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fort d'icelle, à leurs propres coups, frais et despens, contre tous les adversaires et ennemys de notre royaume, sans avoir eu par tout le temps dessus dict aultre Capitaine que l'Abbé d'icelle église si et en tant que nuls desdits ennemys, par force, malice ou subtilité quelconque, n'y ont peu entrer ny faire grevance à iceux religieux, à ce que de bien en mieux ils soient diligens et curieux de bien et diligemment gouverner et garder leur dit monastère et fort d'iceluy, avons octroyé et avec ce voulons et leur octroyons de notre grâce especial et certaine science et authorité royal que en laditte église et fort d'icelle n'ait et ne soit autre Capitaine ne Gouverneur que l'Abbé d'icelle Église, se il ne plaisoit etplaist audit Abbé èz couvent. Et, s'il avenoit que par nous ou aucun aultre, nostre lieutenant ou capitaine général ou par aultres, de quelconque pouvoir qu'ils usassent ou fussent fondez, fut par importunité ou autrement, aucun aultre ou aultres capitaines ou gouverneurs y fussent ordenez ou establis, et il ne plaisoit ne procédoit de la volonté desdits Abbés èz couvent, nous voulons, ordenons et nous plaist que ils le refusent et n'y soient tenus obéyr par quelque manière que ce soit » (1).
L'Abbé Geoffroy justifia la confiance du roi de France et afin de mettre l'Abbaye à l'abri des surprises des ennemis de la couronne, Anglais, Bretons et Navarrois, qui ravageaient la France et qui s'étaient emparés de presque toutes les places de la Normandie, il « conféra des fiefs à
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des Seigneurs de la Province à charge de paraître en armes
le jour de saint Michel et défendre ce Mont en temps
de guerre. » L'historien (1) auquel nous empruntons ce passage cite en note, dans son ouvrage, un texte latin (2) dont il ne donne que le sens général ; nous le traduisons dans ses détails, bien que la phrase qui le termine nous paraisse être incomplète, parce que ce texte fournit d'intéressantes indications sur l'armement des chevaliers dans la seconde moitié du xive siècle, ainsi que sur les Abbés de ce temps, dont les coutumes étaient nécessairement belliqueuses puisqu'ils étaient tout à la fois Abbés du Monastère et Capitaines de la place de guerre, dualité de fonctions imposée par la situation particulière de l' Abbayeforteresse dont le Gouvernement religieux et la Défense militaire leur étaient imposés : « Ceux qui tenaient ces vavassories les tenaient en foi et hommage et devaient le relief et treize chevaliers, dont chacun était tenu de venir lui-même pour la garde de la porte de l'Abbaye, quand il était nécessaire, c'est-à-dire en temps de guerre ; chacun
1. M. l'abbé Desroches [Histoire du Mont Saint -Michel, etc.).
2. Tiré d'un manuscrit de la Bibl. d' Avranches : « Et tenentes dictas vavassorias eas tenent per fidem et horaagium, et pro eis debent relevia et xmm et tenetur eorum ipsi quilibet adesse custodie porte dicte abbatie quando opus est, videlicet tempore guerrarum unum per cursum et decursum maris, seu alias descensum et ascensum, armati singulidecambeson, cappelinis, gantelete.gentis (scutis?) et lanceis et singulis armis in festo S1' Michaelis in septembre [Histoire du Mont Saint-Michel, etc., par M. l'abbé Desroches.)
devoit la garde pour tout le temps du cours et du décours de la mer, c'est-à-dire de la descente et de la montée de la marée, armé chacun de gambeson, cbapel de fer, gantelets, bouclier (?) et toutes armes, et ils devaient se présenter aussi en armes le jour de saint Michel ».
En 1364 et 1365, Geoffroy de Servon obtint plusieurs privilèges de « Sa Majesté (Charles V) pour la seureté de cette place. Entre autres la mesme année mil trois cens soixante quatre, le vingt septième décembre, il obtînt que personne n'entrast en la ville, ou Abbaye de ce Mont, avec espées ou autres armes quelconques. Nous vous mandons estroitement (dit le Roy parlant à l'Abbé et aux Religieux) et deffendons que vous n'y souffriez et laissiez entrer auculnes personnes, soit de près où de loin, de quelque condition eulx soient, portant cuteaux poinctus, espées ou aultres armures quelles qu'elles soient, nobles ou aultres, s'ils ne sont Nos Frères ou s'ils n'ont de Mon espécial commandement, duquiel ils soient tenus vous ensaigner. Bertrand du Guesclin, Lieutenant du Roy en cette province avoit dès auparavant donné des lettres à ce Monastère à ce sujet. Et le mesme roy, le dix-septiesme de janvier de la mesme année mil trois cens soixante quatre (maintenant qu'on commence Tannée par le premier jour de janvier, il faut dire mil trois cens soixante cinq), donna encore d'autres lettres sur le mesme sujet contre Jean Bonnaut, Vicomte d'Avranches, ville lors navarroise et ennemye, lequel (est-il dit en cette Lettre)
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portant un grand culel à poincte nez, de sa volenté par force et puissance s'est naguère efforcé d'entrer en ladite Abbaye avecques plusieurs autres compagnons. Le roy Charles sixiesme, l'an mil trois cens quatre-vingt sept fit la mesme deffence touchant ces armes : s'ils ne sont, dit-il, Nos Oncles ou Frères, ou s'ils n'ont de Nous spécial commandement duquel ils soient tenus vous enseigner (1). »
Ce même monarque (Charles V), voyant que l'Abbé et ses Religieux s'employaient vigoureusement à défendre la place, ordonna, par lettres, en 1364, « que tous marchands, trafiquant dans festendue des terres de cette Abbaye, payeroient 6 deniers pour livre audit Abbé, lequel, ne voulant souffrir aucun bastiment en la ville de ce Mont qui fust dommageable à la forteresse, obtint secrètement du Roy commandement d'en faire raser quelques logis (2). » Ce passage indiquerait que la Ville, dès cette époque, s'était développée au sud en dehors des murs, et que les maisons voisines des remparts pouvaient gêner la défense de la place ou abriter les assiégeants.
Pendant le temps que Geoffroy de Servon était Abbé du Mont, Bertrand du Guesclin, Connétable de France, fit bâtir un beau logis dans le haut de la ville (dont on voit encore quelques murailles), pour sa femme Tiphaine