‹ Description de l'Amphithéâtre de NîmesChapitre 5 sur 5 · FRANC. F. RE · texte numérisé non relu

FRANC. F. RE

NEMAVSI

DD

c'est-à-dire : Francisco francorum régi, patri pa- Iriœ magistratiis populusque Nemausi dédicaveriint.

Au-dessus du chapiteau s'élevait une salamandre en marbre qui donna son nom à la place où ce monument fut dressé {^).

La ville de Nimes prise et reprise plusieurs fois par les Yisigoths , les Sarrasins, les Francs et les Bourguignons, il en était résulté la démolition successive des maisons construites dans l'amphithéâ-

H) Ménard, vol. 4, p. ^23,

(2) L'idée on fut heureuse, dit Ménard, parce que François ^e^ avait choisi la salamandre pour symbole avec ces mots : Nustricor et extingo : « Je m'y nourris et je Tétreins, » pour marquer sa fermeté dans les amertumes et les adversités dont sa vie fut traversée.

Cette colonne se voit au Musée, en entrant, à droite; la salamandre fut détruite en -1793.

fre. Ges diverses vicissitudes avaient tellement relevé le sol de l'arène , que les parties inférieures du monument étaient entièrement inconnues lorsqu'il fut déblayé en 1809.

Devenus sans utilité , les édifices consacrés aux jeux du cirque ont été considérés partout comme des carrières propres à fournir d'excellents matériaux. La preuve de ce fait se trouve constatée dans un manuscrit qui existe au trésor des archives de Rome ; c'est un accord passé au 14"' siècle, entre les chefs des factions qui déchiraient cette ville , sur lequel on lit un article portant que « le Cohsée » sera commun aux divers partis et qu'ils pourront » mutuellement en prendre les pierres ('). »

Il n'est pas étonnant qu'avec de pareilles secousses et les changements divers qui s'étaient opérés dans sa destination pendant dix-huit siècles, l'amphithéâtre de Nimes se trouvât dans un tel état de délabrement, qu'il était urgent d'y remédier , si on voulait en prévenir la chute. M. d'Alphonse, préfet du Gard, en fit comprendre la nécessité au gouvernement, et grâce à son amour pour les arts et à la persévérance de l'un de ses successeurs, M. de Villers du Terrage, ce précieux monument, dégagé jusqu'à sa base, et fortement consolidé, pourra, longtemps encore, fournir un exemple de ce que peut la puissance du génie !

Malheureusement on s'est un peu trop éloigné du but qu'on s'était d'abord proprosc dans les ré-

(^) Mémoire de l'Académie des Inscriptions, vol. 28, p, S85.

parations projetées ; on voulait seulement conserver, et l'on a créé. On aurait dû traiter ce colosse avec tous les égards dus à son antique origine ; il fallait guérir ses blessures et respecter ses cicatrices, dont chacune était une page de notre histoire ! Nous n'aurions pas , il est vrai , une galerie toute neuve, des pilastres à vives arêtes, des moulures ciselées avec soin, des chapes éblouissantes de blancheur pour garantir des constructions modernes, des murs qui dénaturent le monument (') ; mais en revanche, les tours des Yisigoths existeraient encore , l'on verrait des arceaux croulant en apparence , mais solides , des arêtes écornées par le temps ou les Vandales , des fragments de voûtes noircis ou couverts de mousse , et cette b,elie ruine n'aurait rien perdu de son caractère, de son éloquence et de sa poésie ! « Tous les hom- » mes, dit Chateaubriand, ont un secret attrait » pour les ruines ; elles promettent au cœur de ma- » jestueux souvenirs, et aux arts des composi- » tions touchantes... Ce sentiment tient à la fragi- » lité de notre nature, et à une conformité secrète » entre les monuments détruits et la rapidité de » notre existence ! »

Malgré toutes les attaques que les siècles, les Barbares et les restaurateurs ont dirigées contre ce monument, l'amphithéâtre de Nimes est encore le seul qui fournisse aujourd'hui tous les éléments que comporte l'étude de ces sortes d'édifices,

H) Vojfez la,page \1% à la note.

parce qu'on y retrouve des portions de toutes ses parties : la façade extérieure , les galeries du rezde-chaussée, les gradins de la première et dernière précinction, sont parfaitement conservés; la disposition des deux autres est aussi indiquée par quelques gradins encore à leur place , les vomitoires se retrouvent presque tous , les aqueducs d'écoulement sont intacts, cinq dalles de l'enceinte intérieure n'ont point été déplacées, les escaliers existent en partie ou par. les traces de leur arrachement; de sorte que la restauration générale de ce monument peut être opérée sans le moindre effort d'imagination de la part de l'architecte qui en serait chargé. Nous désirons toutefois qu'il n'en soit jamais ainsi. Nous engageons^, au contraire^ nos administrations locales à ne pas demeurer étrangères aux restaurations qui s'exécutent sur nos édifices antiques , à en faire constater préalablement l'importance, d'en prescrire la forme, afin que « quand une lézarde nécessite une reprise^ » on ne démonte pas tout un mur pour le refaire à » neuf, selon le bon plaisir de l'architecte; » qu'elles s'opposent, en un mot, à tous les travaux qui n'auront pas pour unique but la consolidation, et surtout un respect reHgieux pour le caractère du monument ! (').

(\) Le comité des arts et des monuments du ministère de l'intérieur est composé d'hommes très-capables, mais qui ont la prétention d'en savoir infiniment plus que tous les autres... Nul n'aura du talent que nos amis , disent-ils, et ils ont fait désigner par te ministre, des architectes des monuments his-

toriques leurs protégés. Mais ces protégés, tout savants qu'ils sont, ne sont pas insensibles aux bénéfices de la construction ; ils font des travaux tout autant pour restaurer leurs bourses que pour restaurer les édifices^ et quand un monument est malade, ils en exagèrent le mal pour dépenser davantage... On va même à présent jusqu'à persuader que l'édifice le plus solide est un édifice malade, comme les médecins du grand monde persuadent aux femmes les mieux ponantes qu'elles sont pâles et souffrantes, pour avoir le droit de leur faire des visites chèrement rétribuées. Je pose pour conclusion , et c'est mon delenda Cart/iago , qu'il doit être enjoint à l'architecte ministériel de respecter, avant toute chose, le caractère d'un monument. Restaurer n'est pas innover , n'est pas altérer Vensemble d'un édifice, n'est pas faire du sien !

(Extrait du Bull, monum., vol. xvi, p. 155).

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