-Azzoun; au-dessus apparaît au loin le fort l’Empereur. Dans celte direction, c’est-à-dire vers le S., et sur une ligne, demi-circulaire, décrivant une courbe d’environ 16 kilom., qui revient à l’E., en face de la ville , - les coteaux (le petit Sahel), en descendant graduellement, vont mourir aux abords de la plaine de la Métidja, et se relever un peu pour former le cap Matifou. De nombreuses villas, maisons de campagnes assises sur les pentes verdoyantes de ces collines, bordent le golfe que forme cette configuration de la côte. Une seconde chaîne de montagnes sombres (les monts de Mouzaïa), étend un rideau continu sur le second plan du tableau, et les cimes neigeuses du Djeurdjeura se découpent en troisième ligne sur le ciel.

IMPORTANCE POLITIQUE. Alger, Capitale de l’Algéîie, est le siège du gouvernement-général du pays; le lieu de la résidence de S. Ex. M. le Maréchal Gouverneur général , du Conseil du Gouvernement et du Conseil supérieur, qu’il préside, — du Sous-Gouverneur, — du Général commandant la province, — du Secrétaire général du Gouvernement, — de Mgr l’Archevêque, — du Premier Président de la Coui* impériale, — du Procureur-général près la 'Cour impériale,

— du Préfet du département, — du Commandant supérieur du Génie, — de l’Inspecteur des Travaux publics, — de rinspecteur général des services financiers,

— du Recteur de l’Académie d’Alger, — du Chef du Bureau politique, — du Contre-Amiral commandant supérieur de la marine, — de l’Intendant militaire de la division, — des chefs de service de toutes les parties spéciales des administrations civiles et financières.

C’est aussi le siège de la Cour impériale, — d’un Tribunal civil de première instance, — d’un Tribunal de police correctionnelle, — d’un Tribunal de commerce,

— de deux Justices de paix (canton S., canton N.), — d’un Conseil de guerre et d’un Conseil de révision.

La police municipale est exercée par un commissaire central , ayant sous ses ordres six commissaires de police.

NOTE HISTORIQUE. — Alger a été fondé par des compagnons d’Hercule le Lybien, qui , au nombre de vingt , quittèrent l’armée de ce héros, et se fixèrent dans l’endroit qu’on nomma plus tard Icosium, de leur nombre (Eicosi, vingt)] les Romains ayant ainsi latinisé le mot grec.

La ville âi'IcoHum fit partie de la Mauritanie Césarienne. A la chute de l’empire, elle devint la proie d’un chef vandale qui la détruisit, mais elle ne tarda pas à sortir de ses ruines,

et, à l’époque de ririvasion arabe, elle devint la propriété des Beni-Mezrr’anna. Elle dépendit longtemps du royaume de Tlemsen, et formait l’apanage du deuxième fils du roi de ce pays. Lorsque les princes de Tunis eurent soumis Tlemsen à leur puissance, et transporté à Bougie les privilèges des Beni- Mezrr’anna, les habitants de la ville que possédaient ces derniers, payèrent une redevance , au prix de laquelle ils se trouvèrent libres , et, à la faveur de la tribu des Oulad Tchaliba , dont une famille, les Béni Teiimi, était établie dans la plaine de la Métidja, ils se déclarèrent indépendants, et armèrent des navires pour la course. Pour arrêter ces corsaires, les Espangols, avec Pierre de Navarre, sous le règne de Ferdinand V, vinrent élever un château, dit le Pégnon^ sur un des îlots qui étaient en face de la ville , désignée alors sous le nom de Djezaïr Béni Mezrr’anna (les îles des enfants de Mezrr'anna), d’où l'on a fait, par abréviation, El-Djezaïr (Alger).

Le cheik des Oulad Tchaliba , Sélim el-Teumi , qui prenait le titre de roi , et avait consenti à payer un tribut aux Castillans, appela à son secours Baba Haroudj (Barberousse) . Ce pirate, malheureux devant Bougie, accourut de Djidjeli à Alger. Ses efforts furent encore inutiles contre les remparts dont les Chrétiens avaient entouré l’écueil où s’élève aujourd’hui la tour du phare. Pour tout exploit, il étrangla au bain, Sélim, dont il fit pendre le cadavre aux créneaux de la porte Bab-Azzoun. Le fils de Sélim s’enfuit en Espagne, où il obtint 10,000 hommes, sous la conduite de Diego de Vera , et ne tarda pas à débarquer devant Alger (1515), avec ces forces qui furent repoussées dans leurs navires et anéanties dans la bourrasque

?iui les accueillit au large. Khaïr-ed-Din, après la mort de son rère Barberousse, eut un succès pareil (1517) sur Hugo de Moncade, réduit en esclavage avec toute son armée , après la perte de leurs vaisseaux. 11 prit enfin, sur Martin de Vargas, la forteresse du Pégnon , en mai 1520, aidé par un corsaire français, dont le canon rasa en partie la forteresse. 11 établit alors, en trois ans , au moyen de trente mille esclaves chrétiens, le môle qui forme l’ancien port. Il fut remplacé par le vieil eunuque Hassan , en sa position de pacha d’Alger, d’après les ordres de l’empereur de Constantinople, auquel il avait fait hommage de son trône. Charles-Quint, enflé de la gloire que son heureuse expédition contre Tunis lui rapportait dans toute la chrétienté , débarqua devant Alger, le 23 octobre 1541, à la tête d’une armée de 25,000 hommes , la plus belle que l’on eût vue depuis longtemps. Toute l’élite de la noblesse de l’Europe faisait partie de ce magnifique armement. Vaincues par un orage, ces bandes célèbres se retiraient en déroute, le 27, et le 29, se rembarquèrent à Matifou, sur les débris de leur flotte dispersée par une tempête.

Alger, depuis ce moment, devint le plus redoutable repaire

de pirates qui fût au monde. Hassan conquit Biskra, Mostaganem, Tlemsen, et mourut à 56 ans. — Son successeur, Hassan, fils de Kliaïr ed-Din, marcha contre le chérif de Maroc, dont il rapporta la tête à Alger (1544). Rappelé par suite d’intrigues de cour, il revint à quatre reprises au pouvoir, et se montra toujours digue de sa naissance, par son courage et la vigueur avec laquelle il poussa ses entreprises. — Salah Raïs, qui reprit Bougie aux Espagnols, mourut de la peste à Matifou (1555). — Mohammed Kordougli fut assassiné à coups de lance, dans le marabout de Sidi Abd el-Kader el-Djilani, à la porte Bab Azzoun, où il s’était réfugié (1556). — Mohammed, fils de Salah Raïs, embellit la ville, purgea la campagne des brigands qui l’infestaient, et fut destitué à cause de sa sévérité (1567). Ali Fortas, célèbre corsaire, se distingua à Lépante, où il commandait la flotte musulmane (1571). 11 ravit à la galère capitane de Malte, la statue de St-Jean, qui en décorait la proue, et vint pendre ce trophée à la porte de la marine d’Alger. — Hassan, renégat vénitien, pilla les côtes d’Espagne, d’Italie et de Sardaigne (1582). — Memmy et Akmed Turqui, passèrent successivement du gouvernement d’Alger à celui de'runis (1583).

— Chaban et Mustafa (1592), se firent aimer par leurs vertus.

— En 1601 , Doria paraît devant Alger avec des Espagnols qu’il rembarque, de crainte des vents contraires menaçant ses vaisseaux du même malheur que ceux de son oncle, soiis Charles-Quint. En 1616, le magasin des poudres saute, et l’année suivante, M. de Beaulieu, ayant à venger des insultes faites à notre consul et à nos marchands, vint couler quelques bâtiments. — Le 21 mars 1619, un nouveau traité de commerce, fort inutile par ses effets, est signé entre Louis Xlll et le pacha Hussein el-Cheikh. — L’amiral anglais Robert Mansel, ayant à obtenir aussi un traité, parut devant Alger, avec 2() vaisseaux (1620). — M. Ghaix, vice-consul de France, fut massacré l’année suivante, par représaille d’un pareil crime, commis à Marseille, sur des sujets de la Régence. En 1624, l’amiral hollandais Lambert se montra avec six vaisseaux. — C’est en 1626, que les Koulour’lis, fils des Turcs, exclus de tous les emplois, se révoltèrent et furent presque tous massacrés. La milice des janissaires, après cette barbare exécution devint intraitable. En 1629, elle renvoya à Constantinople le pacha Younès, qui ne lui plaisait pas, et, en 1631, mit en prison le pacha Hassan, qui n’avait pas été en fonds pour faire la solde. M. Blanchard, consul de France, fut mis aux fers, la piraterie se montra plus audacieuse que jamais. En même temps, la disette désolait le pays, et les pachas, aggravant les maux de leurs administrés, frappaient des contributions excessives. — Dans les deux années 1631 et 1634, l’incendie éclata à la Kasba. — Des navires français, en 1637, prirent le pacha Ali, qui venait de Constantinople. Un tremblement de terre renversa Alger presque tout entier, et les habitants, fuyant

leur pays, que ravageait la peste, furent battus sur mer par les Vénitiens, et sur terre par les tribus de Constantine, émigrant en masse pour chercher du pain. Les Janissaires se révoltèrent alors contre le pacha. La Porte en envoyait un nouveau presque tout les ans. — En 1650, les esclaves eux -mêmes, rompirent leurs fers, et commirent les plus grands excès ioints aux ravages^de la peste, qui reparut et régna jusqu’en 1654.

Enfin, Khelil se mit à la tête d’un mouvement qui eut pour résultat d’annihiler le pacha, et mit le gouvernement entre les mains d’un conseil d’officiers faghmj, qui le massacrèrent quelques jours après (1660j. Toutefois, le Grand Seigneur approuva celte modification dans l’administration, et envoya, en qualité de pacha, Ismaïl, homme nul, qui n’était que le représentant du sultan, sans exercer aucune autorité. Ramdan, Chaban, Ali, qui se succédèrent à la présidence du conseil des aghas, furent tour-à-tour massacrés en plein divan. A cette époque, le chevalier Paul, commandeur de Malte, nettoya la mer avec 15 vaisseaux, qui anéantirent beaucoup de corsaires. A la suite de l’expédition du duc de Beaufort sur Djidjeli, la paix fut signée avec la France, le 17 mai 1666.

Les janissaires, simples soldats, remanièrent encore, en 1671, le faîte du pouvoir ; ils nommèrent l’un d’entre eux, Hadj Mohammed Trik, pour commander dans le divan, sous le nom de Dey (patron, protecteur). — L’amiral anglais, Edouard Sprag, et l’amiral hollandais, Ruyter, manœuvrèrent dans la baie d’Alger, doublement menacé par la peste et l’incendie. La poudrière sauta (1677), et le dey, effrayé de tant de malheurs, s’enfuit à Tripoli. — Duquesne vint bombarder, le 4 septembre 1682, et le 26 juin 1683; Baba Hassan, dey, fut poignardé par MezzoMorto,. au moment de ce dernier châtiment, et son assassin, poursuiyant le cours des crimes les plus atroces, fit mettre à la bouche d’un canon le P. Levacher, consul de France, et massacrer 25 Chrétiens. Lorsque le marchai d’Estrée vint bombarder, de nouveau, du D*" au 16 juillet 1688, les mêmes scènes d’horreur se renouvellèrent, et M. Piolle, consul de France, périt de la même manière, avec 39 de ses compatriotes. Mezzo Morto réunit en ses mains les pouvoirs de pacha et de dey, et après quelques mois de règne, disparut toiit-à-coup. Durant les dernières années de ce siècle, ce ne sont que des assassinats qui s’alternent avec des combats contre Tunis et Maroc. — En 1700 l’Anglais Beach vint couler 7 frégates. — La population d’Alger est décimée par la peste, et les deys subissent le cordon, l’exil ou la prison, lorsqu’ils ne sont pas'^en mesure de payer la solde aux troupes. — Le bey d’Oran, venu en armes contre Alger, essuya une grande défaite sur les bords de l’Hari'ach (1710). et sa tête fut attachée à la porte Bab Azzoun.

Ali Ghaous, dey, renvoya alors à Constantinople Baba Bou- Sebà, qu’on envoyait en qualité de pacha, et obtint qu’à l’avenir, le dey serait investi de cette dignité après son élévation

à ce poste par l’élection des Janissaires tenant garnison à Alger, et y demeurerait le seul maître. — Le grand tremblement de terre qui détruisit toute la ville, en 1716, ne parut pas, aux yeux des musulmans, d’un bon augure pour ce nouvel arrangement. — Mohammed EtTendi, qui succéda et eut à lutter 3 ans contre une disette affreuse, tit un traité de paix avec la France, le 23 décembre 1719. Fort débauché, il reçut la punition de ses galanteries : il fut tué d’un coup de fusil, en passant devant la caserne de la porte de la Marine (1724). — Des froids excessifs se firent sentir en 1726; Alger était étouffé sous la neige. Le dey Carabdy ne \oulut pas laisser débarquer Azlan Mohammed, que le Grand Seigneur envoyait avec le titre de paciia, pour rétablir cette position dans la Régence; il mourut tranquillement dans son lit en 1732. 11 fut loin d’en être ainsi pour ses successeurs: le 23 août, jour de sa mort, six furent élus et massacrés dans la même matinée; Ibrahim , le septième, demeura souverain. Sous son règne, la peste et Id guerre contre Tunis furent les événements les plus remarquables. — Ibrahim Khaznadji, son successeur, (1745), fut aussi heureux que lui contre Tunis et Tlemsèn, et mourut d’apoplexie (1748). — Mohammed, surnommé 11 Retorto, poète vertueux, vint après. De son temps, une éclipse de soleil épouvantable jeta la terreur dans le pays (1753). Des froids rigoureux, la neige, la glace, étonnaient les habitants. 11 fut assassiné Tannée suivante. — Ali , dey, qui fit la guerre avec bonheur contre Tunis, accabla d'outrages nos consuls (1757). L’escadre du chevalier Fabry vint l’obliger à des excuses humiliantes (1766). — Mohammed ben Ütsman, son successeur, ne remporta aucun avantage dans sa longue guerre contre les tribus. Il vit les Danois faire une vaine démonstration contre Alger en 1770, et, en 1775, fut témoin de la désastreuse expédition des Espagnols, sous la conduite d’O’Reilly, qui se rembarquèrent en désordre au nombre de 22,000, après avoir perdu 4,000 hommes dans la plaine de Mustapha pendant six heures de combat. Ils revinrent bombarder deux fois, en 1783 et 1784, avec l’amiral Barcelo. — Baba Hassan, en 1793, fournit des grains à la France, et en 1798, Mustapha, son successeur, se voit forcé à nous déclarer la guerre, par suite de l’expédition d’Egypte. —En 1800, un armistice fut signé. — Le fléau des sauterelles dévastales campagnes; Tarn irai INelson, en 1804, vint menacer Alger avec une flotte formidable. — L’année 1805 fut fatale aux Juifs; ils furent tous pillés, et Busnach. leur chef, fut assassiné comme ami des Français. —Les deys Ahmed (1808), Ali Khodja Gharsol, (1809), Hadj Ali (1815), et Mohammed Khaznadji, furent étranglés les uns après les autres. — Omar agha, enfin élu, accorda au commodore Décatur que les Etats-Unis seraient affranchis de toute redevance auprès du divan. Lord Exmouth vint dicter les conditions de la sainte-alliance relativement à l’abolition de l’esclavage des blancs. Mal accueilli, iS

revint bombarder Alger (1816), avec Tamiral hollandais Van- Den-Gapellen. - Les sauterelles reparurent avec la peste, el Omar lut étranglé le 8 septembre 1817. On élut à sa place Megheur Ali Khodja, maniaque sanguinaire qui, en une nuit, transporta le siège du gouvernement à la Kasba. Dans l’intérêt des mœurs, il exila toutes les femmes publiques à Cherchel, ce qui causa la révolte des Turcs, qmi se réunirent hors d’Alger, el vinrent former le siège de la Kasba. Ali y mourut de la peste au mois de février 1818. — Hussein lui succéda sans élection régulière et se tint enfermé dans la forteresse. 11 accueillit mal les amiraux Jurieu et Freemaritle, lorsqu’ils vinrent le sommer d’arrêter la piraterie. —Ce fut le 30 avril 1827 qu’eut lieu la violente discussion avec le consul de France, relative au paiement arriéré de la fourniture des grains, à la suite de laquelle la guerre fut déclarée. L’amiral Collet vint recueillir tous les nationaux (21 juin 1827), et commencer le blocus. L’amiral La Bretonnière le maintint (1829). Le 14 juin 1830, enlin, 35,000 Français, sous les ordres du lieutenant-général de Bourmont, prenaient terre à Sidi-Ferruch. Le 19, on gagnait la bataille de Staouéli , le 24, celle de Sidi Khalef ; le 4 juillet on prenait le Fort l’Empereur, et la ville était rendue le 5. L’ex-dey Hussein fut déporté en Italie le 17.

H nous est agréable de terminer le sommaire de tant d’événements violents, souvent déplorables ou sanglants , par le souvenir d’une haute faveur qui s’est inscrite en caractères ineffaçables dans la mémoire reconnaissante des habitants de la ville d’Alger.

Le 17 septembre 1860, S. M. l’Empereur Napoléon 111, cédant aux vœux qui l’appelaient sur le rivage africain, arriva en vue d’Alger, accompagné de l’Impératrice. LL. MM. débarquèrent au milieu des acclamations les plus vives, et, après une courte station à la cathédrale, étaient reçues dans le palais du gouvernement préparé pour leur séjour. “A midi , le Beyde Tunis entrait dans le port. H descendait à la préfecture et se rendait immédiatement auprès de l’Empereur pour le saluer. Le 19 septembre, à neuf heures du soir, LL. MM. reprenaient la mer, quittant Alger qui avait compté sur un plus long séjour de ses augustes hôtes.

Le 3 mai 1865, l’Empereur honorait de nouveau Alger de sa présence et, après diverses excursions dans l’intérieur de la province, faisait diriger, le 14, la flottille impériale sur Oran. Bevenu par mer le 23 , il partit par la même voie pour Stora le 27.

POPüLATioiî. La population de la ville d’Alger y compris celle du faubourg Bab-el-Ouecl et de la banlieue (quartiers de l’Aga et d’Isly), est de :

Français . 16,56î

Etrangers . 16,003

Israélites . 6,565

Musulmans . 9,491

Population en bloc . 3,699

Total.' . . 5?, 319

BAIE B*Ai.GER. La baie d’Alger occupe un espace de 8 à 9 milles, de l’E. à l’O., et sa profondeur est d’environ 4 milles. Elle n’offre aucun mouillage assuré contre les gros temps de l’hiver; car on ne peut nulle part s’y mettre à l’abri des coups de vent du N. Durant la belle saison, on mouille partout indifféremment, dés qu’on est à la distance d’I mille à 1 mille 1/2 de la côte. Au N. du phare toute la côte est rocailleuse; on n'y mouille jamais.

Au S.-S.-O. du phare, à la distance d’un mille environ, est le fort Bab-Azoun, construit sur le roc, à la naissance de la jetée du S. Au S. de ce fort, la côte forme une petite anse où l’on croirait, au premier abord, que le bâtiment pourrait trouver un abri; mais pendant les grands vents du N., il y a un ressac trèsdangereux. La côte continue à être rocailleuse jusqu’à l’embouchure d’un ravin assez profond , qui conduit à la mer les eaux pluviales des hauteurs voisines; ensuite commence une grande plage qui tourne à l’E.-S.-E., et se courbe insensiblement en remontant enfin vers le N. jusqu'à l’Gued-el-Khremis , formant ainsi la plus grande partie du circuit de la baie. Celte plage conserve presque

partout une grande largeur. Elle doit être redoutée par les baigneurs.

L’embouchure de l'Harrach se trouve presque au milieu de la baie; elle est souvent obstruée par un banc de sable que les vagues y forment et que les eaux de la l'ivière emportent tous les ans à l’époque des pluies. A l’E. de l’Harrach la plage commence à se relever vers le N. 2 milles et 1/2 à 3 milles plus loin, elle est interrompue par un pâté de roches basses, où l’on a bâti le Forl-de-l’Eau. Un joli village portant le même nom, est assis en avant , en face de la mer. A l’Oued-el-Khremis, |e sable disparaît entièrement. Là c’est une falaise qui, s’élevant graduellement jusqu’au cap Matifou, dans une direction N. et S., ferme la partie orientale de la baie d’Alger.

Le port d’Alger est entièrement artificiel. H se composait, à l’arrivée des Français, d’une jetée de 210 mètres environ de longueur, allant del’O. à l’E. bâtie par Khaïr-ed-Dîn Barberousse, en 1518, au moyen de quelques îlots reliés ensemble , et rattachant la ville au château du phare. Ce fort fut bâti par Pierre de Navarre; il est élevé sur un groupe de rochers qui a, du N. au S. une étendue de 350 mètres formant un coude à partir du château, sommet de l’angle, et qui, tlé- {•hissant en pointe de musoir, revient vers la ville. Entre cette extrémité, où sont les forges de l’artillerie , et l’avancée où se trouve le bureau de la santé, est l’entrée de ce vieux port , dit Darse des Turcs.

Dès l’année 1836, divers projets pour l’enroGhemenl

de celte partie du môle, qui est ramenée du N. à TE., vers l’intérieur de la baie, par une déviation d’environ 40», ont été mis à exécution. Des blocs de béton , de 14 mètres cubes, ont été lancés à une profondeur de 10 à 30 mètres, et forment une digue qui porte le nom de jetée du N. Son développement est de 700 mètres; à la pointe s’élève un fort. Un prolongement de plus de 200 m. vers l’E., sera donné à cette digue.

La jetée du S. a un développement de 1235 mètres ù partir de Tangle S.-E. du fort Bab-Azoun. Elle se compose de deux branches faisant entre elles un angle de 97o 15’. La branche d’enracinement a une longueur de 500 mètres. Elle est orientée E. 15° S. La branche du large, à partir d’un fort dit du coude, prend la direction du N.-N.-E. Elle présente un développement de 735 mètres. Un fort se dresse à son musoir. Il y a 340 mètres de passe entre les musoirs des deux jetées. Les profondeurs d’eau, sur la branche d’enracinement sont de 13 à 14 mètres au milieu , et de 18 mètres à l’extrémité. Sur la branche du large, entre le coude et le musoir, elles sont comprises entre 18 et 23 mètres. L’élévation des deux jetées au-dessus du niveau de la mer est de 3 mètres.

La longueur des quais, au pied du boulevard de l’Impératrice , depuis le fond du port jusqu’à la Santé, et de ce point jusqu’à l’origine de la rampe Bab-Azoun, est de 700 mètres. La profondeur de l’eau est, en moyenne, de 2 mètres 15 cent, sur le devant de ce premier alignement, et de 5 mètres 30 cent, pour l'autre.

Sur ce dernier développement le commerce trouve 5 sa disposition un quai très-large , qui est accostable suivant les besoins, par les navires marchands du plus fort tonnage.

Le port, ainsi constitué, a une étendue de 95 hectares. Il peut contenir 40 bâtimens de guerre et 300 navires de commerce de 100 à 150 tonneaux. En 1866, lin septembre, il était entré 173 navires à vapeur et 639 voiles. — 11 était sorti 176 vapeurs et 634 voiles. On a élevé, au milieu du port, une batterie sur un rocher nommé el-Djefna.

QUARTIER DE EA MARmE. A partir du point où la jetée du N. se rattache à l’entrée de l’ancien port, on trouve des batteries formidables défendant la baie. Quelques grotesques peintures du temps des Turcs se voient encore aux voûtes massives des portes extérieures de ces fortifications. Tous ces bâtiments sont actuellement occupés par l’administration delà marine, qui est parvenue à les utiliser pour magasins, ateliers , bureaux ou logements. Quelques travaux de carénage pour la marine impériale, ont lieu sur le quai qui suit ce prolongement.

Au point le plus avancé vers le N., la tour du phare est élevée sur les fondations de la forteresse espagnole dite le Pégnon, prise en 1520 par Khaïr ed-Dîn Barberousse. La construction actuelle est l’œuvre de son fils Hassan-Pacha, en 1544. La tour est octogone. Le phare, qui a 35 mètres d’élévation au-dessus du niveau de la mer, est éclairé par un feu tournant, de quatrième

grandeur, dont la portée est de 5 lieues, et dont les éclipses, se succédant de demi-minute en demi-minute, ne sont totales qu’au-delà de 2 lieues. Des batteries et un parc d’artillerie occupent l’intérieur de cette tour.

Au fond du port, et à l’endroit où le jetée Khaïr ed- Dïn joint l’emplacement de la tour du phare, est un débarcadère voûté, au-dessus duquel se voit un pavillon carré, couronné d’une coupole. Il a été bâti par Hussein, le dernier dey. Il servit de demeure au ministre de la marine du temps des Turcs, et, depuis l’occupation française, a été affecté à l’habitation du contreamiral commandant supérieur de la marine impériale.

Des hampes de pavillons, pour les signaux, s'élèvent au-dessus de celte construction. L’état-major de la marine et un tribunal maritime, occupent les maisons voisines. Le corps de la marine occupe aussi un magasin faisant face au Sud, s’étendant tout le long du quai de l’E. à rO., où sont établis les bureaux de l’inscription maritime, de la direction du port et des armements, un corps-de-garde de marins et autres postes de service. Un autre magasin parallèle règne à la partie supérieure de celte jetée, du côté du Nord. Il est affecté aux objets de campement qui arrivent ou qu’on embarque, à l’entrepôt des subsistances militaires et aux magasins du génie.

Sur un petit môle qui, s’avançant de l’O. à l’E. formait l’ancien port, apparaît un monument à colonnes, à l’instar d’un temple grec. Cet édifice est affecté au ]o-

genieiil du directeur du port et au service de îa santé. A la pointe de l’avancée est une petite pyramide en marbre blanc, ornée de couronnes de chêne et de lauriers, dont le socle, accosté de deux bassins avec têtes d’anubis en bronze, a été disposé à usage de fontaine. Cet espèce de cénotaphe est élevé à la mémoirç de Charles de Lyvois, capitaine d’artillerie, mort à 33 ans, victime de son dévouement, dans la tempête du 1 1 février 1835, ou quatorze navires de commerce et un aviso à vapeur de l’État se brisèrent dans le port.

En suivant le nouveau quai, qui s’avance au S. et iléchit à l’E , on longe à gauche, du côté de la mer, un premier bassin pour le déchargement des petits navires de commerce, — puis, l’entrepôt de la Compagnie de la navigation mixte, — îa Douane, — l’entrepôt du service maritime des Messageries impériales, — un second bassin. Les chantiers pour la construction delà gare du chemin de fer, font régner plus loin une grande activité. Plus loin encore, on parvient aux deux bassins de radoub, grande et petite forme, qui sont une œuvre gigantesque, en face du fort Bab-Azoun. On est arrivé à ce point en longeant, vers la ville, du côté droit, à partir du fond de l’ancien port, toute l’étendue du boulevard de l’Impératrice, développant ses arceaux où sont installés des docks, des bureaux pour la navigation commerciale, des magasins pour le lestage des navires, — la succursale de l’usine du gaz à l’agha, des entrepôts pour le gréement — et diverses industries.

Tœs maisons de la ville, des galeries de mosquées,

les balustrades du boulevard et autres constructions importantes, dominent et couronnent tout ce parcours.

S. M. l’Impératrice a posé la première pierre du boulevard honoré de son nom, le 18 septembre 1860. Ce boulevard s’arrête au magasin du campement. Les travaux qui ont 2,000 mètres de développement, auront un prolongement de 800 mètres, pour former la ligne de défense.

ENCüZBiTE. La ville d’Alger a deux enceintes : les anciens remparts, et les nouveaux, qui doublent l’étendue de la cité. Hassan, en 1540, éleva le mur, long de 900 mètres, au N. -O., et de 750 au S. -O., creusa les fossés remplis de verdure et de jardins, qui enveloppent encore Alger du point culminant de la Kasba au Fort-Neuf, vers le N., à la nouvelle rue Napoléon, vers le S. Cette muraille, double et triple en quelques endroits, est couronnée de créneaux, percés eux-mêmes de meurtrières et coiffés d’un sommet en triangle qui leur donne l'apparence d’autant de guérites de pierre. Elle renfermait 50 hectares 53 centiares. Les anciens remparts avaient cinq portes.

La Kasba était devenue le lieu de la résidence du souverain d’Alger, depuis la translation (novembre 1816), du siège du gouvernement dans cette citadelle par Megheur-Ali, craignant autant les conspirateurs que la peste qui désolait alors le pays. Ce fut dans cette forteresse que Hussein-Dey se rendit coupable envers la France de l’injure qui amena son expulsion ; mais on ne trouve plus guère de vestiges de son séjour

flans cet édifice, qui est devenu une caserne. La porte du château existe encore, bardée de tôle, peinte en vert et fermée par une chaîne avec cadenas, suivant l’usage des Maures. Elle est surmontée d’une inscription arabe et d’une galerie mauresque en bois, où brûlait le fanal et se déployait le drapeau, double emblème de la puissance souveraine. On voit encore dans la Kasba un minaret assez gracieux, quelques arceaux à colonnes de marbre, et des peintures de plafonds qui s’effacent, — un jardin privé, dont les murs intérieurs sont recouverts de carreaux vernissés et entourent une vasque de marbre. Mais il faut renoncer à retrouver le célèbre Salon des Miroirs^ où quatre-vingts pendules sonnaient midi durant une heure, et le kiosque où le prince barbare s’emporta contre le consul Deval. Des caveaux qui renfermaient le trésor, gardent cependant quelques traces de leur ancienne destination. Tout cela est encastré, perdu, dans des transformations à la française, des chambrées de soldats, des cantines, des salles de police. Les militaires et les gens qui vinrent à leur suite au moment de la conquête du pays, n’y ont rien estimé digne d’aucun souvenir. La demeure du commandant du fort est encore belle et riche de perspective.

Les Français ont fait passer une route au milieu du château de la Kasba, qu’ils ont ouvert par deux portes, vis-à-vis l’une de l’autre, vers l’O. Ils ont encore percé une autre petite porte dans l’ancien rempart non loin du fort, et au-dessous vers le N., qui est nommée Porte de la Yictoire,

La nouvelle enceinte commence au-dessus de la Kasba cl du quartier des Tagarins, à l’endroit où sera bâtie une citadelle heptagonale, et descend vers la mer, sur deux lignes, dont l’une, N.-O., de 1,600 mètres, atteint la plage Bab-el-Oued, et l’autre au S.-O., de 1,500 mètres, se termine au fort Bab-Azoun.

Les remparts, bâtis en pierres, soutiennent des boulevards sinueux, plantés d’arbres et bordés de rigoles maçonnées qui contiennent les eaux descendant le long des mille lacets de cette promenade magnifique, d’où la vue embrasse toute la ville et l’immense horizon de la mer. Des jardins, des vallons, des fontaines, des maisons champêtres, du côté du Sud ; deux grandes routes impériales qui partent, l’une du quartier Bab- Azoun, et l’autre de Bab-el-Oued, pour se réunir à la porte du Sahel, sont enfermés dans cette défense, qui a un circuit de plus de trois quarts de lieue sur un plan très-incliné. Treize forts bastionnés, suivant le système de Yauban, viendront encore s’ajouter à cette œuvre formidable, qui enveloppe aussi le Fort-Neuf, bâti à Bab-el-Oued par le dey Mustapha. Il sert aujourd’hui de prison aux militaires condamnés aux travaux.

Le fort Bab-Azoun, au bord de la mer, fut bâti avec les ruines de Rusgunium par Hassan pacha, renégat vénitien, en 1582 ; augmenté en 1798 par le dey Mustapha, il fut réparé en 1816 par des officiers du génie exilés de France pour cause politique. On en a fait une prison pour des militaires.

Les portes de la nouvelle enceinte sont :

La porte Bab-Azouii, au S., auprès du fort de ce nom, qui n’est qu’une ouverture dans la courtine du rempart, que l’on nomme aussi Passage de Constantine.

La porte de Constantine, dite d’/s/ÿ, à peu de distance au-dessus vers l’O. ; construction monumentale d’un effet grandiose, qui ouvre deux portiques ornés de colonnes et couronnés d’entablements;

La porte du Sahel, plus à l’O. encore ;

La porte Valée, au N.-E., vers Bab-el-Oued ;

La porte Bab-el-Oued, à peu de distance de la plage.

pBVSzosîOBXXE I.OCAI.E. 11 n’est guère possible à un Français d’entrer dans Alger sans éprouver une profonde émotion. La vue de tant de travaux opérés pour transformer une ville barbare en capitale d’une nouvelle France, pénètre d’un noble attendrissement et d’une généreuse confiance que l’iiabitude n’use quelquefois pas, même après de longues années d’efforts sur cette terre d’avenir.

L’intérieur de la ville d'Alger présente un grand disparate dans son aspect : ici des rues larges et nivelées, parfaitement alignées, bordées de constructions neuves, arcades, et d’une architecture toute européenne, souvent élégante; là, des ruelles étroites et tortueuses que des maisons mauresques, appuyant leurs murs l’un contre l’autre aux étages supérieurs, privent quelquefois d’air et de clarté. Ces labyrinthes escaladent des pentes rapides, et aboutissent presque toujours à des impasses.

Du reste Alger, la capitale de l’Algérie, ne semble

exister que dans cet espace aplani qui s’étend du fort Bab-Azoun à Bab-el-Oued, et à la naissance du rocher incliné sur lequel sont assis les deux tiers de la ville. Les Romains n’en occupèrent pas davantage.

RUES. Les belles rues sont : la rue de la Marine, conduisant du port à la place du Gouvernement ; toutes les ruelles qui desservent le quartier marchand de la ville, tombent dans cette rue où règne un air de solitude aux heures et aux jours de repos.

La rue Bab-el-Oued se montre plus fréquentée; elle joint la porte de ce nom, qualifiée aussi Place d'armes^ vers le N., à la place du Gouvernement.

La rue Bab-Azoun, qui part de la place du Gouvernement et va joindre la place Napoléon au S., — la rue Napoléon qui va de la place Malakoff à celle de la Lyre, — sont les plus populeuses d’Alger. Gomme les deux autres, elles sont bordées d’arcades, promenoirs à l’abri du soleil et de la pluie, où se presse la foule à toute heure.

La rue de Chartres, parallèle à la rue Bab-Azoun, est toujours encombrée de la population qu’attire le petit commerce ; elle longe la place de Chartres où se tient le marché aux légumes.

La rue Juba, entre la rue de Chartres et la place du Gouvernement, — la rue Neuve-Jénina, la rue du Yieux-Palais et la rue Mahon qui aboutissent à la rue Bab-el-Oued, — la rue Cléopâtre; — les rues Bugeaud, d’Isly et de Tanger, au nouveau quartier Bab-Azoun , sont de larges rues, nouvellement construites, qui

feraient honneur aijx plus grandes et aux plus belles villes.

La rue de la Kasba, qui montait par 497 marches, de la rue Bab-el-Oued à la Kasba, élevée à 118 mètres audessus du niveau de la mer, — la rue de la Porte-Neuve, qui descend le long du même coteau, — la rue des Consuls, etc., ont aussi quelques constructions neuves d’une grande élévation.

La rue Randon qui s’ouvre de la place de la Lyre à la Synagogue, rue Galon, se borde de maisons d’une grande importance par leur aspect.

C'est dans le haut de la ville qu’il faut voir ce que c’est qu’une rue, ainsi que l’entendent les Maures. La rue Kléber, qui est restée une des plus grandes et des plus belles voies de communication dans ce genre, pourra donner une idée de ce qu’il a fallu faire pour transformer la partie inférieure d’Alger comme on la voit aujourd’hui.

MAisoMS. Généralement, les maisons françaises de la partie basse d’Alger ont une belle apparence et sont assez commodes. C’est au quartier Bab-Azoun, aux approches et aux entours des places d’Isly et du Gouvernement, que s’élèvent en plus grand nombre les constructions remarquables avec façades ornées de sculptures, de niches monumentales pour statues, de fenêtres à balcons, corniches et consoles sculptées, dont rarchitecture ne manque pas de grandiose.

Les maisons mauresques sont bien autrement riches et curieuses. Elles sont bien différentes de celles en usage au-

joîird’hui en Europe; les maisons romaines, les anciens monastères, les couvents avec leurs cloîtres, pourraient toutefois en donner une idée. Elles présentent, à l’extérieur, l’aspect d’une prison .-porte de chêne garnie de gros clous en fer et de guichets grillés; murs blanchis , percés de quelques fenêtres, fermées par de nombreux barreaux. Derrière une espèce de poterne s’ouvre un ou plusieurs vestibules sombres, dont le parallélogramme est bordé de bancs en marbre qui supportent des colonnettes formant une suite de petites niches. C’est là que les fermiers, clients et amis venaient visiter le propriétaire de la maison. Des lampes suspendues par des chaînes à la voûte cintrée, éclairaient cette salle d’attente d’où part l’escalier de la maison, qui conduit à une cour carrée, pavée de marbre ou de faïence vernissée; cette cour est au milieu d’une galerie de une, deux, trois et quelquefois quatre arcades à ogive, sur chacune de ses faces. Des colonnes torses à gracieux chapiteaux, de hauteur d'homme, soutiennent cette galerie dominée par un second péristyle décoré d’une balustrade en bois, travaillée avec goût. Les divers appartements de la maison prennent leur entrée et leurs jours sur cette galerie intérieure. Les portes sont à deux battants, garnis chacun d’une plus petite porte. Les fenêtres carrées et défendues par des grilles de cuivre ou de fer, sont fermées de vitres enchâssées dans des croisées que renforcent des volets de marqueterie. Les chambres sont hautes, étroites, et de toute la longueur de chacun des côtés de la maison. Vis-à-vis de la porte s’enfonce une niche où est placé d’ordinaire un divan. Vis-a-vis de chaque fenêtre, une retraite du mur ménage parallèlement une petite armoire. Aux deux bouts de chaque pièce règne, à quatre ou cinq pieds au-dessus du sol, une estrade cachée par un rideau pour recevoir les lits auxquels on parvient au moyeu d’une échelle. Quelquefois une étuve avec son plafond en dôme se trouve dans ces habitations, où de nombreuses retraites sont ménagées avec assez d’art. Le toit de l’édifice, où s’ouvre un portique du côté de quelque beau point de vue, est aplani en terrasse

Toutes les maisons mauresques sont établies sur le même plan, et ne diffèrent que de dimension et de magnificence. Ici telle partie est en brique, en pierre, en fer, qui ailleurs est en émail, en marbre, en cuivre, admirablement entretenus.

Les habitations de maîtres, à la campagne, sont conçues dans le même genre, quant au corps de logis, et répandent aux alentours des constructions pittoresques dans des sites romantiques choisis avec bonheur.

Nous indiquerons, comme maisons mauresques les plus dignes de l’admiration des européens : la maison provenant d’Hassan-Pacha, où demeure le Gouverneur-

Général. Les colonnes de marbre blanc à chapiteaux peints et dorés, qui forment le péristyle intérieur, aussi bien que les piliers de la salle à manger, sont d’une grande beauté ; une étuve mauresque, en deux cabinets, toute revêtue de marbre de Carrare, et dont le dôme en dentelle de pierre, soutenu par des colon nettes d’albâtre, laisse filtrer le jour à travers des vitraux azurés, se trouve dans un des détours de cette vaste demeure, pleine de réduits mystérieux, habilement ménagés. Les plafonds des appartements, sculptés en bois, sont richemens coloriés et rehaussés de dorures. Le génie militaire, dans rintention de donner une façade à cette habitation princière, a construit un bâtiment accolé contre, revêtu de marbre blanc, et percé de fenêtres qu’on dit être dans le goût vénitien. Ce travail a donné à rhôtel du Gouverneur général quelques corps-de-garde en plus , un escalier et une grande salle de réception étouffée par un plafond trop bas, mais, au demeurant, meublée avec magnificence.

L’archevêché , qui s’élève vis-à-vis , est remarquable par les délicates dentelles de stuc qui encadrent les ogives, et par son double portique, à la galerie supérieure.

Non loin , dans la rue de l’État-Major, est rancienne demeure de Mustapha Pacha, plus vaste que belle, où sont établis la Bibliothèque publique et le Musée. Auprès, est l’Intendance militaire, la plus vaste maison mauresque d’Alger. Le Tribunal de première instance qui communique avec la Cour impériale, dont l’entrée est dans la rue Bruce; l’hôtel du Sous-Gouverneur,

vîs-â-vis; les maisons du Général commandant du génie, rue Philippe, et celle du Secrétaire général du Gouvernement, rue de la Charte, sont toutes pourvues de charmantes colonnes en marbre blanc. La maison de M. le premier Président, rue Soegéma, possède un beau salon sculpté par M. Latour en architecture sarrazine, dans le goût de l’Alhambra.

D’autres maisons, importantes par leur étendue- et leurs ornements, jouissent de la vue ravissante de la mer, telle que la maison rue des Lotophages, où était autrefois la Bibliothèque, la plus riche de toutes en marbre blanc, entièrement garnie de faïence et d’émaux de couleurs. Quelques maisons, rues Bab-el-Oued et Bab-x\zoun, — celles qui entourent d’arcades la place du Gouvernement, bordent le boulevard de l’Impératrice, et diverses autres constructions dans les rues Napoléon et d’Isly, seraient qualifiées à Rome et à Florence du titre de palais.

PI.ACES. La place du Gouvernement a 130 mètres du N. au S., sur une largeur de plus de 85 mètres; elle est subdivisée en plusieurs parties par les rues Cléopâtre, de la Marine, Bab-Azoun et Bab-el-Oued, qui la traversent en divers sens, plutôt qu’elles n’y viennent aboutir. Un espace impénétrable aux voitures, présente un parallélogramme s’étendant en vue de la mer, au-dessus de magnifiques magasins voûtés, actuellenient affectés aux services de l’armée. On parvient à ces vastes casemates, par un escalier menant aussi à la poissonnerie. Le quadrilatère de la place

bordé par des candélabres de bronze éclairés au gaz, est marqué au N., au S. et à l’O., par une double rangée de platanes. Vers la mer se développent des garde-fous en fonte, espacés par des socles, portant des candélabres de même, comme toute la balustrade du boulevard de l’Impératrice au-dessus des quais. C’est vers la partie orientale de la place que s'élève, sur un piédestal en marbre blanc, la statue équestre du duc d’Orléans, fondue par M. Soyez, de Paris, avec du bronze provenant des canons pris à Alger. Cet ouvrage est dû au ciseau de Marochetti. Le groupe entier a 5 mètres et pèse 8,000 kilogrammes. Les faces du piédestal sont décorées de deux bas-reliefs en bronze, représentant au N. la prise de la citadelle d’Anvers, au S., le passage du col de la Mouzaïa.

La rue Cléopâtre vient joindre, à angle droit, la chaussée de la rue de la Marine qui traverse de l’E. à rO. la place du Gouvernement, et coupe ainsi en deux le vaste périmètre occupant l’emplacement du forum de l’antique Icosium. A l’E., c’est un espace planté d’orangers; à l’O., c’est une charmante promenade ombragée d’arbres de la même espèce, de palmiers, de bambous et pareillement défendue par des bornes de fonte. Au milieu, un jet d’eau épanche dans une coupe de fonte une onde qui tombe en cascade dans une vasque de granit. Quand la nuit, où le ciel laisse briller tous ses astres, on voit à la lueur des feux du gaz scintiller autour de cette élégante fontaine l’eau qui flotte en panache au moindre souffle

du veiil, le spectacle est vraiment féerique, bien qu'il ne soit guère animé que par la partie la moins brillante de la population qui s’est, comme exclusivement, adjugé les causeuses et reposoirs de cette ravissante oasis.

Au N., et ajoutant encore par la décoration de ses arcades et la vivacité de son éclairage au charme de cet endroit, règne la maison La-Tour-du-Pin, déployant sa façade sévère où s ouvrent de riches magasins.

Chaque heure amène sur ce grand théâtre son genre d’habitués ; le costume des personnages y change aussi souvent que l’aspect de la scène.

Le jour, on jouit de la vue de la mer qui fait miroiter au soleil sa surface d’azur chargée de paillettes d’or. Le navire à vapeur, en exhalant sa fumée, quitte le port sous les yeux des heureux oisifs qui voient, au même instant, les vaisseaux entrer dans la baie, à pleines voiles, se couronner de mille couleurs éclatantes, comme des corbeilles de fleurs, et, tout à-coup, enveloppés de blancs nuages, lancer pour salut leurs bordées retentissantes. La ville toute entière s’étage vis-à-vis en amphithéâtre, et semble ouvrir les yeux de toutes ses maisons pour contempler ce grand spectacle. Les coteaux verdoyants de Mustapha et la bordure sombre du Ljeurdjeura au lointain, encadrent ce tableau qui est un des plus riches sur lequel l'œil puisse se reposer.

Le soir, la place du Gouvernement se couvre de sièges pour la commodité des promeneurs fatigués. Dans les belles soirées de toutes les saisons, quand la

lune plane et que, en été, la musique exécute deÿ morceaux à grand effet, il est doux de se reposer là, sous les fraîches influences de la brise marine. Une guirlande de feux entretenus par les brillants cafés, — les portiques lumineux qui environnent la place, l’entourent de chatoyants reflets. Cependant la cathédrale d’un côté, et la mosquée de l’autre, se regardant immuables et tranquilles, au milieu de cette agitation des plaisirs, mêlent quelques idées graves aux pensées^ des amateurs de la promenade sur cette place qui est une des plus belles du monde.

La place de la Pêcherie qui n’est séparée de la place du Gouvernement que par la maison à arcades du café d’Apollon, formant saillie, est le lieu de station des fiacres en forme de calèches.

La place de Chartres, entre les rues de Chartres et Bab-Azoun, se rattache à cette dernière par un large escalier de 34 marches. Elle est bordée d’arcades sur trois de ses faces, au milieu s’élève une fontaine abondante, où l’eau s’épanche d’une double coupe en pierru dans un bassin quadrangulaire.

La place Malakoff, est un espace assez étroit entre fa Cathédrale, le palais du Gouverneur-Général, dont nous avons parlé à l’article Maisons mauresques, et l’Évêché, lequel offre, pour tout ornement extérieur, une porte dont l’encadrement est de marbre sculpté.

La place du Soudan, plus étroite encore que la précédente, n’en est séparée (jiie par un angle saillanfi (lu bâtiment de l’Évêché.

La place de la Victoire, devant la porte de la Kasba. du côté de la ville, n’est guère plus étendue que la précédente ; le portique en marbre où l’on a établi des écoles et des vestiaires d’enfants de choeur, qui fait face à l’entrée de l’ancienne demeure du dey, était le lieu où l’agha, général en chef des Turcs, tenait son tribunal dont la juridiction s’étendait sur toute la campagne environnante.

La place Bab-el-Oued, ou place d’armes, est un champ de manœuvres triangulaire, au bord de la mer, entre un marabout devenu le pied-à-terre, à Alger, des trappistes de Staouéli, et l’arsenal de l’artillerie qui contient une belle bibliothèque à la disposition exclusive des officiers de cette arme. Un peu plus à l’O., sur la route qui conduit à la Kasba, se trouve l'arsenal du génie. C’est sur la place Bab-el-Oued que les amateurs du jeu de boules se donnent rendez-vous. On voit dans l’enceinte de l’arsenal d’artillerie les derniers affleurements de la masse rocheuse où était assis le Fort des VingFQuatre^-HeureSy ainsi nommé du temps qu’y passaient au corps-de-garde les janissaires chargés de sa défense. Ce petit château mauresque avait été bâti, en 1569, par le pacha Ali el-Euldje. Ce fut le 27 décembre 1853, que, procédant à sa démolition, on découvrit par l’explosion d’un pétard qui fendit un bloc de béton dans le sens de la longueur, un squelette humain qui fut reconnu pour être les restes de Géronimoy jeune Arabe sacrifié pour la foi en Jésus- Christ, et maçonné dans le mur, le 18 septembre 1569,

ainsi que Tindiquait Thislorien espagnol Haëdo. Ces saintes dépouilles furent transportées triomphalement, le 28 mai 1854, par Mgr FÉvêque d'Alger, dans la cathédrale fl).

Il y a sur la place Bab-el-Oued des carrioles et des mulets pour les excursions vers FO.

La place Napoléon, ancienne place Bresson, traversée par la rue Bab-Azoun, s’étend sur l’emplacement des deux vieilles portes de la ville, entre le théâtre impérial , à FO., et un terrassement, à FE., en vue de la mer, désigné autrefois sous le nom de place du Bournoiis, et communiquant de plain-pied avec le boulevard de l’Impératrice. La place Napoléon est vaste, elle est le lieu de stationnement des carrioles et voitures publiques , et semble destinée à devenir la plus belle d’Alger.

La place d’isly, que traverse la rue de ce nom pour tarnduire à la porte de Constantine, entre une belle allée de caroubiers. Tout le côté 0. de son quadrilatère est bordé par le beau collège français-arabe et la maison du Mont-de-Piété. Au milieu surgit la statue du maréchal Bugeaud. Elle a été exécutée par M. Dumont, de Finstitut, et coulée en bronze par MM. Eck et Durand, fondeurs à Paris. Le maréchal est représenté dans son costume de guerre, bien connu de ses anciens compagnons d’armes ; il a la face tournée vers la ville, et peut être aperçu des deux extrémités de la belle

(î) Voir GéronvnOj ou le Martyr du Fort des Vingt-quatre-^ ]\eures, par M. Bekbruggkr,' 2*^ édition, Bastïde, éditeur.

voie qui conduit à la porte monumentale de Constaiiline. La statue, placée sur un piédestal de granit gris de mer, provenant du cap de Fer, d’après le dessin de M. Blouel, de l’Institut, est défendue par un grillage octogone en fonte, formé de flèches, de javelots et de piques en faisceaux à chaque angle. En revenant vers le centre de la ville et avant d’entrer dans la rue Napoléon, est la place de la Lyre, située au-dessus de l’escalier dit monumental, s’élevant derrière le théâtre. C’est le lieu de station des revendeurs et marchands de ferrailles.

PASSAGES. Il existe à Alger, plusieurs passages :

Le passage Caillot, qui met la rue des Consuls en communication avec la rue d’Orléans.

Le passage Duchassaing, qui communique avec la rue Bab-Azoun et le Boulevard de l’Impératrice, est couvert de vitres.

Le passage Mantout, communiquant avec la place de Chartres et la rue du même nom, — avec la rue et l’impasse Scipion. Il est habité par des Israélites tailleurs, et traverse une cour carrée.

Le passage Narboni. Des maures, marchands de tabac et de menus objets, ont établi leur commerce dans ce passage, à ciel ouvert, qui forme l'Y, — aboutissant aux rues Bab-Azoun, de Chartres et du Caftan.

Le passage Malakoff, entre les rues du Vieux Palais, Bab-el-Oued, Jénina, Neuve-Mahon, au centre duquel M. Picon a fait placer un buste en bronze du maréchal Pelissier, sur un cippe de marbre blanc.

Le passage Martinetti, qui n’a rien de remarquable, lait communiquer la rue Bab-el-Oued avec celle des Trois-Couleurs.

Le passage du Commerce, mettant en communication la rue de Chartres et la place du Gouvernement, traverse la maison de la compagnie Liaou Chich. Il est couvert de vitres.

Le passage Napoléon , parallèle au précédent , est recouvert d’un splendide vitrage; il est orné de sculptures, dallé de marbre, éclairé au gaz avec un superbe éclat; bordé de magnifiques magasins, c’est un des plus beaux ornements de la ville d’Alger. Le Cercle du Commerce y prend entrée.

ARCHés. Le marché pour les objets de consommation journalière , est tenu sur la place de Chartres. Il y en a un autre presqu’aussi important, sur la place d’Isly, où viennent les Arabes, qui y apportent des denrées de toute espèce ; c’est là que les touristes trouveront en tout temps des oranges succulentes et à trèsbas prix.

Le marché aux poissons est à la Pêcherie , près de la place du Gouvernement, dans les constructions du boulevard de l’Impératrice.

Le marché pour les fruits, le gibier et la volaille se lient au bas de la rampe de la Pêcherie.

Le marché aux bestiaux , établi à Mustapha , est fréquenté par 250 à 300 Arabes. Ce marché fournit, terme moyen , 80 taureaux, bœufs, vaches, veaux, et 100 moutons par jour.

Le marché aux grains et aux huiles, où les indigènes •apportent leurs produits, est établi dans des baraques, rued’Isly, non loin de la porte de ce nom.

Le bazar Parcifico , rue de Chartres , cour ronde , <’ouverle d’un toit en verre, une grille en fer à la porte, est occupé par des Arabes qui y font des burnous, y vendent des poteries du pays et de grossiers ouvrages <ie sellerie.

INDUSTRIE. Il n’y a de spécial à Alger, sous le rapport de l'industrie, que des confections isolées de broderies sur cuir, en oret en argent pour selles mauresques, portefeuilles, gibernes, pantoufles. On fait aussi des ceintures de soie brochées d’or, des essences de l'ose et d(y jasmin. Les Européens, et surtout les Maltais, se consacrent avec un entrain que le succès justifie , à desservir des débits de comestibles sous toutes les formes. Les tailleurs et les marchands d'habillements, d’étoffes et d’objets de luxe, ont aussi troiné à placer avantageusement les produits dont la vente les fait vivre dans les grandes \illes.

De nombreuses usines existent dans les environs d’Alger; quelques-unes sont très-importantes. Il y a des minoteries à vapeur, des fonderies de métaux , une verrerie, des savonneries, des tanneries, des usines opérant sur le palmier-nain pour en obtenir de la pâte à papier et du crin végétal, — des brasseries, des distilleries de sorgho, de figues, de caroubes et de fleurs odoriférantes, etc.

MONUMENTS PUBLICS. Alger est trop nouveau

encore entre nos mains pour que nous ayioiispu y Ibn- (1er beaucoup de monuments publics On y remarque cependant :

La cathédrale, sous le vocable de St-Philippe, sur la place Malakoff , n’est point achevée, bien que les fidèles puissent jouir de toute son enceinte. Le portail est décoré de quatre colonnes de marbre noir veiné de blanc, au-dessus de 23 marches de granit; il est accosté de deux tours mesquines et d’un style étrange. La voûte en stuc de la nef, sculptée par Fulconis et Latour, est soutenue par des colonnes de marbre blanc , dans le goût mauresque. Ces appuis soutenaient le d(5m(‘ d’une charmante mosquée située au même endroit , la Djema Ketchaoua , qui a servi de cathédrale pendant plusieurs années. Sous un nouveau dôme s'élève le grand autel au milieu d’un chœur décoré de quatre grandes colonnes en marbre gris avec bases en porphyre et chapiteaux en albâtre. Au chevet de l’f^glisc sont la chapelle de la Ste-Vierge, où est une statue de bois délicatement travaillée et couronnée d’un diadème d'argent repoussé , rapporté de Sébastopol par M. le chanoine (i’Slalter, On trouve encore en celte partie du vaisseau les chapelles de St-Joseph, Ste-Anne, St- Augustin, St-Louis, toutes possédant un bel autel en marbre blanc et des vitraux habilement peints. Il y a aussi des vitraux représentant les apôtres et des saints de l’Algérie et éclairant les bas côtés.

Quel(|ues autres chapelles se trouvent à l’entrée de féditice. Dans une d’entre elles s’élève le tombeau

en marbre blanc du vénérable Géronimo. On y lit celte inscription en lettres d’or:

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