‹ Description d'un projet de bibliothèque composé à Rome en 1833Chapitre 3 sur 3 · SUR L'EMPLACEMENT ET LES DÉPENSES · texte numérisé non relu

SUR L'EMPLACEMENT ET LES DÉPENSES

On a proposé pour la nouvelle bibliothèque plusieurs emplacements sur la rive gauche de la Seine, entre autres l'îlot de terrain compris au Nord et au Sud, entre les rues Jacob et Taranne, à l'Est et à l'Ouest, entre celles de Saint-Benoît et des Sainls- Pères. Je n'objecterai point contre cet emplacement qu'il nécessite la destruction d'un quartier tout bâti (i), et qui peut fort bien rester comme il est. Je préfère examiner si la considération qu'on fait valoir en faveur de cette localité , celle qu'elle est plus rapprochée du quartier des études, est aussi puissante qu'elle le paraît au premier abord. Pour en apprécier la valeur, il faut savoir quelles sont les personnes qui fréquentent la bibliothèque royale. Je ne pense pas que ce soit les collégiens, ce sont tout au plus les professeurs , lesquels n'habitent pas le quartier des études exclusivement à tout autre. La grande majorité des lecteurs doit se composer : 1° des jeunes gens qui, ayant fini leurs classes depuis plus ou moins de temps, s'essayent dans les professions vers lesquelles ils se sentent portés; i^ des

(I) Et particulièrement d'un de nos principaux hospices qu'il faudra reconstruire ailleurs avant d'entreprendre aucune autre opération.

liommes plus avancés en âge qui ayant déjà adopté une profession, la suivent et se rendent à la bibliothèque pour y faire les recherches que comportent les divers sujets qu'ils ont à traiter, ou dont ils se préocctipent; et 3* les provinciaux et lès étrangers.

Or, les jeunes gens qui ont terminé leurs études de collège, rentrés dans les foyers paternels, sont disséminés dans la Capitale; il en est dé même d'un bon nombre de personnes qui ont déjà embrassé une profession; conséquemment tout emplacement conviendra pour ces deux classes de lecteurs, pourvu qu'il sôit à peu près central. Pouf ce qui est des provinciaux et des étrangers, la presque totalité se tient sur la rive droite. L'emplacement que j'ai adopté ne sera donc pas moins convenable que celui auquel je l'oppose, pour la grande majorité des personnes qui sont susceptibles de fréquenter la bi-» bliothèque royale.

Cequeje viens d'exposer ci-dessus ne suffit pas pour déterminer le choix cfé' l'emplacement. Il me semble qu'il faut aussi examiner le mouvement que suit l'agrandissement de notre ville. Ce mouvement ne peut être considéré comme une affaire de mode; car voilà plus d'un demi-siècle qu'il se manifeste toujours dans le même sens. Il est évident que les agrandissements de Paris, depuis cinquante ans, se font particulièrement sur la rive droite, et tendent

même à se porter de plas en plus dans ce sens , loin de laSeine. Iliniporte doue déjà dyavoirégard.

Mais une considération qui parle puissamment en faveur de mon choix, est le moyen qu'il offre d'en finir avec la disposition des Tuileries et du Louvre. Il est bien temps, ce me semble, de terminer cette disposition commencée il y a près de trois cents ans. Eh! quelle circonstance plus heureuse que celle où ncfiis sommes pourrait-on saisir pour faire disparaître, comme je l'ai dit ^ ce tableau presque honteux qu offre aux regards de V étranger un point si re^ marquable de notre Capitale?

Il ne faut pas se le dissimuler, l'achèvement de la disposition des Tuileries et du Ix>uvre, à quelque usage qu'on puisse employer les édifices nouveaux qui en feront partie, doit coûter des sommes assez considérables, pour que, si on les laisse à la charge de la ville de Paris, elle soit pendant encore une assez longue suite d'années hors d'état d'y pourvoir. Cependant, si on ne propose de former un peu plus tôt, un peu plus tard, sur cet emplacement, que des établissements qu'on ne puisse considérer cômnie d'un intérêt général , les députés des départements refuseront de participer aux frais que ces établisse^ ments comportent. Il n'en peut être de même si tous ceux qu'on proposera sont reconnus comme véritablement nationaux. Or, le grand édifice que je propose d'élever au centre de la disposition que

( 3a) !ioiis devons avoir à cœur de voir prochainement î^chevé, ce grand édifice peut contenir sans inconvenance, tout au moins deux établissements considérables, auxquels on ne peut refuser ce caractère; savoir : la grande bibliothèque, et un local suscepti^ ble de servir à la fois pour l'exposition annuelle des beaux-arts et pour l'exposition quaternale des produits de l'industrie.

Je crois inutile de ^n'épuiser en discours à l'efifet de prouver que de tels établissements sont de nature à être fails aux frais de l'État. Il doit suffire de faire voir que le besoin qu'on en éprouve est réel ; or, la reconstruction de la bibliothèque est nécessitée par son insuffisance et l'état peu satisfaisant de quelques-unes de ses parties; la création prochaine d'un local pour l'exposition annuelle des beaux-arts n'est pas moins urgente, puisque cette exposition, faite comme elle se fait depuis trop longtemps dans notre Musée, outre qu'elle prive pendant quatre mois chaque année les étrangers et les nationaux de la jouissance des chefs-d'œuvre qui y sont renfermés, cette exposition, dis -je, compromet l'existence de ces chefs-d'œuvre, et ajoute à l'effet naturel du temps pour leur destruction. En outre elle contraint aussi chaque année l'État à de grandes dépenses qu'il ne serait pas obligé de faire si on pouvait disposer d'un local affecté plus spécialement à cet objet.

Ces observations, et plus particulièrement la dernière, s'appliquent à l'exposition des produits de l'industrie, pour laquelle il feut tous les quatre ans construire exprès une longue suite de bâtiments qui exigent chaque fois l'emploi de sommes représentant le revenu d'un capital bien plus que ^ufSsaQt aux frais que pourra nécessiter la construction partielle du local désiré.

Il n'est personne qui ne puisse apprécier les raisons que je viens de faire valoir ; j'espère que l'observation suivante achèvera de décider les esprits en faveur de mes propositions.

On a considéré eomme une belle pensée celle de réunir toutes nos académies en un seul corps que l'on nomme INSTITUT ROYAL DE FRANCE. Eh bien ! ce que je propose, et qui consiste k réunir tous les principaux dépôts scientifiques, littéraires et artistiques dans une grande disposition d'édifices déjà commencée, et dont le palais de nos rois, protecteurs naturels des sciences, des lettres et des arts, formerait comme le frontispice; ce projet qui satisfait à l'une des nobles volontés de Napoléon, en offrant à son centre une salle que les siècles à venir pourraient en effet considérer comme un TEMPLE DE LA GLOIRE élevé par le nôtre aux hommes les plus célèbres de tous les pays , de tous les temps, un tel projet n'est que le complément d'une telle pensée.

i Des dépenses.

Je traiterai ce qui est relatif aux dépenses de la manière qui, pour le moment , me parait la seule convenable.

fiemàrrquons que le gouvernement ne s'occupe encore que du choix d'une localité, et que le vœu public est qu'on ne laisse pas longtemps celle que j'ai en vue dans le triste état où nous la voyons. Tout ce qu'on petit désirer maintenant est donc d'acquérir à peu près la certitude que l'entière réa^ lisation de mes idées ne coûtera pas plus que l'exécution dé tout autre projet qui, fait pour cet emplacement, présenterait des avantages égaux. C'est ce que je crois pouvoir affimer; mais on le comprend, tout doit dépendre de la manière dont les projets faits sur ces idées auront été conçus^ et de celle dont les travaux d'exécution seront conduits.

J'avancerai ici un lait qui pourra étonner quelques-uns de mes lecteurs, mais qui n'en est pas moins réel : c'est que l'entreprise dont il est ques-^ tion^ par cela qu'elle est grande, très-grande, est déjà susceptible de procurée de fortes économies. Ce qui me reste à dire rendra cette vérité palpable.

Si on prend la peine de faire consciencieusement les devis de ce que chacun ^des grands établissements que j'entends réunir en un seul coûterait élevé isolément , et ceux de ce qu'ils coûteraient

groupés sur un même point , comme je le propose , j'ose garantir qu'on trouvera entre le montant des uns et des autres une différence notable , et que cette différence sera toute à lavantage de mon projet ; mais ce n'est point sous ce seul rapport qu'il est susceptible d'économie ; je le repète : tout dépend du parti qu'on saura tirer de chaque chose , et peut-être principalement de la localité, du voisinage de la Seine.

Que d'avantages on pourrait obtenir d'une telle position, si, comme la seule inspection des lieux m'autorise à le croire , la profondeur à laquelle on peut descendre est suffisante pour permettre de pratiquer souterrainement les galeries dont j'ai dit un mot dans une note à la page i6. Qui ne conçoit déjà que grâce à la proximité du fleuve, on peut aller prendre les matériaux au loin et les obtenir à plus bas prix ; mais quel parti ne pourrait-on pas tirer d'un port propre h servir de chantier pour préparer ces matériaux, et de galeries souterraines qui permettraient de les conduire en quelque sorte .sur le tas? Assuré de tels mtoyens, je ne craindrais pas de trop m'avancer en disant qu'à partir du jour où les propriétés dont le sacrifice est résolu auraient été mises à la disposition de l'architecte, une seule année suffirait pour mettre les habitants de Paris en jouissance, non pas certainement dç l'édifice, mais bien de toute la disposition du pro-

( 36) jet. Non-seulement dans ce court laps de temps tout l'emplacement pourrait être débarrassé des anciennes constructions, mais de plus il pouiTait être nivelé et pavé ; une enceinte faite décemment et bordée de trottoirs pourrait dessiner la périphérie de notre Colisée , et cet édifice s'élèverait comme par enchantement du sein de cette enceinte, sans que les travaux troublassent en rien la circulation qui régnerait dans tout son pourtour. Les ouvriers et les matériaux ne s'offriraient à nos regards que lorsqu'ils seraient déjà parvenus à dix pieds au-dessus du sol.

Je prie de faire attention que je n'affirme la possibilité de conduire ainsi les travaux que dans l'hypothèse où l'on pourrait descendre à une profondeur suffisante pour l'établissement des galeries. J'ai avancé ces choses, i* pour appeler l'attention du gouvernement sur cet objet, et a° pour justifier ce que j'ai dit touchant les économies qu'on peut trouver dans de grandes entreprises; il est évident qu'on ne pourrait employer des moyens semblables pour chacun des établissements qu'on se déciderait à construire isolément.

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