Description de l'Amphithéâtre de Nîmes
Dans l'institution de leurs jeux, les Grecs eurent pour but d'augmenter la vigueur du corps et de donner une impulsion aux arts ; la course, la lutte, le pugilat, le* pancrace, le disque, attiraient à Elis les populations de la Grèce. Ce fut dans l'enceinte des jeux olympiques que Scopas, Phidias, Praxitèle, et bien d'autres encore, vinrent chercher les modèles de ces chefs-d'œuvre que vingt siècles n'ont pu vieillir. Toutes les villes du Péloponèse consacraient à ces jeux de somptueux édifices , dont les noms harmonieux semblent indiquer que leur arène ne fut jamais ensanglantée. Aussi les Grecs eurent ils toujours en horreur ces spectacles cruels où tant d'innocentes victimes étaient sacrifiées au seul plaisir des yeux , et tout le temps que dura leur puissance, aucun amphithéâtre ne fut construit sur le
sol de la Grèce. Assujettis aux Romains^ ils durent se conformer au goût de leurs vainqueurs ; mais la ville d'Athènes refusa constamment de suivre, à cet égard , l'exemple des autres villes. Sur la proposition qui fut faite à ses habitants de construire un amphithéâtre, un citoyen vertueux eut le courage de s'écrier , au milieu de l'assemblée : « Si vous y consentez , peuple d'Athènes, commencez par faire détruire l'autel que vos pères ont élevé à la miséricorde !» Et il n'y eut point d'amphithéâtre à Athènes!
De là quelques savants (') ont tiré la conséquence que ces monuments avaient été inventés par les Romains, attendu que, imitateurs des Grecs dans les sciences comme dans les arts , ils n'avaient point trouvé chez eux les modèles de ces édifices. Quelque respectable que soit cette conclusion, les faits historiques ne nous permettent pas de l'admettre.
Les Etrusques , peuple aborigène de l'Italie , appelés par les Grecs : Thyréniens ou Pelages ('), étaient parvenus à un haut degré de civihsation bien avant l'existence de Rome et les beaux temps de la Grèce (^). Ce fut de ces anciens peuples que les Romains empruntèrent la plus, grande partie
(^) Mafïei. Selon Winkclmann, Antiochus Epiphane, roi de Syrie, fit venir de Rome les premiers gladiateurs qui avaient été introduits en Grèce.
(2) Denys d'Halicarnasse.
(3) Velleius Paterculus, lib. i, cap. 7. — Champollion-Figeac, vol. I, p. -127.
de leurs mystères et de leurs cérémonies religieuses, principalement ce qui concerne les augures et prédictions par les entrailles des victimes, le vol et le chant des oiseaux ('). La trompette, la chaise curule^ la robe prétexte, les ornements des magistrats, sont autant d'inventions attribuées aux Etrusques 0- Nous avons lieu de supposer que la puissance de ce peuple fut encore plus grande que ne le prétendent les historiens romains^ intéressés à cacher la vérité ; car^ d'après Polybe, le fer était devenu rare à Rome, à cause de la défense faite par Porsenna d'en introduire dans cette ville pour tout autre emploi que pour la charrue. Il est évident qu'une pareille prohibition ne pouvait être que le résultat d'une victoire complète, et non l'effet d'un de ces échecs momentanés dont les historiens romains font mention.
Aussi valeureux sur mer que sur terre (^), les Etrusques subjuguèrent trois cents villes sur les côtes d'Italie; ils en fondèrent plusieurs^ établirent un grand nombre de colonies (*), parmi lesquelles on compte Capoue, capitale de la Campanie. Ils furent habiles dans les arts autant que dans la guerre; des architectes de cette nation furent chargés par Tarquin-l' Ancien d'exécuter
{^) Cicéron : De Divinatione.
(2) Denys d'Halicarnasse.
(3) Polybe. —Tite-Live.
(4) Pline.
ces immenses cloaques d'une si admirable construction ('). Deux belles statues , l'Aruspice et la Chimère , actuellement au Musée Bourbonien , prouvent par leurs inscriptions que ce sont des ouvrages étrusques (^), comme l'était aussi cette statue colossale d'Apollon qui décorait encore , du temps de Pline , la pinacothèque du temple d'Auguste (^). S'il faut en croire le même auteur, après le siège de Volsinium, aujourd'hui Bolsena, les Romains transportèrent à Rome deux mille statues , et il en restait une très-grande quantité dans les autres villes d'Etrurie C).
Avides de toutes sortes de plaisirs et extrêmement lascifs (^), les Etrusques avaient coutume de se faire servir, dans leurs banquets, par des fdles toutes nues qu'ils faisaient ensuite lutter avec des hommes.
Il est facile de concevoir que ces goûts, ces mœurs, ces usages, cette civilisation, furent aussi le partage des peuples soumJs à leur domination, et les délices qui perdirent l'armée d'Annibal, à Capoue, prouvent assez que la Campanies'y était religieusement conformée; aussi, toutes les villes de ces contrées, Capoue, Puzzole, Cume, Atalle,
(^) Pline, lib. xxiY, cap. 56.
(2) Gori, Florent. , sa t. 2.
(3) Pline, lib. xxxiv, cap. 7,
(4) Winckclmann dit que l'étymologie phénicienne de Volsinium, signifie la ville des artistes.
(5) Athénée.
Pompéï^ possédaient-elles des théâtres, des ciques , des amphithéâtres bien longtemps av?flt que les Romains en eussent fait la conquête ('•
Après que le colosse romain eut soumis i sa puissance toutes les nations du monde, le^îiilte exclusif dont il avait honoré la charrue et epée ne put suffire à l'emploi des immenses riaesses que ses conquêtes introduisirent à Rom. Les soldats, chargés de trésors, se relâchèrent le leur antique et sévère disciphne, tout prit un aspect nouveau ; le luxe s'introduisit dans toutes les classes, et les jouissances matérielles des )euples conquis se propagèrent à Rome en mêmî temps que leurs richesses.
Et comme il est rationnel de supposer me cette fusion des jouissances matérielles fut i'autant plus facile, qu'elle eut de l'affinité avec es goûts et les habitudes des peuples chez lescuels elle s'introduisait, on doit penser que les Romains , accoutumés depuis plusieurs siècles à conquérir les nations, à faire constamment la guerre, à répandre le sang humain , durent préférer les combats de gladiateurs, dont les Campaniens faisaient leurs déhces, à ces doux exercices du corps et de l'esprit qui charmaient les populations de la Grèce.
(t) Velleius Paterculus, lib. i , cap, 7. — Athénée dit que les Romains empruntèrent des Etrusques, non-seulement la forme de leurs amphithéâtres, mais qu'ils firent venir d'Etruric des ouvriers pour les construire et des gladiateurs pour s'y exercer.
ACependant Aristophane, Euripide, Sophocle et tait d'autres avaient déjà fleuri, et leurs productiois avaient tellement électrisé les esprits, qu'on déposait, en Grèce, des sommes énormes pour la rcorésentation de leurs œuvres, en érigeant des tiéâtres magnifiques où la nation entière venait sasseoir; tandis que les jeux scéniques de Romese bornaient à la représentation des fables atellaRs, misérables farces jouées sur des tréteaux, qui eurent seules le pouvoir de dérider les sèvres Romains jusqu'au temps des premiers Césars.Toutefois , un siècle et demi avant cette époque les censeurs Massala et G. Gassius avaient essayé le faire construire un théâtre en bois où l'on état assis; mais, aux instances de Scipion Nasica,le sénat en ordonna bientôt la destruction (*). Le décret portait qu a Rome et à un mille de son enceinte, on ne construirait aucun théâtre où l'on put assister assis , afin de ne pas amollir l'humeur guerrière du peuple romain (^). Le seul lieu de spectacle qui existât à Rome , depuis l'an 150 de sa fondation , et qui suffisait à tous les exercices, était le grand cirque, circus maximus, construit par Tarquin-l'Ancien (^), dans lequel il fit venir des chevaux et des athlètes d'É-
(■l) Velleiiis Patercuhis, lib. ii, cap. \o. y
(2) S. C. Caulum est, ne quis in urbe propiusve passus mille subsellia po&uisse sedensque ludos spectare vellct , ut scilicet remissioni animorum. juncta sfandi virilitas propria romanœ fjenti nota esset. (Val. Max. ,• lib. i, cap. ^5.) (5) Pline, lib. xxxvi, cap. \%. — Denys, lib. m, p. 300.
trurie , afin de pouvoir donner des spectacles jusqu'alors inconnus aux Romains; ce qui prouve, comme nous l'avons avancé , que , du temps de ce prince, ces jeux étaient déjà fort anciens chez les Étrusques.
Au retour de la guerre contre Mitridate, par un relâchement de mœurs, suite naturelle du luxe qui s'introduisait à Rome , Pompée fit construire le premier théâtre en pierres, qu'il imita, dit Plutarque, de celui de Mitylène, et, pour calmer les quelques esprits sévères qui auraient voulu réclamer contre cette infraction au décret du sénat, il dédia ce théâtre à Yénus('). L'incendie qui détruisit plus tard ce monument , prouverait qu'il était, en grande partie, construit en bois fl.
Ce fut à peu près vers la même époque que Caïus Curion , orateur célèbre et d'une, fortune considérable, voulant honorer la mémoire de son père d'une manière extraordinaire, fit construire en bois deux théâtres contigus tournant simultanément sur des pivots , de manière qu'après avoir décrit une demi-circonférence , ils se trouvaient réunis sur leurs parties rectangulaires, formant ainsi un double théâtre dont les spectateurs se , trouvaient en face les uns des autres P). Maffei et
(1) Tacite, ann. , lib. xiv, cap. 20.
(2) Il fut restauré fous Tibère, et terminé par Caligula. Néron le fit dorer en un seul jour, pour y recevoir Tiridate, roi d'Arménie.
(5) Pline, lib. xxxvi, cap. H.
quelques autres, qui pensaient que les amphithéâtres étaient d'invention romaine, ont supposé que l'ingénieuse idée de Curion avait donné naissance à ces édifices, tandis que cette construction semblerait prouver, au contraire, que les deux genres de spectacles étaient déjà connus, et que l'exécution de ce hasardeux projet ne fut provoquée que par l'idée originale de les réunir en un seul.
Auguste avait eu l'intention de faire construire un amphithéâtre en pierres, mais ce projet ne fut jamais exécuté (*). Ce fut cependant sous le règne de cet empereur, l'an 754 de Rome, que le premier amphithéâtre en pierres fut édifié dans le Champ-de-Mars , aux frais . de Statihus Taurus , qui en fit l'inauguration par des combats de gladiateurs armés f j. Il est certain toutefois qu'il entrait beaucoup de bois dans la construction de ces premiers édifices en pierres , car , selon Tacite , celui-ci fut également incendié sous son règne , comme l'avait été déjà le théâtre de Pompée. '
Ce fut pour mettre à exécution le projet conçu par Auguste , que Vespasien londa le Colisée au miheu de Rome , tout près de la statue colossale , de Néron ; mais dix années de règne ne furent pas suffisantes pour achever ce gigantesque ouvrage, dont les frais de construction, ditCassio-
(^) Suet , in Vesp., cap. -10.
(2) Dion, lib. li.
dore, auraient suffi pour construire une capitale('). Titus, son successeur, le termina, et ce ne fut que cinq ans après la mort de Vespasien, l'an 84 de l'ère chrétienne , qu'il fit l'inauguration de ce monument par des combats où cinq mille bêtes féroces furent sacrifiées (^).
On voit , par ce qui précède , qu'à Rome , les édifices destinés aux spectacles publics n'ont commencé à prendre un caractère de stabilité que sous les empereurs , conséquence naturelle de l'influence des mœurs sur les arts.
Dans les beaux temps de la République , en effet , l'amour exclusif des conquêtes , l'austérité des mœurs , la sévère vertu des Romains , imprimaient aux monuments de cette époque une simplicité résumée par ces paroles d'Auguste à la fin de son règne (^) : « Je laisse en marbre cette ville » de Rome que j'ai trouvée construite en briques. » Aussiles historiens anciens garden t-ils tous le silence sur les édifices publics de cette période, et si par hasard ils font mention de quelques-uns d'entre eux, ce n'est point pour le monument lui-même , mais pour un fait historique qui s'y rattache.
A la décadence de la République, l'agitation
des esprits, les passions poussées à l'excès, le
•désir de dominer, l'ambition d'arriver aux pre-
0) In Var.. lib. i\ : Divitiarum profuso flumine cojitavit œdificium fieri , unde caput urhium poiuissef. (2) Suet., in Yesp., cap. -10.
(5) Suet. , in Aug.
mières chargf^s de l'Etat, à Rome ou dans les provinces, excitaient les citoyens à capter le suffrage du peuple , dispensateur suprême des faveurs dans les comices; de là, ces largesses pécuniaires qui ne sont pas sans exemple de nos jours, ces distributions de pain, de vin, de blé , attestées par ces tessères trouvées à Herculanum , portant : Frumenlariœ , pecuniariœ , congiariœ. De là ces spectacles publics pour lesquels il fallait construire un édifice tout exprès, au moment où la faveur populaire devenait nécessaire à Yéditor, qui n'avait tout juste devant lui que le temps rigoureusement indispensable à une construction précaire en harmonie avec cette faveur qu'il voulait obtenir ('). C'est dans ce but que fut édifié ce singulier théâtre tournant, dont l'exécution hardie pouvait réserver à la population romaine le sort que les gladiateurs attendaient dans son enceinte. C'est également dans ce même int^êt que fut construit, pendant l'édilité de César, cet immense amphithéâtre qui servit de marchepied à son avènement au trône.
L'arrivée d'Auguste à l'empire fit cesser toute ambition et toute rivalité parmi les citoyens ; la faveur du prince remplaçant la faveur populaire, c'est de lui que partirent désormais tous les rayons* qui devaient éclairer l'univers. Dispensateur des
(\) Qui dabat olimimperinm fasces, legiones, omnia, nunc se continet , atque duas tantùm. res wixius optât panem et circenses (Juv., s, 40, v. 78-8J).
bénéfices , des grâces , des honneurs, les spectacles publics entrèrent nécessairement dans les attributions du prince , et comme l'empire était appelé à durer éternellement^ la politique et l'intérêt de l'empereur réclamaient des édifices en harmonie avec la nature de son gouvernement , qui , en perpétuant sa mémoire , ne fussent pas susceptibles de grever constamment le trésor , comme ces monuments précaires dont parle Vitruve, que Rome voyait annuellement élever et détruire ('). De là , ^ns doute, le projet conçu par Auguste (^), exécuté en partie sous son règne par Statilius Taurus^ de construire dans la capitale le premier amphithéâtre en pierres.
Le cruel et dissolu Tibère , l'infâme Messaline sous le nom de Caligula, l'imbécile Claude , l'incendiaire Néron, ne pouvaient songer à éterniser leur mémoire par des édifices durables , et , en effet, pendant cette période, les théâtres et les amphithéâtres étaient construits en bois(^).
Galba, Othon, Vitellius , empreints eux-mêmes des vices de leurs prédécesseurs, eurent des règnes trop courts pour laisser à la postérité des traces de leur passage.
Vespasien , élevé au trône par sa valeur et ses qualités personnelles, fut le seul empereur digne de succéder à Auguste. Ami des arts et des lettres,
(1) Vitruve, lib. v, cap. 40 / Theatra Romœ quotannis fada esse,
(2) Suet. , in Aug.
(3) Suet., inNero, cap. ^4.
il songea à mettre à exécution le projet conçu par ce prince de construire un amphithéâtre durable qui prouvât , par ses dimensions et la richesse de ses ornements , que Rome était la capitale du monde, et ce Colisée, dont les restes gigantesques étonnent encore l'imagination des architectes, vint échpser tous les monuments que ses prédécesseurs avaient élevés dans l'enceinte de cette ville (').
Voilà bien , en effet, le premier amphithéâtre en pierres dont l'âge soit coilsigné dans l'histoire; mais nous n'en conclurons pas , avec Maffei (^) , qu'en Italie, il n'en existait point d'autres avant lui. Les quelques documents historiques que nous allons rapporter^ contrarient trop évidemment l'opinion de ce savant antiquaire.
En parlant des temples d'Hercule , Yitruve dit qu'ils doivent être construits tout près des cirques , dans les villes où il n'existait ni gymnase ni amphithéâtre!"). Ne suit-il pas de là que c'est dans le voisinage de ces derniers qu'il faut les établir, dans les villes où il en existe? On conçoit que Vitruve n'a pas entendu parler des amphithéâtres en bois , car alors la situation des tem-
H) Martial (ép. i : Omnia Cœsareo cedat labor amphit/iBatro; unumprx cunctis fama loquatur opus), l'attribue à Damitica. Voy. Suétone;, dans Titus.
(2) Degli amphitheatri. — Mazzochi, v. 5, cap. \ : De tempore Eslructi amphitheatri.
(3) Vitruve, lib. i, cap. 7.
pies d'Hercule aurait été trop précaire pour être établie en principe par l'architecte romain . Or , cet architecte vivait du temps d'Auguste.
Nous avons vu que, lors de la destruction du théâtre construit par Messala et Cassius, le sénat avait défendu que les spectateurs fassent assis aux spectacles qu'on établirait dans Rome ou à un mille de cette ville. Ce décret , en déterminant cette distance, ne semble-t-il pas dire qu'au-delà il était sans effet, et que, par conséquent, il existait déjà des spectacles hors de la métropole?
Juvénal, exilé à la Pentapole par Néron , dit : < Et municipalis arenœ perpelui comités {^). » Il y avait donc avant Néron des amphithéâtres dans les provinces, et depuis longtemps sans doute, ce que semble indiquer le moi perpefui.
Bien avant la seconde guerre punique, nous dit Strabon (^), les combats de gladiateurs faisaient les délices des habitants de Capoue ; le collège de cette ville renfermait plus de quarante mille de ces malheureux , à la tête desquels Spartacus fit treftibler les Romains au milieu de leurs triomphes ("). Il est impossible de supposer qu'un pays où le goût de ce genre de spectacle régnait déjà depuis si longtemps , dans lequel on avait réuni
(•1) Juvénal, sat. 3 , v. 34.
(2) Strabon, lib. v. — Silius Italie.
(3) Gladiatoresque quos iis Cœsar in ludo Jsabebat in forum productos Lentulus liber (afi confirmât, atque iis eqnos attribiiit. (Cœes, lib. i.)
une si grande quantité d'athlètes destinés à être sacrifiés au plaisir de ses habitants , ne possédât pas un lieu spécialement consacré à cette destination, et cela fort antérieurement à l'époque où le nom de Pompée et le crédit d'un si grand personnage, eurent besoin du secours de la religion pour tolérer l'érection d'un théâtre à Rome , même dans un temps où la rigidité des mœurs antiques était déjà fortement relâchée.
Plus d'un siècle avant la construction du Colisée (^), Quintus Catulus fut le premier à introduire le velariiim dans les spectacles, imitant en cela le luxe des Campaniens. Or, l'existence de cette tente est , elle seule , un perfectionnement qui semble assigner une époque déjà fort reculée à la construction des théâtres dans la Campanie. Quoi qu'il en soit, on trouve, dans toutes les circonstances, les Romains habiles à s'approprier toutes les découvertes de leurs voisins , mais d'un esprit généralement peu inventif.
Dans une fête solennelle qui avait réuni une immense quantité de spectateurs à l'amphithéâtte de Puzzole, personne ne se leva pour faire place à un sénateur arrivé trop tard dans l'enceinte. Cette circonstance fut la cause d'une loi qui détermina, pour l'avenir, l'ordre dans lequel les diverses classes de la population devaient se placer dans les
(-1) Quintus Calulus Campanam luxuriant imitatus , primus speciantium concessum velorum umbraculis texit. (Valère Max.)
spectacles publics ('). Cet événement, arrivé sous Auguste , ne suffit-il pas pour renverser l'opinion du célèbre antiquaire'^
C'est dans ce même amphithéâtre que Tridate, pour donner une preuve de sa force et de son adresse, tua, de sa propre main, deux taureaux en présence de Néron, duquel il venait de recevoir le sceptre d'Arménie (^).
Tous ces faits sont plus que suffisants sans doute pour prouver que les amphithéâtres ne sont point une invention romaine, et que le Colisée n'est pas le premier monument de cette espèce qui ait été construit en pierres. L'inauguration s'en faisait à peine, que l'amphithéâtre de Pompéï était déjà enseveli sous les cendres du Vésuve; et, seize ans avant cette fatale époque, un tremblement déterre avait tellement bouleversé cet édifice, que des ré-
{\) Spetandi confimsdmum ordinem correxit ordinavUqîie, motus injuria senatoris qucm Puteolis per celeberrimos ludos, consessu frequeniis nemo receperat. (Suet. , cap. 44 , in Aug.)
Au troisièine siècle, ccUe loi était tombée en désuétude, s'il faut en croire Calpurnius dans la description qu'il fait des spectacles du Colisée, 'du temps de l'empereur Garin :
Venimus ad sedes^ ubi pulla sordida veste Inter femineas spectabat twba cathedras; Nam quœcumquc patent sub aperto libéra cœlo^ Aul eques , aut nivei loca densavere tribuni. (Galp., ecl. Tii, V. 26.) Les magistrats chargés de faire observer l'ordre dans les places des spectateurs étaient appelés par les Grecs k'zo'leKrsn et par les Romains Designatores. (Plante, prœ. prol., v. -18) Martial, lib. XXV, ep. 9, les appelle Locarii, (2) Dion Gassius.
parations considérables, que l'on remarque encore aujourd'hui, y furent faites du temps de l'empereur Néron.
Si nous admettons, avec Tacite {') et les divers auteurs dont nous avons étayé notre opinion, que ce fut des Etrusques que les Romains prirent le goût des combats de gladiateurs , des courses et de tous les spectacles pareils , nous devons supposer que c'est aussi chez eux qu'ils puisèrent la forme des édifices consacrés à ces divers exercices.
Dés peintures trouvées dans le royaume de Naples, sur des vases étrusques (^), représentent des combats de gladiateurs dans des enceintes circulaires , où l'on voit des spectateurs assis. Les écrivains toscans signalent dans leur pays , des restes d'anciens édifices de 1^ même forme, auxquels ils assignent une destination semblable (^).
Nous ignorons entièrement aujourd'hui quel était le nom que les Etrusques donnaient à ce genre de monument; mais il est probable que celui de cirais, qui, dans le principe, leur fut assigné par les Romains, en était la traduction littérale, puisqu'il est tiré de la forme même de l'édifice.
D'après les anciens auteurs , la simplicité de cette forme fut indiquée par la nature elle-même; ils l'ont déduite de la vallée qui fut, disent-ils,
(^) Tacite, Ann., lib. xiv , cap. 20.
(2) Il Gavai. Guazzesi, diss. acad. di cortona. Roma-ITSS.
(3) Garli Antiq. Ital., tome ii, page ^68,
— aile premier modèle de tous .les édifices destinés à des réunions publiques (^) ; et, à cet égard, le type de cette origine s'est constamment montré dans l'attention que .les architectes de l'antiquité mettaient à profiter de la nature du sol pour établir ces monuments, quand lej penchant d'une toUine pouvait les seconder.
Il devint indispensable de modifier leur forme primitive, lorsqu'on voulut appliquer ces édifices à des courses d'hommes, de chevaux ou de chars, et ce but fut atteint par leur simple prolongement dans le sens d'un diamètre; cette extension, tant dans la forme que dans la destination du monument, n'apporta aucun changement au nom qu'on donnait à ces lieux d'exercice; et bien que sa figure ne fût plus rigoureusement circulaire, il continua à être appelé circiis.
Les jeux scéniques, qui annoncent une civilisation plus avancée , furent probablement les derniers pour lesquels on construisit des édifices, et leur forme fut celle du monument primitif coupé en deux dans le sens de son petit axe (^), sur lequel fut étabfie une construction rectangulaire applicable aux exercices nouveaux qui en faisaient l'objet. Cet édifice , qui reçut des Romains le nom particulier de visorium, fut souvent aussi appelé circtis par analogie.
(4) Calp. ecl. vu , a. 30. — Dion Ghrys. , orat. 33. — Lipse , de Amphit. , cap. 6.
(2) Postea ex medio amphitheatro theatrum factum est , (Isid., de se milit. ex ludis, lib. xlx, cap. 43.)
— iàiià —
Les rapports de ressemblance qui existaient en- '^ tre ces trois établissements destinés cependant à des spectacles différents, tirent penser à Tarqiiinl'Ancien qu'un seul pouvait les résumer et suffire aux besoins d'un peuple peu civilisé , occupé de travaux sérieux , auquel , d'ailleurs , le luxe et la mollesse campanienne étaient tout à fait inconnus/i C'est dans ce but qu'il fit construire le Circm Maximus, seul lieu de spectacle que posséda Rome pendant plusieurs siècles , dont l'arène servit , tour à tour, pour les courses,, les luttes, les combats d'animaux, les naumacliies(') , les sacrinces publics, et même les jeux scéniques^ pour lesquels il suffisait d'établir un tréteau à l'extrémité de la Spina, car ,^ alors, comme nous l'avons déjà dit, les farces atellanes formaient tout le répertoire du théâtre romain.
Cette réunion de tous les exercices dans une même enceinte, nous donne l'explication du nom générique dejeux du cirque, par lequel les Romains désignaient leurs divers spectacles, elle est peutêtre aussi l'origine de cette confusion qu'on remarque, même chez les anciens , dans les noms dont ils se servent pour qualifier ces différents édifices auxquels ils donnaient indifféremment le nom de cirque , théâtre , amphithéâtre , sans avoir égard à leur destination respective.
(]) Pour célébrer l'anniversaire de sa naissance , Auirustc fit remplir le cirque d'eau pour y exécuter des exercices où 36 crocodilles furent tués. (Suét., in Aug.)
Ce qui doit paraître étonnant, c'est de voir cette confusion régner encore aujourd'hui dans les écrits de nos auteurs modernes, qui semblent ne vouloir tenir aucun compte des temps , des lieux ni des choses , malgré la précision que le génie] de la langue grecque a apportée à la dénomination de ces divers édifices.
La manie du néologisme qui suivit la culture des lettres grecques en Italie , enrichit la langue latine d'une infinité de mots qui vinrent rectifier cette confusion : le lieu construit pour les exercices scéniques prit le nom de théâtre, équivalent de celui de visorium {*) qu'il portait avant. Les édifices destinés aux chasses et aux combats d'animaux , de cela qu'ils avaient des sièges tout autour (^), furent appelés amphithéâtres. Mais les Romains ne donnèrent pas le nom d'hippodromes aux édifices exclusivement réservés aux courses d'hommes, de chars ou de chevaux , ils leur conservèrent celui de cirque, donné par Tarquin, bien avant que la Grèce introduisit à Rome ses arts, ses mœurs et son langage (^).
Si du haut d'un amphithéâtre on jette les yeux
(-1) Lieu d'où l'on voit.
(2) Dion,lib. XLiv.p. 254 : Circum-Visorium, où l'on voit tout autour.
(3) Il paraît que, dans le principe, ce lieu était appelé agonium, de ce qu'il était sans angles : « Agonium, ici est ludum, ab hoc dirtw7i, quia loqus, in quo ludi initio facti sunt fuerat sine angulo. (Pestus, delund. cire, lib. i, p. 53.) — Varo, lib.v, de Linguâ latinâ.
sur la profondeur de son enceinte , elle va se rétrécissant^ comme l'enfer du Dante ; de là le nom de cavea donné par les Romains à l'agglomération de gradins qui couvre la surface de cette espèce de cratère; ces gradins sont disposés de manière à former, sur les hauteurs de l'édifice, un certain nombre de divisions horizontales séparées entre elles par une balustrade ou simplement par un gradin d'une hauteur égale à sa largeur (*). Ce baudrier de séparation fut appelé par les Latins mœniana, par les Grecs diazomata, et prœcinciio par Yitruve ; Tertulhen et Galpurnius lui donnent aussi le nom de haUheus('). Cependant le mot de précinction est celui que l'on a généralement adopté, et qu'on apphque même^ par extension, à toute la série de gradins qui est au-dessus de lui; chacune de ces divisions fut aussi désignée dans le nom de cavea avec les adjectifs infima, média et suprema ou ullima, selon que les sièges qui composaient ces divisions étaient à la partie basse , au milieu ou à la partie supérieure, parce que, dans le principe, ces édifices n'étaient divisés horizontalement qu'en trois zones de gradins.
Une galerie particulière», destinée à mettre momentanément les spectateurs à l'abri d'un orage, était affectée à chacune de ces précinctions ; cette espèce de foyer communiquait sur les gradins par
{\) Vitr., 1. V, ch. 5.
(2) D'après Galpurnius, parlant (les jeux donnés parCaius, on avait orné de pierres précieuses cette partie de l'amphithéâtre : Balthcm in gunmes radiât.
des ouvertures appelées vomitoires , disposées symétriquement de distance en distance. Afin d'arriver avec facilité au gradin qu'on devait occuper, sans déranger les personnes qui étaient déjà placées, on taillait devant chaque vomitoire, sur une largeur d'un mètre , les gradins de manière à ce que chacun d'eux formât deux marches sur sa hauteur; ces petits escahers auxquels on donnait indifféremment les noms de viœ , scalariœ ou itinerœ, étaient disposés en ligne droite sur le cône tronqué que représentait la cavea , et comme le cône est renversé, ces lignes convergente la partie inférieure et divergent en s'élevant , de telle sorte que la portion de gradins qui se trouve entre deux de ces hgnes, a la forme d'un coin ou d'un trapèze, ce qui a fait donner le nom de cuneus à ces divisions que Yitruve appelle B.ussitrigones dont la large base est en haut et la plus étroite en bas (*). On peut , d'après cela , se faire une idée juste des divisions établies dans cet immense assemblage de gradins, disposés horizontalement en précinction et verticalement en un certain nombre de cunei; ces derniers, à leur tour, se subdivisaient en gradins, qu'on distinguait par premier , second , troisième et en commençant par le plus bas dans chaque cuneus; et, comme les places étaient marquées par des hgnes gravées sur le gradin même,
(^) Par suite de cette division des gradins en cunei^ on donnait le nom ù'excuneati à ceux qui , arrivant trop tard, étaient forcés à se tenir debout sur les marches des scalariœ, n'ayant pas trouvé à se placer sur les gradins.
il ne s'agissait 'plus que de déterminer un point de départ de convention , pour indiquer , dans ces vastes enceintes, une place quelconque par quatre chiffres; ainsi : ii, i, iv , v indiquait : deuxième précinction , premier cuneus , quatrième gradin , cinquième place; et chacun, avec sa tessara portant quatre numéros d'ordre , gagnait sans difficulté ,1a stalle qu'il devait occuper.
Sur le large massif de maçonnerie qui formait la première enceinte de l'arène, reposaient les gradins les plus bas auxquels on donnait, à cause de leur situation, le nom de podium ('). Si l'on en jugeait par les amphithéâtres de Nimes et d'Arles, où cette partie du monument est conservée en entier, il faudrait conclure que le nombre de gradins dont elle se composait était de quatre. Quelle qu'en fût, au reste, la quantité, leur réunion avec ceux qui les suivaient , jusqu'au quatorzième, formait une agglomération de sièges réservés à la noblesse , de telle sorte cfue l'expression ; Sedet in quatuor decini^ signifiait, à Rome, il est noble (^). Les sénateurs, les magistrats, les prêtres et même les citoyens qui avaient le plus contribué aux frais de construction de l'édifice, avaient leur place au podium. Là se trouvaient aussi, sur les extrémités
('l) Depodex, pied , parce qu'ils se trouvaient aux pieds de tous les autres.
(2) La loi relative aux quatorze gradins fut faite par L. Roscius , tribun du peuple. Les nobles dont la fortune se trouvait réduite au-dessous de quatre cent mille sesterces étaient exclus des quatuordecim.
du petit axe, deux loges d'honneur, l'une destinée aux vierges et aux vestales (M; l'autre, appelée suggestum ou cuhiculum , entouré d'une élégante grille dorée P) , était réservée à l'empereur ou à son réprésentant. C'est là qu'assis sur sa chaise curiile , les pieds sur de moelleux coussins (^), il écoutait avec calme le Morituri te salutant des gladiateurs , avant que le mappa crrcensis (*) fut jeté par lui dans l'arène.
Les chevaliers, les tribuns civils et militaires , les collèges et .les prêtres de diverses classes aux-^ quels étaient destinés les quatuor decim , imitèrent ce luxe impérial ; les planches posées sur le marbre ne furent plus suffisantes, il leur fallut aussi des coussins (^) , et les personnes de distinction obtinrent de la part des décurions , des décrets qui leur permettaient de s'asseoir sur des biselii, espèce de causeuse où l'on pouvait se mettre deux (^).
H) Suet., in Aug., cap. U.
(2) Suet., in Néro, cap. -12.
(5) Pulvinum fahili co7nposuisse manu, et cava sub tenerum scamna dédisse pedon. (Ovid. , ant amandi livi.)
(4) Petit coussin que le consuljetait dans l'arène pour donner le signal des jeux. (Gori, Thés, dipt, tom. 2, p. -16.)
'(5) Exeat, inquit ,
Si pudor est , et de pulvino surgat equestri , Cujus res legi non suffi cit ; et sedeant hic Lenonum pueri , quœcumque in fornice nnti.
(Juvénal, sat. 3, v. 4 55 et suiv.)
Pulvilli tune primum senatoribus^ ne mtcis asseribus insidercnt. (Dion , lib. liv.)
(6) 11 s'en est trouvé beaucoup à Pompéï
L'arrivée immédiate d'un grand nombre d'animaux sur l'arène , leur étonnement et leurs cris , devaient naturellement produire l'épouvante sur l'esprit des spectateurs, surtout sur les personnes assises au podium, si directement exposées à leur agression, lorsque, excités par le fer des belluaires, ils bondissaient vers les premiers gradins pour éviter la mort qui les menaçait. Il était donc de la plus haute importance que ces places privilégiées fussent à l'abri de tout danger, et la manière dont elles étaient garanties pouvait être mise au nombre des divertissements qui avaient lieu dans ces enceintes.
L'appui du podium était garni d'une grille en fer dont les pointes recourbées en dedans de l'arène servaient déjà de défenses. Il y avait ensuite, de distance en distance , des cylindres en ivoire tournant sur un axe, de telle sorte que si l'animal excité , s'élançait sur eux pour s'y cramponner , il était immédiatement renversé en arrière par le mouvement du cylindre, dont il s'éloignait épouvanté 0.
Cette garantie indispensable, qui nécessitait une certaine force dans la construction de l'appui sur lequel reposait cette grille, avait fait penser à quel-
(-I) Sternitur adjunctis ebur admirabile truncis Et coit in rotnlam ; tereti, qua lubricus axis Imposifos subita vertigine falleret ungues Excutcretque feras : auro quoque torfa refulgent Retia , quœ totis in arenam dentibus exstant Dentibus œquatis (Galpurn., egl. vu, v, 50.)
ques auteurs qu'il y avait une erreur dans le texte de Yitruve, où il est dit que cette partie de l'édifice était décorée de petites colonnes légères servant d'embellissement (^). La grande quantité qu'il s'en est trouvé dans les fouilles de l'amphithéâtre de Capoue , où elles étaient en granit oriental , étant venue confirmer le fait, il ôsl probable qu'il n'y a point d'erreur dans le texte de l'architecte romain, mais seulement dans la manière de Finterpréter. Or , ces colonnettes servaient tout aussi bien de décoration au podium, qu'elles fussent situées soit devant, soit derrière lui, ce qui nous fait supposer qu'elles formaient la séparation que nous avons indiquée au quatrième gradin dans le&quatuordecim. Il serait, en effet, absurde d'admettre qu'elles fussent placées sur l'appui même du podium , où elles auraient été en opposition manifeste avec les obstacles que devait rencontrer l'animal cherchant à se cramponner pour éviter la mort.
Immédiatement au-dessus des quatiiordecim s'élevait une autre série de gradins appelée popularia^ parce qu'elle était destinée au peuple , populus romarins. Celle qui venait ensuite, également composée d'un certain nombre de gradins, se nommait plebeta, parce qu'elle était destinée aux classes inférieures, aux ouvriers, aux prolétaires.
On a vu qu'à l'occasion d'une grande solennité, qui avait réuni une population immense dans l'amphithéâtre de Puzzole , un sénateur romain, ,
(^) Vit., lib. V, cap. 7.
repoussé de la foule, ne put parvenir à se placer; cet outrage fait à la dignité sénatoriale , indigna l'empereur qui était présent , et qui provoqua du sénat un décret, d'après lequel les anciennes lois sur les spectacles furent mises en vigueur; il y ajouta de nouvelles ordonnances, d'après lesquelles les premiers rangs des sièges (') étaient exclusivement réservés aux sénateurs et aux premiers magistrats. Les affranchis, quelles que fussent les fonctions dont ils étaient revêtus, n'avaient pas le droit de les occuper. Auguste fut si sévère , à cet égard, qu'il défendit d'admettre dans les rangs des sénateurs, les ambassadeurs des nations étrangères , attendu qu'il pouvait se trouver parmi ces mandataires des personnes qui ne fussent pas de condition libre (^). Il sépara les soldats des citoyens, assigna des places particulières aux pères de familles plébéiennes^ d'autres aux enfants de naissance près de leurs gouverneurs (^). Un cuneus séparé fut réservé aux célibataires^ afin que cette espèce de pilori , auquel ils étaient ainsi exposés dans les jeux publics, fût pour eux un motif de se
(^) L'orchestra ou théâtre , le j^odiurn à l'amphithéâtre. (Suet. , ch. XLiv).
(2) Dion, 1. m , signale comme une chose étonnante qu'on n'eût pas considéré comme un délit, l'action d'un tribun du peuple qui s'était permis de faire asseoir à son côté , son père qui était un affranchi. — Cette prohibition à l'égard des ambassadeurs n'existait pas avant Auguste : Gennafiorum legatis in orchestra sederet permisit (Suet. , in Glaud., cap. 25.)
(5) Pretestati, ceux qui n'avaient pas encore dix-huit ans,-
marier (^). Le décret portait : « Que la gent ptillatai^) ne pouvait prendre place sur les gradins du centre fmedia cavea) , et quant aux femmes , qui précédemment étaient confondues sans distinction parmi les spectateurs, il leur assigna des places séparées, in superiore loco Les vestales eurent seules le privilège de s'asseoir dans un cuneus du podium , vis-à-vis le tribunal du prêteur. Les viatores tribuni{^) pour les faillis (^), les prêtres (^), pour certaines corporations, etc. » Ce fut là cette fameuse loi d'Auguste qui fixa d'une manière
(^) Les guerres que le peuple romain avait eu à soutenir avaient considérablement diminué la population ; le libertinage avait tellement corrompu la jeunesse que le célibat était devenu à la mode; Auguste employa tous les moyens pour obvier à ce mal; il établit des primes contre les célibataires ; il donna des récompenses à ceux qui prenaient' femme, plus encore à ceux qui avaient plusieurs fîls, comme le prouve \eJus trium liberum qui accordait des places privilégiées dans les spectacles à ceux qui avaient trois fils; il augmenta le droit de patronage sur le bien des affranchis à proportion du nombre d'enfants des patrons; il déclara légitimes les mariages des citoyens libres avec les affranchis. [Histoire de la législation des Romains , Gravina, 209 et suivantes. — Suét. , 1. n, ch. ^48.)
(2) On appelait ainsi les gens du peuple, la canaille, vêtus de la pulla^ veste brune.
(3) Tac. ann. xvi : Liberto et accusotari ptsemium operœ locus in theatro inter viatores et tribunitros datur. Cicer. , de Senec, cap. 46.
(4) Illud tamen audacix tuœ, quod sedesti in quatuordecim ordinibus cum esset lege. Roscia decoctoribus ccriiis locus constitutus quamvis qvÂs fortunx vitro , non sua decoxisset. (Cicer. Philip, secunda.)
(5) Sedes curules sacerdotum Augustalium locis in theatris. (Tacit., 1. II, des Ann.^ ch, 85.)
définitive , à chaque ordre et à chaque condition la place qu'il devait occuper dans les jeux publics.
Cette loi qui, chez les Romains, ne présentait probablement aucune équivoque, a été pour les critiques modernes, l'objet d'interprétations diflérentes sur lesquelles l'amphithéâtre de Nimes est appelé à prononcer. De ce que la gent piillata était exclue de la 7nedia cavea, c'est-à-dire de la précinction qui suivait immédiatement celle des optimates de l'empire , on a supposé que Yinfima plebs était réléguée sur les gradins de la summa cavea, où cette partie de la population aurait joui du spectacle, de concert avec les femmes : « Nam , dit Justi-Lipse, fœminœ et jmllati non nisi in superiore loco spectabant,,€x Augusti decreto. » Les archéologues, qui, ont adopté cette opinion , se fondent sur ce que dit Calpurnius(^) : «Nous arrivâmes aux sièges où » les prolétaires , en habit de couleur sombre , » regardaient le spectacle, sous le portique destiné » aux femmes, car toutes les parties du théâtre qui » sont à découvert étaient occupées par les che- » valiers ou par les tribuns vêtus de blanc p).»
(1) Venimus ad sedes, ubipulla sordida veste Inter fx^nineas spectabat iurba cathedras; Nam quœcumque patent sub aperto libero cœlo Aut eqiies, autnivei loca densavete iribuni.
(Calp. , eccl. vu, v. 26.)
(2) Cette coutume de venir au spectacle en habit blanc est attestée par cette cpigramme de Martial (iv, 2) : « Seul parmi » tous , Horace assistait au spectacle en manteau noir , tandis » que tout le peuple , les chevaliers et lô sénat et la personne
Mais il faut faire attention que , dans ces vers , le poète latin décrit un spectacle extraordinaire qui avait attiré à Rome , de toutes les parties de l'Italie, un si grand concours de spectateurs, que ce fut iine véritable cohue où l'ordre ne put être maintenu , ce qui provoqua le mélange et la confusion dont parle Calpurni us; c'est donc l'exception et non la règle qu'il faut voir dans les quatre vers ci-dessus.
On ne peut pas supposer que, dans une loi faite pour la distinction des classes dans les jeux publics, (Auguste et le sénat eussent entendu que les optimales matronœ , que les femmes que nous appellerions aujourd'hui du bon ton, fussent mélangées avec les pw//«r?*, la canaille. La loi d'Auguste était ^ au contraire, si rigoureusement observée» que ce prince fit sortir de l'amphithéâtre un simple soldat qui était venu s'asseoir sur les quatuordecimi^) Le texte du décret nous paraît d'ailleurs sans équivoque à ce sujet : Feminis ne gladiatores quidem quos promiscue spectare solemne olim erat nisi ex superiore loco spectare concessis solis , etc. Le mot solis indique parfaitement qu'elles avaient des places qui leur étaient exclusivement destinées, celles que quelques auteurs appellent ca-
» sacrée du prince, étaient vêtues Ce blanc; mais, tout-à-coi^iy; ' I) une neige abondante vint à tomber du ciel, et Horace se » » trouva vêtu de blanc comme les autres- »
L'épigramme , Lncerna Alba, du même auteur (xiy , ^37) , est encore une confirmation de cette coutume,
[\) Suét., in Aug.
thedrai^). Vitruve dit que ces places étaient couvertes (^).
La véritable situation de ce portique couvert ne se trouve pas indiquée d'une manière précise ni par le décret in superiore loco, ni par Yitruve in summa cavea. Ces expressions disent bien que le tectum porticus était situé dans la précinction la plus élevée , summa cavea ; mais elles ne nous apprennent pas si les pullati, qui devaient aussi avoir des places séparées dans la même précinction , se trouvaient au-dessus ou au-dessous du portique couvert; de là des opinions diverses sur ce point. Mariano de Laurentiis, savant napolitain^ prétend qu'ils étaient au-dessus (^) ; le marquis Maffei veut que les pullali eussent leurs places au-dessous de la cathedra {^).
(^) Les sièges dont les Romaines se servaient étaient ornés de coussins et de broderies, ce qui les distinguait de ceux des hommes ; ils furent appelés proprement cnthedrœ et plus souvent cathedrse feminx ; elles s'en servaient dans les spectacles; de là le nom de leurs places.
(2) Vit. , 1. V : Tectum, porticus quod futurum est in summa gradatione.
(3) Sotto di essa (cathedra) vi erano poi le personc pullate o sien {[u elli i quali vestivano o bruno per circunstanza di parenti da poco trepassati :ne tali persone pullate potevano frammischiarsi col popolo per cagione délia granda supurtizione de' Romani , ai quali non cra permesso con essi d'aver commercio per non contaminensi. (Descrz. dello Amphit. Gam-
. pano, Mariano de Laurentiis.)
(4) Sopre , nelle logge coperti stavan le donne cadreghe femminali, dietro queste stavan Vinfima plèbe , e colore ai quali non era destinato prezioso Zwog'O. (Scipion Maffei , degli amphit.)
Rien , dans la loi d'Auguste ni dans l'histoire , ne s'oppose à ce que l'une ou l'autre de ces deux dernières suppositions soit acceptée ; ce n'est que par les monuments que cette question peut-être résolue. Parmi les anciens amphithéâtres, ceux de Rome , d'Atella , de Casino , de Nola , de Stabia , d'Aquino,etc., ont à peinelaissé quelque souvenir. Celui de Puzzôle n'a conservé que ses gradins inférieurs comme l'amphithéâtre d'Arles; celui de Gapoue n'en a plus; dans le CoHsée, qui a cependant toute sa hauteur, cette partie était en bois et n'a laissé aucune trace ; à Vérone^ tous les gradins sont modernes ; il ne reste plus aujourd'hui que les amphithéâtres de Pompeï et de Nimes où la suprema cavea soit entièrement conservée , et tous les deux démontrent clairement, par leur disposition , que le menu-peuple occupait les rangs les plus élevés in superiore loco{^), et que l'on réservait aux femmes les gradins situés immédiatement au-dessous.
La loi d'Auguste n'apportait aucun changement dans la disposition matérielle des amphithéâtres; la division des gradins en cunei permettait de répondre à toutes ces exigences. Pris isolément ou réunis, selon l'importance des corporations auxquelles ils étaient affectés , ces cunei pourraient
{\) Sopre , nelle logge coperti stavan le donne cadreghe femminali , dietro queste stavan l'infima plèbe , e colore al quali non era destinato prezioso luogo. (Scipion Maffei , degli amphit.)
satisfaire à toutes les distinctions établies par le sénatus-consulte(*).
Bien que la loi ne mentionne pas la précinction dans laquelle devaient se trouver les subdivisions qu'elle prescrivait, on doit supposer que ces places étaient au poc?i« m, attendu que c'est là seulement, comme on le verra bientôt, que se trouvent les inscriptions relatives à ces divers classements (^).
Les designatores veillaient à ce que les prescriptions de la loi réglementaire tussent ponctuellement exécutées ; c'étaient des espèces de maîtres de cérémonie chargés d'indiquer à chacun la place qu'il devait occuper dans les spectacles publics; les Grecs appelaient ces fonctionnaires k'^r^huToi. Il paraît, d'après Plante/ que, dans l'exercice de leurs fonctions, ils tenaient une verge à la main (^). L'autorité de ces personnages s'accrut encore sous les
(-1) Ce qui était arrivé avant Auguste, relativement à l'ordre établi dans les diverses classes de la société , se renouvela plus tard ; peu à peu la loi d'Auguste tomba en désuétude; le désordre, à cet égard, devint si grand que, sous Domitien, les sièges destinés aux cbevaliers étaient occupés parles premiers venus; l'empereur réprima cette licence par de nouveaux statuts ; Suscepfa morum corrcctione . liceniiam tJiealralcm pronigue in équité specia7idi inhibuit. (Suét. , in Don., cap. 8.) Voyez également, épigr. S du v^e ijv. de Martial.
(2) Le théâtre de Perga en Pamphilie oiïre une exception à cette règle.
(3) Plaute , dans le prologue de son panulus (v. -19), les engage à ne pas passer devant l'auteur en scène :
Nec lictor verbum aut vvgœ muttiant Nen designatores prœter os obambulet Neu sessum ducat, dum histrion in scena est.
empereurs ('). Outre les designatores, on créa dans les derniers temps des irihuni voluptatem chargés de la direction des jeux publics (^).
Pour mettre les spectateurs à l'abri du soleil , les amphithéâtres étaient recouverts d'une tente, velaria ou velariiim, dont l'invention était due aux Campaniens {^). Ce luxe fut introduit dans tous les monuments de ce genre , comme on le verra par la description que nous allons faire de celui de Nimes. V Album de Pompéï('*) porte encore des affiches annonçant des combats de gladiateurs pendant lesquels vêla erunt. ,
On se plaint de ce que les auteurs anciens ne nous ont rien appris sur la disposition et la manœuvre de cette tente. Ce reproche ne nous semble pas fondé ; la solution de ce problème se trouve imphcitement renfermée dans les ouvrages qu'ils nous ont laissés. Martial annonce à ses amis qu'il ira le soir au Cotisée la tête couverte , parce que le vent contrariera le service de la tente :
Nam vcntus populo vêla negare solct. (Lib. xiv , p. 29.)
Ce vers nous apprend déjà que le velariiim était mobile; le même auteur ne nous dit-il pas plus
(•I) Designatores artem ludicrayn non faccre cehus probat , qxiia ministerium , non artem exercebant et sune locns iste hodie prmcipe non pro modico beneficio datur. (Ulpian, 1. m.)
(2) Giaccomo Rucca, Gapua vetera, p. 259.
(5) Val. Max., de Spect., lib. ii, cap. 4. — Ammien Marcelin, lib. XIV.
(4) Endroit où l'on apposait les affiches.
— 58 — • loin que ce mouvement s'opérait sur des cordes ?
Vela per funes iere.
Et ne voyons-nous pas dans Suétone (*) que cette manœuvre devait s'opérer avec une grande rapidité, puisque Caligula prenait plasir à faire retirer instantanément la tente, si la chaleur se trouvait bien intense au moment le plus intéressant du combat, afin de forcer les spectateurs à quitter leur place? Ce que dit Suétone nous porte à conclure que cette tente devait se replier du côté de l'attique(^), car si ce mouvement se fût opéré vers le centre de l'ellipse, une partie des spectateurs aurait pu se trouver couverte par son ombre , ce qui eût été contraire au but que se proposait Caligula.
Nous savons , par l'auteur de la vie de Commode (^), qu'il y avait une si grande analogie entre la manœuvre de cette tente et celle des voiles de vaisseaux, que ce service était fait par des marins. Enfin, deux vers du poète Lucrèce (*) nous
(1) Gladiatorio munere , reductis interdum. jlagrantimmo soli velis, emitti quemquam vetabat. (Suét. , in Caligula, cap. 26.)
(2) Il existe au musée de Naples un bas-relief antique, représentant l'action d'hommes occupés à faire exécuter ce mouvement.
(5) Sanè cùm illi ssepe pugnanti, ut deo populus favisset irrisum se credenspopulum romanuyn à militibus, classiariis qui vela ducebant in ampJàtheatro interimi prxceperat. (Lampr. , cap. ^3.)
(4) Carbasus magnis intenta theatris
Dat crepitum, maloa inter jactas que trabesque (Lucr., lib. vi, v. 'lOS.)
indiquent l'emploi de ces consoles qui couronnent le Colisée, l'amphithéâtre de Pola ainsi que celui de Nimes, en nous apprenant que le velarium était fixé à des poteaux.
D'après Pline (') , ce fut un certain Lentulus Spinter qui fut le premier à en introduire l'usage au théâtre dans les jeux apoUinaires. Ces tentes^ dit-il, étaient en lin, le plus souvent en laine de La Fouille (^), comme la plus belle; elles étaient ordinairement couleur de fer, jaunes ou rouges. Néron poussa le luxe jusqu'à la faire exécuter en soie pourpre, relevée d'étoiles d'or; au milieu, il s'était fait représenter lui-même sur un char , guidant de fougueux coursiers ('').
Nous avons vainement cherché dans tous les théâtres et amphithéâtres existant encore, ces tuyaux qui s'élevaient à travers les murs et les statues dont les précinctions étaient décorées, pour porter jusqu'au sommet de l'édifice des vapeurs odorantes de safran, qui tombaient en pluie line sur les spectateurs. Cependant, ce luxe est mentionné par tant
{\) Carbasina deinde vêla primus in theatro duxîsse traditur Lentulus Spinter Appollinai ibus ludis. (Plin. , Hist. nat. , libr. XIX, cap. 6.)
(2) Et vulyo faciunt id lutea russaque vêla Et ferruginea, cum magnis intenta theatris.
(Lucr., lib. iv., v. 73.)
(3) Vêla etiam quœ pcr aerem expansa ad arcendum soient purpurea erant inque ils mediis Nero acu pictus currum agitans , circum vero undique aurex stel/œ. (Dion, lxiii.)
Pline dit aussi : Vêla nuper colore cœli stellataper rudenfes iere etiam in amphitheatro pricipis Neronis, (Lib, xix, cap. 6.)
d'auteurs différents, qu'il serait impossible de né pas l'admettre comme un fait incontestable. Apulée ('), Martial (^) , Sénèque i^), Lucain(*), Properce (^), Lucrèce (^), en parlent d'une manière positive. Cette vai)eur odorante s'élevait quelquefois du milieu de l'arène où se trouvait un autel C) consacré à Jupiter ou à Pluton (;'). Adrien fit répandre ce parfum en abondance sur les gradins du théâtre, dans des jeux à l'honneur de TrajanO. On voit au musée de Naples quelques statues percées sur toute leur hauteur, qui semblent coniirmer ces diverses citations.
Nous ne saurions dire de quelle manière s'opé-
(1) Tune .summo mont is cacumine , pcr quamdam latentem fistiilam, in excelsuni prorompit vino crocus diiuta : sparsimqye de/luens , pasccntes circa capellas odoro perpluit imbre. (Apul.. Netnm. lib. x, p. 552.)
(2) Hoc^ rogo, non melius, quam rubio pnlpifa nimba Spargcre, et effum permaduisse croco ?
(.Murt., lib. V, cp. 26.)
(3) Sénèq., cp. 91.
J/.) Luc, lib. ix, V. 808.
{o] Palpita solemncs non oluere crocos. (Prop. , lib , iv , cap. 1, V. ^7.)
(6) Et eum scena croco Cilici pcr fusa recens est. (Luc. , lib. ir, V. ^^6.)
(7) Lucr., lib. ii, v. 4^6.— Sym. Nat., lib. ii.
(8) Funditur hiimanus latiali in munere sanguis. Confessusque illi spectanium solcit ad aram Plutonis fera vota sui : quid sanctius ara Quœ bibit egestum per mystica tela cruorem. "
(Priul. Sym. i, v. 484.)
(9) In honorem Trajani balsama crocunipcr gradus theatri fluerejussit. (Spart. , in Traj.)
— dirait celte vaporisation; seulement, Pline (') et Ovide (-) nous enseignent que le safran était'infusé dans du vin.
En annonçant que la tente sera placée, l'affiche de Pompéï nous dit par là qu'elle ne l'était pas toujours, et c'est, en effet, ce qui avait lieu pendant l'hiver, afin de ne pas priver les spectateurs des rayons du soleil. Mais il y avait pour cette saison un costume adopté par les personnes d'un certain rang qui assistaient au spectacle ; c'était une veste en grosse laine, descendant jusqu'au genou, à laquelle on donnait le nom de Lacernai^). Au sujet de ce vêtement, Martial (*) fait la plaisanterie dont nous avons parlé.
Dans les climats méridionaux, la chaleur se trouvait quelquefois si forte, même en hiver, que les spectateurs avaient soin de se munir de parasols pour se parer des rayons du soleil (^): ils étaient comme aujourd'hui de couleurs variées fl; quel-
(-1) Crocum vino mire congruit , prœcipuc dulci, irifum ad theatra replenda. (Pline.)
(2) Nec fuerant liquida pulpifa rubra croco. (Oviilc.)
(3) Amphitheatrales nos commendamur ad usus , Cum tegit cdgentes alba lacerna togas.
(Martial, lib. xiv, ep. ^37.)
(4) Toto nix cecidit repente cœlo Albis spectat Horatius lacernis.
(Mart. , lib. iv, ep. 2.)
(5) Accipe quœ nimios vincant umbracUla soles , Sit licet et ventus, te tua vêla tegcnt.
(Mart. , lib. xiv , ep. 28.)
(6) En cui tu viridem umbellam^ eut succina mittas.
, (jQvén. , sat. ix, v. 50.)
quefois aussi on se servait de grands chapeaux de Thessalie^ appelés caM5iœ(*).
Le champ du combat était appelé arène, parce qu'on le couvrait de sable, afm que le sang, qui coulait des blessures des gladiateurs, fut immédiatement absorbé, et pour que le corps des athlètes se détachât sur un fond clair et qu'aucun de leurs mouvements n'échappât à l'œil du spectateur; ce sable était fait avec du marbre blanc pilé [^). Caligula et Néron , voulant renchérir sur le luxe de leurs prédécesseurs, employèrent à cet usage du minium f).
Parmi les esclaves commis au service des jeux, il y en avait dont l'emploi consistait à retourner le sable pour faire disparaître les taches de sang. Martial raconte que deux malheureux jeunes gens tranquillement occupés à cette opération, furent déchirés par un bon qui sortit à l'improviste d'une caverne (^).
(^) In Pompeiano tectus spectaho theatro, Nam ventus populo vcla negare soîet.
(Mart.,lib. xiv, ep. 29.)
(2) Invenere et alium usum m rameyiiis quoque drcum Maximum ludis circensibus sterneyidi, ut sit in commendafione candor. (Pline, lib. xxvi, cap. 46.)
(3) Edidit et circenses plurimos à mane usque ad vesperam, interjecta modo Africanorum vcnatione, modo Trajœ decursione : quosdam prsecipuos , minio et chrysocolla constrato circo. (Suét. , in Calig. , cap. -18.)
Visumque jam est Neronis prineipis spectaculis , arenam circi chrysocolla sterni, eum ipse concolori panno aurigaturus esset. (Plin. Hist. lib. xxiii, cap. 5.)
(4) Nam duo de tenera puerilia copora turba
En 1812, le gouvernement français fit exécuter des fouilles sous l'arène du Colisée ; un célèbre antiquaire italien, M. Fea, publia des observations sur les découvertes qu'on y faisait ; les constructions souterraines furent pour lui l'objet d'une foule de conjectures qui le conduisirent à supposer qu'elles étaient postérieures au monument. Cette opinion, étayée par le mérite incontestable de son auteur, arrêta toutes recherches ultérieures à ce sujet. Mais, plus tard, les conjectures du docte italien furent entièrement renversées par le résultat des fouilles que fit exécuter le roi de Naples dans les amphithéâtres de Capoue et de Puzzole; elles mirent à découvert des souterrains qui présentent une analogie parfaite avec ceux du Colisée , et comme il faudrait vouloir nier l'évidence que de supposer leur construction postérieure à celle des édifices eux-mêmes , on ne peut douter que les souterrains du Colisée n'aient fait partie du plan conçu par l'architecte de Yespasien.
Il y avait plusieurs espèces de gladiateurs distingués par leurs noms , leurs costumes , leurs armes et leur manière de combattre; ceux qu'on appelait retiarii , secutoreSj mirmilliones^ samnites, essedarii, andahatœ, n'avaient besoin, pour leurs exercices à pied, à cheval ou sur des chars, que d'une vaste surface couverte desable, telle que nous
Sanguineam rastris quœ renovabat humum , Servus et infelix furiali dentet perimit. Mortia non vidit majus arena nefas.
(Martial, lib. ii, ep. 75.)
nous représentons l'arène de nos amphithéâtres. Elle suffisait également aux divers combats d'animaux entre eux, àces représentations dont parle Martial ('), où l'on vit un rhinocéros se trouvant, sans la moindre surprise, en face d'un taureau, au milieu de tant de spectateurs , mais qui, excité par le fer des bestiaires , se précipita avec fureur sur l'animal qu'il perça de part en part de sa formidable corne, sur laquelle il le secouait comme un mannequin. Ces éléphans funambules, que l'on vit sous Néron (^) , ces Carter de l'époque , qui présentèrent au public des lions, des tigres et des panthères rendus dociles comme des agneaux (^), firent sans difficulté leurs exercices dans la même enceinte.
{^) Prœstitit exhibitus toto tibi, Csesar, arena, Quœ non promisit, prœlia rhinocéros .
0 quam terribiles eœarsit promis in iras ! Quantvs erat cornu^ cui pila faurus erat. (Martial, de Spect., 9.)
(2) Notissimus eques romanus elephanto sapersedens eptadromum decurrit. (Suét., in Nero. cap. -H.) Et clans la vie de Galba, le même auteur dit encore, cap. 6 ; Prœtor commissione ludoruin Floraliuni , noviimspectaciili genus elephantos fxmambulos edidit.
(3) Picto quod Jugà delicata collo Pardus sustinet, improbœqiie tigres Indulgent patientiam flagello; Mordent auren quod lupata cervi , Quod fracnis Lijbici domantur ursi.
(Martial., lib. i, epig. -105.) Delicias, Cœsar, lususque ^ jocosque leonum Vidimis : hoc etiam prœstat arena tibi. (Ibid., lib. i, epig. -15.)
Quel pouvait donc être l'objet de l'immense labyrinthe placé sous l'arène des amphithéâtres sur lesquels nous nous plaignons que les anciens ne nous fournissent aucun renseignement?
Ce reproche que nous leur adressons à cet égard pourrait bien n'être pas mieux fondé que celui que nous leur faisions relativement au velariuin. Eûmesnous besoin de renseignements de leur part, lorsque nous voulûmes appliquer leurs monuments à nos usages'^ La basilique ne fut-elle pas immédiatement transformée en église chrétienne ? Et les jeux que la belle saison ramène annuellement dans nos amphithéâtres, ne prouvent-ils pas que les leçons de nos ancêtres ne furent pas nécessaires pour adapter ces édifices à cette partie de leurs amusements que nos mœurs conservent encore ?
Dès lors, n'est-il pas naturel de penser que, s'il existe, sous l'arène des amphithéâtres, des soiiter- ■ rains dont la destination est encore un problème pour nous , ce n'est pas parce que les historiens ne nous en indiquent pas l'usage^ mais plutôt parce que ces constructions ont rapport à des exercices qu'ils nous font bien connaître, mais qui, n'étant plus dans nos mœurs , n'ont provoqué de notre part aucunes recherches tendant à découvrir les moyens dont on se servait pour les exécuter?
Eh bien ! mettons en présence un machiniste et un architecte habiles ; dégageons-les d'abord des entraves que peut opposer au talent le gouvernement représentatif par son cahier des charges, ses limites dans la dépense, qu'autrefois , comme
aujourd'hui , Yœra civitim était toujours là pour solder, et chargeons-les d'organiser l'arène de manière à ce que nous puissions jouir, dans son enceinte , de tous les spectacles dont les auteurs anciens font mention; ils trouveront certainement dans l'amphithéâtre de Capoue , le plus complet sous ce rapport , tous les éléments nécessaires à la solution du problème. Ses souterrains, remplis d'eau jusqu'à la hauteur du podium, satisfairontà tous les exercices nautiques : des nymphes, aux formes gracieuses , nageront à leur surface (*) ; d'adroits jouteurs montreront leur habileté en dirigeant de mille manières leurs galères sur ces divers canaux (^). Des malheureux, jouant le triste rôle d'Icare, s'élèveront jusqu'à la tente, où l'empereur , sous l'image d'Apollon , détachera leurs ailes, pour les précipiter dans les flots si le. hasard favorise leur chute , ou dans les griffes de l'ours affamé qui attend la victime pour la dévorer^ si le destin a résolu sa perte (^).
Introduisons dans ces mêmes eaux des hippopotames, des veaux marins, des crocodiles , des phoques^ et des combats extraordinaires vien-
(^) Litsit Nereïdum docilis chorus œquoro ioto Et vario faciles ordine pinxit aquas. %
(Martial, de Spec, 26.) (2) Amphitheatro navale prselimn commisit.
(Suét. , in Domit.) (5) Dœdale, Lucano cum sic lacereris ab urso^ Quam cuperes pennas nunc habuisse tuas!
(Mart., de Spec, 8.)
dront procurer des sentations nouvelles à une populace insatiable de spectacles. Que sera-ce lorsqu'au milieu de cette lutte , une barque fermée s'ouvrira instantanément (') pour submerger des hommes vivants, destinés à servir de proie à ces monstres marins , ou des taureaux avec lesquels va s'engager un de ces combats que Calpurnius appelle amphibies ? (*)
Hier des gladiateurs, des jeux nautiques aujourd'hui. Quel sera demain le spectacle nouveau que réserve Véditor à cette foule immense dont il mendie la faveur par ses hbéralités ? (^)
L'habile machiniste n'a eu besoin que d'une seule nuit pour transformer l'arène en une épaisse foret, au milieu de laquelle s'élève un mont couvert de tout le luxe de la végétation; des grottes, des ca-
(^) Jamquetota suave fragrante cavea, monfem illum ligneum terrœ vorago recepit. (Apul. , 1. x, p. 255.) Non taces^ inquit , gladiator obscœne, quem de ruina arena dimisit ? (Petr. Satyric. , p. 29.) Ea de subito occulti soluto, exsiliebant ursi; lea, pantherœ , leones struthiones , onagri, bisontcs. (Dion, cass.) — Le même auteur affirme. que c'est d'une de ces barques amphithéâtrales que Néron conçut l'horrible projet de faire périr sa mère sous les flots.
(2) ISec solum nabis silvestria cernere monstra Contigit, œquoreos ego cum certantibus ursis Spectavi vitulos, et equorum nomme dignum, Sed déforme pecas^ quod in illo nascitur amni, Qui sata riparum venientibus irrigat undis.
(Egl. vil, V. 65 et seque.) Exhibuit et naumachiam marina aqua innantibus belluis. (Suét., in Nero.)
(3) Ces jeux duraient plusieurs jours. (Dion, Cass.,lîb. xxvii./
vernes , des précipices ont remplacé les divers canaux où nageaient hier encore des monstres marins envoyés à grands frais par les proconsuls d'Egypte (').
Le troisième jour, au lever de l'aurore, les gradins de l'amphithéâtre sont déjà couverts de spectateurs; car, depuis trois jours aussi, beaucoup d'entre eux n'ont point quitté leur place dans la crainte de se trouver excuneali ('-). La décoration semble annoncer des exercices scéniques. En effet, un jeune enfant égaré dans la foret est sur le point d'être dévoré par un ours inopinément sorti d'une caverne; mais un dieu protège cette innocente créature , et l'enfant s'envole dans les cieux au moment où l'animal s'élance sur lui (^). Ce dieu, c'est Hercule, et l'ours est bientôt terrassé. D'autres travaux l'attendent encore : un brigand qui
(^) Quidquid in OrpJieo B/iodope spccfasse theatro Dicitw, exliibuit , Cœsar , arena tibi.
Repserunt scojnili, mirandaque sylva cucurrit , Quale fuisse ncmus creditur Hesperidum.
• (Martial, de Spect., 21.)
(2) On donnait le nom ù'excwieati à ceux qui, n'ayant pas trouvé à se placer dans le cuneus , étaient obligés de rester debout sur les petits escaliers qui les séparaient. Pour ne pas quitter leur place, ils satisfaisaient les besoins de la nature , coràmpopiUo.
Sîc cvenit, ut qui in jmblico vix necessitate vesicx tunicam levet idem in circo aliter non cxullet , nisi totum, pudorem in faciem omnium inientet. (Tertul., de Spectaculis, cap. 2-1.)
(3) Et pegma^ pueras inde ad velaria raptos. (Juvén,, sat. IV, V. -122.) .^ -y,:^
se faisait appeler le fils de l'iEtna (*) avait été longtemps la terreur de la Sicile ; pris et condamné à être dévoré par les bétes, c'est aujourd'hui qu'il doit subir sa peine en devenant l'acteur principal du drame qui se déroule. Caché clans un antre, sur la montagne qui simule l'iEtna, Hercule le cherche, parvient à le découvrir, et le saisissant d'un bras vigoureux , le précipite dans une caverne où le peuple a la satisfaction inexprimable de le voir déchirer par des lions et des tigres affamés qui attendent leur proie. Ces travaux accomplis le demi-dieu s'élance sur un taureau qui l'emporte dans les cieux aux applaudissements de la foule émerveillée p).
Pendant ce temps , des chasseurs ont paru sur la montagne , ils se divisent pour surprendre le dain, le cerf ou l'autruche (^) qu'on voit paraître sur divers points de la forêt, et dont le nombre s'accroît en même temps que celui des chasseurs. Le peuple attentif les excite par ses cris^ applau-
(^) Eum nos in foro ludis gladiatoriis commissis discerpi
a bestiis vidimus. Positus enim in iahulato sublimi , tamquam
in JEtna, compagibus solutis eo subito collapso , delatus est in
caveas , in quibus bestiœ ite erant liyatx ut facile solverentur,
nfrà tabulatum dedita opéra paratas. (Strabon.)
(2) Baptus abit medià cjuod ad œthcra taurus arenà Nam fuit hoc artis , sed pietatis opus.
(Mart. , deSpect. ^6.)
(3) Sous Prolus, on vit mille autruches , autant de cerfs et autant de sangliers.
dit à leur adresse, rit de leur désappointement; mais un sentiment de terreur remplace bientôt l'expression de la joie, lorsque de ces mêmes grottes d'où viennent s'échapper tant de timides bêtes fauves, on voit paraître des lions, des tigres, des panthères, des léopards et même des éléphants. Tour à tour bourreaux et victimes, les chasseurs épouvantés escaladent la montagne, grimpent sur les arbres, poursuivis ou déchirés par les animaux féroces qui se présentent à eux de tous côtés ; l'intérêt, l'anxiété, la frayeur sont peints sur tous les visages, et cependant ce ne sont encore là que des jeux ordinaires. Des émotions d'une nouvelle nature attendent encore les assistants; au moment du plus grand désordre , un horrible craquement se fait entendre : la terre tremble, la montagne s'écroule, la forêt disparaît sous les flots qui surgissent de toute part (') et les spectateurs immobiles gardent un effrayant silence au milieu des cris et des hurlements des victimes de toute espèce.
Mais ce silence , fruit d'une émotion vive et inattendue, n'est que le précurseur du triomphe de Véditor. Le peuple , satisfait d'un spectacle qui vient de le rendre témoin d'un de ces cataclysmes qui engloutirent Herculanum et Pompéï , s'écrie
(]) Ali. ! miseri , quoties nos descend entis arenœ Vidimus in pœrtes ! Ruptaquc vorragine terrx Emersisse feras ? Et iisdem sœpe latebris Aurea cum crocep creverunt arbuta libro. (Galpurnius.)
spontanément , sous l'impression de son enthousiasme : 0 procurator félicitas ! et le lendemain , le gouvernement d'une province ou les fonctions de premier magistrat de Rome, sont la récompense de celui qui n'a peut-être d'autre mérite que de posséder quelques sesterces de plus que ses concitoyens.
Les moyens d'exécution des différents jeux que nous venons de décrire ('), fiaient organisés de manière à ce que leur effet fût instantané. Dion raconte que Néron les réunit tous en un seul jour. Us débutèrent par une chasse; après que les animaux eurent été tués, il ht spontanément introduire les eaux pour représenter un combat naval après lequel, l'eau étant de nouveau expulsée, on vitun combat de gladiateurs qui furent eux-mêmes engloutis par les eaux au moment où le combat était le plus vivement engagé (^). Cette fête se
(^) Si quis ndes longis serus spectator ab oris Cui lux prima sacri muneris ipsa fuit , Ne te decipiat ratibus navelis Enyo ; Et par unda fretis ; hic modo terra fuit ; Non credis? Spectes , dum laxcnt œquora 3Iartem ' Parva mora est ; dices : Hic modo pontus erat (Mart. , deSpect., ep. 24.)
(2) Aliquando belluis interrectis et vcnatione exibita subii aquam in amphit/ieatrum induxit, et navale certamen ostendit rursumque ca educta , gladiatores in loco prœbuit : denique inducta iferum, magni sumptum puplicum epulwn. (Dion.) •
Sénèque dit aussi : Qui euripos aqîiarum itnpetu implent attl?^ siccant. (Ep. 9^.) ■■«
termina par un S)"nplue:ix banquet offert à la population entière.
Doit-on s'étonner maintenant que des spectacles si variés , si féconds en sensations différentes , eussent tant de charmes pour les peuples de l'antiquité? et saint Augustin n'est-il pas fondé à dire {*) que si de pareils jeux excitaient l'admiration de ceux qui y assistaient, ils seraient regardés comme fabuleux pour les peuples à venir (^).
L'usage des vastes st)uterrains établis sous l'arène des amphitliéâtres nous paraît suffisamment expliqué par ce que nous venons de dire ; les décorations, les machines , les apparitions subites que nécessitaient tant de jeux divers , la grande quantité d'hommes commis au service de pareilles manœuvres, exigeaient des constructions en harmonie avec leur importance.
11 doit paraître étonnant que ni l'histoire , ni les inscriptions ne nous apprennent rien sur l'époque à laquelle ont été construits les divers amphithéâtres que le temps a respectés , et que le Cotisée soit le seul dont l'âge n'est un problème pour personne. Ce silence et cette exception nous semblent confirmer l'opinion émise par certains
(^} Saint Augustin , deCivit., lib. ,xxiv, 24.
(2) Hic licet anmtmeres machinatores , qui pegmata ex se surgentia excogitant , et tabulata tacite sublime crescentia , et alias inopinato varietates : aut dehiscentibiis cjuœ cohœrebant ; aut quœ distabant , sua sponte coJiœrentibus ; aut iis guœ eminebant paulatim in residentibus . (Sénèque, ep.)
antiquaires (*) , que , dans les provinces , ces monuments étaients construits aux frais des villes et des colonies, et que, ne se rattachant ainsi d'une manière part culière à l'histoire d'aucun empereur, mais seulement à un goût général pour les spectacles, tant dans les provinces qu'à Rome, il n'y a pas lieu d'être surpris que les historiens n'en fissent aucune mention, tandis que le Colisée, devenu l'œuvre gigantesque de deux empereurs , était, dans la vie de ces princes^ un épisode que l'histoire devait consigner.
Si nous savons, en effet, par Tacite H et Suétone, que sous Tibère un certain Milius fit construire à ses frais^ l'an 27 de notre ère , un amphithéâtre à Fidène , ce n'est point pour en transmettre la date que ces auteurs en ont parlé, mais pour nous faire part de l'écroulement de cet édifice, dans lequel périrent vingt mille' personnes. En signalant l'amphithéâtre de Plaisance comme le plus beau de toute ritahe, le même auteur (^) a eu pour but de consigner qu'il fut détruit par un incendie pendant la guerre d'Othon et de Vitellus. C'est aussi par un motif semblable que nous connaissons l'âge des amphithéâtres qui existent à Boulogne et à Crémone, car ce furent les soldats delà lo""' légion
(-1) Cai-li , Antiq. d'Italie , lib. m , p. 8.
(2) Ann. lib. iv , cop. 63-6ri.
(3) Pulcherrimitm amphitheatri opus... quod nulla in Italia moles tant capax foret... conflagravit. (Tac. , Hist\ , lib. ii , cap. 2^.)
qui voulurent eux-mêmes le construire , dans le seul but de divertir Yitellius (^), fait que l'histoire a dû consigner, parce qu'il faisait partie de la vie de ce prince.
Il est donc bien évident que si l'antiquité a conservé quelques jalons relatifs à l'époque où certains amphithéâtres ont été construits, ils n'ont été plantés que pour transmettre à la postérité un événement remarquable qui lui était relatif ; tandis que ceux que les colonies ou les cités élevaient, cum cicium œre, n'ayant qu'un intérêt de localité sans importance historique, ne pouvaient être l'objet que de quelques décrets de décurions relatifs au nombre de places assignées aux citoyens dont les largesses avaient le plus contribué à l'érection du monument (^).
On peut cependant trouver dans l'histoire certaines données qui , jointes aux études archéologiques , peuvent fixer l'âge d'un édifice dans des limites assez restreintes , pour que notre curiosité à ce sujet soit à peu près satistaite.
L'origine étrusque des amphithéâtres doit nous faire penser que ceux de Capoue , Cume, Puzzole, Pompéï doivent être mis en première hgne dans l'ordre chronologique. En rapportant l'amphithéâtre de Capoue aux temps qui précédèrent la
H) Tacit. , Hist. , lib. ii , cap. 65.
(2) Les amphilhéâtres de Nimes, d'Arles , de Pompéï, de Pola , portent sur quelques gradins divers noms, ainsi que le nombre de places que leur assignait le décret des décurions de chacune de ces villes.
seconde guerre punique, nous n'avons pas entendu que les décorations dont il était orné appartinssent à cette même époque. Inséparable de la fortune de cette malheureuse ville, ce monument dut être soumis à toutes les vicissitudes que le joug de fer des Romains lui imposa après la défaite d'Annibal ('). Pour la punir d'avoir abandonné l'alliance romaine en faveur des Carthaginois , ses habitants furent vendus à l'encan (^) ou condamnés à gémir sous l'oppression d'un préfet, chargé d'exercer sur eux toute sorte de vengeance. On conçoit bien, qu'à cette époque fatale, les monuments destinés aux jeux publics durent rester longtemps fermés et souffrir beaucoup de l'état d'abandon où ils furent laissés pendant cette période déplorable.
Il paraît qu'elle fut de longue durée , car l'inscription trouvée en 1626 au pied de la porte méridionale, prouverait que l'amphithéâtre ne fut restauré que sous Hadrien , et inauguré par son successeur. Elle porte:
COLONIA IVLIA FELIX AVG. GAPVA