‹ Description de l'abbaye du Mont Saint-Michel et de ses abordsChapitre 87 sur 195 · Bibl. nat., ms. fr. 18947. — 4° traité, chapitre XVIIK · texte numérisé non relu

Bibl. nat., ms. fr. 18947. — 4° traité, chapitre XVIIK

toient, dit qu'il le feroit et convint avec eux des moyens de mettre cette promesse à exécution, qui furent que le soldat reviendroit en ce Mont, espieroit, sans faire semblant de rien, la commodité de les introduire secrettement en cette Abbaye et leur assigneroit le jour qu'il jugcroit plus commode pour cet efïect. Le soldat leur ayant promis de n'y manquer, ils luy donnèrent cent escuset, bien résolu de jouer son coup, revint où il fut receu du Capitaine de Mont et des soldats sans aucun soupçon, puis se mit en devoir d'exécuter sa promesse. Pour donc la mettre à chef il advertit quelques jours après ces Huguenots de venir le vingt neufiesme de septembre, à huict heures du soir, jour de Dimanche et de la dédicace des églises Sainct-Michel, qu'ils montassent le long des degrez de la fontayne Sainct- Aubert ; qu'estant là au pied de l'édifice il se trouveroit en la plus basse sale de dessous le cloistre, où, se mettant dans la roue (1), il en eslcveroit quelques-uns des leurs qui par après luy ayderoient en grand silence à monter les autres. Ainsy par cet artifice, ce Mont estoit vendu; mais ce soldat, considérant le mal dont il alloit estre cause, fut marry de sa lascheté et advertit le Capitaine de tout ce qui se passoit. Iceluy lui pardonna et se résolut avec tous ses soldats et autres aydes de passer tous ces ennemys par le fil de l'espée. Quant à eux, ne sçachant le changement de

1. Roue établie dans le Cellier et servant à monter l'eau par le pont-levis que nous avons décrit plus haut.

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volonté de cet homme et se réjouissans de ce que le temps sembloit favoriser leur dessein, tant Fair estant ce jour remply d'espaisses vapeurs ; comme nous voyons arriver souvent, qui empeschoit qu'on les pût veoir venants de Courteil jusques sur ce rocher, ne manquèrent de se trouver au lieu assigné a l'heure prescrite. Alors le soldat faisant semblant qu'il estoit encore pour eux, se mit dans la roue et commença de les enlever l'un après l'autre, puis deux soldats de cette place les recevoient à bras ouverts, les conduisoient jusques en la sale qui est dessous le réfectoire, où ils leur faisoient boire plain un verre de vin pour leur donner bon courage, mais les menoient par après dans le corps de garde et ils les transperçaient à jour, se comportans ainsy consécutivement envers tous. Sourdeval, Montgomery et Chaseguey, conducteurs de cette canaille, s'esmerveilloient de ce qu'ils n'entendoient aucun tumulte, y en ayant desjà tant de montez, demandoient impatiemment qu'on leur jettast un Religieux par les fenestres afin de connoistre par ce signe si tout allait bien pour eux, ce qui poussa les soldats de céans, desjà tout acharnez, de tuer un prisonnier de guerre qu'ils avoient depuis quelques jours lequel ils rcvestirent d'un habit de Religieux, puis luy firent une couronne et le jettèrent à ces ennemys. Mais, entrant en soubçon si c'estoit un Religieux, Montgomery, voulant sçavoir la vérité, donna le mot du guet a un de ses plus fidelles soldats et le fit monter devant luy; estant monté en haut et ne voyant personne des siens il ne

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