DÉTERMINATION
A première vue, ce fossile présente avec le Laurillardîa parisiensis de grandes ressemblances. La longueur du bec est la moitié de celle de la tête osseuse ; le cou est court, les os des membres inférieurs montrent une grande analogie de proportions, principalement à cause de la brièveté du tarso-métatarse. Mais si Ton compare les dimensions précédentes avec celles de la page 3, on peut se convaincre immédiatement qu'il n'y a là que des ressemblances génériques et que les deux oiseaux sont des espèces différentes. Ce qui caractérise le mieux cet oiseau, c'est la proportion relative des os des membres ; or les rapports que nous trouvons diffèrent sensiblement^ ainsi qu'on en peut juger par les nombres suivants :
i2 1* La longueur du fémur comparée à celle du tibia donne — = 0,57 {Laurillardia pari-
siensis = 0,60.)
2' Le rapport du tibia au tarso-métatarsien est de — = 1,90. [Laurillardia parisiensis
3"* La hauteur du crâne est de 13 mm. dans le second fossile et de 19 mm. dans le premier.
La conformation de l'aile était la même dans les deux espèces, longueur de l'humérus égalant les 0,8 de celle du cubitus.
Notre second oiseau se distingue donc surtout du premier par la réduction plus grande encore du métatarse : ce caractère si remarquable, qui a fait autrefois classer ces oiseaux parmi les Syndactyles, est encore plus accentué dans ce second échantillon de la faune éocène : ces oiseaux devaient, pour ainsi dire, se tenir assis sur les branches, et la position dans laquelle le second a été fossilisé, donne assez exactement l'idée de sa station habituelle.
A cause de ses proportions générales, cet oiseau doit être rangé dans le genre Laurillardia, représenté aujourd'hui par les Merles de Madagascar. Mais sa taille plus petite et la brièveté de son pied doivent le faire distinguer des espèces déjà décrites ; je le désignerai donc sous le nom de Laurillardia Munieri, en remerciement du bienveillant accueil et de l'aide obligeante que j'ai trouvés au laboratoire des recherches de la Sorbonne pour la reproduction de ce fossile.
La place de ces oiseaux dans la classification est toute spéciale, malgré les analogies qu'ils présentent avec les Merles de Madagascar. Les proportions de la patte et celles du bec ne se concilient avec aucune de celles qu'on observe dans les genres actuels. Les Martins-pêcheurs ont le bec plus fort et plus droit, l'aile plus forte, les deux doigts externes soudés. Les Guêpiers ont le bec plus grêle, le métatarse plus long. Les Prionitidés /"A/omtus) seraient plus rapprochés à cause de la forme du bec et de la brièveté des tarses, mais chez ces Passereaux le deuxième et le troisième doigts sont très longs relativement aux deux autres, ce qui donne à la patte une forme absolument différente de celle des Lauril-
lardia. Chez les Huppes, le rapport du tibia au métatarsien est assez voisin de celui du Laurillardiaparisiensisy mais Faile est beaucoup plus longue et le bec plus grêle.
L'oiseau aetuel qui présente les proportions les plus voisines de celles qu'on rencontre dans nos fossiles est donc le Merle de Madagascar. On doit observer cependant que le Harlaubitis a le bec moins fort que le Laurillardia pariensiSj et que le Laurillardia Munieri offre une courbure caractéristique de la mandibule supérieur et exagère encore le caractère si particulier à ces oiseaux fossiles d'avoir des tarses excessivement réduits.
Ce second oiseau, montrant dans toute leur netteté les dispositions des doigts, indique bien clairement qu'on ne doit pas songer à faire des Laurillardia des Syndactyles,car s'il y avait eu soudure de deux doigts, en admettant que par la fossilisation les deux doigts se trouvent séparés, ils n'auraient jamais pu prendre la disposition qu'o£[re la patte droite du Laurillardia Munieri. H y avait donc lieu de distinguer ces deux espèces et de les ranger dans les Passereaux vrais, en notant leurs liens de parenté avec les Turdidés et les Stumidés pour le bec et les pattes, avec les Syndactyles et les Prionitidés pour les proportions de la jambe et du pied.
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