‹ Description de l'abbaye du Mont Saint-Michel et de ses abordsChapitre 41 sur 195 · ORDRE ROYAL DE SAINT-MICHEL · texte numérisé non relu

ORDRE ROYAL DE SAINT-MICHEL

et père par l'envye de quelques malveillans, voulut en reconnoistre ce sainct Archange et l'en remercier. A cet effet, Tan mil quatre cents soixante-deux, il vint, accompagné des premiers de son royaume, en pellerinage en ce Mont Sainct-Michel (qui par une prérogative spéciale du Ciel ne fut jamais sous la puissance des ennemys de la France) où il donna six cens escus d'or pour son offrande, et y envoya la mesme année, le vingt-troisième de novembre, une image du mesme Archange qu'il avoit toujours portée sur soy estant disgracié du Roy son père

« Ce monarque, ne se contentant de cette reconnaissance, en adjousta une autre bien plus signalée, l'an mil quatre cens soixante - neuf, par l'institution qu'il fit de l'Ordre des Chevaliers de Sainct-Michel. Les causes qui le meurent à establir cet Ordre sont déclarées tout au beau commencement des lettres-patentes qu'il fit depescher sur ce sujet, où il parle ainsi :

« Nous, à la gloire et louange de Dieu, nostre créateur tout-puissant, et révérence de la glorieuse Vierge Marie et à l'honneur et révérence de Monseigneur Sainct Michel, premier Chevalier, qui, pour la querelle de Dieu, victorieusement batailla contre l'ancien ennemi de l'humain lignage et le trébucha du Ciel, et qui son lieu et oratoire, appelé le Mont Sainct-Michel, a toujours seurement gardé préservé et deffendu sans estre subjugué ny mis es mains des anciens ennemys de nostre royaume ; et en fin que tous bons, hauts et nobles courages soient excitez et plus

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esmeus a toutes vertueuses œuvres, le premier jour d'aoust mil quatre cens soixante-neuf, en nostre chasteau d'Àmboise avons constitué, créé et ordonné et par ces présentes créons, constituons et ordonnons un Ordre de fraternité ou amiable compagnie de certain nombre de Chevaliers jnsques à trente-six, lequel nous voulons estre nommé l'Ordre de Sainct-Michel sous la forme ci-après descrite(l). »

« Ces articles sont soixante-six en nombre : au premier le Roy se déclare, et ses successeurs Roys de France, chef et souverain de cet Ordre, et ordonne que les Chevaliers seront gentilshommes de nom et d'armes sans reproche.

« Au second il est faict dénomination de quinze seigneurs du royaume choisis et premièrement instituez Chevaliers dudil Ordre Sainct-Michel, dont voici les noms :

Charles, duc de Guyenne, frère du Roy, auparavant duc de Normandie ;

Jean, duc de Bourbonnais et d'Auvergne, qualifié frère et cousin du Roy ;

1. Nous trouvons dans l'Avertissement d'an livre rare la note suivante : « Les statuts du nouvel Ordre furent arrêtez le vingtdeux décembre 1469 ». Le livre qui les contient, avec les règlements qui furent faitsdepuis, a été imprimé en 1 7 2 5 à l'Imprimerie Royale. (Livre de Prières à l'usage de Messieurs les Chevaliers de l'Ordre S .-Michel et des personnes qui ont de la dévotion pour ce premier de tous les anges.). — A Paris, chez Pierre Jean Mariette. Rue Saint-Jacques, aux Colonnes d'Hercule. M.DCC.XXX. Avec approbation.)

Louis de Luxembourg, eomte de Sainct-Pol, qualifié de mesme, et connestable de France ;

André de Laval, seigneur de Lohéac, mareschal de France ;

Jean, comte de Sancerre, seigneur de Bueil;

Louis de Beaunings, seigueur de la Forest et du Plessis ;

Messire Louys d'Estouleville, seigneur de Farcy (ce n'est celui qui fut Capitaine de ce Mont, car il mourut l'an mil quatre cens soixante-quatre) ;

Louys de Laval, seigneur de Chastillon ;

Louys, bastard de Bourbon, comte de Rossillon, amiral de France ;

Antoyne de Chabannes, comte de Dampmartin, grand maistre d'hostel de France ;

Jean, bastard d'Armagnac, comte de Comminges, mareschal de France, gouverneur du Dauphiné ;

Georges de la Trémouille, seigneur de Craon ;

Gilbert de Chabannes, seigneur de Curton, seneschal de Guyenne ;

Charles, seigneur de Crussol, seneschal de Poictou ;

Taneguy du Chastel, gouverneur des pays de Rossillon et de Sardaigne.

Il fut ordonné que le surplus pour parfaire le nombre des trente-six chevaliers dudit ordre seroit choisy au premier Chapitre.

« Au troisième article il est dit que pour donner con-

(il)

naissance dudit ordre et des chevaliers qui en seront, sera donné par le Roy à chacun d'un pour une fois un

10 bis. — Bas-relief conserve au Mont Saint-Michel fi).

collier d'or faict à coquilles, lacées Tune avec l'autre d'un double lacs, assises sur chaînettes ou mailles d'or, au

1. D'après un bas-relief en granit, si rudement sculpté qu'il fait penser aux sculptures mexicaines : il nous paraît dater de la fin du xvc siècle et il est conservé danslechartrier du Mont Saint-Michel.

milieu duquel sur un roc y aura une image d'or de Sainct Michel qui viendra pendant sur la poitrine, avec ce dicton inscript dessus : IMMENSI TREMOR OCEANI

(Dicton de Louys onziesme) :

Pour dompter la terreur des démons et de l'onde, Qui nous peut plus ayder que cet Archange au monde?

« Au quatriesme que ledit collier sera du poids de deux cens escus d'or.

10 ter. — Plomb de pèlerinage trouvé dans la Seine (1).

« Au dix neufiesme que les cérémonies se feront en ce Mont Sainct-Michel.

« Au vingtiesme qu'il y aura sièges au chœur de cette église abbatiale du Mont, pour les Chevaliers.

i. Une Enseigne (ou médaille de pèlerin) fabriquée pour le Pèlerinage de Notre-Dame-de-Boulogne, vers la fin du XVe siècle, et trouvée dans la Seine à Paris (au Pont au Change) porte, sur le revers, le collier de l'Ordre de Saint-Michel disposé selon les prescriptions des statuts royaux de 1469.

« Au trente uniesme et es quatre suivants que, le jour Sainct-Michel, vingt neufiesme de septembre, sera tenue assemblée générale de l'Ordre ; que les Chevaliers seront tenus aller se présenter audit souverain la vigile de ladite feste pour venir en ordre et en habits en cette église à vespres ; que le jour ils viendront en ordre et habits à la messe et, allant à l'offertoire, offriront une pièce d'or de la valeur que voudra le Chevalier; qu'ils viendront à vespres, comme la veille dudit jour, et le lendemain viendront ouyr la messe des trespassez, y offriront chacun un cierge armoyé des armes de celuy qui le portera; et que, le jour ensuivant laditte feste, ils viendront, vestus comme bon leur semblera, ouyr la messe Nostre-Dame et commenceront, si bon leur semble, leur Chapitre le mesme jour. » — « L'habit des chevaliers estoit un manteau de toile d'argent et, à certaines cérémonies, de damas blanc, long jusques à terre, bordé de coquilles semées en lacqs et la bordure fourrée d'ermines; le chapperon de velours cramoisy à longues cornettes, et celui du Chef de l'Ordre estoit d'escarlatte brune morée. Leur serment estoit de garder, soustenir et deffendre de tout leur pouvoir les liautesses et droicts de la couronne et Majesté Royale et l'authorité du souverain de l'Ordre et de ses successeurs souverains, de maintenir l'Ordre en sa splendeur et honneur, de comparoir aux Chapitres et assemblées de l'Ordre et à ses commis en toutes choses, qui regarderaient le mesme ordre. Les officiers d'iceluy estoient uu chancellier,

un greffier, un tlirésorier et un héraut d'armes. Le chancellier avoit la garde du scel de l'Ordre, la charge de faire les promotions aux Chapitres, les remonstrances et corrections, de recueillir les voix et élections et de faire les preuves de l'extraction noble de ceux qui estoient nommez pour prendre l'Ordre, les généreux exploits des Chevaliers comme aussy leurs fautes, justifications, corrections et punitions. Le tlirésorier avoit la garde des titres, reliques et ornements de l'Ordre. Le héraut d'armes, nommé Sainct- Michel, portoit les lettres et commandements de l'Ordre et avoit charge de s'informer de leurs hauts faicts d'armes et d'en faire le rapport.

« Les Chevaliers estoient dégradez et privez de l'Ordre pour trois sortes de crimes, à sçavoir d'heresie ou erreur contre la foy catholique, de trahison et pour avoir fuy en un jour de bataille.

« Cet Ordre ainsy establi fut envoyé incontinent aux princes voisins alliez et confederez de la France, lesquels pour la plus part le reçeurent s'en tenants grandement honorez. » (1)

En 1470, Louis XI présida le premier et peut-être le seul Chapitre de l'Ordre, qui fut tenu dans la grande salle d'assemblée de l'Abbaye, laquelle fut nommée depuis la Salle des Chevaliers.

1. Dom Jean Huynes. — {Histoire générale, etc.). — Quatriesme traicté, chapitre dix-huictiesme.

« Au mois cTaoust, l'an 1473, iceluy Roy, Louys onziesme, fut prendre possession du Duché d'Alençon, arriva en la ville le samedy 7 du moys et le lendemain, accompagné de grande Seigneurie, ouit messe en l'église Nostre-Dame, et après disner fut visiter le chasteau avec le parc, et à son retour, comme il entroit dudit parc au chasteau, tomba sur luy une pierre laquelle ne le blaissa pas, mais luy rompit une partie de la robbe qui estoit de camelot tanné, dont il fut fort effrayé, se prosterna en terre, y fît le signe de la croix et la baisa, emporta la pierre en son logis et le lendemain partit pour aller au MontSainct-Michel, faisant porter avec luy laditte pierre, laquelle avec la pièce de sa robbe il fit pendre à une chaisne de fer en laditte église... (Histoire des pays et Comté du Perche et du Duché d'Alençon par M. Gilles Bry, sieur de la Clergerie, imprimée à Paris l'an 1020). »

Pendant ce troisième et dernier pèlerinage (1) Louis XI confirma l'Abbaye dans les droits et privilèges qu'il lui avait accordés. A cette époque, les pièces des armoiries de l'Abbaye s'étaient augmentées en nombre ; au lieu de trois, les coquilles étaient sans nombre rappelant le manteau iU'* chevaliers de l'ordre orné de coquilles sans nombre. Les armes du monastère se blasonnaient ainsi : d'argent chargé de coquilles de sable sans nombre au chef de France ancien; une crosse d'argent pour cimier.

1. Dom Jean Iluynes, Histoire générale, etc. — Qualricsme traicté, chapitre dix-kuictiesme.

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