‹ Description de l'abbaye du Mont Saint-Michel et de ses abordsChapitre 187 sur 195 · Enseigne de la Vierge de Tombelaine (xve siècle · texte numérisé non relu

Enseigne de la Vierge de Tombelaine (xve siècle

du costume et les draperies du vêtement permettent de supposer que cette image remonte au temps de Charles VII, c'est-à-dire au milieu du xve siècle (1).

1. Les figures portant les numéros 112 à 115, 118, 119, 120, 121, 122, 124, 128, 131, 132 et 133, sont tirées de la Collection des Plombs historiés trouvés dans la Seine et recueillis par A. Forgeais.

Les bois gravés de ces figures nous ont été cédés par M. Forgeais. Les autres dessins sont complètement inédits, ainsi que ceux qui sont la reproduction des divers objets de pèlerinage trouvés dans la Seine et dont les Plombs originaux nous appartiennent.

Enfin, en terminant cette suite tfimages et de plombs qui se vendaient aux Pèlerins du Mont Saint- Michel ou de Tombelaine, nous donnons, dans sa grandeur naturelle, le fragment d'une enseigne du xve siècle, offrant un intérêt particulier, parce qu'elle représente, réunis dans une même enseigne, la Vierge et saint Michel.

134. — Enseigne de la Vierge et il<> Baint Michel (xv ciècle).

Cette image composée nous paraît avoir eu une double destination. Elle rappelait tout à la fois les deux pèlerinages qui pouvaient se faire, pendant le même voyage, aux deux sanctuaires, voisins l'un de l'autre et très-fréquentés au moyen âge : de Sainte -Marie ou de Notre -Dame- la - Gisante, à Tombelaine, et de Saint-Michel, au Mont Saint- Michel.

Toutes ces aucienues images sont toujours composées naïvement et, si elles sont parfois d'une exécution gros-

sière, elles c-Dt toujours aussi, avec le sentiment décoratif qui leur est particulier, un très-grand caractère symbolique où l'inspiration religieuse domine et dirige l'esprit de l'Imagier, si elle ne conduit pas toujours heureusement sa main. Elles sont bien dignes d'inspirer nos modernes fabricants d'images, surtout en ce qui concerne l'Archange saint Michel, qu'ils habillent de vêtements grotesques ou qu'ils affublent d'un costume théâtral, imité des Ri mains, costume patin par conséquent, ce qui nous paraît être un véritable contre-sens et devrait les rendre plus scrupuleux, puisqu'ils ont la prétention de faire des images chrétiennes. En attendant qu'ils aient composé, trouvé pour saint Michel un vêtement digne d'une aussi grande figure, ils devraient tout au moins restituer au séculaire patron de la France son véritable costume national, c'est-à-dire l'armure française du moyen âge. Les modèles ne manquent pas dans notre pays ; nos cathédrales et leurs verrières en sont peuplées ; nos bibliothèques et nos musées en sont remplis. Il suffit de voir, de bien regarder et surtout de retenir, d'étudier en un mot, de copier même pour réussir. C'est ce que nous souhaitons de voir faire à nos Imagiers présents et futurs, en leur prédisant le succès qu'ils obtiendront sûrement, lorsqu'ils voudront résister aux fantaisies capricieuses de la mode, éclectique et stérile, et qu'ils reviendront aux anciennes, fortes et saines traditions de l'Art français, sources toujours fécondes, d'où sont sortis tant de chefs-d'œuvre inspirés par une foi

vive et dont l'Imagerie chrétienne du moyen âge, si belle et si fortement instructive, a été une des plus magnifiques expressions.

PELERINAGES

Dès son origine, le Sanctuaire dédié à saint Michel fut visité par des pèlerins de toutes nationalités et devint bientôt célèbre. Depuis le xie siècle, le Mont Saint-Michel est un pèlerinage très-fréquenté. Il le fut surtout au moyen âge, même jusqu'à la fin du xvif siècle, et sa glorieuse renommée s'étendait non-seulement par toute la France, mais encore dans plusieurs parties de l'Europe (1).

Une Confrérie de Pèlerins de Saint-Michel fut fondée à Paris dans les premières années du xme siècle. Déjà pendant le siècle précédent, c'est-à-dire au xnc siècle, il existait une chapelle dédiée à saint Michel « dans l'Enclos du Palais. On ne sait rien de la première fondation de cette Église (du Mont Saint-Michel), dit Du Breul (2), si ce n'est qu'en 966 on y transféra des Chanoines séculiers qui desservoient auparavant la Chapelle Royale de Saint- Barthélemi. Corroset dit que la Chapelle de Saint-Michel étoit anciennement nommée Chapelle de Saint-Nicolas.

1. Voir les pèlerinages des Rois de France, d'Angleterre, et ceux des Allemands au xve siècle.

2. Théâtre des Antiques de Paris, par Frère Jacques du Breul, moyne de Saint-Germain-des-Prez-les-Paris. — Paris, 1639.

Peut-être a-t-il confondu cette Église, ou Chapelle de Saint-Nicolas, que Louis le Gros avoit fait bâtir dans son Palais. On sait aussi qu'en 11G5 Louis le Jeune fit baptiser son fils Philippe-Auguste dans la Chapelle de Saint- Michel de la Place Le Collège de la Sainte-Chapelle

du Palais, érigée par S* Louis, de 1245 à 1248, avoit depuis longtemps des stations et des messes fondées pour certains jours de l'année dans la Chapelle de Saint-Michel, dans laquelle la Confrérie des Pèlerins de Saint- Michel -<ln- Mont de la Mer, dont était le fameux Nicolas Flamel, fut érigée et fondée en 1210 par Philippe-Auguste » (1).

Après l'édification de la Sainte-Chapelle, Philippe le Bel, par Lettres de l'an 1313, « permit à Galeran, son Ëchanson et Concierge du Palais, de fonder, dans la Sainte- Chapelle, laChapellenie de Saint-Michel (chapelle de Saint- Michel et Saint-Louis du Haut-Pas, au côté droit de la nef) et de la doter de quatre-vingts livres parisis à prendre sur quarante livres qu'il avoit droit de recevoir : sur le Pressoir de Saint-Etienne des Grès; sur le Clos sis àNotre- Dame-des-Champs, et sur treize muids de vin des Francs-

Mureaux dans la Censive du Concierge du Palais Le Roi

Philippe le Long, par Lettres de l'an 1317, au mois de Janvier, donne au Chapelain de Saint-Michel, fondé par Galeran, la Maison sise dessous la Cuisine de la bouche du Roi Nos Rois avoient anciennement coutume de tenir

1. Histoire de la Sainte-Chapelle Royale du Palais, par S.-J. Morand. — Paris, 1790.

leur Cour ouverte le jour de Saint-Michel, et ils avoient une grande vénération pour ce Saint, qu'ils regardoient comme l'Ange tutélaire de la France » (1). Aussi accordèrent-ils de nombreux privilèges au Chapelain de cette Chapelle jusqu'en 1781, où « tant à cause de l'état de

dégradation dans lequel étoit cette Chapelle que par

rapport aux nouveaux plans de constructions projetées dans la Cour du Palais, elle fut supprimée et démolie en vertu d'Ordonnances de la Chambre du Domaine des 16 février, 29 août 1781 , rendues sur la Requête du Procureur du Roi ; et les fondations des Chapelles de Saint- Michel, de Notre-Dame-la-Gisante de Tombelaine, de Saint-Jacques et de Saint-George, qui en dépendoient, furent transférées dans la SaiDte-Chapelle basse » (2).

Au moyen âge, les pèlerinages étaient très-suivis; ceux de Saint-Michel et de Saint-Jacques de Compostelle étaient les plus particulièrement en honneur et attiraient un nombre considérable de pèlerins. La Confrérie de Saint-Jacques aux Pèlerins de Paris, rue Saint-Denis, à côté de la Porte de Ville, avait, avec sa Chapelle, un Hôpital « destiné à héberger gratuitement chaque nuit les Pèlerins en passage cà Paris, qui se rendaient à S. Jacques de Compostelle, au Mont Saint-Michel et en d'autres lieux

1. Histoire de la Sainte-Chapelle du Palais, par S.-J. Morand. — Paris, 1790.

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