Dom Jean Huynes {Histoire générale, etc
REMPARTS. — XVIe AU XI Xe SIECLE 289
de tranchées, d'établissement de batteries de brèche, nécessairement longs, dilïîciles, et à l'exécution desquels les marées périodiques opposaient un obstacle insurmontable, — le Mont Saint-Michel pouvait, mieux que toute autre forteresse, trouver dans ses anciennes murailles une protection suffisante. Cependant nous voyons, sous François 1er, ses Remparts se modifier, suivant les progrès de l'art militaire du temps : en renforçant l'ancienne Barbacane de la Porte de la Ville par un solide ouvrage avancé ; en construisant, h l'ouest et sur un point stratégique important, une Tour plate-forme renfermant plusieurs batteries à tir rasant, et enfin, en transformant également en batteries couvertes et découvertes deux des anciennes Tours des fronts Est et Sud des Remparts.
Ces modifications sont peut-être moins importantes et moins caractéristiques ici que partout ailleurs, en raison de la position extraordinaire du Mont Saint-Michel. Néanmoins elles nous ont paru intéressantes à constater, parce qu'elles nous permettent de suivre et d'étudier les transformations architectoniques qu'ont subies les défenses de la Ville, et parce qu'elles rentrent d'ailleurs dans le cadre que nous nous sommes tracé.
Pendant les premières années du xvie siècle, le système d'attaque employé précédemment était encore suivi, et tous les efforts des assaillants se concentraient sur les Portes. Les anciennes Barbacanes étaient devenues insuffisantes ; on les renforça alors par une Avancée, disposée de façon
à recevoir du canon, afin de défendre les abords de l'Entrée. Nous trouvons, au Mont Saint-Michel, un ouvrage ajouté à la Barbacane du xv° siècle et construit dans ces conditions.
L'Avancée de la Barbacane de la Porte du Roi (S, fig. 14) remplaçant la palissade, ou barrière en bois, là où est actuellement l'Entrée du Mont, a été construite par Gabriel du Puy vers 1530. Elle présente, au sud, un front relié à la courtine ouest de la Barbacane E, et défilant l'entrée de ce dernier ouvrage ; à l'angle ouest se trouve un corps-degarde, à gauche (par rapport à l'arrivant), en A, fig. 98 de la Poterne B et de la Porte principale C ; celle-ci était fermée par un vantail s' ouvrant extérieurement, afin de résister mieux à toute tentative d'enfoncement, ou même à la pression des eaux pendant les hautes mers. Le tympan de la grande Porte devait porter des armoiries, — celles du Roi François Ier sans doute, — que nous avons indiquées dans le projet de restauration (face sud). Entre la Porte et la Courtine, une embrasure de canon perçait le mur et permettait de battre les approches de l'Avancée. Enfin, dans la cour, un petit mur crénelé (1) D, s'appuyant sur le redan de la Barbacane et communiquant avec le Corps-degarde A, formait une seconde ligne de défense qui permet-
1. Le bas-relief représentant les armes de Robert Jolivet maintenues par un lion, se trouve actuellement dans un des créneaux de ce mur.
REMPARTS. — XVIe AU XIXe SIÈCLE
tait de protéger l'Entrée de la Barbacane après que la Porte de l'Avancée était forcée (voir la fig. 98).
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98. - Plan de l'Avancée de la Barbacane (Première Porte de la Ville).
^ Une gravure du xvne siècle (1) indique, en avant de l'Avancée, une barrière en dedans de laquelle se dressent les fourches patibulaires do l'Abbaye (en 0, fig. 98). Nous