‹ Description d'un projet de bibliothèque composé à Rome en 1833Chapitre 2 sur 3 · EMPLACEMENT · texte numérisé non relu

EMPLACEMENT

Bien que le bâtiment que j'ai projeté, par la grandeur de ses salles, le développement de ses galeries, et le parti que j'ai tiré des différents ordres qui le cômposefnt, soit susceptible de contenir un nombre immense de volumes , cependant, considér raiit comme peu convenable la prétention de ifaire une bibliothèque générale, je n'ai voulu donîier à celle dont je me suis occupé que ce titre : Biblio^ thèque spéciale des Lettres , des Sciences et des Arts. Ce seul titre indique assez la situation, que je lui ai assignée. Oui, c'est au centre du magnifique emplacement qu'offre l'espace compris entre les Tuileries et le Louvre, que, selon moi, on doit établir la nouvelle bibliothèque.

En lui assignant cet emplacement, on ne fera que réaliser, d'une manière digne de notre époque, les intentions du premier monarque qui chez nous a donné une grande impulsion aux études. En ef*

(6) lety la première bibliothèque publique que nous avons possédée fut établie par Charles V, dans l'ancien Louvre. Puis donc que le nouveau est maintenantoccupé dignetnent par diverses branches de notre grand Musée, que pouvons-nous faire de mieux , si ce n'est de placer ce nouvel établissement au centre de la grande disposition qui doit comprendre, dans son ensemble, ce même Louvre et la résidence actuelle de nos rars ?

Forme du p/an.

Une grande bibliothèque publique doit être entièrement isolée, et les formes de plans les plus hetureuses qu'on puisse lui donner sont: le carré, l'ellipse ou le cercle , avec une salle centrale communiquant par des galeries en rayon avec les galeries de pourtour. J'ai fai^ choix pour la mienne d'une sorte d'ellipse, parce que cette forme, toute favorable qu'elle est au besoin du service, m'a paru convenir aussi parfaitement aux localités.

Convenance de l'isolement et de la forme ronde ou

elliptique.

Indépendamment de l'avantage important qu'offre l'isolement d'un établissement de cette nature ,

■ ( 7 ) en le préservant de tout contact qui puisse lui faire courir quelque danger, j'en ai vu d'autres qui, je l'espère, seront appréciés de mes lecteurs. Par cet isolement , je me suis rendu maître d'adopter un caractère d'architecture qui , tout en satisfais sant au besoin du service, puisse encore être le plus susceptible de donner aux siècles futurs une opinion favorable de l'état de l'art en Francei à l'époque où nous vivons. On conçoit que si le nouvel établissement se lie aux deux galeries entre lesquelles il doit 3'élever, il sera presque impossible de le coordonner d'une manière heu|*euse avec elles, déjà sous le seul rapport de la décoration extérieure, à moins qu'on ne copie rigoureusement le$ formes de ces galeries, lesquelles ne méritent assurément pas d'être multipliées; mais de plus on sera aussi fort gêné pour les hauteurs à donner aux divers étages, hauteurs cependant qui peuvj^nt être déterminées par une considération bien puis^ santé, celle de. tirer non-seulement le meilleur parti, mais encore le plus de parti possible de constructions et d'un terrain qui auront coûté des sommes considérables.

Pour ce qiii est de la 4c>rme ronde ou elliptique, je lui ai donné la préférence^ parce que, aussi convenable pour le service de l'établissement bi^* bliothécaîre , que l'isolement l'est pour la sûreté de Tétablisaement en général, elle est encore celle

<)m 'peUt'letidiebx faire ^îsparaitveoo dksinûiler k non-'éoïiiéidëùce deirâxe dés Tuiler^s avec celui du LouVre^ effet que j'ai obtenu, et qu'on ne peut mafiqoer d'obteiiÈr en commençant , -comme je l'ai fait, l-édifice préciséipent au point où les deux axes se rencontrent. •

, tJiinefUÎQn dé t édifice, caractère de son àrcJa- . lecture,

•'Je nié suis assuré, pat* nîfes études, qu'on petrtfsnr Fèmplàcëmënt déisignév et' eiiUâiiâsànt environ qnaràriïé ïttètréâ de di^airiée entre les galerie» qui doît'eut former les <;ôtés Sud et Nônd de te place, et fés points les plus avaticës de la circonférence du Afôtivfel établissement, je ftie suis assuré, dis-je^, (JuMon peut, sui^ciet emplacement;, construire mi édifiée qui couvrirait une Superficie de terrain égale à ibelle du Goliiséè de Rortlë.

'Persuadé comtne je le^sms què nous rie sommes pas encore assez riches en monitoients qui rappel* lent les beaux tetnpS de l'architecture antique, pour négliger de saisir une si belle occasion d'enrichir cette capitale de quelque imitation de CQS beaux inodétës qtié;nos jeunes artistes yont admirer et desr ^iher dans Rôrmè, j'ai projeté de composer mon édifice de trois dfrdrés , en adoptatit pour les deuot premiers, le dorique et Tioiliqûë du. théàl^ de

t'9 ) Maréelliifi^ -Le troi^ènve^ ^^nlfi$'>déV«if étM tbt^n-^ thieti ; la bauteur ; totale p5«irrdit> éére^prprôchànt celle du Loùvrei Le férrdi^ d<ynl j'è disposé est ftssee grand pour in'avoîr péi^mîis de ^aire la gâi-^ lerie de poiif^totir double; itiais ayjaint' eft vUë tont à k fois l'i^cortottiie du terrain et telle dçls déi penses 9 conciliée avec une solidité extrême^ au lieu de séparer ces galeries, dans les trois étages , pai;- d^s mûris, je i>'ai pri^ ce p^r^ <jue p^pr le i;^^de-chaussée et l'entresol ;,^ gfileries des deux ordres supérieurs ne sont séparées que par des piedsdroits correspoudanit avec les colonbeâ engagées de ia façade^du pourtour extéiieur; c'éstsor de ftH*ts arcs: appuyés sur ces pièds^roîts queles colrpi de bibliothèques, si on en établissait dans' le trotii»^ sièmè ordare , pourraient être portés ' ( i ). '^''' » I^ proportion ;adoptée pour mes différeiits ordr^ eit 'telle que j'ai pu dans la hauteur de chaque entablement, «n y jcngnant celle d a styliste de l'ordre supérieur, établif* dei dépôts de: livides

(1) Les dispositions exécutées par Camus de Mezières pour les galeries du rez-de-chaussée de notre Halle au blé, lesquelles suppoi:tent ube charge bieti autrementconsid^able, m'ont éontiéridëe du parti que j'indique; t^utefMs,* fo«jr plus de solidité, et poup ^tie^ faire à d*autres convenances, j'emploie des pieds-droits renforcés de pilastres, au lieu de colonnes, et de plus mes galeries annulaires sont divisées par âes murs de refend en quatre grandes tr^Vées, ^ quâtM grandes «lallei; ou cages d'escaliers.

immenseS) et qui, on le conçoit, permettraient aux gens affectés à ces sortes d'emploi, de servir les travailleurs avec une promptitude extrême , puisque les objels demandés, soit qu'ils fussent en dessous, soit qu'ils fussent en dessus des salles principales, n'auraient qu'un faible espace à par^ courir. '

Salle principale comparée à tune des plus bélier

de r antiquité.

On vient de voir que j'ai adopté , pour la décoration extérieure de mon édifice , un mode suscep^ tible de rappeler tout à la fois l'un des plus grands et l'un des plus purs édifices de Rome; le terrain que j'ai en vue,* et qu'il ne tient qu'à nos représentants de nous procurer, m'a permis encore de tracer, au centre de ce vaste établissement,^ le plan d'une salle qui puisse à elle seule former un véritable monument fait pour lutter, par sa grandeur et Sa majesté, avec le plus bel édifice qui nous est resté tout entier de cette admirable architecture romaine; de cette architecture que, dans notre ogalheureuse inconstance , nous nous montrons prêts à abandonner; j'entends parler du Panthéon d'Agrippa.

Ainsi donc , si on adoptait mes vues , nous aurions un véritable Panthéon, puisque' le nouveau

(il)

monument placé au centre d'une immense dispo* sition d'édifices consacrés à recevoir les dépôts de toutes les connaissances littéraires et artistiques, devrait naturellement offrir pour principale décoration , les images , les statues et les bustes de. tous les homm^ qui font le plus d'honneur au monde dans les lettres, les sciences et les beauxarts.

Selon ma pensée, cette magnifique salle, outre son emploi comme partie des plus importantes de la bibliothèque nouvelle (i), pourrait servir dans diverses grandes solennités, entre autres pour la distribution des prix décennaux, et dans quelques^ unes des circonstances qui exigent la réuuion des grands corps de l'État. Je me suis attaché dans ma composition à la rendre propre à un tel emploi , sans qu'aucun préjudice puisse être porté au xlé» pot des objets précieux qui y seraient renfermés, et mon plan indique un escalier d'honneur à doable rampe placé sur le point le plus rapproché du palais des Tuileries, poqr faire le service plus particulièrement en de telles circonstances.

(1) On y réunirait, indépendamment des Kvres qui tapisaeraiedt son pourtour, les antiquités et les médailles ; et elle pourrait servir de salle de lecture , mais en été seulement ; car dans l'hiver les lecteurs se tiendraient dans une salle voisine , susceptible d'être chauffée sans exposer l'établissement à aucun danger.

( la ) '

JSbéponsè!^ à dii^erses^ abjections. Dispositions^ ien^

, ; dont à- indemniser d'iàie partie des frais de cône-

' truction. ! :../>■

Denx objections séKieusès ppur$onl être préMirttées contre ma proposition; Ttine sera relative à \\k différence de niveau qui existe entre le sol actinel :(te:la cour du Miisée , et ia base de la galerie ^qui l'avoisine; L'autre peut être : qu'un graiid édifice ainsi placé au centre de J'eipace qui s|âpare les Tuileries et le Louvre, privera le public d'une cominiinication directe entre ces deux palais.

J'expliquerai un peu plus loin fce que je me proposerais de faire >élatrvetnént à la différence des pians; pour ce qui est dn désir qu'on peut avoir d'une comniunication directe, j'y ai satisfait. L'itis- .pection des plans et profils de mon esquisse pcHiri^ait seule parfaitement faire comprendre par quels moyens je conservé Cette communicatiofi ; toutefois je vais essayer d'y suppléer.

Mes pensées ont einbrassé plusieurs établisse^ ments qui se marient, je crois, convenablement eusemble. Je ne consacre ii la bibliothèque proprement dite, et à ses dépendances^ que le deuxième ordre. En effet, ce deuxième ordre, en y comprenant les deux tambours formés dans les stylobates intermédiaires, entre le premier et. le deuxième,

le deuxième et le troisième ordre, éltom'fe |>our^ tour ibtérieur et extérieur (i) de ma grande salle: œntrale^ peuvent contenir un nombre de Yolunies si considérable , que^ du moins pendant une assezlangue suite d'anuéeB^Du pourra consacrer à d'aur très usages le troisième ordre dé rétabdissemcM^ti et sou r^-derchausséék Je dirai tout de suite. qw^ le troisÂèiiie ordre, susceptible par sa position d^ recevoir son jour d'en haut, pour )toutès lesr sàttèS; où cela sera jugé cooiTenable, me parait pac£BÛte4 ment propre à servir pour les jefsfidsitioiia annuellèi» des objets de peinture, gravure et affcbitectitrét; et je né douté pas qu'on ne puisse en disposer av^ une ^ale convienaoce pour les produits cde Vmh

(1) Cette grande Sade èentràlev 4)ie j« DOttpiare au Pantibéoft d'Agrippa , parce qu'elle offire uoe dispositioD àpeuprè3:paEejlieY est dang hjiod projet d'une dimension plu^ grande. Pour résister. à la poussée de la voûte qui doit la couvrir, au lieu de faire des murs d'une épaisseur proportionnée^ i \*tftOTt qu^s aurdreht à sapp6rtéf , j*ai préféré [donner, poarnésistanoe à cet effert, un certsuanoflAre de contre-forts liés ensemble par deux ceintures de murailles, ce qui me permet d'établir, entre ces deux ceintures, quatre étages de galeries, lissquelles reçoivenf leur jour des cours environnantes.^!^ rMjoftit pà^la pensée/àcetf gaterteé, un pareil nombre d-auî6rèir gplerieiqm leur correspondent dans ifintérieiir du dôme, on aura unt idé^ encore imparfaite de l'immense quantité de volumçs que ma disposition permet'de placer. Mon dôme seul, avec ces galeries qui hé'cÎEJîgnènt imniédratement, tant àKintérieur qu'à l'extérieur, fdr- HHAfaii déjàdne biMiothèqae assez eonfstdéràble. Tout eela n'exelot point une décoration noble ietimppsaMe. .

dostriei lesquels ne sont exposés que tous les quatre airs.

Pour ce qui est du rez-de-chauSsée , il m'a paru iïDportant qu'iLofïrit entre autres, au public, un pflisss^e qui conduisît clirectement du Louvre aux Tuileries, le considère ce passage, qui serait couvert, comme un des produits heureux de la disposition que j'ai adoptée. En effet, si, comme il en a été question , on n'établit entre les' Tuileries et le Louvre qu'une suite de cours, outre que cette disposition a quelque chose de monotone, elle aura, principalement en été, un grand désagrément, ce* lui de contraindre les personnes qui marcheront dans cette direction, à faire tout le trajet depuis la rue des Fossés-Saint-Germain, ou l'église de ce, nom, jusqu'au grand quinconce du jardin des Tuileries, toujours aii soleil. Le passage que j'ai con^u offrirait une sorte d'oasis précieuse qui partagerait favorablement ce long désert.

Je n'entrerai dans aucun détail touchant les moyens par lesquels je puis pousser ce passage jusque sous l'immense salle dont j'ai essayé de çlonner une idée, il doit me suffire de dire que jç me suis rendu compte de la possibilité de le pratiquer et de réclairer convenablement. Ce que j'ai fait, un autre peut le faire; du reste, s'il le faut plus tard, j'expliquerai ces moyens et toutes les dispositions que le projet permet de prendre pour la sûreté de

( »5) rétablissement. Je dois me borner maintenant à dire ce que je crois possible de fure pour dof&ner de la vie à ce passage , ainsi qu'à fout ce rest-de;ctoBOsséer cpn serait orné de portiques en arcades dans tout son pourtour.

J'ai coi^çu la pensée d'y former une sorte de bazar; mais je me hâte de dire que ce bazar serait spécial 9 qu'on n'y admettrait que tes marchands qui sont en rapport avec les sciences et les beaux arts, tels que les libraires, les marchands de tableaux, de gravures, de curiosités, d^antiquités, de cartes géographiques; les opticiens, les orfèvres, bijoutiers, luttiers et facteurs d'instruments. Dans les branches du bâtiment formant rayons, et dirigés du Sud au Nord , dans ces parties qui , au rezde-chaussée, ne peuvent avoir l'usage qu'elles ont dans les étages supérieurs, je puis placer convenablement de grands dépôts de nos principales manufactures, tels que ceux des manufactures de Sèvres et de la Savonnerie.

On co^içoit déjà que toutes ces boutiques, ces grands dépôts pourraient être vendus avec leur entresol dès avant l'inauguration de l'édifice, à l'effet d'indemniser d'une partie des frais de sa construction ; ce ne serait peut-être pas le seul produit qu'on pourrait retirer de la partie inférieure de ce grand monument. Si , comme je le pense, les fondements de cet édifice doivent descendre à une

pi^ofondeur suffisante ,:on floiim. utiHser Teugement cett0 jprqfondeur, ea. y créant de belles caves, qui, servira psir de^ corridors convenables , pourraient avoir dés entrées, tontes particulières^ et conséqUemment être louées au commerce de Paris (.i)« Enfin, comme la dimension d'un bon nombre de boutiques du pourtour peut être réduite k la moitié de celle qiie je donne à la largeur des deux galeries annukùrés' prises ensemble, il se pourrait qu'il convînt au roi d'accepter en paye* ipent des bâtiments qui lui appartiennent, parmi ceux dont la démolition est nécessitée , les deux cours les plus rapprochées de son palais , pour y établir provisoirement les équipages et les che«vaux de son service ordinaire. Je dis provisoire** ment^ parce qu'on verra un peu plus tard que je donne le moyen, de placer cette partie du service royal plus heifineusement encore*

Ai^antage du parti proposé.

Le parti proposé, d'isoler complètement notre bibliothèque, et de lui donner une forme circulaire

(1) Il ne serait probablement pas très-difGcile de porter rentrée principale de cette branche de rétablissement jusque sur le port Saint*Nioolas. Le service, à partir du port, se ferait souterrainement, et sur des rails de fer.

OU approchant, offre, selon moi, une foule 4*avantages. J'ai déjà dit qu'il permet d'adopter pour r^xlérieup un caractère ^d'architecture phis heureux que celui des galeries qui l'avoisinent, et qu'il met dans une parfaite indépendance sur la hauteur des ordres ou des étages, ce qui permettra de ti-* rer le plus de parti possible des bâtiments qu'on aura à construire. Il est un autre avantage qui n'est point à dédaigner, et que cependant nous négligeons beaucoup dans nos grandes entreprises. Je veux parler des effets pittoresques. On conçoit qu'un immense bâtiment circulaire, dont le contour fuit à mesure qu'on change de position, on conçoit, dis-je, qu'un tel édifice, vu de la cour des Tuileries, doit offrir des effets de perspective linéaire et aérienne beaucoup plus heureux que ne le peut un long bâtiment qu'on élèverait en ligne droite , parallèlement à cette cour, si riche de décoration que puisse être ce bâtiment. Si l'on fait une galerie parallèle aux Tuileries, tout l'espace compris entre cette galerie et la ligne du palais ne devient plus qu'une cour coupée en deux parties inégales par une grille; chose qui, à mon avis, n'offre rien d'heureux. Un des buts que je me suis proposés a été de faire disparaître ce que je re* garde comme une défectuosité. Je n'aime point les cours closes, j'en conviens ; je trouve qu'elles donnent à tous les édifices le caractère d'un cloître ou

d'un collège. Je demande à ceux de mes lecteurs qui ont vu la place Vendôme avant qu'on eût ouvert la rue de la Paix et celle de Casiiglione , quel effet elle leur faisait? Si cette place a reçu un grand charme, elle le tient moins du superbe monument qui la décore, que des belles perspectives qui se sont ouvertes au Sud et au Nord de celte place ; et si notre place Royale nous paraît triste, j'affirme qu'elle doit moins cet effet au caractère de son architecture qu'à ce qu'elle semble close partout. Le regard de l'homme n'aime point à être emprisonné. Chez moi, point de cours, si ce n'est celle du palais; encore on verra tout à l'heure que je propose d'y faire des changements qui l'empêchent de se confondre avec la place où je désire voir s'élever notre bibliothèque.* J'ai dit : point de cours ; car, reconnaissant que tout l'espace compris entre les Tuileries et le Louvre, une fois la galerie du Nord poussée jusqu'à ce dernier palais, ne sera rien autre qu'une cour, je me suis attaché à tromper les sens sur ce point : notre grand cirque ne permettra pas du moins de croire qu'elle soit close.

Mais il est un effet résultant de l'isolement de la bibliothèque qui , eu égard au voisinage du palais de nos rois , mérite d'être pris en considération : c'est la faculté que ce parti offre de conserver, près de ce palais, un grand emplacement favorable

( '9 ) aux revues (i). Je ferai remarquer ici que la di^ mension de raon édifice n'est pas telle qu'elle puisse empêcher de rangei: tout au pourtour des corps de troupes assez considérables, tout en laissant un espace suffisant pour le passage d'un nombreux état- major. Dans de telles circonstances, trois marches que j'établis au pied du portique que je fais régner tout autour de mon établissement, formeraient une sorte d'amphithéâtre que le public parisien s'empresserait de couvrir , et qui ajouterait à l'effet pittoresque de la scène.

Cette faculté de pouvoir passer les, revues hors de la cour des Tuileries et sur un terrain qui offre un bien plus grand développement, m'a permis d'apporter, dans l'ordonnance du palais même, un changement que je crois des plus heureux. J'ai admis, dès le début de mon travail , qu'on ne peut exécuter en un même temps tout ce que tant de convenances diverses peuvent réclamer ; mais, con* vaincu de l'importance qu'il y a , en fait d'architecture, d'adopter en principe tout ce qui est désirable, sauf à ne rien exécuter qu'au fur et à mesure qu'on en a les moyens, je vais achever d'exgpser ce que je considère comme formant une des principales idées de ma composition; toutefois,

(1) Je n'entends parler que des revues d'inspection; pour ce qui est des revues avec manœuvres, nous avons le Chanop de Mars* .

(ao)

avant d*eiitamer cette nouvelle matière , j'ai besoin de signaler les principaux défauts qui existent dans l'ordonnance actuelle du palais des Tuileries, s .'

Défauts du palais des Tuileries. Projet pour mettre ce palais et Varc de triomphe qui lui sert d! entrée y dans un rapport heureux ai^ec la grande place de la nouvelle bibliothèque.

J'ai déjà fait remarquer que la cour du palais des Tuileries se confond avec la place du Carrousel. 11 est évident que^ dans l'état présent, cette cour n'est qu'une partie retranchée de la place qui l'avoisine, laquelle, soit qu'on la ferme à l'Est par une galerie parallèle au palais, soit qu'on mette à nu, ainsi qu'on l'a aussi proposé , tout l'espace compris entre les Tuileries et le Louvre (ce qui, selon moi, serait très-fâcheux) , ne sera toujours elle-même qu'une cour.

En outre, le joli arc de triomphe, œuvre trèsheureux en soi, de deux de nos plus habiles maîtres, cet arc, faute d'être accompagné convenablement, noyé comme il l'est dans un aussi vaste espace, ne paraît , il faut le dire , qu'une mesquinerie. Le château lui-même, vu d'une aussi grande distance qu'on le voit maintenant, et présentant un front par trop uniformément étendu, perd toute proportion. Il n'est personne qui ne soit choqué de l'incohérence de

ses parties; enfin , sa distribution intérieure né peut être telle qu'on doit la désirer dans un palais.

Tous ces défauts que je viens d'exposer sont si réels 9 me paraissent si incontestables, qu'à mon avis c'est devenu non-seulement pour nous autres artistes, mais pour tout ce qu'il y a de Français amis des arts, que c'est devenu, dis-je, pour nous tous, en quelque sorte, une affaire d'honneur de favoriser notre gouvernement dans tout ce qu'il entreprendra pour changer un ordre de chose si susceptible de donner une idée défavorable et fausse de notre École. En vain m'objecterait-on que les défauts que je viens d'énumérer sont d'une autre époque ; car la grande disposition à laquelle appartient le palais,, et dans laquelle il est question de faire entrer la grande bibliothèque nationale, cette disposition, jusqu'ici, n'est que commencée. Il paraît qu'il est donné à notre siècle de la terminer; ce sera donc à lui qu'il conviendra d'imputer les vices de cette disposition, si, en l'achevant, on ne les fait point disparaître. Pour remplir autant qu'il est en moi ce que je regarde comme un devoir, je vais exposer ce que j'ai conçu en vue de parvenir à une telle fin : tout consiste à accomplir la pensée de Philibert Delorme.

Le grand architecte que je viens de nommer n'avait pas eu la malheureuse idée de construire le palais sur une seule ligne. Selon sa pensée, le pa*

lais des Tuileries devait avoir trois cours: une cour 'centrale dite d'honneur, et deux cours latérales pour les divers services. Je suis d'avis que pour mettre tout dans un accord heureux, il faut revenir à cette pensée.

Mon vœu est donc que^.quand le temps sera venu de le faire, on divise la cour actuelle du palais des Tuileries en trois parties, en prenant, pour la largeur dé la cour centrale, toute la partie qui appartient à Philibert Delorme, moins les deux pavillons qui terttiinent au Nord et au Midi cette partie due à notre artiste. Cette cour seule resterait , comme elle l'est maintenant, fermée par une grille, et cette partie de la grille actuelle conserverait là position que nous lui voyons. Sur les deux côtés Sud et Nord de cette cour centrale, on forme i^ait deux autres cours entièrement eiltourées de bâtiments, en construisant deux corps qui, parlant des pavillons précités, se porteraient jusque un peu au delà de la grille conservée, puis, se repliant, l'un à droite, l'autre à gauche, iraient s'attacher aUx grandes galeries du Nord et du Sud.

Si, comme je fe désire, et comme il est naturel de lé faire, on s'attache à âuivredans ces nouvelles constructions le style du savant architecte de Catherine de Médicis, toute cette partie du grand ensemble que nous avons «n vue constituera bien réellement un palais déjà plus heureux que celui

que nous voyons, ne fût-ce que sous le seul rapport qu'il fera supposer dans sa conaposition une unité de pensée.

L'arc de triomphe , resserré dans un cadre pro-i portion né à son volume, et ne figurant plus que comme porte du palais , paraîtra avoir toute la grandeur convenable , et enfin le palais sera devenu susceptible d'acquérir une distribution des plus heureuses. On conçoit en effet que tous les bâtiments de l'aile Marsan peuvent être affectés au logement des jeunes membres delà famille royale; et si , comme j'en fais le vœu, tous ceux qui ceindront la cour formée près du pavillon de Flore sont disposés pour servir aux grandes fêtes données par nos monarques , comme on ne sera dans le cas de faire qu'un usage assez rare de ce local pour de telles circonstances, toute cette partie du palais, richement décorée, et meublée d'objets d'arts, pourra former dans les temps ordinaires une sorte d'aiinexe de notre grand Musée, ce qui permettrait de lui donner sur ce point une issue bien désirée, et qui ne gênerait nullement le service du palais, si, comme je l'entends, on la faisait aboutir directement sur la place.

Dan's ma pensée, les deux fronts des ailes que je viens de décrire s'avancent jusque sur le trottoir qui longe maintenant la grilledes Tuileries, en couvrant par des arcades deux parties assez considéra-

blés de ce trottoir, lequel, soil dit en passant, dans l'état présent, n'offi e, sur un aussi long parcours que le sien , aucun abri contre les ardeurs du soleil , la rigueur des aquilons ou l'incoramodité des neiges et de la pluie (i).

Logement des çonser\fateurs de la bibliothèque.

Revenant maintenant à la bibliothèque, je veux répondre à une question qu'on pourrait me faire au sujet du logement de ses administrateurs et conservateurs.

J'ai jugé convenable de ne placer dans l'établissement même que les bureaux les plus nécessaires au service; mais mon esquisse indique dans sa disposition une position très-favorable pour l'administra^ tion et le logement des principaux conservateurs. C'est encore au parti pris d'un plan circulaire que je dois cette faculté , tout en les tenant au dehors, de les placer parfaitement à la portée de l'établissement. Cette forme ronde m'a permis de profiter du retrait que forme la cour du Muséum, pour construire au Sud-Est et au Nord-Est de la grande place de la bibliothèque, deux bâtiments en pans coupés

(1) Je crois qu'exposés comme nous le sommes aux inconvénients d*un ciel aufsi souvent humide qu'est le nôtre, Tadministra^ tion doit saisir toutes les. occasions possibles (jle créer de semblçbles refuges.

assez considérables pour pouvoir former chacun uu hôtel. Celui du Sud-Est, qui tiendrait, iramédiatement aux bâtiments de notre Musée, en formerait partie et augmenterait d'autant son local , et ce serait dans l'hôtel du Nord-Est que je placerais l'administration bibliothécaire.

Nwellement dzi soi.

Il me reste à dire un mot touchant le parti à prendre pour le sol , lequel est une des difficultés que les localités présentent, difficulté qu'on a déjà pu vaincre heureusement dans d'autres projets, et que je crois ^ avoir non moins heureusement surmontée en prenant un tout autre parti.

L'aire de la cour de notre Musée me. paraît assez sensiblement plus élevé que celui de la cour des Tjuileries; il semblerait assez naturel de racheter cette différence par une pente douce; mais je pense qu'il serait plus heureux de faire abstraction de la cour du Musée , et d'établir toute la place de la bibliothèque au niveau de sa partie basse, qui est celui de la porte triomphale. Selon ma pensée , la cour du Musée, conservant son niveau actuel, formerait terrasse au-dessus de la place de la, bibliothèque; mais, persuadé comme je le suis que le charme principal d'un grand ensemble en archiieôture consiste dans le parfait rapport qu'on peut mettre entre

toutes ses parties, je me garderais bien de compléter la ceinture de cette cour, déjà si étroite i^elativement aux grandes proportions des objets- qui l'avoisinent ; je me garderais bien, dis*je,de compléter la ceinture de cette cour par aucun portique. Je ne trace sa limite du côté de la place que par le mur de terrasse que je couronnerais par une simple balustrade décorée, à peu près comme l'est à Rome celle du Capitole. Il résulterait du parti que je propose un de ces effets pittoresques dont je me plains que nous manquons trop généralement à Paris. Ce parti d'ailleurs ne peut avoir aucun inconvénient, puisque ia cour du Louvre n'est point une voie entièrement ;publique, que le passage des voitures de charge y est interdit. IjC service de la cour du Mu$ée avec la. place de' la bibliothèque se ferait au moyen d'une double rampe, du reste très-douce, dont chaque branche, partant de t'axe commun au Louvre, et à la bibliothèque, formerait unc^ courbe à peu près parallèle à celle du cirque de l'établissement. Si pn exécute quelque jour cette idée, le Cplisée : fran4jais , car on pourrait donner ce nom à notre bibUothèque, le Colisée français, dis-jc , sera vu de ceux de. nos citoyens qui sortiront de la cour du Louvre , tel à peu près que le Colisée romain se présentait aqx ; regards des personnages de , l'antiquité qui sortaient du temple de Vends et de Rome.

Romeî.i. je me félicite d'avoir terminé l'exposition

<le mes idées par ce mot; il me parait d'wn bon augure. Rome!.. Rome et ses monuments! tels sont les objets qu'il faut rappeler en ce moment plus que jamais à la pensée de nos artistes. Rendons justice au

moyen âge, au gothique et à la i^enaissance; consul-^ tons ces époques de l'art dans des circonstances opportunes ; exécutons mênie quelques palais particu^ liers, ou des églises sur de tels modèles ; mais quand il s'agit detracer un projet pour la construction d'un édifice qui doit être élevé au centre de notre Gapitale, près du palais de nos rois^ Un édifice qui réclame une belle et noble simplicité, et à cpii sa destination impose la grandeur , c'est vers Rome, c'est sur ses 'monuments que. nous devons porter nos regards; telle fut de tout temps ma:pensée; aussi estce dans le sein de cette métropole des arts» que j'ai conçu et tracé l'esquisse du projet dont je vien§ d'exposer les principales dispositions.

Puisse ma pensée être accueillie ! Puissent surtout les représentants" de la France , non moins ambitieux que moi de concourir au maintien de la prépondérance que notre nation a acquise dans les plus nobles professions , ne marchander que convenablement avec les ordonnateurs de nos travaux publics , quand ils viendront leur proposer de saisir une occasion aussi favorable que celle que nous offre la nécessité où nous sommes de reconstruire sur un autre emplacement notre grande bibliothèque, pour ache-

ver enfin cette disposition commencée par les architectes de Henri II et de Catherine deMédicis! Puissent-ils se hâter de , sanctionner, par leur vote, les mesures qui auront été prises j)our faire disparaître, aussi prochainement qiie possible, ce tableau presque honteux que présente aux regards de l'étranger un point si remarquable de notre Capitale; ce triste tableau qu'on pourrait prendre pour un effet de nos discordes civiles, des longs malheurs- qui ont affligé notre beau pays! ,

Pour ce qui est de moi , si j'apprends que quelques-unes de ces idées sont adoptées, la satisfaction que j'en éprouverai me suffira; je ne me plaindrai pas si elles tournent à l'avantage de quelques-uns de mes confrères ; car je me suis voué aux arts dès ma jeuiiesse, par la passion qu'ils m'ont inspirée, pour le charme qu'ils me procurent; enfin je les aime pour eux-mêmes, et non pour le lucre, pour les richesses qu'ils auraient pu me procurer.

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