‹ Description de l'abbaye du Mont Saint-Michel et de ses abordsChapitre 154 sur 195 · M. l'abbé E. A. Pigeon · texte numérisé non relu

M. l'abbé E. A. Pigeon

donnerait, en exceptant le Roi placé en tête du tableau, que 118 noms « posez par le commandement des susdits Seigneurs » en l'année 1427, et prouverait que, au commencement du siège, ou même de cette dernière date à 1449, le nombre des Chevaliers défenseurs du Mont a dû être beaucoup plus considérable que 119.

« Les gentilshommes susdits, faisant peindre leurs noms sur la muraille susdite, n'estant encore parvenus au bout de leurs victoires, monstroient assez la bonne résolution qu'ils avoyent de persévérer et résister jusques à la fin à tous ceux qui voudroient s'emparer de ce Mont au préjudice du Roy de France, ce qu'ils tesmoignèrent en effect, car, les Anglois ayant sçeu et veu que le feu avoit réduit en cendres, par cas fortuit, une bonne partie de la ville de ce Mont, le lundy de Quasimodo en l'an mil quatre cens trente trois, de là ils conjecturèrent qu'ils pourroient facilement se rendre maistres du reste du rocher. C'est pourquoy ils se préparèrent d'exécuter leur dessein et, ayant bien considéré le flux et reflux de la mer, voulant jouer de leur reste l'an mil quatre cens trente quatre, le dix septiesme de juin, ils veinrent environ vingt mille (ce nombre semble incroyable à quelques uds, le croira qui voudra, je l'ay vu, fol. 177) sous la conduite du Sieur d'Escailes, bien armés de pied en cap, menans quant et eux des machines espouvantables et plusieurs instruments de guerre, avec lesquels ils assaillirent si furieusement les murailles de la ville qu'ils y firent une grande brèche, de sorte qu'ils croyoient

REMPARTS. — XVe AU XVIe SIECLE 285

desjà ville gaignée, mais, venants à l'assault, ils furent si vivement repoussez par lesdits Seigneurs et leurs Gens d'armes que presque toute cette troupe angloise demeura morte et estendue sur les grèves (1). Quelques uns qui en eschapèrent se réfugièrent dans la bastille d'Ardevon, qu'ils tirent réparer et fortifier pour, lors qu'ils pourroient, revenir chercher des coquilles en ce Mont et en achepter a meilleur marché. Toutefois ils n'y demeurèrent que jusques au vingt et uniesme janvier de l'an mil quatre cens trente cinq, auquel temps ils en sortirent l'ayant bruslée auparavant. Cette victoire fut grandement remarquable et tout-àfait miraculeuse (et peut être comparée à ces illustres batailles de Josué contre les ennemys du peuple de Dieu) (2) ; car en cette grande deffecte des ennemys , de tous ceux qui défendirent ce sainct lieu il n'y en eut aucun tué ny mesme blessé. De quoy tous rendirent grâces infinies après à la Vierge, au glorieux Archange Sainct-Michiel, Prince de la milice céleste, etàSainctAubert, l'honneur et la gloire des Prélats de ce diocèse. Nous voyons encore aujourd'huy des marques de cette tant signalée victoire. Cette grosse pièce d'artillerie qui est entre les portes de la ville, celle qui est sur la terrasse, appelée la Pilette, et plu-

1. « Ils furent reçeus et si vertement repoussés par ceux de ce Mont, conduits par Louys d'Estouteville, qu'il demeura presque deux mille Anglois de tués dans les murailles et sur les grèves. » Ms. d'Avranches, n° 209, p. 134. (Publié par M. de Robillard de Beaurepaire.)

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