Dom Jean Huynes {Histoire générale, etc
Roi. Jean de la Porte les reçut et les logea dans la demeure ordinaire des Portiers. « Bientôt ces soldats prétendirent au nom de leur chef être payés des deniers de l'Abbaye; l'Abbé leur résista, eut recours au roi Charles le Bel, et l'an 1326 ce monarque fit expédier une lettre, adressée aux sieurs Bertrand, Boniface et Pierre de Maury, ses Conseillers et Réformateurs des Ëtats de Normandie, leur commandant d'apporter tous leurs soins à cette affaire. Il fut reconnu que depuis 708 T Abbaye s'étoit gouvernée elle-même et maintenue en l'obéissance de ses légitimes souverains, les chanoines s'étant fait garder par leurs domestiques. Les Religieux établirent des défenseurs illustres pour les secourir, et les Ducs de Normandie et les Rois de France approuvèrent une garde aussi honorable » (1).
Les conseillers du Roi, admettant les bonnes raisons données par l'Abbé, décidèrent que l'Abbaye ne devait aucune solde à la garnison qui lui était imposée ; cette décision fut confirmée par le roi Philippe deValois en 1334.
A Jean de la Porte succéda Nicolas le Vitrier, né au Mont Saint-Michel et qui était Prieur de l'Abbaye au moment où il fut élu Abbé du Mont. Nicolas le Vitrier restaura l'Abbaye après l'incendie de 1350 et entretint les Remparts. « Au milieu de tous ces soins, il fallut encore défendre la forteresse contre les Anglais ; il fit lui-même la
1. Histoire du Mont Saint-Michel, etc., par M. l'abbé Desroches.
REMPARTS. — XIII* AU XVe SIÈCLE 249
garde pour conserver cette place au Roi. Il se rendit si recommandable que Charles V, n'étant encore que Duc de Normandie, établit le premier les Abbés de Mont Gouverneurs et Capitaines de la Ville et Abbaye du Mont Saint- Michel. Nicolas le Vitrier mérita le premier cet honneur » ('!).
Après sa mort, en 1362, Geoffroy de Servon lui succéda dans ses charges et dignités. En ces temps troublés, Geoffroy « sut aussi bien commander à ses Religieux qu'à ses soldats » (2). En 1364, le roi Charles V confirma les prérogatives des Abbés du Mont : « Charles cinquiesme
donna des lettres ordonnant de rechef que nul ne fût Capitaine de ce Mont, sinon celui qui en seroit Abbé, et dit les paroles suivantes en ses Patentes datées du dix-huictiesme d'octobre mil trois cens soixante quatre : Nous, considérant la grande loyauté, vraye amour et parfaicte obeyssance que ont toujours eu et à nos prédécesseurs et à la Couronne de France en toutes manières, nos chiers et bien amezles Religieux, Abbé èz couvent du Monastère du Mont Saint-Michel au péril de la mer, et par especial considérant la grant et bonne diligence que lesdits Religieux, en demonstrant l'amour et loyauté des susdits, ont eue par tout le temps des guerres et encore ont continuellement chaque jour, de garder et en la garde de laditte église et
1. Histoire du Mont Saint- Michel, etc., par M. l'abbé Desroches.