‹ Description de l'abbaye du Mont Saint-Michel et de ses abordsChapitre 184 sur 195 · Histoire générale du Mont Saint-Michel, etc · texte numérisé non relu

Histoire générale du Mont Saint-Michel, etc

estre guéry ou pour voir ces merveilles. Ce qui esmeut, l'an mil ODze, une femme de cette Province qui estoit presque au terme d'accoucher, d'importuner son marv pour y venir, ce dont il la voulut dissuader, luy conseillant d'attendre jusques à ce qu'elle seroit délivrée de son fruict. Mais, ne voulant différer, elle luy dit de si belles raisons qu'elle le contregnit de s'y accorder. Ils partirent donc avec quelques-uns de leurs voisins et, arrivez en ce Mont, fort contents, y firent leurs prières et présentèrent leurs offrandes, puis se mirent en chemin pour retourner au pays. Estans desjà au milieu des grèves, entre ee Mont et le bourg de Genest, voicy qu'une espoisse vapeur s'esleva soudain (ainsy que nous voyons souvent arriver), et, ne voyans ny ciel ny terre, ils ne scavuient de quel côté tourner. La mer, de plus, dont ils entendoient bien les avant-coureurs, les contrègnoit de se retirer au plus tost; mais, comme ils tachoient de se sauver, la femme avança l'heure de son accouchement par l'effort qu'elle faisoit de suivre les austres, tellement que, ne pouvant plus marcher ny les austres demeurer s'ils ne vouloient périr avec elle, ils la laissèrent là, grandement tristes, ayant desjà la mer à leurs pieds, et la recommandèrent à Dieu et à S1 Michel. Cette femme, se voyant privée de tout secours humain, invoquoit S1 Michel de tout son cœur et le supplioit de la secourir en cette extrême nécessité. Ce que lit le S1 Arcange et la sauva par un miracle du tout admirable. Car il fit que la mer, l'environnant, faisant autour d'elle un

cercle de ses ondes et luy laissant autant d'espace à sec comme elle en pouvoit occuper de tous costez, de sorte que, la mer croissant tousjours, elle fit comme un puys très profond autour de cette femme et pas une goutte d'eau ne tomba dans le cercle, bien que les flotz de la mer se brisassent là comme s'ils eussent rencontré uu dur rocher. Ainsy cette femme, demeurant à l'abry de ces murs aquatiques, enfanta un fils qu'elle baptiza des eaux de la mer. Cependant la mer commençant à se retirer, la laissa sans luy nuyre aucunement. Alors la grève devenant sèche comme auparavant, son mary et toute la compagnie, avans attendu à la rive que le flux et le reflux de la mer se fussent faicts, commencèrent à chercher de tous costez son corps, car ils l'estimoient noyée, pour luy donner sépulture et, jettans les yeux vers le lieu où ils l'avoyent laissée, la virent pleine de vie, tenant entre ses bras son petit fils, ce qui les resjouist grandement et, après avoir beny long temps Nostre-Seigneur d'une telle merveille et remercié PArcange S1 Michel, ils demandèrent à cette femme comment le tout s'estoit passé et leur dit ce que nous venons de dire, de quoy ayans rendu grâces à Dieu et à S1 Michel ils s'en retournèrent en leur pays où ils nommèrent l'enfant Péril, à cause qu'il avoit esté enfanté

au péril de la mer »

« Or, afin qu'on pust monstrer à la postérité le

propre endroict où se fit un tel miracle, l'Abbé Hildebert, premier du nom (ou Hildebert second) y fit dresser une

croix haute de cent pieds et la fit appuyer de tous costez de plusieurs grosses poultres et barres de fer à ce que, la mer faisans son flux et reflux, elle ne la. renversast. Maintenant cette hauteur ne se voit plus, et la mer a tellement couvert de son sable toutes les poultres qu'on ne voit que rarement cette croix. En un Obituaire, il est dit que, l'an 1389, Frère Nicolas Germain fit réparer cette croix. La dernière fois qu'on la vit fut l'an mil six cens trente-deux. Tous ceux de ce pays sont témoins de cela, lesquels y alloient par bandes et en procession pour la voir. Elle fut environ huit jours descouverte (1). Elle a paru depuis, à sçavoir l'an mil six cens quarante- cinq, plusieurs de nos Religieux et autres la furent voir pendant un mois. Ce qui apparut est une charpente en quarré, de dix pieds de diamètre (sic), tout autour divers gros poudres, et un au milieu surpasse les autres d'environ un pied. Quelques architectes la considérèrent sans en pouvoir comprendre la charpente. Il est à remarquer qu'en cet endroit, sçavoir entre ce Mont et Tombelaine, il y avoit une fort profonde vallée, qui est maintenant remplie et comblée de grève » (2).

Interrompu plusieurs fois pendant les invasions des Anglais et les guerres de religion, le Pèlerinage de Tombelaine fut fréquenté depuis le xne siècle jusqu'à la fin du

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