ROI DU B O S P H O R E-C I M M É R I EN
Mgr. le Chancelier de l’empire, Comte de Romanzoff, toujours attentif à saisir et à faire naître les moyens qui peuvent contribuer à étendre les connoissances utiles, à fournir des matériaux pour illustrer l’histoire de sa patrie, et à réunir les monumens qui y contribuent, s’est occupé pendant son dernier séjour en Tatiride, à recueillir quelques restes classiques de l’antiquité.
Parmi les objets intéressans et précieux que Mgr. le Chancelier a rapportés de cette excursion scientifique , se trouve un nombre assez considérable de médailles grecques, dont
gnrîqiiH-: juries sont très-belles et quelques unes même inédites.
Celle , entr’autres , d’un roi Spartocus a été jugee avec raison par S. E. digne de fixer l’attention des amateurs de la numismatique.
Afin de répondre autant qu’il est en lui aux intentions de cet illustre protecteur des sciences, l'auteur de ce mémoire accompagnera la description de cette précieuse médaille de remarques sur quelques autres dont le même cabinet vient d’étre enrichi.
L’avers de la médaille de Spartocus offre la tête de ce roi ceinte d’un diadème et tournée à droite. Le revers présente la légende BAriAEnS [s]nAPTOKOTj dans le champ, à droite , un monogramme et un coryte placé horizontalement et tourné à gauche. Cette médaille dessinée sur le frontispice, est en argent, et de. la sixième grandeur d’après l’échelle de M. Mionnet.
La chevelure bouclée du roi est ceinte d’un
diadème , dont les bouts tombent naturellement en arriére. II paroit que Mithradate Eupator, roi du Pont, a été le premier roi qui se soit fait représenter avec un diadème dont le» bouts assez longs flottent sur le col , et en arriére : il fut imité en cela par son fils Pharnace et par Asandre, roi du Bosphore.
Le revers porte un coryte 1 , auquel on a joint le carquois , ou l’étui des flèc hes' , comme on le trouve dans plusieurs monumens de l’antiquité , et entr’autres sur les revers de quelques médailles en grand bronze dont il sera parlé dans un mémoire qui paroitra incessamment 3 .
Cette médaille a été probablement frappée à Panticapaeum , résidence des rois du Bosphore dans leur district d’Europe. On voit sur les médailles en argent de cette ville 3 , ainsi que sur celles en bronze de différentes grandeurs, le même emblème de guerrier. J’ai observé le premier 4 , que c’étoit une erreur que d’appeler carquois l’étui de l’arc , nommé tory le par les anciens.
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One médaille de Soli en Cilicie 5 nous apprend comment on portoit le coryte. Il éloit attaché à une ceinture qui le laissoit tomber sur la cuisse gauche.
L’objet principal dans la description de la médaille de Spartocus, est de rechercher à quel prince elle doit appartenir, l’histoire nous ayant nommé quatre Spartocus qui ont régné sur le Bosphore. Douteroit-on que le roi figuré sur notre médaille ait été roi de ce pays? Mais le lieu où elle a été trouvée , Panticapaeum , le nom de Spartocus que présente sa légende , et le type du revers , prouvent ce fait d'une manière indubitable.
Mais sous quel Spartocus cette médaille at-elle été frappée ? Pour décider cette question j’aurai recours à deux médailles, l’une de Leucon en bronze , l’autre en or de Paerisade. Et comme toutes ces pièces se prêtent un mutuel secours , notre nouvelle médaille servira aussi de son ciYté à déterminer plus précisément le tems où furent frappées les monnoies citées de ces deux princes. La mé-
daille de Lencon (pl. I. m. i et 2) se trouve au cabinet de Mgr. le Chancelier de l’empire 6 ; celle de Paerisade (pl. I. m. 3) est conservée dans la collection du Dr. Hunter appartenant à l’université de Glasgow, et elle n’est pas moins bien conservée que l’exemplaire de Paris ",
Quelques observations sur les chefs qui ont gouverné le Bosphore , depuis le commencement de cet état jusqu’à Spartocus IV , liées avec la comparaison des médailles frappées par des rois d’antres pays et qui étoient leurs contemporains, les anciens rois de Macédoine et Lysimaque roi de Thrace, me conduiront, non sans quelques détours nécessaires , an but que je me suis proposé.
Lorsque les Grecs s’établirent au Bosphore, l’administration fut entre les mains des Archaeanactides ; magistrats qui subsistèrent depuis La 73 Olympiade jusqu’à la 84, ou depuis l’an de Home 267 jusqu'à l’année 3 10. Ce gouvernement étoit républicain 8 , et il se conserva jusqu’à Paerisade I. et Spartocus IV.
comme il est prouvé par les inscriptions de ces rois, dans lesquelles ces deux princes sont nommés archontes du Bosphore et rois de* Suides et des Maeotes. Mithradate Eupator et Pharnace son fils suivirent une politique trèssage et très-souvent observée dans l'antiquité 9; ils laissèrent subsister la forme du gouvernement qu’ils avoient trouvé établi. Asandre hous en fournit une preuve , puisqu’ayant occupé le Bosphore après la mort de Pliarnace , il n'en fut d’abord que l’archonte. Et son prédécesseur Pharnace, gratifié du Bosphore par Pompée , fut certainement mis en même tcms en possession de. Phanagorie 10 et du district asiatique du Bosphore. Il est vrai que Pompée avoit , par reconnoissance , déclaré Phanagorie libre et autonome , parce qu’elle s’étoit révoltée la première contre Mithradate Eupator Mais je prouverai dans quelques observations sur les médailles de la ville de Chersonèse 11 , que ces privilèges, donnés par les Romains aux villes grecques , étoient de très-peu d’importance; il est cependant possible que Phanagorie ait joui alors de quelques immunités. Nous ignorons au reste si,
après qu’Asandre fut nommé roi par les Romains , le gouvernement du Bosphore subit quelque changement. Mais il n’y a aucun doute qu’Asandre archonte , avant d’être investi de la dignité royale, avoit été, comme Paerisade I, roi des Sindes et des Maeotes.
Alexandre I, fils d’Amyntas, et PerdiccasII.
gonvernoient en Macédoine pendant que le Bosphore étoit administré par les Archaeanactides. Il est vrai que les historiens leur donnent le titre de rois ; mais ces prétendus rois n’étoient probablement que des magistrats, comme l’étoient les Archaeanactides et leurs successeurs au Bosphore. Nous possédons des médailles de ces chefs de la Macédoine que j’ai nommés, mais on n’y trouve ni le titre de roi, ni leurs portraits. La franchise avec laquelle les lois permirent aux Macédoniens d’adresser à Philippe père d’Alexandre, des observations contraires à ses ordres 13 , atteste qu'ils jouissoient d’une certaine liberté ; peut - être futelle limitée à la suite, des grands et heureux exploits , qui engagèrent , h ce qu’il paroit , Philippe à prendre sur ses médailles le titre
de roi inusité jusqu'alors sur la monnoie macédonienne.
Les chefs macédoniens Arehclaus I , Pausanias, Amyntas II. et Perdiccas III. ne portent pas sur les médailles qu’on leur attribue le titre de roi , et ces médaillés ne sont pas non plus ornées de leurs portraits. Si leurs contemporains au Bosphore, Spartocus II, Satyrus I. et Leucon ont fait frapper des monnoies, il est sàr, qu’elles étoient sans leur effigie , et sans la qualification royale. La même remarque , quant à l’image, s’applique à Spartocus III. et Paerisade I. qui vivoient du tems de Philippe n, et d’Alexandre le grand; ainsi qu’à Satvrus II, Eumélus et Spartocus IV, qui gou\ernoient le Bosphore après la mort d’Alexandre. Les médailles de tous ces princes , s’ils en ont fait frapper, ne portoient pas plus leur portrait qu’on 11e voit l’effigie de Philippe, d’Alexandre et de ses successeurs , Philippe Aridaeus , Cassandre, Philippe IV, Antigonus, et Antigonus Gonatas sur les médailles qui leur appartiennent.
Je remarque ici en passant , que de Boze><, suivi par Cary 15 , étoit dans l’erreur lors-
qu’il disoit, qu’il v a beaucoup d’apparence que Paerisade I. ne fut pas le seul héritier des états de son frère Spartocus , et qu’il fut obligé d’en céder une partie à ses frères Satyrus et Gorgippus. Paerisade peut avoir chargé ses frères de missions et d’affaires, mais je doute qu’il les ait fait participer à son gouvernement ; et il fit très-bien sans doute , car l’exemple des trois fils de Paerisade ,6 prouve, combien il auroit été dangereux de partager son pouvoir. C’est par une seconde erreur que de Boze a rangé le frère de Paerisade, qu’il nomme Satyrus II , dans la suite des rois du Bosphore '7 ; cette place appartient à Satyrus U. fils de Paerisade, qui n’a régné que 9 mois , et qui a été omis aussi dans la suite de ces rois par Cary.
C’est un fait contesté par quelques antiquaires , mais qui n’en a pas pour cela moins de certitude , qu’aucune médaille d’Alexandre le grand frappée de son vivant, n’offre son portrait. L’opinion contraire a été soutenue par plusieurs numismates , parce que la tête dllercule jeune , couverte de la dépouille du
lion se trouve sur la plupart des médailles de ce roi. Hardouin ,8 , Pellerin '9 et Gessner 30 , voyoient dans ces têtes le portrait d’Alexandre le grand , et leur opinion fut adoptée par le Blond 31 , Barthelemi 33 , Fea 3î , Cousinery 3 4 et Clarke a5 . Le Blond et Clarke concluoient mal en disant que , puisque des têtes cornues représentent le portrait d’Alexandre , les têtes couvertes de la peau du lion doivent être aussi son portrait
Frôlich 36 , Neumann 3 7 , et Eckhel ont pensé différemment; ils ont observé que l’on rencontre ces mêmes têtes , absolument avec les mêmes traits du visage , sur les médailles d’Amyntas II , et de Perdiccas III , et même sur des tétradrachmes que Pellerin avoit attribués à Philippe H. Eckhel ajoute que l’on voit la même tête d’Hercule imberbe, non seulement sur les médailles d’Amphipolis , Philippi et Pydna , villes de la Macédoine , mais aussi sur la monnoie de Cos, de Leucas, et de Gades , villes qui n’avoient aucun rapport avec Alexandre. L’opinion de Neumann et d’Eckhel
a été suivie par MM. Sestini »9 , Fauvel î» , et Chaussard 3l .
Visconti 3l a porté , sur nos têtes dUercule jeune couvertes de la dépouille de lion, presque le même jugement que le Blond et Pellerin. Cet antiquaire , voulant de toutes les manières enrichir de portraits son iconographie grecque, a prétendu, contre le sentiment d’Eckhel et contre celui de tous ceux qui examineront ces médailles sans prévention , que „ si des têtes dUercule , semblables les unes aux autres , ont été gravées sur la monnoie d’autres rois de Macédoine, et que si celles qui l’ont été sur la monnoie d’Alexandre ne se ressemblent pas toutes , il en résulte nécessairement qu’on ne peut regarder toutes ces différentes têtes comme autant de portraits d’Alexandre: mais que rien ne prouve que quelques unes ne puissent pas être son portrait. “ Je réponds à cette remarque de Visconti : que si dans le grand nombre de ces médailles on trouve des traits de la physionomie dUercule plus ou moins différens et plus ou moins caractéristiques , cela ne provient que du plus ou du moins d*habi-
leté de ceux qui en ont gravé les coins. Apres avoir lu la remarque de Visconti , on s’attend à trouver cités des exemples des tétradrachmes d’Alexandre frappés en Macédoine, c’est-àdire, des tétradrachmes qui ne portent pas des marques décisives qu’ils doivent être attribués à des villes situées hors de la Macédoine. Mais quel est notre étonnement lors- t
qu’il nous dit 33 : „ en examinant le grand nombre de médailles de cette espèce qui sont conservées dans le cabinet de Paris et dans ceux de quelques amateurs , je reconnois les traits d’Alexandre sous ceux d’Hercule , sur les tétradrachmes frappés à Rhodes , et sur d'autres frappés dans une ville de Phoenicie qu'on croit , avec beaucoup 'de probabilité , être la ville d’Acco, appelée dans la suite Ptolémaïs.” Nous voyons, par cette remarque, que Visconti n’ayant pu trouver dans le grand nombre de tétradrachmes portant la tête d’Hercule , et frappés probablement dans la Macédoine, aucun qui présente quelque ressemblance avec l’effigie connue d’Alexandre, s’est cru forcé, pour sauver son hypothèse, de l’appuyer sur deux pièce* frappées dans l’/le
de Rhodes et à Aco en Phénicie. Mais quoique ces monnoies qui sont étrangères à la Macédoine , ne puissent pas être admises comme témoins dans nos recherches, elles ont été produites par Visconti à ce titre, par ce que les têtes qu’elles offrent, étant d'un travail assez médiocre , n’ont aucun caractère.
Mais des têtes médiocrement exécutées et sans caractère pourroient- elles servir de preuves à Visconti, lorsque „sur celles qui sont d’un travail plus parfait , pour me servir des termes de M. Chaussard 3 4 , l’exagération des muscles , une expression de force très -prononcée suffisent, indépendamment des autres caractères, pour faire reconnoitre Hercule par quiconque a l’habitude d’observer les monument de l’antiquité. “ Le défaut de caractère des têtes d’Hercule dans quelques exemplaires des médailles d’Alexandre, ne peut pas nous engager à y trouver les portraits de ce roi. Car il est clair que toutes ces têtes, sans exception, doivent être ou celles d’Hercule , ou celles d’Alexandre.
Visconti , pour rendre son opinion plus pro-
ao
bable , ajoute la remarque suivante 35 : d’antiquité paroit avoir partagé l’opinion que j’énonce , c’est-à-dire que quelques têtes coëffée* de la peau de lion, et gravées sur la monnoie d’Alexandre , étoient son portrait. Je n'établis point cette assertion sur des monumens d'un tems bien postérieur à son règne , je l’appuye sur des médailles d’une époque assez rapprochée de la sienne. Pour me servir d’exemples qui ne soient pas contestés, je citerai les monnoies d’Alexandre Bala , roi de Syrie. Ce prince, sans doute pour tirer avantage du nom qu’il portoit , voulut faire ressembler sa monnoie à celle du conquérant de l’Asie, et fit graver sur ses médailles de bronze sa tête coëffée d’une peau de lion, à l’imitation d’Alexandre le grand. Il paroit évident par cette observation que l’opinion générale parmi les Grecs de l’Orient à l’époque d’Alexandre Bala, étoit que la physionomie d’Alexandre étoit empreinte sur sa monnoie avec le costume d’Hercule. Les médailles de Ptolémée Alexandre , neuvième roi d’Egypte, et celles d’Alexandre II. roi d’Epire peuvent confirmer jusqu’à un certain point cette même opinion"
etc. : J’observe contre Visconti que si la tête couverte de la peau de lion étoit le type constant des médailles d’Alexandre Bala, et si cet acoutrement étoit ressemblant à celui qu’ont les médailles d’Alexandre le grand, l’observation de ce savant prouveroit qu’Alexandre Bala avoit imité les dernières , mais non pas que la tête figurée sur les médailles d’Alexandre Bala soit celle d’Alexandre le grand. Mais l’argument de Visconti se trouve renversé totalement, si l’on examine lamonnoie d’Alexandre Bala 36 :
1. La tête de ce roi de Syrie est tout-4-fait autrement coëffée que celle d’Hercule sur les médailles du conquérant macédonien.