DE FOURTOU
Le Ministre des Finances par intérim,
A. DESEILLIGNY (1). »
i. Extrait du Journal officiel de la République française du 25 avril 1874.
En 1874, à l'expiration du bail consenti à Monseigneur l'Ëvêque de Goutances, les logis abbatiaux avec leurs dépendances, à l'exception de l'église et de la Merveille, ont été loués, pour six années, moyennant le prix annuel de 1,200 francs, auR. P. Robert, Supérieur des Religieux de l'Ordre de Saint-Edme de Pontigny, établis au Mont Saint- Michel. L'État, dès cette époque, s'est chargé non-seulement des grands travaux, mais aussi de l'entretien annuel des bâtiments et même des réparations locatives.
Depuis 1873, le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, par les soins de la Commission des Monuments historiques, a entrepris des travaux importants à l'exécution desquels divers crédits dépassant 100,000 fr. ont été déjà affectés (1). Ces travaux ont eu pour objet la consolidation des parties les plus compromises de l'édifice : la construction d'un robuste contre-fort à l'angle sud-ouest des bâtiments, afin d'arrêter leur écroulement menaçant ; la reprise en sous-œuvre des piles, des murs, des voûtes des substructions romanes et des constructions ajoutées à l'ouest par Robert de Torigni ; la restauration du dallage fait à la fin du xvme siècle après la suppression des trois premières travées de la nef, et formant le sol de la grande plate-forme à l'ouest devant la façade actuelle de l'église — ce dallage ancien était enfoui sous une couche de terre recouverte d'un enduit grossier laissant
(1) Ces travaux sont exécutés avec beaucoup de soins et d'exactitude par M. Th. Fouetté, entrepreneur de travaux publics.
séjourner les eaux pluviales qui s'infiltraient dans les voûtes et les murs souterrains et leur causaient de graves dommages (1) — la reprise en sous-œuvre de la base de l'Hôtellerie ruinée, dont les murs lézardés pouvaient entraîner la destruction de la partie sud des soubassements romans et des bâtiments adjacents.
La barbacane précédant la porte de la ville a été restaurée ; son crénelage a été rétabli; sa porte a été réparée et sa poterne débouchée. L'avancée de la barbacane et sa poterne ont été débarrassées des murs et de la fosse à fumier qui l'encombraient. Les bombardes anglaises (2) décorant la deuxième porte, mais barrant la poterne latérale, ont été placées sur une petite plate-forme leur formant un piédestal qui, s'il n'est pas digne d'elles, en ne remplaçant pas les caissons primitifs qui leur servaient d'affûts (3), permettra au moins d'examiner dans tous leurs
(1) Les fouilles nécessitées par ce travail ont amené des découvertes du plus grand intérêt pour l'histoire du Mont Saint-Michel (Voir la Description, Église, Robert de Torigni).
(2) Abandonnées par les Anglais, mis en déroute lors de leur dernière attaque, en 1434.
(3) Ces bombardes étaient montées sur un caisson en charpente sans roues. Elles étaient « mises simplement en bois ou charpentées, comme on disait alors, c'est-à-dire encastrées dans un auget, pratiqué dans de grosses pièces de bois, et serrées avec des boulons, des brides de fer ou même des cordes. Le pointage ne s'obtenait qu'en calant cette charpente en avant ou en arrière, au moyen de coins de leviers et de coins de bois. On disait affûter une bombarde pour la pointer... D'affûter on fit le mot affût, qui,
détails ces curieux types de l'artillerie du xve siècle. Les travaux doivent être continués, surtout en ce qui concerne la restauration de la Merveille, un des plus beaux et des plus vastes bâtiments parmi ceux de l'Abbaye, car, indépendamment du grand intérêt qu'il y a pour l'art et l'histoire à rendre à ce magnifique spécimen de l'architecture française du moyen âge son aspect primitif, il est nécessaire d'en consolider, dès à présent, quelques parties qui menacent ruine.
D'ailleurs la conservation du Mont Saint-Michel est assurée puisque, par le décret du 20 avril 1874 , il est placé sous la sauvegarde de la Commission des Monuments historiques qui, par ses efforts aussi éclairés que persévérants, a, depuis bientôt un demi-siècle , sauvé de la ruine tant d'édifices et de chefs-d'œuvre nationaux et rendu de si éminents services à la grande cause de l'art et de la science archéologique.
Fidèle à ces traditions et continuant ce qu'elle a si bien commencé en 1872, la Commission des Monuments historiques voudra sans nul doute consacrer des crédits spéciaux et réguliers au Mont Saint-Michel. Il est maintenant permis d'espérer que non-seulement elle conservera, mais encore qu'elle restaurera complètement un monument — unique en France, — qui par sa situation extraordinaire,
à partir du XVIe siècle, fut employé pour désigner les pièces de charpente portant le canon. .. » (Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l 'Architecture française du XIe au XVIe siècle, t. 5, p. 254).
par la beauté de ses bâtiments, par sa grandeur et les souvenirs historiques qu'il rappelle, présente les plus beaux exemples réunis de l'architecture religieuse, monastique et militaire de notre pays.