‹ Description d'une médaille de Spartocus roi du Bosphore- Cimmérien du cabinet du chancelier de l'empire Comte de Romanzoff avec un supplément. Contenant la description de plusieurs médailles greques rares et inédites qui se trouvent dans le même cabinetChapitre 2 sur 14 · Cette coëffure n’est pas le type constant · texte numérisé non relu

Cette coëffure n’est pas le type constant

de ce roi. Car Alexandre Bala est aussi représenté coëffé d’une tête d’éléphant 2 3 ? ; le plu* souvent les avers de ses médailles portent sa tête diadêmée ; quelquefois elle est casquée ; d’autres avers offrent des têtes de divinités. Les médailles de Ptolémée Alexandre, et celles d’Alexandre H, roi d’Epire, citées par Vis-

conti , n ont pas plus ds valeur pour prouver l’assertion de ce savant que les médaillés d’A- * lexandre Bala.

Quelques beaux médaillons en argent de Séleticus I. offrent la même tête dHercule jeune couverte de la dépouille de lion , que nous voyons sur les médailles d’Alexandre 38, Comme ces dernières , les têtes sur les médailles de Syrie ne doivent pas être prises pour des têtes d’Alexandre le grand , ni pour celles de Sé- Ieuciis I , ainsi que l'a fait l'éditeur des médailles de M. Duane 3s , et M. Mionnet avoit raison de les nommer des têtes d’Hercule 4°.

Les médailles d'un Leucon, roi du Bosphore, dont le cabinet de Mgr. le Chancelier possède deux fort beaux exemplaires , achèvent de prouver la fausseté du raisonnement de Y isconti. L’avers de ces médailles en bronze porte une tête couverte de la peau du lion, copiée sur une des médailles d’Alexandre le grand. Il n’y a aucun doute que cette tête ne soit celle d’Hercule, car quel intérêt le roi

du Bosphore auroit-il pu avoir de placer sur ja monnoie la tête du roi de Macédoine ?

Enfin Visconti, peu content de ce qu’Eckhel n’avoit pas reconnu le portrait d’Alexandre dans les têtes couvertes de la peau de lion , fait cette remarque 4« : „ce savant, presque étranger aux grands monumens de l’antiquité, a dédaigné dans son examen les lumières qu’il auroit pu emprunter de l’archéographie. “ Je réponds à cela: que si Eckhel n’as oit pas autant de pratique dans les monumens de la sculpture , nommés par Visconti les grands monumens de l’antiquité, qu’en numismatique, on seroit fondé à dire de Visconti lui - même que , s’il n’étoit pas tout-à-fait étranger aux petits monumens de la numismatique , au moins il n’y excelloit pas. Mais remarquons , que le jugement d’Eckhel sur la tête des médailles d’Alexandre couverte de la dépouille de lion , ne pouvoit être motivé, ni par le plus, ni par le moins de pratique dans les productions de la sculpture. Thorwaldson et Canova mêmes consultés, n’auroient pas pu affirmer, que ces têtes possèdent la moindre ressemblance . ni

avec le buste en marbre d’Azara , ni avec le portrait qu’offrent les petites médailles en or et en argent, citées ci dessous Quant „aux lumières qu’Eckhel auroit dû emprunter de l’archéograpliie il faut observer que ce savant n’en possédant pas moins que Visconti , n’a jamais manqué d’en faire usage quand sa matière l’exigeoit. On voudra bien être persuadé que ces remarques sur Eckhel et Visconti n’ont pas pour but de déprécier le haut mérite de ces savans. Si Eckhel avoit moins de pratique dans quelques branches d'antiquités que dans d’autres, il faut avouer qu’aucun antiquaire ne l’a jamais surpassé, ni en érudition, ni en justesse de raisonnement, ni en profondeur de critique. A l’égard de l’expression , dont s’est servi Visconti dans le passage cité, on pourroit remarquer que ce qu’il a nommé grands mortumens ne seroit compris par les Stuart , Hirt , et Klenze qu’au nombre des petits monumens.

Si l’on s’étoit trompé en prenant la tête d’Hercule pour celle d’Alexandre , on n’a pas été plus heureux en croyant trouver sur les

médailles de Lysimaque le portrait de ce roi de Thrace. Les m on u mens dont il sera question ici, sont les médailles en or et en argent de Lysimaque, dont l’avers présente une belle tête d’homme avec une corne de bélier , et un diadème. Ange Politien4 5 , Coelius Rhodiginus44, Spanheim4 5 , de la Chausse 46, Beger47 , Go ri 48, Gessner49, Eckhel s °, Yisconti 5 ' , et M. Mionnet 5 *, ont cru reconnoitre dans ces têtes le portrait de Lysimaque. Spanheim supposoit que Lysimaque avoit emprunté d’Alexandre cette corne de bélier, et Eckhel croyoit que ce type étoit propre à Lysimaque comme descendant de Bacchus 5î . L’opinion de tous ces antiquaires étoit fausse , et Eckhel se trompa de nouveau en rapportant cette corne à Bacchus , car ce dieu n’a jamais été représenté avec des cornes de bélier. Cette erreur d’Eckhel a été adoptée aussi par Visconti 5 *. Tout aussi bien que le savant antiquaire de Vienne 5S , Visconti croyoit que la tête d’un jeune homme ornée d’une corne de bélier, qu’on voit figurée sur une médaille de JVuceria Alphaterna , ville de Campanie , étoit celle de Bacchus 56 . Si dans cette médaille les

corn« de bélier sont un des symboles de Bacchus , comment sur celles de Lysimaque peuvent-elles être un attribut de Jupiter Ammon 5 " ?

L’explication erronée de la médaille de Nuceria proposée par Eckhel avoit été précédée d’une autre qui n’est pas plus admissible: Barthelemi y avoit vu la tête d’Alexandre le grand 58 . Par une méprise semblable, Clarke prétend que sur des médailles de Cyrène, une tête barbue portant une corne de bélier est plutôt le Bacchus indien que Jupiter Ammon 5 9.

Si c’étoit une erreur que de voir sur la monnoie de Lysimaque le portrait de ce roi de Thrace , d’autres litérateurs et numismates, comme Fulvio Orsini® 0 , Jean Fabre 6 *, Agostini 6 ’, Maffei 63 , Canini 6 4 , Nonius 65 , Hanthaler 66 , Wachter 6 / , et de Choiseul-Gouffier 68 , «voient nommé Alexandre la tête en question.

Wachter a observé très-judicieusement que Lysimaque a préféré de placer sur sa monnoie la tête du conquérant macédonien plutôt que

d’orner la sienne de l’emblème qui rappeloit l’origine divine d’Alexandre, ce qu’aucun des successeurs de ce roi n’a jamais osé de faire. L’opinion des auteurs cités , la seule qui soit juste et raisonnable , a été suivie par le Blond 6» , Fauvel 1 ° , et Clarke

Visconti , pour prouver que la tête ceinte du diadème et ornée d’une corne de bélier que l’on voit sur les médailles de Lysimaque, n’est autre que le portrait de ce roi , allègue en preuve une médaille en argent d’Amastris reine de Héraclée î». On voit sur cette pièce une tête couverte du bonnet phrygien, ceinte d’une couronne de lauriers. Mais rien 11 e prouve que ce soit un portrait de Lysimaque.

Cette tête est plutôt le portrait de la reine Ainastris. C’étoit du moins l’opinion des numismates antérieurs à Visconti, tels que Span-

heim" 3 , Petit:4, Rasche; 5 , et autres; elle peut être aussi l’effigie du dieu Lunus : par conséquent elle ne prouve pas que les têtes avec la corne des médailles de Lysimaque soient le portrait de ce roi.

Une autre médaille sur laquelle Visconti veut appuyer son raisonnement , porte une tête ceinte d’un diadème et n’a pas la corne de bélier. Elle est de Lysimacliia 7 6 , ville fondée par Lysimaque dans la Chersonèse de Thrace , et il n’y a pas de doute qu’elle ne nous offre le portrait de Lysimaque. Or cette tête ne possédant aucune ressemblance avec celles des médailles de Lysimaque dont il est question, il en résulte que les dernières ne peuvent pas être prises pour des portraits de ce roi.

Les têtes d’Alexandre 'sur les médailles de Lysimaque possèdent un grand caractère et un air sublime. Les cheveux s’élèvent au milieu du front, et retombent en arrière, tel» que nous les voyons dans les monumens qui représentent Jupiter. Tout nous annonce que le sculpteur, qui étoit certainement un des plus habiles, avoit voulu exprimer dans l’original qui servit de modèle aux médailleurs,

qu’Alexandre devoit être regardé comme fils du chef de l'Olympe. Aucune de ces médailles n’a été dessinée et gravée avec autant

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de vérité, d'expression et de goût, que celle qui a été publiée par Clarke77. Pour donner à son opinion quelque probabilité, Visconti avoit fait graver des exemplaires les moins beaux, d’un travail médiocre et n’ayant absolument rien du beau idéal;#.

J’ajouterai à ces remarques, qui prouvent combien est mal fondée l’opinion de Visconti, un autre argument qui milite contre lui. Si Visconti convient avec tous les antiquaires, qu’on trouve sur les avers des petites médailles en or et en argent dont le revers est, tantôt un lion, tantôt un lion monté par un amour 79 , le véritable portrait d’Alexandre le grand 8 ®; si ces portraits, quoique exécutés d’après un original différent, ont une grande ressemblance avec les têtes en question des médailles de Lysimaque ; comment peut-il trouver sur ces dernières un autre portrait que celui du roi de Macédoine? Comment peut-il douter que les unes aussi bien que les autres représentent le même personnage? Au reste, les petites médailles en or et en argent que je viens de citer, ne peuvent pas détruire le

fait, qu’aucune médaille d’Alexandre le grand, frappée de son vivant, n’offre son portrait, puisqu'on sait quelles ont été exécutées plusieurs siècles après lui.

On ne peut qu’approuver l’explication que Visconti a donnée d’un beau camée du cabinet de France, lorsqu’il y a reconnu les traits de Lysimaque 8 '. C'est le lion figuré sur le casque qui aura engagé Visconti à prendre pour ce roi de Thrace ce portrait d’un homme d’âge avancé. Mais le manque de ressemblance avec les têtes que portent les médailles de Lysimaque, est un fait contraire à l’hypothèse de Visconti.

Ce savant termine ce qu'il dit sur les têtes qu’il attribue à Lysimaque par l’observation suivante 8j : „Les ichthyologues grecs parlent d’un gros poisson connu dans l’archipel sous le nom de crios, bélier. Sa tête est marquée d’une raie de couleur blanche, qui donne l’idée des cornes de bélier. Èlien en décrivant cette raie des béliers marins, ajoute que les mâles ont la tête entourée d’une espèce

de dkdême qu’on diroit être celui de Lysimaque ou d’Antigonus , ou de quelqu’autre roi de Macédoine. Nous apprenons par Pline que cette bande avoit l’apparence des cornes de bélier; nous voyons qu’Elien la compare au diadème de Lvsimaque et des antres rois de Macédoine; nous venons de remarquer sur les médailles de Lysimaque des cornes de bélier attachées à son diadème; comment nous refuser à l’évidence qui résulte de ces passages et de cette comparaison? “ Observons que cette évidence n’est pas aussi grande que Visconti a voulu nous le persuader. Pline ne parle pas de diadème, et le passage d’Elien ne prouve autre chose si non que de son tems et plusieurs siècles après Alexandre, on croyoit que les tètes cornues sur les médailles de Lysimaque étoient le portrait de ce roi, mais il n’en résulte pas qu’on avoit raison de le croire. On peut affirmer que ceux qui dans ces tems postérieurs u’avoient aucun intérêt de faire des recherches historiques et numismatiques sur les anciennes coàtumes, ne pouvoient pour la plupart, en voyant des monnoies de Lysimaque, balancer à croire que la tête qu’ils y

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voyoient n’appartint à celui dont ils lisoient le nom sur le revers. Visconti n’a donc rien prouvé par cette remarque.

Je dirai encore un mot sur deux monumens que Visconti a produits comme des portraits d’Alexandre. Le premier est le buste, portant le nom de ce prince: il appartenoit au célèbre éditeur des oeuvres de Mengs, Azara 83 . Depuis Mengs et Winkelmann jusqu'à Visconti ce buste a reçu trop d'éloges.

Malgré l’admiration que ces auteurs lui ont prodiguée, c’est un ouvrage bien médiocre.

Le Blond®4 et Clarke 85 ont jugé que l’authenticité de ce monument, regardé comme portrait d’Alexandre, étoit très-douteuse. Le dernier éditeur des oeuvres de Winkelmann, M. Meyer 86 , grand connoisseur en monumens de l’art de l'antiquité, n’est pas d’accord avec Visconti sur plusieurs questions relatives à ce buste. Le renflement du muscle mastoïdien du côté gauche, que Visconti prétend avoir remarqué 8 ?, seroit inutile s’il y étoit réellement exprimé, puisque la tête ne se porte pas à l’épaule. Ayant plusieurs fois examiné ce

monument, je n’ai vu dans la physionomie ni rien de terrible 88 , ni aucune ressemblance avec le roi des animaux 89 . Le second monument que Visconti donne pour un véritable portrait d’Alexandre, est un camée tiré du cabinet de l’impératrice Joséphine 9°. Cet auteur a tort en nous disant, „qu’il est vraisemblable qne ce camée est un ouvrage de Pyrgotèle et que le profil de cette pierre nous donne la forme du nez qui manquoit à la tête en marbre. “ Le travail de ce camée, à en juger d’après l’estampe, est si timide, il est exécuté dans une si petite manière, qu’il n’y a pas de doute que ce morceau ne soit une production moderne. Au surplus, la manière inusitée dont cette tête est ceinte du diadème, suffiroit seule pour rendre ce camée suspect. Je présume que si Visconti n’avoit pas cédé à quelques considérations relatives à l’empereür Napoléon et son épouse, il auroit autrement jugé et du buste et du camée. Mais de pareils motifs ne doivent jamais diriger l’opinion de celui qui veut écrire pour la postérité.

Pour faire sa cour à son souverain, Visconli s’est éloigné de la- vérité encore plus d’une fois. Supposant que Napoléon verroit avec plaisir dans l’Iconographie le portrait d’un des plus célébrés guerriers de l’antiquité, celui d'Hannibal, il baptisa de ce nom un buste en bronze 9 < , sans qu’il eut pour prendre cette liberté aucune raison suffisante. Il est beaucoup plus probable que ce buste est celui du roi Juba I. Si l’on veut également examiner le chapitre qui traite de Thémistocle, on trouvera que Visconti n’a rien prouvé de tout ce qu’il avance relativement aux portraits de ce fameux capitaine qu’il croyoit indispensables à sa galerie. Les deux pierres gravées 9’ qu’il donne pour son effigie , représentent Byzas ; ce sont absolument les mêmes traits qui caractérisent les têtes qu’on voit sur les avers des médailles de ce fondateur de Byzance, avec son nom à côté. Le dauphin qui est au dessous de l’une de ces têtes, fait allusion à l’exposition heureuse de la ville de Byzance sur le bord de la mer. Visconti attribue encore à Thémistocle un buste en marbre, sans appuyer son assertion d’au-

cune preuve; ce buste, au surplus, n’a aucune ressemblance avec les têtes de Byzas sur les pierres gravées qu’il a citées. Il résulte de tout ce que j’ai dit:

1. Que jusqu’à la mort d’Alexandre le grand on ne trouve sur aucune des médailles des rois de Macédoine le portrait de ces rois.

J’ajoute qu’à très-peu d’exceptions près, cette remarque s’applique aux médailles des rois qui ont régné en Macédoine après Alexandre le grand.

2. Qu’aucune médaille que Lysimaque a fait frapper, ne porte son portrait; et que les têtes qu’on voit sur les médailles nombreuses de ce roi ^n or et en argent, sont, sans exception, des portraits d’Alexandre le grand.

Ces deux observations nous fournissent le moyen de fixer l’âge de la médaille de Spartocus nouvellement découverte, et celui des médailles de Paerisade et de Leucon. Chacune de ces trois pièces prise isolément, contribuera à nous faire déterminer le tems à-peu-

près auquel appartiennent les deux autres, et pour préparer cette explication mutuelle de nos trois monumens, les détails préliminaires dans lesquels je suis entré, étoieut nécessaires.

La médaille en or de Paerisade que de Boze a publiée le premier 93 , étant une imitation de celles de Lysimaque, ne peut pas , comme M. Cousinery l’avoit déjà remarqué avant Visconti, être attribuée à Paerisade I. puisque ce dernier étoit déjà décédé lorsque les successeurs d’Alexandre le grand prirent le titre de roi, et qu’en vertu du privilège attaché à cette dignité, ils commencèrent à battre monnoie. A ces raisons indiquées dans deux mémoires cités dans la notes!, il faut ajouter que Paerisade I, u’auroit pas osé placer son portrait sur sa monnoie, parce que ni Philippe, ni Alexandre le grand, ses contemporains, ni aucun roi d’autres pays l’a voient fait jusqu’alors. Il n’est pas probable non plus que Paerisade I. ait voulu prendre le titre de roi, puisqu’au Bosphore il n’étoit qu’archonte, et que sur beaucoup de médailles Philippe et Alexandre n’ont fait graver que leur nom.

omettant le titre de roi. A cette occasion Visconti est tombé dans une grande erreur, en prétendant que la médaille en question à été frappée sous le fils de Spartocus IV, Paerisade H, ce roi dont j’ai prouvé l’existence en publiant la copie correcte d'une inscription antique s» i. * * * 5 . Il n’y a pas de doute que le roi nommé dans cette inscription ne soit Paerisade II, puisque par plusieurs raisons le monument est de son tems. Mais la médaille du cabinet de Paris ne peut pas appartenir à ce Paerisade H. comme le croit Visconti:

i. Parceque Paerisade II. fils de Sparto-

cus IV. devint roi du Bosphore, après la mort de son père, l’an de Rome 4-7® > avant notre ère 284 . Lysimaque décéda trois ans

après, l’an de Rome 473, avant notre ère 281, après avoir gouverné ses états sous le titre de roi, pendant 2,5 ans. H s’en suit que, du vivant de Paerisade IL les médailles de Lysi-

maque ne pouvoient pas être comptées parmi

des objets vieillis ou oubliés, et que Paerisade II, s’il avoit voulu imiter une médaille du roi de Thrace, n’auroit pas placé son

portrait sur sa monnoie, mais plutôt la tête d’une divinité, comme l’avoient fait Philippe, Alexandre le grand , et Lvsimaqué. Nous avons vu que toutes les médailles que Lysimaque a fait frapper portent la tête d'Alexandre, ornée des attributs de Jupiter Arnmon qu’il regardoit comme fondateur de son empire. Les médailles des rois de Macédoine et de Thrace, ayant été imitées par les rois du Bosphore, il n'est pas probable que les derniers se soient écartés de leurs modèles, par rapport à l’objet principal, la tête de l’avers.

2 . La médaille en or du cabinet de Paris ne peut pas appartenir à Paerisade II; les médailles de Leucon le prouvent. Leucon mourut l’an de Rome 4oi, avant notre ère 353, et Alexandre monta sur le trône, l’an de Rome 4 i 8, avant notre ère 336. Les médailles de Leucon étant évidemment imitées de celles d’Alexandre le grand, il s’en suit que celui qui les fit frapper n’a pas été le roi Leucon antérieur à Alexandre, cité par • les auteurs et dans les .inscriptions, mais hn

Leucon postérieur qui a régné, comme je l’ai déjà observé ailleurs» 6 , dans l’intervalle des 170 ans à-peu-prés, pendant lesquels les noms des princes n’ont pas été conservés par l'histoire 97. L’imitation des médailles d’Alexandre le grand qu’on remarque sur la monnoie de Leucon rend très-probable qu’elles appartiennent plutôt à un des premiers rois dont les règnes ont rempli l’intervalle cité, à Leucon IL par exemple, qu’à quelqu’autre roi plus éloigné du siècle d’Alexandre. Une autre conséquence, c’est que la médaille en or dont il est question est d’un Paerisade III. postérieur à Leucon II, et voici les raisons qui empêchent qu’elle puisse être de Paerisade le dernier. D’abord le style, et la fabrique des médailles de, Leucon sont plus beaux et tiennent plus de l’antique que celles de Paerisade. Ensuite il n’y a aucune vraisemblance qu’on ait commencé au Bosphore à imiter les monnoies de Lysimaque, et qu’on ait pris quelque tems après pour modèle une monnoie plus ancienne, celle d’Alexandre. Pour faciliter au lecteur la comparaison des médailles de Leucon et de Spartocus, avec celle de Paeri-

sade, j’ai ajouté à la gravure des deux premières , celle de Paerisade , dont le dessin a été exécuté sur l’exemplaire qui se trouve dans la collection du Dr. Hunier à Glasgow (pl. I. m. 3).

Il paroit que, jusqu'au régne d’Auguste, les rois du Bosphore ont imité la monnoie de Macédoine et celle de Thrace. Même après Pharnace II. ces princes n'ont pas adopté 1ère du Pont, et ce n’est que dans les médailles en or, qui sont peut-être de Sauromate I 98 , qu’on en remarque l’usage qui, par bonheur pour la chronologie, a été Continué depuis Rhescuporis IL jusqu’à la fin de cette monarchie.

La précieuse médaillé de Spartocus du cabinet de Mgr. le Chancelier de l’empire ne peut pas être de Spartocus I. ni de Spartocus II. parce qu’elle est d’un style beaucoup moins ancien que celui des monnoies des rois de Macédoine contemporains, Pèrdiccas II.

et Archelaus I. Au surplus, la médaille de Spartocus porte le portrait de ce roi, et il

a été observé ci-dessus que les anciens rois grecs ont, pendant long-tems, fait frapper leur monnoie, sans l’orner de leurs portraits. Notre médaille ne peut pas non plus appartenir à Spartocus III. ni IV. contemporains de Perdiccas HL et de Lysimaque, puisque dans ces tems on n’étoit pas dans l’usage de placer le portrait du prince sur les médailles : d’ailleurs à juger d’après le style et le goût du travail, la médaille de Spartocus doit être postérieure à celles de Lysimaque et à celle de Leucon, dont l’âge a été fixé par les observations précédentes, autant que les monumens qui nous sont restés le permettent.

Cette médaille de Spartocus démontre que la médaille en or de Paerisade ne peut pas être attribuée à ce Paerisade qui céda ses états à Mithradate Eupator, et qui doit être nommé Paerisade le dernier, parce qu’il est le dernier de ce nom dans la série des rois du Bosphore. La médaille en or du cabinet de Paris ne peut pas non plus être de ce Paerisade le dernier, parce que la médaille de Spartocus est d’un tems postérieur à l’époque

où la monnoie en or de Paerisade, du cabinet de Paris, a été frappée. Or puisqu’il n’y a aucun vuide dans La suite des rois du Bosphore après Paerisade le dernier, pour y introduire notre Spartocus, il s’en suit que ce Paerisade aussi bien que notre Spartocus , doivent avoir régné dans l’intervalle des 170 ans, dont nous avons parlé.

Si la médaille de Spartocus nous a servi, indépendamment des argumens exposés plus haut, à appuyer ce qui a été dit concernant l’âge de la médaille en or de Paerisade; cette dernière fournit un motif de plus, pour croire que la médaille de Spartocus n’est pas de Spartocus IV. père de Paerisade II. Le goût du travail nous atteste qu’elle 11e peut être que postérieure à la médaille en or qui porte le nom de Paerisade.

Tout concourt donc à prouver que la médaille en argent de Spartocus doit être placée parmi celles des rois inconnus qui ont occupé le trône du Bosphore pendant les 170 ans mentionnés. Il faut placer dans le même in-

tervalle la médaille en or de Paerisade et celle en bronze de Leucon. Les règnes de ces rois dont l’histoire ne nous avoit pas révélé l’existence, et que nous ne connoissons que par des monumens numismatiques, seront, d’après les raisons que j’ai données, rangés de manière que celui de Leucon occupe la première place, celui de Paerisade la seconde, et celui de Spartocus la troisième. Quant aux deux premiers, la ressemblance frappante de leurs médailles avec celles d’Alexandre le grand et de Lysimaque, nous autorise à supposer que leurs régnes ont été assez rapprochés des premières années de l’intervalle des 170 ans. Par rapport à notre médaille en argent, le goût du travail lui assigne une place un peu éloignée de celle des deux autres, de manière qu’elle peut bien avoir été frappée sous un Spartocus ,Y, VI ou VIT.

On ne doit pas s’étonner que les médailles des trois rois du Bosphore dont il a été question, ayent été frappées dans l’intervalle cité, et que jusqu’à présent on n’ait fait la décou-

verte d’aucune des médailles des rois qui ont régné auparavant. II paroit qu’au Bosphore qui étoit privé de mines, les métaux ont été plus rares aux premiers teins de la monarchie, qu’aprés l’établissement de la dynastie sauromate; il est probable même que les médailles des anciens rois ont été très-souvent fondues, pour servir à en frapper de nouvelles. Si nous possédons les médailles de Philippe, d’Alexandre et de Lysimaque en si grand nombre, nous en avons l'obligation aux riches mines de. la Macédoine et de la Thrace.

Puisqu’il a été question des rois du Bosphore qui ont porté le nom de Leucon, je relèverai une grande méprise à laquelle a donné lieu cette ressemblance de noms. On a attribué à Leucon I. des actions honteuses qui sont d’un autre Leucon, son successeur long-tems après 9s. Leucon I. étoit un prince distingué , généreux , révéré dans toute la Grèce. Comment le confondre avec un Leucon que Polyen nous représente comme avare, avide d’argent et étranger h toute grande action? C’est ce Leucon qui surfrappa sa mon-

noie pour en augmenter nominalement la valeur ,0 °: c’est lui. qui usa d'artifice pour s’emparer de l’argent des négocians 101 : c’est lui qui eut recours à la ruse contre ses officiers mutinés 101 , moyen dont Leucon I. n’auroit pas eu besoin: c’est sous lui enfin que les Héracléotes du Pont infestèrent le territoire du Bosphore ,ûl , ce qu’ils n’auroient pas osé sous l’autre Leucon. Au reste, Polyen ne nous apprend ni le tems où le Leucon dont il parle a existé, ni le lieu oit il a régné, et il est évident que tout ce qu’il en raconte doit s’entendre d’un roi de ce nom qu’il fant placer dans les 170 années de lacune historique que j’ai mentionnées déjà plusieurs fois. J’ajouterai que dans cet intervalle de tems la ville de Théodosie doit avoir été assiégée par un des rois du Bosphore et qu’elle fut délivrée par le stratégéme d’un certain Tynnichus d'Héraclée *° 4 . Un stratégéme dont se servit Memuon, doit aussi avoir été exécuté contre un Leucon qui régnoit dans le. cours des 170 années perdues pour l’histoire ,o5 . Mais un ordre donné par un roi Leucon, dont le but étoit de réformer la discipline de ses troupes et

qui congédia à cet effet tous ceux qui s’étoient endettés au jeu ou par d'autres débauches, est bien de Leucon I. et digne de sa sagesse ,o6 . C’est donc par erreur qu’un savant, dans sa nouvelle édition de Memnon 10 ?, rapporte à ce prince, non seulement les actions qui sont réellement de lui, mais encore les faits plus ou moins odieux qu’on trouve dans Polyen, et l’infortune dont parle Ovide ,o8 . On est étonné de la manière étrange avec laquelle un auteur moderne to 9 a aussi confondu ensemble les deux ou trois rois qui ont porté le nom de Leucon, en mentionnant ,, Leucon, si fort loué pour sa munificence par Démosthène ; dont plusieurs actions rapportées par Polyen , attestent la prudence consommée, et que Plutarque célèbre en plusieurs endroits à cause de sa sagesse

Je terminerai par une remarque sur un passage qui présente des difficultés: il est de Mernnon l’historiographe d’Héraclée du Pont.

„Les Héracléotes, “ dit-il „ pressés par les essiégeans commandés par Cotta, envoyèrent encore une fois demander des secours et une

alliance aux habitans de Chersonèse et de Théodosie et aux rois du Bosphore. “ Ce fait doit avoir eu lieu vers la 176 et la 177 Olympiade, l’an de Rome 680-682. Paerisade le dernier ayant cédé ses états à Mithradate Eupator dans la 166 Olympiade, vers l’an de Rome 63g, il s’en suivroit que les Héracléotes s’étoient adressés à Mithradate. Mais comment la politique leur permettoit-t-elle de faire cette .démarche? Ce roi étoit alors en guerre contre les Romains, et sans ressources pour secourir les Héracléotes. Il faut donc supposer que ceux-ci s’adressèrent à Mithradate ou à ses lieutenans, avant ses malheurs, ou regarder comme une erreur la mention des rois du Bosphore.

Je dois remarquer en finissant ces recherches que les médailles de Leucon ne présentent entre elles que deux différences. L’avers porte bien toujours une tête d’Hercule jeune, et la légende du revers est bien constamment BASIAEilS AETKflNOS. Mais sur les unes l’arc, figuré comme sur les médailles de Panticapaeum, se trouve placé au dessus de la

massue; sur d’autres la massue se trouve au dessus d’un arc renversé. L’exemplaire décrit par M. Mionnet est de la 5 e grandeur:

ceux que j’ai eu sous les yeux , sont de la 6 e et 7 r .

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