D. 1). D. N. RHOD. ET. RAR. XL. D. D. D. N
Les quarante places indiquées par la seconde partie de l'inscription ont été données par décret
(i) Ces inscriptions ont été mal copiées par MM. Grangent ot Durand, p. 47.
des décurions de Nimes aux Nantis Rodaneis et Araricis, aux nautes du Hhône et de la Saône (^), corporation caractérisée de la même manière sur plusieurs autres inscriptions. Cette distinction ne doit point étonner, si, comme nous le supposons, le Rhône formait à l'est les limites des vingt-quatre rangs ou villes (^) dont se composait la petite republica Nemausensium qui avait notre ville pour sa métropole ; les nautes du Rhône et de la Saône pouvaient souvent être à même de rendre des services à la colonie. Quant à la première partie de l'inscription dont l'initiale N doit, selon toute probabilité, être également le sigle de nantis, on se demande quelles pouvaient être les deux rivières navigables auxquelles s'appliquaient les initiales ATR. ET. OVIDIS? Hoc opns hic labor est.
Un autre fragment de même nature que ceux que nous venons de transcrire, porte :
SEVERINAE
Mais les caractères sont moins beaux et paraissent appartenir à une époque de ^décadence.
A l'ouest de la loge des vestales, on distingue encore sur la face horizontale du premier gradin
H) Spon. Ant. de Lyon, p. 27. — Alph. de Boissieu, p. 596. (2) Strabon, Georg., liv. iv.
un fragment d'inscription usée où l'on peut lire CVNEVS OVALIS LO... L'usure de la pierre a enlevé la fin du mot LOCA et le nombre dont il était suivi.
Le mot CVNEVS ne peut être interprété de deux manières: il est ici parfaitement à sa place, c'est une des divisions de l'amphithéâtre; quant à l'expression OVALIS, on la traduit par : ce qui tient à l'ovation ou SiU petit triomphe. On ne peut cependant pas supposer que dans l'amphithéâtre deNimes, il y eût, dans la première précinction, tout un cuneus destiné à ceux auxquels le sénat décernait l'honneur du petit triomphe; ces exemples étaient trop rares, même à Rome, pour qu'il en fût ainsi.
Il faut supposer que notre inscription est relative à ceux qui avaient été vainqueurs dans les jeux de l'amphithéâtre, pour lesquels les cris de joie du peuple, les applaudissements étaient une espèce d'ovation (').
Ainsi, l'inscription de l'amphithéâtre de Nimes aurait été apphcable aux ovantes des jeux amphithéâtraux, c'esl-à-dire aux rudiaires, nom qu'on donnait aux gladiateurs renvoyés avec honneur après avoir donné des preuves multipliées de force et d'adresse djms les spectacles de l'amphithéâtre ; on leur remettait, pour marque de leur congé, une espèce de fleuret en bois appelé rudis, (Voix vient le nom de rudiarii donné à ces gladiateurs.
(-1) Quelques savants prétendent que ce mot a pour origine l'ancien cri de joie cvoï ou evan que les Giecs faisaient retentir dans les bacchanales. Les Romains employaient ces mêmes
Dans l'un des cunei, situé au nord-est de la précinction aristocratique, sur la surface horizontale du premier et du quatrième gradin, on voit deux inscriptions identiques parfaitement conservées, portant :
COEL
Et rien n'indique que ces quatre lettres aient été jamais précédées ou suivies d'aucune autre, la surface sur laquelle elles sont gravées n'étant nullement usée par le temps.
D'après ce que nous avons dit sur les prescriptions de la loi d'Auguste, ce cunem ne serait-il pas celui qui était destiné aux célibataires? cuneus cœlebum, car on écrivaitindifféremment c«c/e65 ou cœlehs.
Chacune des seize loges de la première précinctions avait des égoiïts placés à l'entrée des vomitoires, disposés tant pour les petits besoins que pour l'écoulement des^aux pluviale^
En parlant de la galerie du rez-de-chaussée, nous avons fait remarquer deux loges, Q, placées aux extrémités de la demi-ellipse septentrionale, dont l'entrée, au niveau de l'arène, n'était pas sans danger pour les personnes qui devaient les occuper. Cette disposition exceptionnelle nous fait penser
termes par lesquels ils applaudissaient au vainqueur, et pour en consacrer l'origine , ils le nommaient ovatio, et de même que les Grecs firent le mot enozein pour signifier applaudir, les Latins firent pareillement celui iVovari pouj- signifier la même chose. (Voy. le mot ovatiou dans V Encyclopédie.)
que ces deux loges étaient destinées aux combattants des partis opposés , placés les uns au couchant, les autres au levant de l'arène afin d'observer les lutteurs, de les exciter par leurs cris, d'étudier leurs forces et leurs faiblesses, et de se préparer ainsi au combat dont ils allaient bientôt devenir les principaux acteurs.
Une autre disposition particulière que nous avons également signalée en pariant de ces deux loges, c'est qu'il y avait, sous chacune d'elles, une pièce voûtée , ayant une entrée dans l'arceau du grand axe et une autre sur l'arène même. Cette disposition existait dans tous les amphithéâtres. L'une de ces portes, appelée libitinensis portai), porte libitine, ne s'ouvrait que pour recueillir le cadavre du malheureux athlète qui succombait sur l'arène, tandis que son heureux vainqueur se dirigeait triomphant vers la porte sanavivaire, sanavivaria p).
{\) Libitinensis porta , était, dit Lampridius , la porte de l'amphithéâtre par laquelle on soVtait les cadavres des gladiateurs,morts. Mazzochi, dans sa Description des Amphithéâtres, I. VI, parle aussi de ces deux portes.
(2) Il est également fait mention de ces deux entrées dans le martyre de sainte Perpétue et de sainte Félicité : « Et cœpi ire cum gloria adportam sanavivariam. » Et peu après : uAmbx pariter stetcrunt et populi duritia dévida revocatx su7it adportam sanavivariam. »
» Deux ministres des jeux, l'un habillé en Mercure , l'autre » en Pluton, viennent enlever les cadavres; le premier cherche » les morts; Pluton en prend possession. Mercure porte un » caducée en fer fortement chauffé dont il touche chaque corps » pour éprouver s'il est mort. Pluton le suit armé d'un maillet I) dont il frappait ceux qui étaient bien morts. Des esclaves
Ces deux portes ont été détruites dans l'amphithéâtre de Nimes ; mais les deux chambres auxquelles elles conduisaient existent encore sous le podium; c'est dans celle du couchant que le vainqueur venait se reposer de ses fatigues, et, par une coïncideucedigne de remarque, c'est dans ce même lieu que nos lutteurs modernes, sans se douter de la tradition, viennent attendre le moment d'entrer dans l'arène, et recevoir après le combat, les félicitations ou les condoléances de leurs amis.
Du côté opposé, la porte hbitine conduisait à la chambre du levant , appelée le spoliaire ('). Mais malheur au gladiateur pour qui elle allait s'ouvrir ! il devait succomber sous le glaive d'un adversaire plus adroit ou plus heureux que lui, et mourir avec la triste consolation d'entendre peutêtre, avant d'expirer , les derniers applaudissements accordés par la foule à la pose héroïque qu'il avait su prendre en rendant le dernier soupir.
La destination que nous assignons aux deux pièces voûtées placées sous les loges des lutteurs, motive tout ce que nous y avons observé. Les passages voûtés conduisaient aux portes fatales ; les issues
» publics venaient ensuite, avec de grands crocs, pour tirer ces » corps morts ou vivant encore et les traîner hors de l'am- » phithcâtre par la porte libUinairc. (ïertull., Apolug., lo, ad » Nat., 1. X, p. a\o.
(\) Spoliarhim, vaste réduit, sous les gradins de l'arène, où l'on achève de tueries mourants. (Sénèque. ep. 93. — De Provid., 3. — Lamprid., Gommod. -19.)
A Pompéi, des ossements humains ont été trouvés dans le spoliarhwi.
sur les grandes entrées permettaient de sortir et d'enlever les cadavres sans leur faire de nouveau traverser l'arène, occupée déjà par d'autres gladiar. teurs ; enfin , la nécessité d'éclairer cette pièce explique ce petit ciel-ouvert ménagé avec tant d'art par l'architecte, au seul endroit où il pouvait être placé sans nuire à la régularité de l'édifice.
11 est facile de concevoir l'inutilité d'un puits dans le lieu destiné seulement à renfermer des cadavres^ ce qui explique suffisamment la seule différence que nous avons remarquée dans la construction de ces deux chambres.
Enfin, leur sol, au niveau de l'arène^ devait nécessairement être submergé pendant les exercices nautiques dont nous parlerons bientôt ; cette circonstance avait motivé l'ouverture cintrée qu'on remarque sur l'un des murs; elle aboutissait à un grand aqueduc dont le sol, en contre-bas de 60 centimètres, était un moyen certain de mettre immédiatement à sec ces deux pièces, lorsque des jeux d'une nature différente devaient remplacer les naumachies.
Cette explication nous paraît naturelle et nous l'admettrons jusqu'à ce qu'une opinion plus probable, renversant notre système, l'entraîne à son tour vers la porte libitine.
Les grandes dalles qui entouraient l'arène s'élevaient à M centimètres au-dessus du marchepied du podium , afin de servir de garde-fou au gradin le plus bas de cette précinction. La hauteur 'de ces dalles, en y comprenant la corniche dont
elles étaient couronnées, était de 2'",70. Cette élévation n'aurait probablement pas été suffisante pour mettre les spectateurs assis au podium kYo-bri des atteintes d'un tigre ou d'un lion ; mais l'architecte avait paré à cet inconvénient en ajoutant à la hauteur des dalles une grille [relia] hérissée de pointes se recourbant en dedans, et portant de distance en distance des cylindres tournant sur un axe (M, afin de rejeter en arrière l'animal qui chercherait à s'y cramponner, ce qui servait d'amusement aux spectateurs.
L'existence de cette grille dans l'amphithéâtre de Nimes est parfaitement démontrée par les restes de scellement que porte le couronnement de l'enceinte, et surtout, comme on va le voir^ par l'entière conservation de l'une des dalles angulaires où les quatre extrémités de cette grille devaient nécessairement être fixées d'une manière plus particuhère.
Chaque précinction comprenait la circonférence entière de l'amphithéâtre , sauf la première , qui se trouvait divisée , dans le sens du grand axe^ en deux parties égales, l'une au jord, l'autre au midi, séparées par les grandes entrées de l'est et de
{i) Nec 7ion, finis arenx
Proxima marmoreo peragit spectacula muro. Sternitur adjunctis ebur admirabUe truncis Et coit in rutulum, tereti qua lubricus axe hnposifus subita vertiginc fallerct lingues Excuteret que feras.
(T. Calpurnius, cgi. vu.)
l'ouest, qu'on avait dû laisser aussi spacieuse que possible pour faciliter le mouvement de diverses macîiines que nécessitait l'exécution des jeux^ et qui, sans cette disposition, auraient été trop basses et peut-être aussi trop obscures.
La grille placée sur le garde-fou du podium devait, d'après cela, être aussi divisée en deux parties, dont les extrémités venaient s'appuyer contre les dalles angulaires qui formaient les pieds-droits des deux grandes entrées. Ces pieds-droits avaient été disposés de manière à offrir le plus de résistance possible ; c'est dans ce but que la corniche de couronnement qui, sur toute la circonférence, formait une assise séparée, se trouvait ici non-seulement taillée dans la dalle même , mais de plus surmontée d'une hauteur de pierre de 40 centimètres, afin que la grille de défense pût, sur ces quatre points extrêmes , être sohdement scellée par sa partie supérieure.
Tout ce système se trouve démontré par l'un de ces pieds-droits encore à sa place à l'angle nordest de l'une des entrées principales. 11 est donc bien évident que les combats de taureaux et de gladiateurs n'étaient pas , comme on l'a dit , les seids qui s'exécutaient dans l'amphithéâtre de Nimes, et que ceux de bêtes féroces faisaient aussi partie des amusements de nos ancêtres (').
(I) On ne doit pas croire, dit Mongez, que ces spectacles ne fussent destinés que pour la lie du peuple ; les ordres les plus distingués de l'empire assistaient à ces cruels amusements, les vestales elles-mêmes ne manquaient pas de -s'y trouver ; elles
Une barrière de plus de trois mètres d'élévation n'avait pas même paru suffisante pour mettre les places de distinction tout à fait hors d'atteinte; un canal elliptique, M, large del'",07etd'une profondeur de l'^j-do avait été établi dans l'intérieur de l'arène à 2'",42 de son pourtour. Ce canal, auquel les anciens donnaient le nom d'eiiripus, restait découvert lorsqu'on donnait des combats de bêtes féroces, et tenait l'animal à 3'",50 du podium. Cette distance, jointe à la hauteur de la barrière , mettait l'aristocratie romaine à l'abri de toui danger. Si l'animal, au contraire, ne cherchait à s'élancer sur les spectateurs qu'après avoir franchi l'euripe, son élan se trouvait paralysé par la petite distance où il était du mur d'enceinte, et alors la grille avec ses dards recourbés en dedans, devenait pour lui un obstacle infranchissable.
y étaient placées avec distinction aux premiers gradins de l'amphithéâtre. Il est bon de lire le tableau poétique quefaitPrudence de cette pudeur qui, colorant leur front, se plaisait dans le mouvement de l'arène; de ces regards sacrés, avides de blessures ; de ces ornements si respectables que Ion revêtait pour jouir de la mort cruelle des hommes ; de ces âmes tendres qui s'évanouissaient aux coups les plus sanglants, et se léveillaient toutes les fois que le couteau se plongeait dans la gorge d'un malheureux : enfin de la compassion de ces vierges timides qui, par un signe fatal décidaient des restes de la vie des gladiateurs. (Encycl. Meth.. art. Gladiateur.)
Pecfus que Jacentis
Virgo modesta juhet converso j^ollice rumpi Ne latcat pars ulla animœ vitalibiis imis Aldus iyupresso dùm palpitât ense secutor.
(Juvenal.)
Le quatrième gradin de cette précinction semble avoir aujourd'hui , dans sa largeur, 22 centimètres de plus que les autres ; mais il faut remarquer que le derrière de ce gradin porte une entaille de cette dimension , destinée à recevoir des dalles qui formaient une barrière entre le podium et la précinction suivante.
Par une mesure de bonne police, chaque place était marquée, sur les faces des gradins , par des coches tracées à 40 centimètres de distance les unes des autres ; dans l'intérêt des spectateurs, elles avaient été combinées de telle sorte, que la coche d'un gradin quelconque correspondait toujours au milieu de deux coches tracées sur le gradin placé immédiatement au-dessous de lui.
En calculant sur M) centimètres la place occupée par chaque spectateur, le podium Jou la première précinction pouvait en contenir 1,568.
Seconde précinction.
Cette précinction, destinée à l'ordre équestre, se composait de dix rangs de gradins ; on y arrivait ^ comme nous l'avons déjà remarqué , par quarante-quatre vomitoires, dont seize avaient leur entrée dans la galerie consulaire, D, et conduisaient aux gradins inférieurs, tandis que, par les vingt-huit autres, on communiquait de la galerie d'entre-sol. A, à la partie supérieure de la précinction. Pour rendre les places intermédiaires d'un accès plus facile, on avait entaillé, vis-à-vis chaque vomitoire , les gradins inférieurs , de manière à
former deux marches de chacun d'eux. Ces petits escahers , d'un mètre de largeur, auxquels les Romains donnaient le nom (yitinerœ , étaient tracés dans le sens des divisions transversales de l'eUipse; il résultait de là, que l'espace ou l'agglomération des gradins comprise entre âenxitinerœ voisins sur la même précinction , avait la forme d'un coin, ce qui lui avait fait donner le nom de cuneus à ces espèces de trapézoïdes. Nous ferons remarquer à ce sujet, que les préceptes de Yitruve n'avaient point été suivis dans la combinaison des cimei de l'amphithéâtre de Nimes. Cet architecte veut que leur disposition soit telle, qu'ils alternent le^ uns sur les autres dans les diverses précinctions, tandis qu'à Nimes, ainsi que dans les deux théâtres de Pompéï, les itinerœ de chaque précinction sont tracés sur un même rayon, de sorte que dans chacune d'elles les cunei se correspondent.
Cette régularité dans l'amphithéâtre de Nimes est pourtant interrompue sur le petit axe par deux vomitoires isolés qui ne sont dans la direction d'aucun autre , et semblent spécialement destinés à conduire de la galerie consulaire , D , à deux cunei de distinction placés à la seconde précinction, immédiatement derrière la loge de la première.
La destination de l'un de ces cunei est indiquée par un antiquaire romain : Poco a dietro del 'sugeslo siavano le catedre tribunizie corne residenza degli pretori ed editori, vestiti colC hahilo auterevole délie pretesta , quali reggevano ginstizia ,
o davano gli ordini opportiini per quelle fest (^).
On voit, par ce que nous venons de dire, que les deux premières précinctions , destinées à la noblesse romaine, se composaient de quatorze rangs de gradins; qu'ainsi, la disposition de l'amphithéâtre de Nimes justifiait cette locution sedet in quatuor decim^ dont on se servait à Rome pour désigner un citoyen de distinction.
Le nombre de places de la seconde précinction était de 5,545.
Troisième précinction»
Destinée à la classe moyenne des citoyens romains , populus romanus , cette précinction était séparée de la précédente par un marchepied de 91 centimètres d'élévation, couronnée d'une petite plinthe ; elle se composait également de dix rangs de gradins auxquels on arrivait , comme nous l'avons dit, par trente-deux vomitoires ayant tous leur entrée dans la galerie du premier étage , H. On Se rappelle que seize de ces vomitoires conduisaient à la partie basse de la précinction , et les seize autres aux gradins les plus élevés. Nous avons fait remarquer que ces derniers avaient , dans l'épaisseur de leurs murs latéraux, deux petits réduits dont la disposition nous a paru devoir être appropriée à l'usage particulier des dames romaines, ce qui semblerait indiquer que la partie
{\) Description de l'amphithéâtre Flavius , par Fontana.
supérieure de cette précinction leur aurait été destinée. Dans cette hypothèse^ il y aurait eu un gradin plus élevé ou une balustrade pour indiquer cette division partielle ; il est impossible aujourd'hui de s'assurer s'il en était ainsi , parce qu'il n'existe que quelques portions des gradins les plus élevés de la troisième précinction. Nous devons dire cependant que cette opinion est d'autant plus probable, que l'amphithéâtre de Nimes n'était pas couronné de cet élégant portique à colonne appelé cathedra, exclusivement destiné, selon Vitruve , à cette belle partie de la population.
Le nombre de places de cette précinction était de 6,895.
<|uatrième précinction.
Cette dernière précinction , composée des dix gradins les plus élevés de l'amphithéâtre, était réservée au menu peuple, plehs; elle était séparée delà précédente par un marchepied de 90 centimètres de hauteur; on y arrivait, avons-nous dit, par trente vomitoires ouverts sur la galerie supérieure , R. Le dernier gradin venait s'appuyer contre le mur de la façade s'élevant à [""j^O audessus de lui, pour former l'attique qui couronnait le monument. Sur la façade verticale de ce couronnement, on retrouve des coches semblables à celles qu'on voit sur les gradins pour marquer la division des places, ce qui prouve que derrière les personnes assises, il y avait encore sur le dernier siège des spectateurs debout.
Pour faciliter la circulation, le cinquième gradin sur lequel débouchaient tous les vomitoires, était un peu plus large que les autres et en même temps aussi plus élevé. Il résultait de là que ce gradin subdivisait la précinction plebeia eu deux parties : la plus basse , composée de quatre gradins , était destinée aux classes inférieures , aux ouvriers, aux prolétaires , tandis que les gradins supérieurs étaient réservés aux esclaves et aux personnes pullates , c'est-à-dire celles qui étaient vêtues de couleur brune, par suite du décès récent de quelques-uns de leurs parents, et qui ne pouvaient se mêler avec les autres , à cause de cette superstition qui existait chez les Romains, qu'on était soudlé par le contact de ces individus (M.
A Ni mes, la précinction plebeia existe entière. On y remarque que l'épaisseur des gradins devant chaque vomitoire n'est point taillée en deux marches pour former un petit escalier, comme dans les autres précinctions, de sorte que la division en cunei ne s'y trouve indiquée que par les vomitoires.
Nous avons remarqué, dans les deux parties de cette précinction situées aux extrémités du petit axe, qu'il y avait, sur la surface horizontale des gradins, des entailles carrées de dix centimètres de profondeur symétriquement placées dans les deux cunei du nord et du midi; ces entailles semblent
(^) On comprend, d'après cela , l'expression de Sénèq^ue : Verba ad surmnam caveam spcctantia ; signifie le langage dont se sert la lie du peuple, vilia et ad (justum inflmx 'plebis,
avoir été disposées pour fixer des pieux destinés à soutenir quelque échafaudage et former ainsi deux loges distinctes ayant une destination spéciale, peut-être pour y placer les musiciens (').
Voilà donc trois précinctions, la première, la seconde et la quatrième , dans lesquelles on remarque sur le petit axe des places particulières ; il est probable, d'après cela, qu'il en était de même à la troisième précinction où cette partie n'existe plus. Certain blason sculpté sur le linteau du vomitoire , qui conduisait au cuneus du côté du midi , a fait supposer qu'il était destiné aux courtisanes.
Les places de cette précinction étaient au nombre de 8,182.
Si l'on ajoute à la récapitulation générale des personnes que contenait chaque précinction , les places qu'on pouvait occuper sur l'attique, sur les haltei y et au besoin dans les vomitoires, on trouvera que plus de vingt-quatre mille spectateurs pouvaient se placer dans l'amphithéâtre de Nimes.
Il résulte , des détails que nous venons de donner, que chaque précinction avait sa galerie particulière , non -seulement pour facihter la disposition des vomitoires qu'elle distribuait , mais aussi pour servir à mettre, instantanément et sans confusion, chaque classe de spectateurs à
(^) Peut-être aussi pour la police. — D'après Ulpian, le préfet plaçait des gardes dans les diverses parties de l'amphithéâtre afin de maintenir la tranquillité.
l'abri d'un orage qui yeiiait interrompre momentanément les jeux.
De ce que, dans l'amphithéâtre de Nimes, la disposition des gradins se trouve en harmonie avec les prescriptions de la loi d'Auguste sur les préséances dans les jeux publics , il ne faudrait pas conclure qu'elle en était la conséquence , et que tous les monuments de ce genre étaient disposés de la même manière.
Les amphithéâtres, nous l'avons dit, étaient tous différents les uns des autres; celui de Nimes était le seul qui offrît, dans la division de ses gradins, une certaine analogie avec la distinction des classes dans la société romaine, analogie remarquable surtout par les deux premières précinctions qui formaient précisément les quatuordecim destinés à l'aristocratie.
Que cette disposition, toute particulière à l'amphithéâtre de Nimes, ait été un simple effet du hasard ou une fantaisie de l'architecte , ce n'est qu'une exception: elle ne peut donc servir à confirmer l'opinion émise par certains auteurs modernes que la disposition architectonique des monuments destinés aux jeux publics chez les Romains, avait été commandée par la nécessité de la faire concorder avec la division légale des citoyens. Ce fait ne repose sur aucune donnée historique.
La division des amphithéâtres en un certain nombre de précinction était une disposition architecturale commandée par la nécessité d'établir des
vomitoires à divers étages pour atteindre avec facilité les gradins du bas, du milieu et du sommet de l'édifice; ainsi, deux ou trois étages suffirent aux premiers théâtres auxquels on donnait peu d'élévation , mais on aurait tort de supposer que le Colisée , ce monument ad ciijus summitalem œgre visîo hiimana conscendit{^), n'eiit que trois précinctions, lorsqu'on en trouve quatre dans les amphithéâtres de Nimes et de Pompéï, moitié moins élevés que le Colisée.
On sait seulement, par les historiens de l'antiquité^ que ces monuments étaient divisés sur leur hauteur en trois parties : infima , média et suprema cavea. Que les sénateurs prenaient place dans la première, et que les quatorze gradins qui suivaient étaient destinés à l'ordre équestre. On s'est alors demandé quelle était la véritable situation des ç^m^Morrfec^m.^ Etaient-ils compris dans la première précinction? Faisaient-ils partie de la seconde? C'est là un problème que les modernes ont résolu de diverses manières.
Juste Lipse prétend que les sénateurs étaient en si petit nombre, eu égard à la population, que rima cavea ne pouvait être entièrement occupée par le sénat, et que cette précinction devait aussi comprendre les quafuordecim destinés aux chevaliers d'après la loi îloscia. Cette opinion paraît d'autant plus vraisemblable que, si, en effet, comme le prétend l'antiquaire Nibby, rima cavea du Colisée
(^) Ammun Marcellin.
se composait de vingt-quatre gradins ; ce nombre de siège aurait été beaucoup trop considérable pour les seuls membres du pénat , tandis qu'en admettant que les quatorze gradins équestres fussent compris dans ce nombre, il n'en restait plus que dix pour les sénateurs , ce qui était encore plus que suffisant.
Mazzochi veut , au contraire , que les qualuordecim fussent situés à la partie inférieure de la média cavea, se fondant, à cet égard, sur divers passages d'anciens auteurs dans lesquels deux divisions sont seulement mentionnées, celles du sénat et du peuple : Senatus populusque romanus{*) d'où il suit, dit-il, qu'il n'y avait de distixtion que pour le sénat, et que les chevaliers étaient compris avec le peuple dans la ntedia et suprema cavea. Ces arguments nous semblent captieux; les auteurs anciens disent bien , il est vrai, que le sénat pre-
(^) Squales illic habitas similemque videbjii
Orc/iestram et populum
(Jiivén., sat, m, 177.)
Hune plausus hiantem
Percuncos (geinmatitr enim) Plebisque Patruumque corripuit. (Virg. Géorg. ii, o08.) Omnis habet sua dona dies nec line,v dives. Cessât et in populum multa rapina eadit. (Martial, 1. viii, ep. 78.) Germanum lefjatiin orchestra sedere permisit^ simplicitate eorum , et fiducia motus , quod m popularia deducti , cùm animadvertissent Parthos, et Armenios, sedentes in senatu ad eadem loca , sponte transierunt , nihilo deteriorem virtutem aut conditionem suam i')ra;dicantes.
(Suét. in Glaud. , cap. xxvii.)
nait place à Vima cavea, mais il n'est dit nulle part que cette précinction fût entièrement occupée par les sénateurs. D'après la loi Roscia , les quatorze gradins qui suivaient les rangs réservés aux praticiens, étaient destinés à l'ordre équestre; c'est là tOiJt ce que nous apprennent les textes anciens relativement aux places occupées, dans les spectacles par ces deux classes importantes de la société romaine. Pourquoi vouloir aujourd'hui établir un rapprochement dont l'histoire ne fait aucune mention entre la disposition architectonique de ces m.onuments et la division légale établie parmi les citoyens? L'une était du ressort de l'architecte chargé d'exécuter l'édifice, l'autre était réglée parla loi, à l'exécution de laquelle veillaient les desigîiatores établis dans ce seul but.
Quelques exemples suffiront pour démontrer qu'il n'y avait, en effets rien de commun entre la division matérielle des amphithéâtres etla division selon la loi, des différentes classes de la société romaine.
On vient de voir que les vingt-quatre gradins dont se composait Vima ccwea du Colisée comprenaient non-seulement les places réservées aux sénateurs, mais de plus les quuiuordecim destinés à l'ordre équestre; ces deux classes n'étaient donc pas séparées par une division matérielle de l'édifice mais distinguées entre elles par leurs costumes officiels (') , et par le plus ou moins d'éloigne-
{\) Dion., 1. IX, p. 669 e, dit : « Que les sénateurs en habit ordinaire pouvaient se placer hors de Vorchesfra où bon leur
tnent de l'arène. On ne doit pas supposer que les dix rangs de gradins dont se composait la seconde précinction de l'amphithéâtre de Nimes , sur lesquels o,o45 personnes pouvaient se placer, on ne doit pas supposer, disons-nous, que dans une ville de province il y eût un aussi grand nombre de chevaliers; surtout lorsque nous apprenons par une double inscription ('). gravée sur les gradins du théâtre antique d'Orange, que dans ce monument il n'y avait de réservé à l'ordre équestre que les trois gradins les plus bas de l'hémicycle; il est probable qu'à Nimes, les magistrats , les tribuns militaires et les personnes de distinction prenaient place dans les mêmes rangs (^).
De tout cela , il nous semble résulter qu'on doit s'en rapporter entièrement et sans commentaires
semblait. Ne ré?ulte-t-iipas de. là qu'il y avait obligation pour eux de paraître à leur place en costiiinc olTiciel, c'est-à-dire avec les insignes de leur ordre? C'est ainsi que le sénat se distinguait de l'ordre équestre, et celui-ci du peuple. Les sénateurs avec leur laticlave , leur chaussure particulière lacée jusqu'à mi-jambe et la lumila que les patricien'^ seuls portaient à leurs souliers. De môme, les chevaliers se distinguaient du peuple par leur anneau et leur augusticlave.
La faculté qu'avaient les sénateurs et les chevaliers de se placer sur toute autre précinction que celle qui leur était réservée, est indiquée par ce passage de Pline : Narrahat (Tacitus) sedesse secwn circcnsibns proxhnum cquite?n Romanum. fPlin., ep. IX, 25.)
(1) Cette double inscription, gravée sur la face perpendiculaire du premier gradin, porte : EQ. G. Il, Equcstri gradus très.
(2) Aut eques aut nivei loca complevere iribuni. (Calpurnius.) Tribuni, non intelligit illos notos plebis scd militares. (Lipse.)
à ce que disent les anciens auteurs : que le sénat de Rome ou les corps qui le représentaient dans les provinces, c'est-à-dire les décurions, les décemvirs, tribuns, legati, etc., etc., occupaient dans ïima cavea un nombre quelconque des gradins inférieurs; que les chevaliers, les tribuns militaires, les augustales, etc., prenaient place sur les gradins qui suivaient immédiatement^ sans qu'il y eut, à cet égard, un nombre de gradins autrement déterminé que par celui que comportait la population où se trouvai le monument.
M. Grangent, ingénieur en chef du département du Gard et conservateur des monuments antiques, fut chargé, en 1819, de faire exécuter à l'amphithéâtre de Nimes des restaurations considérables ; les travaux qu'elles provoquèrent furent pour lui une source féconde d'études relatives à l'écoulement des eaux dans un mo<iument de cette importance.
Nous ne saurions mieux faire, pour compléter notre description et satisfaire su^ ce point les amis de la science, que de copier littéralement les détails publiés par M. Grangent (M, sur le mécanisme et l'ingénieuse combinaison de l'architecte romain dans l'exécution de son œuvre.
« Cinquante-six égouts , engagés dans i'épais-
(-1) Description des Monuments antiques du midi de la France,
seur des murs qui portaient les grands escaliers du rez-de-chaussée, servaient à l'écoulement des eaux pluviales et aux besoins des spectateurs placés dans la troisième et la quatrième précinction. Leur ouverture supérieure était établie dans les paliers d'entre -sol placés au-dessus de la galerie du premier étage, i.a moitié des ouvertures de ces égouts était placée vis-à-vis les escaliers qui montaient dans la galerie du second étage (au point 18, fig. o, pi. 1), et l'autre moitié était enfermée dans les petits réduits hors de la vue des passants (au point 22, fig. 5, pi. 1). Nous présumons que les premiers devaient servir pour les hommes^ et les seconds pour les femmes.
» Ces égoiits étaient formés par un tuyau cylindrique de 55 centimètres de diamètre, creusé dans le milieu de grosses pierres de taille de 60 centimètres de hauteur, dont les assises étaient posées alternativement, carreaux et boutisses, pour les mieux lier avec les maçonneries contigûes. Presque toutes le boutisses formaient l'épaisseur des murs dans lesquels les égouts sont engagés. On retrouve, dans leur construction^ le soin que l'architecte a appcffté dans l'exécution de toutes les parties de l'amphithéâtre. Le lit supérieur de chaque pierre, sur 16 centimètres de largeur circulaire autour de l'ouverture, est taillé en cône renversé ainsi que le lit inférieur. Le reste du ht de la pierre est de niveau, en sorte que toutes ces assises s'engageaient les unes dans les autres pour former un joint ascendant de 4 centimètres de hauteur ,
qui empêchait toute filtration des eaux dans le corps des maçonneries.
» Outre l'ouverture supérieure de ces cinquantesix égouts dans les paliers au-dessus de la galerie du premier étage , il y en avait encore un pareil nombre dans les passages qui établissent la communication des deux galeries du rez-de-chaussée (au point 18, planche 1, fig. 1). Ces ouvertures existent à 54 centimètres au-dessus du sol; elles pouvaient encore servir à nettoyer l'issue de la gargouille qui versait les eaux dans les aqueducs dont nous allons parler.
» Ces égouts avaient leur écoulement par une gouttière en pierres de taille dans un puits de 70centimètres de diamètre, placé sous les escaliers, 5, et dans le massif qui leur servait d'établissement- (pi. 1, fig. 1). La base de ces puits correspondait! à un petit aqueduc de 55 centimètres de large sur 45 centimètres de hauteur, ayant une forte pente et dont les parements sont construits avec le plus grand soin en moellons smillés. La base et la couverture sont formées par des dalles en pierres de taille. Cet aqueduc arrivait diagonalement jusqu'au miheu du dessous des escaliers , où il se réunissait avec l'aquéduc d'écoulement de l'égout correspondant. A ce point, les deux aqueducs versaient dans un seul de 45 centimètres de largeur sur 55 de hailteur , dont la sortie était pratiquée sous le pavé de la galerie extérieure , au milieu des arceaux', 5^ où se trouvaient les grands escahers du rez-de-chaussée, et à 90 centimètres au-dessous.
du sol de cette galerie. Cette issue était formée par une dalle adossée seulement contre la couverture de l'aquéduc, et qui laissait, par conséquent/, sur les deux côtés, un vide suffisant pour le passage des eaux. La galerie extérieure du rez-dechaussée , sous laquelle les égouts se vidaient et tous les passages de communication des deux galeries, étaient uniquement remblayés en gros éclats de pierres de taille , depuis le niveau de l'établissement général des fondations jusqu'à 16 centimètres au-dessous des socles. Cette dernière haute^ir était occupée par un glacis de ciment servant de pavé aux deux galeries et à tous les passaî^es. Les eaux s'infiltraient facilement dans un remblais de ce genre, qui offrait nécessairement beaucoup de vide , et elles ne pouvaient donner aucune humidité ni odeur dans les galeries, à raison de l'interposition de la forte couche de ciment dont ces remblais étaient recouverts. Cette manière de faire perdre les eaux et les urines par in" filtration, nous donne la certitude que les égouts ne devaient servir qu'à l'usage que nous avons indiqué, avec d'autant plus de raison , que leurs entrées, encore conservées dans les vomiloires de la première et de la seconde précinction, n'ont que o centimètres de diamètre.
» Soixante -quatre nouveaux égouts existaient dans les passages des vomitoires de la première et de la seconde précinction, qui correspondent à la galerie intérieure du rez-de-chaussée. Un égout est placé de chaque côté des renfoncements de
ces passages ; ils étaient formés par un trou de 5 centimètres de diamètre, ouvert au milieu d'une pierre de taille légèrement creusée. Ce trou correspondait sur la voûte de l'aquéduc circulaire , T, qui suivait le contour du monument, et qui recevait les eaux pluviales pour les porter en dehors, comme nous le ferons connaître plus bas, en parlant de cet aqueduc.
» Un pareil nombre d'égouts se trouvait dans les renfoncements des escaliers qui montaient de la galerie d'entre-sol à celle du premier étage. Nous n'avons trouvé l'ouverture d'aucun de ces derniers, parce que les marches antiques de la première révolution de ces escalier?^, avant le palier incliné, ne se retrouvent nulle part; mais l'existence des gouttières en pierres de taille , placées sous ces mêmes escaliers, et de chaque côté, nous donne la certitude de l'établissement de ces égouts. Ces gargouilles, interposées les unes sur les autres, suivent les côtés des murs des escaliers, traversent ensuite ces murs derrière les jambages en pierres de taille des arceaux de la galerie d'entre-sol, retournent sous les paliers et les escahers du rezde-chaussée, et vont se perdre dans le puits des grands égouts dont nous avons déjà parlé. Quelques gargouilles, au lieu de suivre cette direction, vont directement se perdre sous le pavé de la galerie d'entre-sol.
» L'écoulement des eaux pluviales, dans un aussi vaste monument, devait avoir été l'objet des méditations de l'architecte. Sa prévoyance n'a point
été en défaut, et toutes les parties de notre amphithéâtre ont été coordonnées de manière à obtenir les résultats les plus complets^ en employant toujours des moyens aussi simples qu'ingénieux.
» La surface de l'arène était bombée dans le milieu, avec une pente légère et uniforme vers les murs du podium. Cette forme bombée de l'arène avait le double avantage de diviser d'abord les eaux pluviales , en empêchant les dégradations qu'un écoulement spontané sur le milieu n'aurait pas manqué d'occasionner, et ensuite de placer le spectacle sur un plan qui, par sa forme, le rapprochait davantage des spectateurs. La convexité de l'arène est prouvée par l'existence du terrain vierge dans le milieu du cirque, au-dessus du niveau du socle du podium.
» Cette disposition nécessitait un aqueduc circulaire, M ( euripej , établi non loin du mur du podium , pour recevoir et conduire hors du monument toutes les eaux de l'arène. Cet aqueduc a 1"',07 de largeur sur 1",45 de profondeur, audessous des dalles qui en forment le recouvrement. Les murs sont parementés en moellons smillés. Cet aqueduc, comme tous ceux dont nous allons parler, était rempli de limon et de terre jusqu'au couronnement. Ils ont été soigneusement déblayés et recouverts en voûtes dans toutes les parties rompues.
» L'arène étant bombée sur le milieu, toutes les eaux pluviales étaient rejetées vers le podium. On avait eu soin d'ouvrir de petites rigoles , très-
rapprochées, depuis la base du podium jusqu'à l'aquéduc, où elles vidaient toutes les eaux par des rainures ouvertes dans l'assise des pierres de taille qui portaient les dalles du couronnement. Ces rainures, larges de 20 centimètres sur une profondeur de 6 centimètres , laissaient au-dessus dq la dalle du couronnement, un vide suffisant pour le prompt écoulement des eaux pluviales de l'arène. Cet aqueduc était recouvert en dalles de 20 centimètres d'épaisseur ; elles reposaient sur une assise de pierres de taille de 16 centimètres de hauteur, formant unelégère saillie sur le parement intérieur. La partie supérieure est étabhe à 4 centimètres au-dessous de la base du podium. Par cette disposition , le sable qui recouvrait toute la surface de l'arène, recouvrait en même temps les dalles de la couverture de l'aquéduc sur une épaisseur suffisante pour empêcher les gladiateurs de se blesser en tombant. Les dalles de recouvrement portent de 20 centimètres de chaque côté sur l'assise de pierres de taille du couronnement des murs ; elles y sont, en outre , engagées par une entaille de 2 centimètres de profondeur. La pente de la base de l'aquéduc est dirigée de chaque côté , du nord au sud , vers le grand aqueduc de sortie , h.
» Les murs de cet aqueduc ont une épaisseur de 41 centimètres. La partie extérieure est adossée contre le poudingue dans lequel Faquéduc est entièrement engagé. Le mur du côté du podium est ouvert vis-à-vis les deux portes de l'est et de l'ouest,
pour recevoir les eaux d'un second aqueduc intérieur dont nous allons parler.
» On voit, par ce que nous venons dédire, que toutes les eaux de l'arène étaient promptement écoulées dans Taquéduc intérieur. Il reste à présent à faire connaître le cours de celles qui tombaient sur les gradins , dans les vomitoires et dans les galerieSj par l'ouverture des grands portiques extérieurs. Cet examen nous fournira une nouvelle preuve des soins et des talents de l'architecte.
» Nous avons dit que tous les gradins avaient une légère inclinaison d'un centimètre sur le devant. Cette disposition facilite l'écoulement des eaux du gradin supérieur à l'inférieur , et ainsi de suite des uos^ aux autres. Mais la première précinction était défendue sur le devant par un parapet qui s'élevait à M centimètres au-dessus du marchepied. Dès-lors les eaux pluviales qui tombaient sur les quatre rangs de gradins et le marchepied de cette première précinction, arrêtées par le parapet , ne pouvaient s'écouler dans l'arène. Les Romains auraient bien pu percer ce parapet au niveau du marchepied et se débarrasser ainsi, dans le cirque, deseauxde cette précinction: mais, peut-être cette disposition aurait-elle nui à l'effet que devait produire à l'œil le magnifique parement du podium; peut-être aussi était-il peu convenable de gâter par des gouttières ce beau revêtement si nécessaire à l'harmonie de tout l'édifice. Un meilleur moyen s'est offert à l'architecte.
» Pour se débarrasser des eaux de la première précinction, il a pratiqué des égouts à la base du premier gradin et au niveau du marchepied auquel il a donné , à cet effet, une légère j3ente vers le gradin. Ces égouts circulaires, taillés en cône sur dix centimètres de diamètre, servaient de passage aux eaux des quatre premiers rangs de gradins , et les portaient derrière le mur du podium , par une petite conduite ouverte dans la pierre de taille du marchepied; elles étaient reçues, au pied de ce mur, dans un petit aqueduc de 59 centimètres de largeur, qui, traversant le dessous de la première précinction et la fondation du mur d'appui de la seconde , arrive dans un grand aqueduc circulaire, T, dont nous parlerons bientôt. Douze égouts suffisaient à l'écoulement des eaux de la première précinction , qui n'était composée que de quatre rangs de gradins.
» La seconde étant protégée comme la première par un mur d'appui qui lui servait de parapet,^ l'architecte a dû employer, pour l'écoulement des eaux, les mêmes moyens que nous venons de faire connaître ; mais cette seconde précinction recevait toutes les eaux des gradins, depuis le couronnement de l'attique (puisqu'il n'y 'avait plus d'obstacle à leur écoulement) jusqu'au parapet. Aussi trouvons-nous vingt-quatre égouts au niveau du marchepied de cette précinction , qui portaient les eaux derrière le mur du second podium et dans le milieu de la voûte rampante qui couvrait la chambre dans laquelle passe le grand aqueduc
circulaire, T. Celui-ci les portait hors -du monument avec celles de la première précinction. On voit encore au sommet de ces voûtes rampantes , et contre le mur du second podium , une grosse pierre de taille percée d'un trou de 10 centimètres de diamètre , qui correspondait à l'égout dont nous venons de parler. Ce sont les mêmes trous qui , découverts par Ménard , lui ont faussement fait présumer qu'ils recevaient des poteaux destinés à porter la tente qui recouvrait l'amphithéâtre. La position presque horizontale de ces trous et leur ouverture en cône , auraient dû le garantir d'une opinion que ce savant historien n'a pas assez approfondie.
Nous venons de faire connaître la route que l'architecte avait tracée aux eaux qui tombaient sur l'arène et sur les gradins de l'amphithéâtre , et comment elles étaient conduites dans les deux aqueducs circulaires de l'arène et de l'intérieur. Ce dernier , T , qui suivait le contour du monument^ a une largeur de 75 centimètres; sa base est déterminée au niveau de l'établissement des fondations; il est formé par deux murs revêtus en moellons smillés, ayant deux mètres de hauteur. Cet aqueduc, ouvert dans la traversée des chambres, 19, qui reçoivent les eaux des égouts de la première et de la seconde précinction, est voûté seulement dans l'épaisseur de chaque mur, ainsi que sous les issues des vomitoires de la première et de la seconde précinction , correspondant à la galerie intérieure du rez-de-chaussée et sous le pas-
sage des portes du nord et du sud; il communiquait et versait dans l'aquéduc de l'arène, sous les deux grands passages des portes de l'est et de l'ouest, par deux ouvertures carrées de 75 centimètres de largeur sur 50 de hauteur.
3> La partie de l'aquéduc, établie sous les grands passages de l'est et de l'ouest, était recouverte en grandes dalles qui reposaient sur un contre-mur établi de chaque côté de ces passages(').
» Cet aqueduc intérieur, T, recevait encore toutes les eaux qui tombaient dans les ouvertures des trente-deux vomitoires de la première et de la seconde précinction , dont les entrées correspondaient à la galerie intérieure, D, du rez-de-chaussée. Ces eaux, qui, pendant les orages, pouvaient être très-abondantes, étaient arrêtées sur le palier du passage de chaque vomitoire, par une marche dont le giron était creusé de 2 centimètres de profondeur. Un trou de 5 centimètres, ouvert à chaque extrémité de cette marche, dans le renfoncement des vomitoires, servait depissoir, ainsi que nous l'avons déjà dit , et absorbait, en outre, les eaux pluviales, en les rejetant dans l'aquéduc qui
(^) Ici M. Grangent se trompe ; cet aqueduc ne passait pas sous les grandes entrées, mais il débouchait sur leur pavé que cet architecte ne connaissait point alors, puisqu'il n'a été découvert par nous qu'en ^844. On remarquera que de ces quatre ouvertures, il n'y avait que celles de la demi -ellipse septentrionale qui pussent servir d'écoulement à l'aquéduc, T; celle de l'ouest était bouchée et ne servait point, et celle de l'est avait une destination dont nous parlerons à propos des naumaehies.
était immédiatement au-dessous. Par ce moyen, les eaux tombant par les ouvertures des vomitoires, ne pouvaient jamais arriver dané la galerie intérieure du rez-de-chaussée.
> Les eaux pluviales , jetées par les vents dans la galerie extérieure du rez- de-chaussée par les ouvertures des soixante grands arceaux de la façade, auraient bientôt inondé cette galerie, si l'architecte ne se fût occupé des moyens de l'en débarrasser promptement, en leur ménageant un écoulement rapide et successif. Le pavé de la galerie extérieure et celui de tous les passages de communication avaient une pente de 14 centimètres vers la galerie intérieure. Dès lors toutes les eaux pluviales que le vent pouvait jeter dans la galerie extérieure se rendaient dans la seconde. Là, elles trouvaient, aux pieds des trumeaux qui divisent les passages des vomitoires, un égout où elles disparaissaient, et à la suite un petit aqueduc qui les conduisait dans le grand aqueduc circulaire intérieur,T. Ce petit débouchait dans le grand par un trou de 95 centimètres de hauteur sur 45 de largeur, élabh à 40 centimètres au-dessus delà base du grand aqueduc... Il est à présumer qu'un pareil égout devait exister au miheu et au pied delà première marche du grand escalier^ pour admettre^ sous le pavé de la galerie extérieure et dans les décombres dont elle était terrassée, une partie des eaux de cette même galerie. Nous n'avons cependant pu en reconnaître la trace nulle part, à caus'è^ de la dégradation de cette partie du monuffietîtl-
j> Il résulte de ce qui précède, que Taquéduc circulaire intérieur recevait toutes les eaux des gradins et marchepieds depuis l'attique jusqu'au podium, celles des trente-deux Yomitoires dont les entrées correspondent à la galerie intérieure du rez-de-chaussée, et celles que le vent portait dans les galeries extérieures par les ouvertures des ary ceaux d'entrée. On voit que toutes ces eaux réunies pouvaient former une masse considérable pendant les orages violents, assez fréquents sous notre ciel ; mais elles étaient tellement divisées et si bien dirigées , qu'il est impossible qu'il y eût jamais engorgement, ni qu'elles pussent jamais inonder les galeries et les passages, encore moins nuire à la solidité de la maçonnerie et à la conser-. vation du monument. Voyons maintenant corn-, ment les Romains , ces grands maîtres dans l'art de construire^ se débarrassaient des eaux des gale;, ries et des vomitoires supérieurs. L'inconvénient que nous avons signalé pour les eaux qui pénétraient dans les passages et les galeries, par les ouvertures des trente-deux vomitoires de la première et de la seconde précinction, se renouvelait à tous les étages supérieurs auxquels correspondaient les issues des autres vomitoires. L'architecte dut donc apporter les mêmes soins pour s'en débarrasser promptement. D'abord, la galerie d'entre-sol du premier étage , G , pouvait être facilement inondée par les ouvertures des trente-deux vomitoires supérieurs de la seconde précinction, auxquels cette galerie d'entre-sol était
uniquement destinée ; mais la première marche de l'escalier de chaque vomitoire était légèrement creusée sur son giron , et percée dans le milieu d'un trou vertical de o centimètres de diamètre. Au-dessous de cette marche et de l'ouverture dont nous venons (ie parler, on trouve une pierre de taille , en forme de cuvette , carrée , creusée de 12 centimètres sur 50 de longueur et 20 de largeur. A la suite de la cuvette est une gargouille de 10 centimètres de largeur, fermée à son extrémité et percée d'un trou perpendiculaire. Le pavé de la galerie d'entre-sol, qui existe partout en moellons smillés, se trouve formé vis-à-vis chaque vomitoire, par une pierre de taille dont le dessus est en tout semblable au giron de la première marche de l'escaher du vomitoire ; elle est légèrement creusée sur toute sa longueur et sa largeur, et percée d'un trou qui correspond perpendiculairement sur le milieu de la gargouille inférieure, à la suite de la cuvette inférieure dont nous venons de parler. Le trou perpendiculaire, ouvert à l'extrémité inférieure de cette gouttière, correspond à une petite ouverture ménagée au travers de la voûte rampante qui porte le palier incliné et la seconde révolution du grand escalier du rez-de-chaussée. Les eaux qui tombent dans les passages de ces vomitoires , parvenues à la première marche au-dessus du pavé de la galerie d'entre-sol, sont reçues dans le trou perpendiculaire dont cette première marche est percée , tombent dans la cuvette placée au-dessous , suivent la gargouille à l'extrémité de
laquelle elles tombent dans les chambres qui existent sous les grands escaliers où elles étaient prompteraent absorbées. Si l'abondance de ces eaux était telle que le trou de la première marche ne pût les recevoir, l'excédant tombait en nappes sur la pierre placée au-dessous et au niveau du pavé de la galerie, où elle était forcée de suivre la même route que les autres pour se rendre sous la même voûte. Avec un pareil moyen, il était impossible qu'une seule goutte d'eau pût arriver dans la galerie d'entre-sol.
» Les eaux que le vent jetait dans la galerie du premier étage, par les ouvertures des arceaux, tombaient sur les premières marches par lesquelles on descendait à la galerie d'entre-sol. Là^ elles étaient reçues dans les renfoncements creusés sur le giron de la première marche , aux extrémités de laquelle se trouvaient deux trous de 5 centimètres de diamètre; au-dessous étaient placées des gouttières en pierres de taille. Ces gouttières communiquaient aux égouts pratiqués de chaque côté des renfoncements de cet escalier, au-dessous des paliers inchnés dont nous avons déjà parlé. Les eaux suivaient ensuite la marche que nous avons indiquée plus haut. On avait ainsi obtenu le double avantage de nettoyer les pissoirs et de se débarrasser de ces eaux qui, sans cette précaution, eussent inondé la galerie intérieure.
» Les grands égouts *des paliers d'entre-sol du second étage , qui étaient au nombre de cinquantesix , recevaient les eaux des vomitoires de la troisième et de la quatrième précinction. On voit, dans
cette disposition, que les soins de l'architecte pour les précinctions supérieures n'étaient jamais les mêmes que pour les étages inférieurs , mais ils étaient toujours suffisants et proportionnels au but qu'on s'était proposé. »
Appareil et façade de l'édlflce.
Tout l'appareil de l'aaiphithéàtre est construit en gros blocs de pierre des carrières de Baruthel, posées sans ciment. 11 en est de même des gradins dont quelques-uns sont en pierre de Roquemaillère, beaucoup plus forte et plus dure que la précédente. Les galeries et arcades intérieures sont généralement exécutées en pierre tendre des carrières de Sernhac. Enfin , toutes les constructions de remplissage ou en moellons smillés , proviennent des carrières de Roquemaillère et sont établies sur une couche de ciment très-lin. La pose de toute les pierres est exécutée avec une si grande précision , qu'il est souvent impossible d'en distinguer les joints , qui paraissent avoir été exécutés par le frottement préalable des deux pierres superposées. Malheureusement, on n'a pas toujours eu le soin de les placer sur leur lit de carrière, ce qui a provoqué des exfoliations considérables , particulièrement à la pierre de Baruthel. Un trou pratiqué au centre de gravité de chaque bloc indique qu'on s'est servi de la louvette pour les mettre en place.
. Deu}^ rangs superposés, de soixante arcades
chacun, forment la décoration extérieure de l'amphithéâtre ; leur largeur, qui n'est pas rigoureuse" ment égale, varie de 5™, 70 à 3™, 80, et celle de leurs pieds-droits de 2™^ 40 à 2"^, 50;. les seules entrées principales du nord, de l'est et de l'ouest, situées sur les extrémités des axes, ont une ouverture de 4"',40.
L'ordre d'architecture qui décore le monument est difficile à caractériser, si l'on veut le déduire de ses profils et de ses proportions ; il n'est ni toscan ni dorique et forme, de ces deux ordres, une espèce de composite que MM. Grangent et Durand proposent d'appeler dorique-romain.
La hauteur du rez-de-chaussée est de 10'°^069 ; celle du 1" étage de 9", 585, et l'attique qui couronne le monument a 1"\866 d'élévation, ce qui donne à la façade une hauteur totale de 21™, 52.
L'entablement de l'ordre inférieur se compose : d'une architrave à trois faces, d'une frise unie et d'une corniche formant une hauteur de l'",70 ; il est supporté par des pilastres sans base de 0™,94 de largeur sur O'^jôO de saillie ; on remarque sur les trois-quarts de sa hauteur une petite retraite de 2 centimètres, taillée en plan incliné jusqu'au chapiteau.
Le second ordre se compose d'un piédestal de l'",625 de haut, d'une colonne engagée d'un tiers de son diamètre, ayant 6", 19 d'élévation et d'un entablement de l'",57, pareil à celui de l'ordre inférieur, mais plus riche dans ses moulures.
A plomb de chaque colonne, l'attiqne est déco-
rée de piédestaux destinés probablement à supporter des statues ; on remarque entre ces piédestaux deux fortes consoles, percées d'un trou circulaire, formant une saillie de O'^fiO à l'extrémité de l'édifice.
Toutes les arcades sont ornées d'archivoltes archi travées ; celles du grand axe ont un avant-corps de 0'"40, L'arcade située du côté du nord, sur l'extrémité dupetitaxe, est considérée comme l'entrée principale du monument; elle est sans avantcorps, mais distinguée par un fronton au-dessus du second ordre, et par les piédestaux de ses colonnes qui, sur cet arceau seulement , sont réunis en un seul sur toute sa largeur. Ces ornements particuliers sont supportés par deux consoles sculptées représentant des taureaux à mi-corps , décoration considérée par quelques antiquaires (') , comme indiquant un monument construit aux frais de la colonie.
Chaque arcade du premier étage était garantie par un garde-fou, pluteus^ d'une seule pièce orné à l'extérieur de bas-reliefs représentant les divers jeux de l'amphithéâtre. Il en existe encore quatre dans les arceaux n"' ni, vu, vm, ix de la partie nord-est ; le dernier est parfaitement conservé ; il représente deux gladiateurs à la fin de leur lutte : celui de gauche a abandonné son bouclier rond^ parma, qui est par terre ; il tient de la main droite un glaive recourbé en forme de faucille, auquel
(<)Ménard , t. ^ , p. 47.
on donnait indifféremment le nom de ska ou harpe ; la main gauche et l'index élevé indiquent qu'il avoue sa défaite et qu'il demande grâce aux spectatetfrs ; car la loi forçait les gladiateurs à corn? battre jusqu'à la mort, et ceux qui n'avaient pas de cœur, dit Pétronne : « Après un combat d'un » moment , se blessaient eux-mêmes, et se cou- » paient quelquefois un bras, à dessein , afin que » les spectateurs, émus de compassion, leur sau- » vassent la vie, qu'ils demandaient en élevant la » main, » signe de miséricorde auquel Véditor ^ pour se populariser, répondait le plus souvent en renversant le pouce (').
Dans notre bas-relief, le vainqueur, en position de frapper son adversaire, attend , le glaive à la main , la réponse du public, afin desavoir s'il doit lui laisser la vie p).
Ces deux athlètes, au lieu d'être entièrement nus, comme le dit Ménard, portent de petits caleçons semblables à ceux de nos lutteurs modernes; ils ont le haut du bras droit enveloppé ; à leur ceinture un petit tablier taillé en pointe, qui descend jusqu'à mi-cuisses et semble fait d'une peau
(\ ) Munera nunc edunt, et verso pollice vulgi Quem libet occidunt populariter .
{ Juv6nal,sat. m. ) Et maintenant pour plaire à la foule romaine, Ils lui donnent des jeux, et souvent, dans Tarène, Quand l'athlète vaincu tente un suprême effort, Leur pouce renversé donne un signal de mort.
( Traduction par M. Nicot. ) (2) Voyez la planche 5 , fig. \ .
de mouton avec toute sa laine. Ils ont aux jambes des chaussures serrées montant jusqu'aux mollets. Le reste du corps est entièrement nu. Leur tête est couverte d'un casque à aigrette^ galea cristata; le bouclier du vainqueur, dans le genre de ceux qu'on appelait scutum , est tout différent de celui du vaincu. La dégradation de la pierre, à l'endroit où se trouve l'arme qu'il tient de la main droite, ne permet pas d'en préciser la forme, c'était probablement une de ces épées courtes appelées falxsupina. Dans ce cas, nos deux gladiateurs seraient parfaitement caractérisés par leurs armes et leurs costumes. Le vaincu représente, sous ce double rapport, un de ceux auxquels on donnait le nom de Thraces, et son adversaire un Samnite, espèces de gladiateurs qu'on opposait toujours les uns aux autres dans les combats de l'amphithéâtre (/).
Les trois autres garde-fous antiques qui restent portent des traces évidentes de sculptures, mais elles sont tellement frustes , qu'il est impossible de distinguer ce qu'elles représentaient(^).
Gautier {^) décrit un bas-relief qu'on voyait autrefois sur le garde-fou de l'entrée principale du nord, représentant deux gladiateurs dans l'action même du combat. Mais à l'époque qu'il écrivait {1724) ce bas-reliefn'existait déjà plus.
L'analogie nous conduit à supposer que tous les
H) Célarius , liv. ii, ch. \0, et liv. m. ch. 45. (2) Les gai'de-fpus des arceaux n°^ i à l'ouest, vu et viii, au sud-ouest, sont neufs et refaits en -1820. (5) Antiquités de Nimes. p. 58.
garde-fous étaient sculptés de la même manière , et que les soixante bas-reliefs qui décoraient notre amphithéâtre étaient la représentation des exercices divers qui avaient lieu clans son enceinte. De quel intérêt seraient pour la science et pour les arts ces pages écrites sur le monument ! Que de lumière elles jetteraient sur certains passages des auteurs anciens , qui nous paraissent obscurs aujourd'hui, parce qu'ils n'ont aucun rapport avec nos mœurs et nos usages. Nous apprendrions, par ces bas-reliefs, la manière dont chaque espèce de gladiateur se servait del'armequi lui était particuhère; comment leretiaire oulaqueateur, couvert d'un casque et d'un large boucher, parvenait à envelopper dans son filet , rete , le secutor , son adversaire le poursuivant armé d'un trident, /«^cma^ et distingué par son casque surmonté d'un poisson (*). Nous saurions quelle était la manière de combattre des mirmillons qu'on opposait aux Gaulois dans ces exercices barbares ; quels étaient ces athlètes , armés de pied-en-cap , que SénèqueC'^) et Suétone (^) appellent hoplomaques, sans nous faire connaître le genre de combat auquel ils se livraient. Nous connaîtrions la forme des jchars dont nos ancêtres se servaient à la guerre par ceux que montaient les esserfam dans les jeux du cirque, car c'était du char gaulois , essidum , que cette espèce de gladiateur avait pris son nom. Ces sculptures nous appren-
(\) Juvénal,sat. viii, — Tit.-Liv, ,lib. ix,cap. 40.
(2) Sénèque , 1. m.
(3)Galig. ,cap. 5. ...^i;i.^i. ,î.)
(iraient, enfin , de quelle manière les andabates terminaient le spectacle par des luttes exécutées les yeux bandés , à cheval ou sur des chars conduits par des cochers qu'on ne privait pas delà vue ('); nous y voyons ces dimachères, qui n'avaient point d'armes défensives , mais une épée de chaque main(^).
Nous ne croyons pas sortir du cercle que nous nous sommes tracé en résumant, en quelques lignes, tous les renseignements que nous ont transmis les anciens sur cette classe de malheureux, sacrifiés d'avance aux amusements des populations.
Née de l'intention d'honorer la mémoire des morts en immolant des victimes sur leurs tombeaux, cette barbare institution date^l'une époque très-reculée : Achille sacrifie douze Troyens aux mânes de son ami Patrocle (^) ; Enée demande à Evandres quatre prisonniers pour être sacrifiés devant le tombeau de son fils; à Rome, Marcus et Décius furent les premiers à rendre hommage à la mémoire de Brutus, leur père , par des combats de gladiateurs. Ce ne fut que sous le consulat de Marcus Fulvius et d'Appius Claudius, que ces exercices furent considérés comme de simples divertissements qui avaient lieu dans le marché aux bœufs.
(^)Illiade.
(2) Acad. des Sciences , t. m , p. 247 et 3i 4 ,
Il y a au musée de Naples des bas-reliefs (n»» 34 , 35 , 37) qui représentent ces combats de dimachères.
(3) Illiade.
Introduits , plus tard , dans les amphithéâtres , leur importance devint si grande, qu'on fut obligé de faire des lois et d'établir des règlements concernant les gladiateurs. De vastes locaux , gladiatoriœ, furent construits pour leurs habitations; chacun d'eux y occupait une cellule, sagina {*) , où ils étaient très-bien nourris (^). Cette classe d'hommes , qui , pour la plupart , étaient des prisonniers de guerre, se divisait en familles, désignées comme nous venons de le dire ; chacune d'elles était présidée par un lanista , professeur d'escrime dans l'espèce de combat adopté par cette famille ; l'établissement général était soumis à un chef nommé procurator ('), et si l'on en juge par une inscription trouvée à Rome^ portant : ETICVS. AYG, L. MEDICVS. LVDI. MATVTINI , il y avait aussi des médecins particuliers attachés à cette administration (^).
Le nombre des gladiateurs devint si considérable , qu'il dépassait 80,000 à l'époque de la conjuration de Spartacus (^) , et cela , dans le seul
(-1) C'est de là que vient cette phrase latine : Dare in saginam, pour dire : engraisser.
(2) Quintil. , Décl. ix. cap. 2\.
(3) Tacite , Ann. , lib. ix , cap. 33.
(4) Chacune de ces écoles avait un nom particulier, à Rome, Ludus Gallicus , Dacius , Magnus , JEmilius , Mamertinus , tiré de celui qui les avait établis , de la patrie des gladiateurs , ou de toute autre circonstance.
(5) Velleius Pat. , lib. ii, cap. 30. — Florus, lib. m, cap. 20!. — Appici, lib. ij cap. 42.
collège de Capoue, tandis qu'à Rome il y en avait encore davantage (*).
On distinguait aussi les gladiateurs par des noms généraux de gladiatores meridiani , qui combattaient après midi ; fiscales , qui étaient aux frais de l'empereur ; postulati , gladiateurs que le peuple aimait à voir combattre à cause de leur grande expérience : catervariij qui combattaient , non par couples^ mais par bandes; enfin, or dinar ii ^ qui luttaient de la manière ordinaire.
Ceux qui sortaient victorieux du combat obtenaient diverses récompenses , quelquefois il se faisait pour eux une collecte d'argent parmi les spectateurs ; mais les récompenses les plus ordinaires qui leur étaient distribuées en grande cérémonie sur la place du Forum , étaient le pileus et le rudis ; le premier était le signe de la liberté , et le second, espèce de fleuret en bois, une dispense de lutter par la suite. De là cette expression rude donari, obtenir son congé.
Quand, pendant le combat, l'un des gladiateurs avait reçu quelque blessure , le peuple criait : habet ! hoc habet ! il en tient ! il en a dans l'aile ! il est blessé!
Avant le combat et après qu'on avait assorti les couples , ce qu'on appelait componere paria , les athlètes s'exerçaient avec des armes de bois commepour essayer leur force ou leur adresse 0.
(^) Suétone, Vie de César.
(2) Cette espèce de jeu a inspiré à Cicéron ce beau morceau d'éloquence : Sed si in ipso illo gladiatorio vitœ certamine
Ce premier exercice, qui n'était qu'un amusement, s'appelait indifféremment prœlusio ou venlilatio. Mais du moment que la trompette sonnait le signal du combat, les gladiateurs changeaient d'armes pour en venir aux mains, ce qui s'appelait vertere arma ; ils combattaient par couples ; celui qui se reconnaissait vaincu mettait bas les armes et cherchait à émouvoir la pitié du peuple qui avait le pouvoir de lui sauver la vie en élevant les mains et les tenant fermées, de manière que les pouces fussent plies et cachés sous les autres doigts^ premere polHces [^), Si les spectateurs souhaitaient la mort du vaincu, ils levaient seulement une main en fermant tous les doigts, excepté le pouce, qu'ils allongeaient de manière qu'il fut tourné de leur côté , converiere poUicem , ou bien en lui faisant faire plusieurs tours en l'air , vertere poUicem. On se servait de ces deux expressions pour signifier , approuver ou condamner (^).
On a vUj plus tard, des personnes de considération, telles que des chevaliers romains, même des sénateurs, qui, par suite d'un mauvais naturel^ de leur ambition , et même par la seule intention de plaire à l'empereur, se faisaient agréger au collège des gladiateurs , soit pour combattre avec leurs pairs , soit contre des bêtes féroces. Les femmes
multa fîunt quœ non ad vulneris sed ad speciem valere videantar : quanto hocmagis in oraiione expectandum , in qua non vis potius quam delectatio postulatur ?
{{) Pitiscus , Dictionnaire d'Antiquités.
(2) Juvénal, sat. m. , v. 36.
mêmes s'exposaient à de pareils combats ('). Stace met, dans cette circonstance , le courage des femmes au-dessus de celui des Amazones (^). Martial témoigne sa surprise(^) d'avoir vu une femme tuer audacieusement un lion , et compare son courage héroïque à celui d'Hercule.
On a vu des gladiateurs pousser la férocité jusqu'à s'arroser la tête ou étancher leur soif avec le sang fumant de leur victime expirante {^) ! L'autorité de l'histoire est-elle suffisante pour nous persuader de semblables horreurs, et doit-on, raisonnablement, admettre que des tableaux aussi dégoiitants fussent le véhicule de cet ardent amour du peuple romain pour les jeux de l'a/nphithéâtre '^
La forme bizarre des vastes souterrains de l'arène dans les amphithéâtres de Rome , de Capoue et de PuZzolle, nous prouve qu'il reste encore bien des problèmes à résoudre sur les divers exercices qui avaient lieu dans ces enceintes de douleur et de joie. Combien alors ne devons-nous pas regretter ces soixante bas-reliefs de notre amphithéâtre^ qui auraient été des jalons si importants pour étudier les barbares jouissances de nos ancêtres!
Il est encore sur la façade de l'amphithéâtre de Nimes d'autres bas-rehefs disposés d'une manière
(1) Feminarum illustrium , senatorumque plures j^er arenam fœdatis sunt. (Tacit. , Ann. , lib. xv , cap. 52. — Suét. , in Domil. , cap. 4. )
(2) Sylv. , lib. i , cap. 6.
(5) Mart. Spect. , ep. 6.
(4) Lamprid. , Vie de Commode, cap. 6. —Pline, lib. xxviii cap. 2.)
si étrange , qu'on serait tenté de penser , avec Maffei('), qu'ils doivent être attribués à la fantaisie et au caprice de l'ouvrier. Néanmoins la signification emblématique de ces sculptures a été le sujet de tant d'interprétations (^) , que nous ne voyons pas grand inconvénient à ajouter une conjecture de plus à toutes celles qui ont été proposées.
A l'arcade n° vu, au nord-est, on voit, sur la partie supérieure du pilastre à gauche, une louve à quatre mamelles allaitant Rémus et Romulus, et léchant la main du premier (") ; sur le second pilastre du même arceau, se trouve, à la même hauteur, un bas-relief représentant trois phallus réunis en un seul corps ailé .monté sur deux pattes de bouc (*). D'après Ménard, le phallus antérieur portait une clochette , mais un grand trou rectangulaire qui existe sur cette partie de la pierre ne permet pas de distinguer cet attribut ; le phallus supérieur est becqueté par deux oiseaux , et celui qui forme la queue , par un seul. L'empreinte que nous avons prise de ce rehef nous fait supposer que le sculpteur a voulu représenter des cailles (^).
(^) Gall. , Ant. Sehet., leU. xxiii, pag. 118. — Scipion Maffei.
(2) Toutes ces opinions sont rappoi'tées par Ménard, vol. 7 , p. -«9.
(3) Voyez planche 3 , fig. 2.
Antoninaimaitàêtre comparé au fondateur de Rome; la figure de la louve de Romulus se remarque sur un grand nombre de médailles appartenant à ce prince.
(4) C'est ainsi que l'on représente Priape, Pan et les Satyres. (Voy. planche 4 , fig. 2. )
(5) Les Phéniciens offraient à Hercule des cailles en" sacrifice.
Sur le pilastre de droite de l'arcade 11° 11 , au sud-ouest, il y avait également un triple phallus ailé naonté sur des pattes de bouc ; celui de devant porte une clochette (^). Sur le phallus qui forme la queue se trouve , debout , une femme vêtue d'une robe traînante , stola , tenant de chaque main une rêne avec laquelle elle conduit le phahus delà partie supérieure, et paraît soutenir celui sur lequel elle est debout (^). Peut-être seraitce expliquer convenablement cet emblème, que de dire : que l'empire de la femme s'étend sur les trois âges , sur la jeunesse caractérisée par la clochette , sur l'âge viril dont elle modère
Cette coutume venait de ce que ce liéro? ayant été tué par Typhon, Jolaùslui rendit la vie avec l'odeur d'une caille. Ménard croit que ce sont des coqs , et donne à l'un d'eux une crête qu'il n'a pas sur le relief.
(-1) La clochetle que l'on trouve à un grand nombre de phallus , à Pompéï , était consacrée à Priape, qui se nommait également ?ypiÙ7rvoi (Strepitosus). Théocrite disait que le bronze était azEXxaTuov rav /xi^(7/ia tcjv ( qui détruit les impuretés). C'est peut-être la tradition de ce préjugé qui fait croire aux paysans que le bruit des cloches éloigne les orages. (Peintures et bronzes erotiques, G. Famin , p. 8. )
Le triple phallus signifie la multiplication de sa faculté productive (Plutarque Isiszosius). On plaçait des phallus sur les portes des maisons et des édifices publics; au rapport de Pline, les triomphateurs en mettaient au devant de leurs chars de triomphe. Les Vestales lui rendaient un culte.
(2) Cette pierre a été enlevée de sa place par suite d'une réparation ; elle est actuellement à l'extérieur du Musée sous le no 7-1. Ménard dit, à»tort, que le phallus antérieur n'a pas de clochette. Son dessin n'est pas exact.
Tardeur et sur la vieillesse qu'elle soutient (').
Le premier de ces bas-reliefs nous semble exprimer la même pensée ; la disposition des trois phallus est identique , et les cailles , qui , dans l'opinion des anciens , avaient la vertu de rendre la vie par leur odeur , pourraient bien être ici le symbole de la femme exerçant, comme sur le précédent relief, son influence sur l'âge muret sur la vieillesse.
Nous mettons ces interprétations dans la même balance que toutes celles qui ont été proposées, laissant au lecteur le soin d'en déterminer le poids; nous ajouterons seulement que , dans notre opinion , ce n'est, pas sans motif, ou par une simple fantaisie d'ouvrier, que ces emblèmes phalliques ont été placés sur deux des arcades extérieures de l'amphithéâtre de Nimes. Ne pourrait-on pas supposer que les voûtes sous lesquelles elles conduisaientétaient destinées à servir de heu dedébauche, litpanaria, qu'on était dans l'usage de tolérer dans les cirques , les théâtres et les amphithéâtres (■^) ? et qu'alors ces sculptures étaient , comme celles qu'on voit à Pompeï , l'enseigne de ces heux de
(i) Voyez planche 't , iig. 3. — Guide aux Monuments de Nimes, p. -136.
(2) Après que les jeux et les combats des gladiateurs étaient finis , on voyait les courtisannes , meretrices , se promener sur l'arène pour oft'rir leurs charmes aux désœuvrés qui s'y rassemblaient. (Lamprid. , Héliogab, cap. 26 et 32.)
Isidore dit que les théâtres étaient des lieux de prostitution publique, parce que les courtisannes y venaient, après les jeux, pour offrir leurs charmes, (xxui , 42) Idemvero theatrum ,
prostitution? Cette enseigne était même plus significative à Nimes qu'à Pompéï, puisque l'arcade vu portenon-seulement l'emblème phallique dont nous venons de parler , mais aussi la représentation d'une louve, /î/pr/, symbole parlant de la prostituée tant chez les Grecs que chez les Romains (^).
Pour terminer tout ce qui se rapporte à ces espèces de blasons des courtisannes romaines, nous devons ajouter qu'il en existe d'autres à l'intérieur de l'édifice ; l'un au sud-est , dans l'arceau n" xi , sur la clé d'un arc situé au milieu de l'escalier de communication, entre la fi-alerie d'entre-sol et celle du premier étage ; puis deux autres dans les escaliers qui , de cette dernière galerie , conduisaient aux gradins les plus élevés de la troisième précinciion, où nous supposons que les femmes étaient placées à l'amphithéâtre de Nimes. L'un de ces reliefs , fort dégradé aujourd'hui , est sculpté sur
idem. cf. postibuluin : eo quod post ludos exact os , meretriccs ibi prosternerentur.
Les courtisannes de Rome habitaient des pièces basses, voûtées et obscures, appelées fornices. C'est de laque dérivent les mots fornicare et fornicafio , parce que le mot fornix signifle en même temps arcade , voûte et lieu de prostitution. Ces lieux n'étaient ouverts que le soir; lorsque la neuvième heure était sonnée (3 heures du soir ) les hommes voués au service des lupanaria , les lemes , annonçaient l'ouverture de ces lieux de prostitution par le son d'une clochette. (Panll., diac. xiu, 2.) La clochette que portent les phallus de l'amphithéâtre n'auraitelle pas quelque rapport à ce fait?
(-I) Lupa était le surnom de la femme du berger Faustulus , nourrice de Romulus et Rémus, surnom qui lui avait été donné à cause de ses débauches. (Denys d'Halic, vol. \ , p. 90. )
la clé de l'arceau it x, au sud-ouest ; l'autre (') sur le linteau formant corniche du côté de l'arène , aux voussoirs de l'arceau n° xiv , au sud-est. Ce dernier est composé de deux phallus, l'un grand, l'autre petit , sans ailes ni pieds. Dans notre opinion, les escaliers décorés decesemblèmes auraient été exclusivement destinée aux courtisannes, ainsi que les cunei auxquels conduisaient les deux derniers. C'est là, sans doute, qu'était assise la belle Cynthie, à laquelle un amant jaloux (Properce) adressait cette recommandation :
Colla cave in/lecfas ad summum obliqua tJieatrum!
Outre les détails intéressants que nous a fournis M. Grangent sur la disposition des aqueducs, des égouts et autres canaux d'écoulement , ménagés dans l'amphithéâtre pour le dégager de ses eaux , il y a encore d'autres constructions souterraines qu'il est intéressait de connaître , parce qu'elles se rattachent aux jeux qui avaient lieu dans son enceinte.
naaimat'Biies.
Avant les fouilles opérées en 1809 à l'amphithéâtre de Nimes, il était impossible de supposer qu'il avait pu être destiné à servir à des naumachies ; le sol intérieur , qu'on croyait alors plus
{\) Voyez planche 2, fig. \ .
élevé de quatre mètres qu'il ne l'est en réalité , était entièrement contraire à cette supposition.
Une partie des maisons de cette espèce de village a été démolie en exécution d'un arrêt du conseil d'état du roi du 26 mars 1786; mais, long-
• temps après cette date , ces maisons ont été indiquées par une couleur rouge sur le plan que nous possédons. Celles qui y sont distinguées par une teinte claire d'encre à la chine furent démolies en exécution du décret impérial du 2 février 1809, sous la préfecture de M. d'Alphonse. Les maisons qui ont été démolies plus tard , successivement à des époques diverses, portent sur notre plan une teinte noire. Nous avons rapporté , sur ce même plan, le nom des anciens propriétaires de ces maisons démolies.
Sous l'espèce de village qui s'était successivement élevé au miheu et sur les ruines de l'antique édifice , on exhuma , en 1809, le podium , composé des quatre gradins inférieurs , les grandes dalles verticales qui formaient l'enceinte intérieure, et enfin le sol de l'arène établi à 2°',o6 en contre-bas du sol extérieur.
Les mêmes fouilles firent connaître , sous l'entrée principale du nord , un aqueduc voûté , q , semblable^ par sa construction et sa forme, à celui du Pont-du-Gard ; le déblaiement en fut poursuivi du côté du nord jusqu'à 12 mètres en-delà du monument , et du côté opposé jusques sous l'inté-
^ rieur de l'arène. La direction de sa pente ne pouvait laisser aucun doute sur le but de cet
aqueduc; il était évidemment établi pour introduire les eaux amenées par lé Pont-du-Gard ou celles de la Fontaine, qui pouvaient également y être conduites. Depuis lors , on a découvert que ce même aqueduc contournait l'amphi théâtre à l'extérieur du côté du levant , pour se dégorger dans un canal d'écoulement dont nous allons parler , lorsque les eaux amenées par lui ne devaient pas entrer dans l'arène.
Nous disions ici , dans notre première édition , à propos de ce canal de ceinture : « Il a été reconnu » que, dans ce trajet extérieur, il avait un secours» y> débouciié dans l'amphithéâtre à travers l'arceau » n° II du sud-est; de cette manière , l'eau pouvait » arriver instantanément sur deux points diffé- » rents , lorsque les jeux nautiques devaient rem- » placer les exercices ordinaires. »
Des fouilles ultérieures nous ont démontré que ce canal , de 95 centimètres de largeur , qui communique, en effet , dans l'arène par l'arceau n" n du sud-est, n'arrivait pas, par son autre extrémité, dans le canal de ceinture, mais seulement sous la voûte rampante de cet arceau (') où nous avons dit qu'on déposait les cages renfermant les animaux apportés du vivarium.
Ces nouvelles observations nous font supposer que ce corridor étroit, établi à travers les constructions , était exclusivement destiné à lancer dans l'arène les animaux qu'une bascule, organisée à cet
H) Il est à remarquer que les voûtes de ces quatre arceaux , jî° II , étaient plus élevées que les autres voûtes rampantes.
effet, laissait échapper de laçage dans ce passage; son peu de largeur avait pour but de les empêcher de se retourner lorsqu'ils étaient engagés dans cette espèce de boyau (/); si, effrayé parles cris de la foule, l'animal, blotti dans ce passage f)^ refusait d'en sortir; des ouvertures, ménagées à la partie supérieure et combinées de manière à éviter tout danger pour celui cpii s'y trouvait (^) , fournissaient aux bestiaires le moyen de contraindre la béte féroce à se lancer subitement hors de sa tanière comme le lion dont parle Stace, (Liv. n , Silv. v) :
Stat cardine aperio Infelix cavea et clausis circum undiqueportis.
Un autre aqueduc de la même forme fut également découvert à travers l'arceau n" x du sud-est; mais sa pente rapide du dedans au dehors prouve que celui-ci servait , au contraire , à dégorger les eaux de l'arène et celles du canal de ceinture qui venaient s'y joindre à 8 mètres au midi del'am-
(1) Cette disposition se trouve à l'amphithéâtre de Pompéï.
(2) i/une de ces ouvertures se trouve dans la partie cintrée del'aquéduc, T, qui ne communique pas avec ce passage ; l'autre, dont on peut encore étudier le système de fermeture , se voit dans la grande entrée de l'est.
(3) Carceres in circo et caveas terreas in amphitheatro. (Tite Live. )
Plante parle de ces antres par lesquels on lançait les animaux dans l'arène : Neque erat bestiarum impetus ille, cul esse caveis egrcdientibus solet. (Vopiscus in Probo.)
Sénèque dit que, lorsque ces bêtes étaient harrassées ou que le spectacle était fini , on les renfermait dans l'antre d'où elles étaient sorties.
phithéâtre , pour être portées dans les égouts audelà des murs antiques, qui, de ce côté , n'étaient qu'à 29 mètres de distance du monument (').
On remarquera que les dalles du revêtement intérieur de l'arène n'étaient point appliquées contre le mur en moellons smillés , qui auraient du leur servir d'appui , et que , nonobstant leur juxta-position , il y avait, entre elles et ce mur, un espace de 19 centimètres qu'on supposa avoir dû être rempli de terre glaise , disposition qui ne pouvait avoir eu d'autre but que d'empêcher l'infiltration de l'eau dans la galerie consulaire située immédiatement derrière ce mur ('^).
Tout cet appareil inutile pour des combats d'hommes ou d'animaux fit penser, avec raison, à MM. Grangent et Durand , que l'amphithéâtre de Nimes était aussi destiné à des exercices nautiques,
« Le niveau du pavé des galeries extérieures et intérieures, disent ces architectes (^), étant élevé de 2"", 56 au-dessus de farène^ il était bien facile d'y introduire une hauteur de 2 mètres d'eau sans inonder ces galeries , qui distribuaient tous les escaliers montant dans les vomitoires des quatre précinctions. 2 mètres de hauteur d'eau suffisaient et au-delà , pour la marche et le mouvement des galères, et pour mettre les combattants, précipités
(1) Depuis quelques années , on a utilisé cet aqueduc pour l'écoulenjent des eaux des quartiers voisins.
(2) On verra bientôt que cette supposition est erronée. (5) Monuments romains du Midi de la France, p. 68.
dans l'eau , à l'abri de toute espèce de danger. Cette hauteur de deux mètres était facilement portée dans l'arène par l'aquéduc du nord , par suite de la grande pente qu'on lui avait donnée. La sortie de cet aqueduc devait être fermée par une vanne qui retenait les eaux etles forçait à regonfler et à s'élever dans l'arène par quelques dalles de l'aquéduc circulaire qu'on pouvait enlever. Les rainures, laissées à des distances assez rapprochées du couronnement de l'assise sur laquelle reposaient les dalles de la couverture, pouvaient avoir pour objet de facihter l'enlèvement des dalles auxquelles ces rainures correspondaient. L'eau, ainsi introduite par regonflement, s'élevait avec violence et ne causait aucune dégradation sur la surface de l'arène. Quand le spectacle était fini , on ouvrait la vanne, et toutes les eaux étaient promptement écoulées dans les fosses hors de l'enceinte des murailles, sans aucune dégradation iaiportante, à raison de la diminution insensible de l'eau et du mouvement occasionné par la vanne de décharge.
» L'arène remplie d'eau offrait un espace assez considérable pour les divers mouvements des petites galères qui manœuvraient à la rame , et qui , en combattant les unes contre les autres , offraient le spectacle que présentent nos joutes modernes. Les galères partaient réciproquement des portes opposées de l'est et de l'ouest sur le grand axe de l'ellipse. L'eau qui arrivait par son propre niveau dans les passages de ces deux portes,
dont la base était établie sin^ une pente uniforme de la galerie extérieure à Ventrée de V arène , fournissait aux jouteurs un moyen facile de s'embarquer {*). » Les portes du nord et du sud qui communiquaient dans l'arène étaient bien exactement fermées pendant le temps que l'arène était inondée, afin de ne pas submerger l'unique passage des loges d'honneur , établies au-dessus, sur le petit axe de l'ellipse. On voit encore des coches et des rainures dans les jambages de ces portes où l'on devait faire entrer des pièces de bois transversales pour les fortifier contre le poids contenu dans l'arène.
» Ce sont toutes ces observations réunies qui nous font penser que l'amphithéâtre offrait aussi le spectacle des naumachies, parce que toutes les dispositions que nous venons de faire remarquer sont exclusivement relatives à ce genre de spectacle , et ne peuvent avoir des motifs raisonnables dans leur construction , si l'on rejette notre opinion.»
Parmi les nombreuses dispositions citées à l'appui de leur conjecture, MM. Grangent et Durand font entrer en ligne de compte la manière dont était construite l'enceinte de l'arène. « Lorsque » cette dernière, disent-ils, était transformée en » un vaste bassin dans lequel l'eau s'élevait jus- » qu'à deux mètres au-dessus du sol , malgré
(-1) C'est une erreur démontrée par des découvertes postérieures.
» l'exacte précision des joints des grandes dalles » du podium , l'eau pouvait filtrer à travers ces > joints, et nuire à la solidité et à la conservation » du mur en maçonnerie qui se trouvait derrière. » Les Romains avaient tout prévu ; ils avaient » laissé entre le derrière de ces dalles et lerevê- » tement du mur, un vide de 19 centimètres qu'ils » remplissaient de terre glaise. L'interp(^sition de » cette couche arrêtait toutes les tîltrations qui » auraient pu avoir lieu, et les empêchait d'attein- » dre le corps de maçonnerie. (') »
Cette conjecture présentée par MM. Grangent et Durand comme un luxe de preuve à l'appui de la nouvelle opinion émise par eux sur la destination de l'amphithéâtre de Nimes, a été répétée, sans autre examen, par M. Albert Lenoir (^) et par nous (') sans être cependant donnée comme un fait positif.
Quelques observations fort judicieuses nous ont été adressées à ce sujet par un architecte du gouvernement (*). Elles nous font penser que les inductions tirées par MM. Grangent et Durand pourraient bien n'être pas fondées et qu'il y a peut-être heu de considérer , sous un autre point de vue^ le mode de constructions appliqué par les Romains au mur d'enceinte de l'arène.
Les observations pratiques faites par M. Jannior
(^) Monuments romains du Midi de la France, p- 69. (2) Monuments anciens et modernes, de Gailhabaud. (5) Voyez notre première édition, p. UH. (4) M. Jannior.
dans l'application des corrois en terre falaise , lui ont appris que ce moyen n'est efficace que dans un milieu constamment et fortement humide et privé d'air, comme, par exemple, lorsqu'on l'emploie à l'étancliement des canaux , radiers factices, réservoirs, etc., constamment remplis d'eau dont l'infdtration entretient dans la glaise le degré d'humidité nécessaire pour que cette matière conserve sa plasticité. Si ce degré de satination devient insuffisant, la glaise se gerce de toute part et, quand on vient à mettre l'eau dans le réservoir , il en résulte des fuites à travers les crevasses.
D'après cela, le mince corroi du podium enfermé dans une maçonnerie sèche et dans un lieu ne contenant que rarement l'eau nécessaire à entretenir le corroi à son état normal, car l'amphithéâtre ne devait être converti en naumachie que de loin en loin, la glaise s'y serait promptement desséchée et aurait perdu son effet. Au surplus, la glaise empêche bien l'eau de couler^ mais non l'humidité; les murs n'eussent donc pas été garantis. Or , les Romains qui ont employé parfois ce moyen d'étanchementdans d'autres circonstances, raisonnaient trop bien pour s'être servi de la glaise dans les murs de l'amphithéâtre où elle eût été en pure perte.
Ces observations nous ont paru d'autant plus rationnelles, que l'argile étant une matière dont la trace ne peut disparaître que par dispersion^ il nous a cependant été impossible, dans une recherche minutieuse, d'en reconnaître le moindre vestige sur ce qui reste de l'ancien revêtement du podium.
Nous devons ajouter que le motif assigné à cette disposition, d'empêcher l'infiltration des eaux dans la galerie consulaire lorsque l'arène était convertie en naumachie, doit être considérée comme sans portée, attendu que le sol de cette galerie se trouve au-dessus du niveau que l'eau pouvait atteindre , et qu'elle est éloignée de plus de dix mètres de ce mur d'enceinte.
Toutes ces considérations nous portent à conclure que l'espace ménagé entre le revêtement intérieur du porfÎMm et le mur sur lequel reposaient les gradins, devait rester vide par destination.
Cependant, comme nos maîtres en architecture avaient toujours un but dans leurs travaux d'art, nous avons dû nous demander quel pouvait avoir été celui de l'architecte romain dans une construction qui semble en opposition avec les règles de la solidité ?
Les dalles qui forment l'enceinte de l'arène sont assez élevées pour servir de garde-fou au premier gradin du podium dont elles dépassent le marchepied de 60 centimètres ; leur base repose sur une pierre tendre taillée en chanfrein du côté de l'arène pour rejeter les eaux pluviales dans Veuripe où elles sont conduites par de petites rigoles de 20 centimètres^ très-rapprochées , étabhes dans ce but.
Lorsque trente mille spectateurs couvraient les gradins de l'amphithéâtre , la seule partie du monument qui restait à découvert était le revêtement en larges dalles qui formait la base du podium ;
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il ne faut donc pas s'étonner que l'architecte eût porté tous ses soins à cette partie de l'édifice.
Les dalles en pierres dures, d'un grain très-fin, étaient si parfaitement juxla-posées qu'on n'en distinguait pas les joints; leur blancheur formait un contraste avec la couleur du sable dont l'arène était couverte et fournissait, aux horribles tableaux qui allaient se dérouler sur cette scène, un fond qui permettait à l'œil d'en suivre toutes les péripéties.
Aussi , pour ne pas gâter par des gouttières ce beau revêtement, l'architecte avait eu le soin de disposer le marchepied du premier gradin qui recevait toutes les eaux pluviales de la première précinction, de manière que, par sa pente en sens inverse de celle des gradins, ces eaux, au Heu de se diriger contre les dalles, fussent portées contre lemême gradin, où douze égouts de 10 centimètres d'ouverture les jetaient précisément derrière le mur en moellons que cachaient les dalles de l'enceinte.
C'était donc dans le but de parer à ce grave inconvénient que l'architecte avait ménagé, entre les dalles et le mur sur lequel reposaient les gradins du podium, cet espace vide de 19 centimètres qui, permettant à l'air de circuler, conservait la blancheur et le poli de son magnifique revêtement.
Il est hors de doute qu'aux rares époques où l'amphithéâtre était transformé en naumachie , la juxta-position des dalles ne préservait pas cet espace vide de l'eau qui remphssait l'arène, car rien
n'indique qu'un bourrelet de ciment ait été coulé dans les joints verticaux, mais on doit supposer que le sol en pierres de taille sur lequel reposaient ces dalles, avait la même inclinaison que celui de Veuripe, et que , lorsque l'arène était mise à sec, après.les jeux nautiques, l'eau, momentanément renfermée derrière les dalles , s'écoulait vers les grandes entrées ; peut-être même qu'il y avait, de distance en distance, au bas des dalles, des ouvertures par lesquelles s'échappait l'eau, sur la pierre taillée en chanfrein qui leur servait de base,
A la même époque (1809) , on découvrit , fort au-dessous du sol de l'arène, des murs, 21, (pi. 2) parallèles à ses axes , circonscrivant un espace ayant la forme d'une croix, qui, jusqu'à la profondeur de 5"\20, était comblé de terre pendant que le reste du sol était formé par le poudingue.
Malgré le travail considérable que semble annoncer une semblable construction, engagée dans le tuf, MM. Grangent et Durand pensèrent qu'elle appartenait à un siècle postérieur à celui de la fondation de l'amphithéâtre. « Ces restes de ma- » çonnerie, disent-ils, indépendants de l'édifice > par leur emplacement, leur forme et leur cons- » truction, semblent avoir appartenu à une église » souterraine bâtie par les chrétiens dans les temps p de persécutions. Le plan en croix , l'existence » souterraine de ces murs au miheu des ruines » de l'amphithéâtre, alors abandonné^ tout sem- » ble se rapporter aux monuments de ce genre » élevés par la piété des fidèles, persécutés à cette
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» époque de notre histoire!' ).» Nous ne pouvons, sur ce point, partager l'opinion denos savants architectes, parce qu'il existe dans tous les amphithéâtres connus, des constructions analogues au-dessous de l'arène, et qu'il n'y a aucune raison de supposer que celui de Nimes fut dans des conditions différentes.
Au reste, hâtons-nous de le dire, en 1809^ époque à laquelle l'ainrphi théâtre de Nimes fut déblayé, aucune fouille n'avait encore été exécutée dans les édifices de ce genre ; ce ne fut qu'en 1812 que les Français, maîtres de l'Italie, exhumèrent les souterrains du Colisée , enfouis jusqu'alors sous les décombres. Quelques années plus tard, François I", roi des Deux-Siciles , fit connaître au monde savant , par le déblaiement de l'amphithéâtre de Capoue , cette partie si intéressante de l'édifice , que, par un sentiment rehgieux, Pie YII venait d'enlever aux investigations des antiquaires, en faisant rapporter sur le sol du Cohsée la terre arrosée du sang des martyrs.
En 1818 , le comte Bartholomeo Giuliari fut chargé de diriger une exploration sous l'arène , à l'amphithéâtre de Vérone. Le rapport que cet antiquaire fit de ses travaux, dans une brochure publiée à cette époque, est pour nous d'un si grand
H) Monuments du Midi , p. 65. C'est à tort que les auteurs de cet ouvrage prétendent ici que la presque totalité des portiques des galeries du rez-de-chaussée d'entresol du premier étage sont exécutés en pierres des carrières du Pont-du-Gard. Cette pierre n'a point été employée dans ce monument , mais bien celle de Mauvalat , près de Sommières , la même qui a servi au pont antique de cette ville.
intérêt, que sa description est en harmonie parfaite avec celle que nous allons faire des souterrains découverts par M. Grangent dans l'amphithéâtre de Nimes. Le docte Itahen suppose que ces constructions n'avaient d'autre but que de servir à l'écoulement des eaux pluviales. On va voir que nous leur assignons une destination différente.
Les fouilles que le roi deNaples fait exécuter en ce moment sous l'arène de Puzzolle, seront bientôt^ pour les antiquaires , un élément nouveau de recherches sur les rapports que pouvaient avoir les parties souterraines de ces édifices avec les jeux dont ils étaient le théâtre.
Toutes ces découvertes étant, comme on vient de le voir , postérieures à celles qui eurent lieu à l'amphithéâtre de Nimes en 1809, il n'est pas étonnant que des constructions , séparées en quelque sorte du monument principal, aient été considérées, par i\l. Grangent , comme tout à fait étrangères à l'édifice. Une opinion semblable fut émise par M. Fea, architecte romain, sur les souterrains du Cohsée , à l'époque de leur découverte.
Cette ordonnance, quel'on retrouve dans tous les amphithéâtres, avec des modifications qui peuvent ne dépendre* que des exigences de locahté , doit faire supposer, par cela même^ qu'elle était inhérente au plan primitif de ces sortes d'édifices ; et puisque l'architecture, comme le dit un savant de notre époque , est l'histoire bâtie en pierres, nous devons signaler les pages inédites que nous rencontrons sur notre passage. C'est dans ce but que noys
allons décrire les fouilles exécutées en 1809 sous l'arène de notre amphithéâtre, fouilles qui se rattachent aux découvertes que nous faisons aujourd'hui.
Deux canaux, U et Y, jilanche 1, creusés dans le poudingue , à une profondeur de 5"", 20 , furent d'abord mis à découvert sur chacun des axes de l'arène ; leurs murs de revêtement, 21, en moellons smillés, avaient été détruits à leur partie supérieure; mais ils sont encore conservés sur une hauteur de 1"',80 et une épaisseur de 60 à 70 centimètres.
Le canal , U, creusé sur le grand axe, a 7 mètres de largeur; mais, à 12 mètres du centre, K, de l'eUipse, il s'élargit d'un mètre par une espèce de doucine qui rapproche de la circonférence ses murs latéraux mutilés après cet élargissement. Cette destruction fut cause que les fouilles ne furent pas poussées plus avant. On remarqua, toutefois, que ces constructions étaient établies sur une espèce de socle formé de deux petites retraites ; la première , à 27 centimètres au-dessus des fondations, avait 9 centimètres, et la seconde, qui n'avait que 6 centimètres, était étabhe à l™,o5 au-dessus de la première.
Le canal , V, du petit axe n'a que six mètres de largeur; ses murs n'ont pas'de retraite à leur base, et n'ont présenté aucun évasement sur une longueur d'environ 10 mètres, au-delà de laquelle ils ont été trouvés détruits.
L'analogie nous conduit à supposer que ces constructions, qui donnent aux canaux la forme
d'une croix, s'élevaient, dans le principe, jusqu'au niveau du sol actuel, et que là elles se terminaient , comme à Capoue , Puzzole , Rome et Vérone, par de grandes pierres portant une rainure pour recevoir les pièces de bois dont on recouvrait ces canaux, lorsque l'arène étant mise à sec, on faisait succéder, à des amusements nautiques, des combats de gladiateurs ou de bêtes féroces.
Le canal dont on ouvrait la vanne pour opérer ce dessèchement, est disposé de telle sorte, que son radier, établi à deux mètres plus haut que le fond des grands canaux, U et V, laissait encore, dans ces derniers, cette même hauteur d'eau après qu'elle s'était déjà écoulée à plus d'un mètre audessous du niveau de l'arène.
Cette disposition avait pour but de ménager dans ces grands canaux une remise pour les barques et les divers attraits de naumacliie, lorsque, momentanément, on n'avait plus à s'en servir, l'eau étant , pour leur conservation , un élément indispensable.
On voit que ces constructions souterraines étaient en harmonie avec la double destination que nous avons assignée au monument et que , par conséquent, elles en sont une dépendance directe. Une nouvelle découverte à laquelle le hasard nous a conduit, vient encore de confirmer cette double destination.
Après que les fouilles de 1809 eurent démontré que le sol , A, (pi. 2, fîg. 1) de la galerie extérieure était plus élevé de 2°', 56 que celui de l'arène, B,
on ne douta point que , sur les deux arceaux du grand axe . qui communiquent directement de l'extérieur à l'intérieur, cette différence de niveau ne fût rachetée par un plan incliné , • AB , qui formait le sol. Cette idée semblait, d'ailleurs, si naturelle , que , de 1819 à 1844 , personne ne pouvait se douter qu'il en fût autrement, d'autant que, par ce système, il fallait juste quatre marches pour arriver de la galerie intérieure , D, à ce sol incliné des grandes entrées , et qu'on retrouvait précisément sur ces quatre points de communication^ ces marches ou l'ossature sur laquelle elles reposaient.
Il résultait cependant, de cette disposition, un inconvénient grave qui n'aurait pas dû échapper à l'observateur : c'est que , par l'inclinaison du plan AB, les galères servant aux jeux nautiques n'auraient pu s'introduire sous les arceaux du grand axe, qu'à quelques mètres en arrière du podium , distance après laquelle il n'y aurait plus eu une quantité d'eau suffisante pour les supporter , de sorte que les préparatifs de combat ou de tout autre exercice nautique , auraient dû , par cette disposition , s'effectuer en présence des spectateurs, ce qui , raisonnablement, ne pouvait être admis. On va voir , qu'à cet égard , la prévoyance de l'architecte n'avait pas été en défaut.
Quelques réparations urgentes , que réclamait l'amphithéâtre , nous amenèrent à faire rétablir sur les points où elles avaient été détruites, les marches par lesquelles on communiquait de la
galerie intérieure, D^ à l'arcade ouest du grand axe. Cette opération nous fit découvrir que la marche que nous avions jusqu'alors considérée comme la plus basse , n'était pas , en réalité , la dernière, et que, au-dessous d'elle, il s'en trouvait encore quatre autres de Î9 centimètres de hauteur, sur 50 centimètres de large, taillées dans un seul bloc de pierre, C. (PL 1 et pi. 2, fig. 1.) Ces quatre marches monolithes, au heu d'avoir deux mètres de largeur comme celles qui sont au-dessus, n'ont que 48 centimètres et se retournent à angle droit sur la direction des premières, afin de conserver par là le plus d'espace possible sur la largeur des deux grandes entrées de l'est et de l'ouest.
Au-dessous de ces quatre marches monohthes, il s'est trouvé un pavé antique formé de larges dalles dont un fort petit nombre avait été déplacé. L'inclinaison, EB, de ce pavé est tehe, qu'au point le plus élevé, c'est-à-dire deux mètres avant d'atteindre la galerie extérieure , il est encore à 80 centimètres en contre-bas de cette galerie , ce qui nous démontra qu'il y avait là .quatre marches, F, dont une seule fut trouvée à sa place.
Par suite de cette disposition , lorsque l'arène était transformée en lac , l'eau s'élevait dans les deux grandes entrées, à plus d'un mètre au-dessus du sol, et leur surface^ d'environ cent mètres, devenait , pour les galères amphithéâtrales, une espèce de rade couverte , dans laquelle , par un simple rideau placé à l'entrée, tous les préparatifs du combat pouvaient avoir lieu hors des regards
des spectateurs. Les petits escaliers nouvellement découverts, étant destinés à être souvent immergés, avaient été taillés dans un même bloc afm de les rendre plus solides , et comme ils ne devaient servir qu'à l'embarcation des jouteurs, leurs dispositions transversales et leurpeude largeur étaient plus que suffisante pour cet usage.
On voit que toutes les découvertes faites depuis 1809 conlirment de plus en plus l'opinion émise par M. Grangent sur la double destination de notre monument; nos dernières fouillesservent en quelque sorte de corollaire à toutes les preuves déjà indiquées par cet arctiitecte, et il n'est plus permis de douter maintenant que l'amphithéâtre de Nimes fût destiné à servir en même temps aux combats de gladiateurs, aux chasses des bêtes féroces , venationes, et à tous les autres exercices dont les monuments appelés ?mw??iac/iie5 étaient exclusivement le théâtre.
Disposition et manceiivre de la tente.
L'amphithéâtre de Nimes confirme, par sa disposition, tout ce que rapportent les anciens auteurs sur l'existence de cette immense tente velaria, destinée à garantir les spectateurs de l'ardeur du soleil dans nos climats méridionaux ; c'est le seul monument de ce genre où l'on retrouve encore, dans un état parfait de conservation, l'attique sur laquelle devait nécessairement reposertout le système de cette tente. Ce n'est donc qu'à Nimes où
l'ou peut trouver aujourd'hui toutes les données des moyens pratiqués par les Romains pour placer et faire mouvoir cette voile gigantesque que nous avons peine à comprendre.
MMv Grangent et Durand ont déjà puissamment contribué, par leurs recherches, à la solution de cet intéressant problème; mais lorsque nous avons voulu exécuter en relief cette tente, d'après le système proposé par ces architectes, il s'est présenté quelques difficultés que les Romains avaient probablementrésoluesetquenous avons dû chercher à écarter. Ce n'est donc point dans un but de critique, mais seulement pour essayer de faire un pas de plus vers la vérité, .que nous allons faire connaître le résultat d'une étude consciencieuse.
A sa partie supérieure, l'attique est décoré extérieurement de cent vingt consoles saillantes, a , (planche et fig. 5) percées chacune d'un trou rond de 50 centimètres de diamètre, correspondant à une entaille circulaire de 15 centimètres de profondeur, 6, placée perpendiculairement au-dessous, dans la corniche du second ordre. L'ouverture de ces consoles avait, à sa partie supérieure, ua collier de fer, c, don't il reste l'entaille- et le scellement.
La face intérieure de l'attique est couronnée d'une petite corniche qui lui sert de décoration ; vis-à-vis chaque console, cette corniche porte une entaille de 25centimètres ; à l'aplomb de ces échancrures, on a pratiqué, sur le dernier gradin, un
trou carré, e, de la même dimension et de 16 centimètres de profondeur.
îl est évident, d'après ces dispositions , que les consoles extérieures étaient destinées à recevoir un poteau rond, qui reposait, à deux mètres plus bas, dans l'entaille circulaire , b , ménagée sur la corniche du second ordre; le collier de fer qui armait le trou de la console à sa partie supérieure, avait pour but de la garantir contre la dilatation du poteau par l'effet de l'humidité atmosphérique.
On ne saurait douter qu'il n'y eût également , du côté intérieur de l'attique , vis-à-vis chaque console, des poteaux carrés de 25 centimètres de côté, fixés par le bas dans le trou pratiqué sur le dernier gradin , et enchâssés à sa partie supérieure dans l'entaille correspondante, où ils étaient retenus par un coUier en fer, d, dont le scellement est partout visible.
Après avoir constaté l'existence de ces deux poteaux, on se demande comment, séparés par toute l'épaisseur de l'attique, ils pouvaient se prêter un mutuel secours. *
Supposant que la tente n'était fixée qu'aux poteaux extérieurs, et que, par conséquent , c'était exclusivement sur eux que s'exerçait toute la force, MM. Grangent et Durand ont pensé que le poteau'intérieur ne servait qu'à arc-bouter le poteau extérieur au moyen d'une jambe de force fixée sur une sablière placée horizontalement sur l'attique entre les deux poteaux.
Ce moyen de résistance était si naturellement
indiqué par la seule disposition des poteaux, qu'il ne pouvait avoir été négligé par l'architecte ; mais, en réfléchissant, toutefois, qu'une simple entaille sur la face horizontale de l'attique aurait offert à la jambe de force une butée plus solide, et remplacé avantageusement tout ce système de poteaux et de sablières, ne doit-on pas attribuer aux poteaux placés à l'intérieur une part plus active dans la disposition de la tente?
La forme et l'épaisseur de ces pieux se trouvent indiquées par le monument lui-même ; il n'y a , en réalité, d'hypothétique que leur hauteur , qui nous semble avoir été convenablement appréciée par M. Grangent. Nous admettons donc avec lui que les poteaux ronds, g , (pi. 5) placés à l'extérieur de l'attique, s'élevaient à deux mètres audessus du monument^ tandis que les poteaux carrés de l'intérieur ne dépassaient l'attique que de 50 centimètres. Cela posé , voici de quelle manière nous proposons de rétablir la c/iarpen^e funimdaire sur laquelle devait manœuvrer l'attique velaria.
Nous fixerons, à l'extrémité de chaque poteau intérieur, f, un câble d'une longueur suffisante pour atteindre l'extrémité du poteau extérieur qui lui est diamétralement opposé de l'autre côté de l'amphithéâtre ^ et nous opérerons , autant que possible, la tension de chacun de ces câbles au moyen de poulies mouflées, h, fixées à l'extrémité de ces derniers poteaux.
Cent vingt cordes, ainsi tendues, formaient autant de diamètres de longueurs différentes, se croi-
sant, non sur un seul point, par suite de la figure elliptique du monument, mais sur divers points voisins du centre de l'ellipse ; comme la position de ces diamètres n'était point horizontale, puisque l'une de leurs extrémités était attachée au niveau de l'attique et l'autre à deux mètres plus haut, il en résultait que cet assemblage de câbles, vu du milieu de l'arène, était disposé comme les baleines d'un parapluie, plus élevé au centre que vers la circonférence, n'offrant plus , sur le milieu, cet abaissement choquant que le système d'horizontalité rendait inévitable, et qui, d'après l'évaluation modérée de M. Grangent, aurait dû être au moins de trois mètres.
Cette disposition explique ce que dit Plutarque, relativement à l'Odéon^ qui fut le premier théâtre couvert , dans la construction duquel Périclès fit usage des mâts pris sur les navires des Perses : « Théâtre dont le comble rond va tout à l'entour » corbant et couchant en s'y même, aboutissant » en pointe : et, dit-on qu'il fut fait sur le patron, » et la semblance du pavillon du roi Xercès. Pé- » riclès en bailla le devis et l'ordonnance {*). »
Voyons maintenant de quelle manière pouvait être établi le velaria sur le système de cordages que nous venons de décrire.
Dans notre notice sur les amphithéâtres, nous avons dit que la tente qui les couvrait avait, sur le milieu , une partie fixe que la prodigalité des
{{) Vie de Périclès , Amiot , p. 240.
empereurs décora de mille manières différentes ; on conçoit que cette portion , qui ne participait en rien aux manœuvres des autres parties de la tente, pouvait avoir une dimension plus ou moins considérable : on peut donc , sans inconvénient , la supposer égale à celle de l'ellipse intérieure et fixée sur une corde décrivant la même courbe (planche 2, fig. 2). Disposée de cette manière, cette partie immobile, P, de la tente pouvait, sans difficulté, être hissée à sa place par des pouhes , préalablement attachées aux câbles, à des distances égales à partir des poteaux intérieurs.
Il ne reste donc plus qu'à chercher la manière dont pouvait être couvert l'espace compris entre la partie fixe de la tente et l'attique du monument, espace sur lequel le velaria devait être mobile, et dont la forme serait semblable à celle que les astronomes donnent à l'anneau de Saturne.
« Le mot velaria ou vêla, disent MM. Grangent et Durand, mis au pluriel, dont se servaient les anciens , en parlant des tentes qui recouvraient les cirques ou les théâtres, annonce que cette tente devait se composer de plusieurs portions , dont chacune portait le nom de velarium; en effet, il est impossible d'imaginer un pareil ouvrage fait d'une seule pièce, et difficile à déployer sur une surface aussi considérable. Dès lors, nous croyons que la partie mobile était divisée en portions plus ou moins grandes appelées velarium.
j> Supposons cette partie mobile divisée en vingtquatre parties égales, ce qui fait embrasser à cha-
que velarium la distance de cinq poteaux, nous aurons 15'",50 pour la largeur de chacun d'eux. Cette largeur devait être égale sur toute la longueur du velarium, afin de se prêter à la manœuvre dont nous allons parler.
9 Sur la bordure de chaque velarium et vis-à-vis chaque poteau, c'est-à-dire chaque distance de 5", 10, était fixée une corde sur laquelle était fortement arrêtée la toile de la tente; de gros anneaux de bronze étaient attachés à ces cordes à des distances assez rapprochées , etc. »
Cette division du velaria en un certain nombre de parties nous paraît tout à fait rationnelle; mais nous n'admettons point , avec MM. Grangent et Durand, qu'elle n'avait pour but que de facihter l'exécution matérielle de la tente, et que ces parties étaient ensuite réunies de manière à ne former , au-dessus de l'amphithéâtre^ qu'un seul tout, dont la manœuvre et le placement exigeassent cent vingt ouvriers agissant en même temps par des mouvements uniformes.
Nous pensons, au contraire, que ces vingt-quatre portions de la tente étaient indépendantes les unes des autres, et pouvaient se mouvoir séparément; il ne suffisait , pour obtenir ce résultat , que de placer à leur ligne de jonction, c'est-à-dire de cinq en cinq poteaux, une seconde corde placée à côté du cable primitif , allant de l'attique à la partie fixe de la tente (').
H ) Ce double câble était le même qui servait à tendre la partie fixe du velaria.
Admettons maintenant qu'on accroche les cinq rangs d'anneaux, dont chaque velarimn est muni, à un pareil nombre de poulies préalablement placées sur les câbles correspondant à ces anneaux, on comprendra facilement que chacune de ces portions de tente , arrêtée du côté de l'attique, pouvait, sans la moindre difficulté, être étendue audessus des gradins ou repHéeà volonté versl'attique par une manœuvre aussi simple que celle qu'on met tous les jours en pratique pour les tentes placées devant nos cafés. Par ce système, cent vingt ouvriers n'étaient plus nécessaires; cinq marins, dassiarii y suffisaient au service du velaria, et sa subdivision procurait la faculté de découvrir partiellement les divers points de l'amphithéâtre que les rayons du soleil n'atteignaient plus. La pose de cette tente^ à l'ouverture des jeux, n'exigeait plus ces opérations préalables, d'étendre d'abord sur les gradins les diverses parties dont elle était formée, de les réunir ensuite par des liens pour n'en faire qu'un seul tout, et de hisser enfin avec une peine infinie, au moyen de cent vingt hommes agissant simultanément, cette immense voile au sommet de l'édifice. Ce résultat était obtenu par des manœuvres partielles extrêmement simples : on plaçait d'abord les câbles les uns après les autres; puis la partie fixe, enfin les velaria partiels à la place que chacun devait occuper. Un petit nombre d'ouvriers suffisait à toutes ces opérations, à moins, cependant j qu'un nouveau Caligula (^) ne voulût se
{\) Suet. , in Calig. , cap. 26.
procurer aussi la satisfaction de voir souffrir les spectateurs en faisant replier instantanément le ve/«rm au m ornent où la chaleur était la plus intense. Alors, et seulement alors, cent vingt ouvriers devenaient indispensables. Mais nous nous garderons bien de faire une règle de cette seule exception. Nous ajouterons que le petit nombre de personnes commises au service de la tente, nous semble même indiqué par les dimensions étroites de l'unique escalier pratiqué dans l'épaisseur du n>ur de l'attique, pour arriver à son couronnement.
Nous avons dit que, par leur disposition , les câbles, vus du milieu de l'arène , avaient la forme queprésenteraientles baleines d'un parapluie. Nous devons aussi faire remarquer que chacun de ces câbles ^ se prolongeant au-delà du centre , pour atteindre , en s'élevant , l'extrémité du poteau extérieur , il en résultait un nouvel assemblage de câbles, formant, au-dessus de cette espèce de parapluie, une figure absolument identique, mais en sens inverse. Cette seconde charpente funiculaire n'était point sans utilité dans le système que nous proposons ; elle servait de frein au mouvement vertical delà tente, qui, sans ce réseau superposé, aurait difficilement résisté aux vents impétueux qui régnent dans nos contrées.
Cette nécessité n'avait point échappé à MxM. Grangent et Durand ; dans leur système, ils obtenaient ce résultat au moyen de vingt-quatre cordes verticales attachées au câble eUiptique de la partie fixe de latente, et assujéties, par leur partie inférieure.
à des anneaux placés derrière les dalles du podium, au couronnement'desquelles, disent ces archi tectes, la vibration de ces cordes aurait laissé de profondes rainures.
Il nous paraît d'abord que vingt-quatre cordes disposées de cette manière autour de l'arène , auraient été d'un aspect peu agréable , et surtout fort incommode pour les personnages les plus importantsdelacolonie,auxquelsces places étaient réservées. Quant aux rainures qu'on remarque, en effet, sur l'appui de la première précinction, elles ne peuvent avoir l'origine qu'on leur attribue; elles son t rangées trois à trois, à quelques centimètres de distance les unes des autres, parallèles entre elles, et leur rugosité intérieure prouve, d'une manière évidente^ qu'elles n'ont pas été produites par le frottement d'une corde. Si la grille en fer qui servait de garantie ati podium n'avait point échappé aux investigations de MM. Grangent et Durand, ils se seraient convaincus que ces rainures n'étaient que le résultat du scellement de cette grille^ dont il reste encore quelques tenons.
Parle système que nous venons de développer, on explique facilement ces enlèvements d'enfants , d'hommes ou de taureaux , dont les anciens auteurs font mention. La petite surface que formait, vers le centre de l'ellipse, la réunion de tous ces cordages , présentait une telle résistance , que la force exercée sur chaque câble devenait inappréciable s'il s'agissait d'enlever
dans les cieux , représentés par la partie fixe de
m' l^ la tente, un homme , un taureau et même un éléphant.
Le silence des écrivains de l'antiquité sur la disposition et la manœuvre d\i\velaria ouvre une libre carrière aux hypothèses. MM. Grangent et Durand ont été les premiers à la parcourir. Nous avons suivi leurs traces, en évitant quelques écueils que nous avons cru apercevoir. Ceux qui viendront après nous atteindront peut-être encore le but d'une manière plus satisfaisante^ et cette partie de la mécanique des anciens cessera d'être un problème.
llistoriciuc du Monnment.
Aucun document historique n'a pu déterminer, jusqu'à ce jour, l'époque à laquelle fut construit l'amphithéâtre deNimes; une inscription grecque trouvée près de ce monument fit supposer à quelques auteurs qu'elle avait appartenu à l'édifice, et comme cette inscription (^) portait le nom de Trajan, on crut devoir attribuer à ce prince l'érection de l'amphithéâtre. Un autre fragment découvert aussi dans les remblais, le fit attribuer à Vespasien, Titus ou Domitien, parce qu'on y Usait : YIIÏ TRIB. POT.... et que, depuis Tibère, il n'y avait que ces trois empereurs qui eussent été huit fois consuls (-).
(I) Cette inscription se trouve à la Porte d'Auguste , sous le no ^9.
(3) La pierre sur laquelle cette inscription était gravée était d'un grain et d'une carrière différente du reste du monument ,
S'il ne s'agissait que de déterminer l'âge de l'édifice, ces opinions diverses, circonscrites dans un laps de temps peu considérable, seraient sans importance sur un monument qui compte déjà dixhuit siècles d'existence ; mais si l'on veut considérer l'amphithéâtre de Nimes au point de vue de l'histoire et de l'architecture, cette latitude ne peut satisfaire l'observateur. Une étude consciencieuse faite sous ce double rapport, nous a toujours conduit à ce résultat : qu'Hadrien fut l'architecte de ce monument, mais qu'il ne fut terminé que sous le règne de son successeur, « qui fit des largesses j> considérables à un grand nombre de villes de » l'empire, afin de les mettre à même de terminer » leurs anciens édifices et d'en reconstruire denou- > veaux (^). » Il est bien probable que , dans la distribution de ses faveurs, Antonin a dû mettre au premier rang la ville dont il était originaire (^).
On a cru voir dans l'un des bas-reliefs que porte Famphithéâtre une indication du règne de cet empereur, parce qu'il se trouve sur le revers de quelques médailles de ce prince « une louve allaitant » deux enfants, pour témoigner que, par son ex-
et tout porte à crorrc que cette pierre avait été apportée dans' l^âmphithéàtre , comme tant d'autres qui s'y sont trouvées. (Mémoires de î' Académie, tle Nimé&, année 4i8iO, p. 385.) (■I) Jul. Cap., in Antonio pio.
(^ T. Aurélius Fulvius , père d'Antoiwn , était de Ninies , ainsi que son aïeul de même nom.
» cellentgouvernemeDt,lesénatleregardait comme » le second fondateur de RomeC).»
C'est sur ces diverses considérations que repose l'opinion généralement adoptée , cpie c'était à la colonie, aidée des libéralités d'Antonin, que la ville de Nimes était redevable de son amphithéâtre.
Dans ce cas, ce serait après l'année lo8 qu'il faudrait en rapporter l'inauguration. Quoi qu'il en soit, il est évident que cet édifice n'a jamais été entièrement terminé. Non-seulement une grande partie des moulures de décoration sont encore inachevées ; mais ce qui prouve que des circonstances impérieuses ont du suspendre les travaux de confectionnement, c'est que les aqueducs, qui devaient amener les eaux dans l'arène , ne sont pas même revêtus de ciment ; ce qui n'aurait pas eu lieu si le monument avait déjà servi aux jeux nautiques auxquels il était destiné.
La construction cyclopéenne de l'amphithéâtre de Nimes démontre que l'état de dégradation où il se trouve aujourd'hui, est moins l'œuvre du temps que celle des révolutions dont cette ville a été le théâtre. On en jugera par les faits qui se rapportent à l'histoire de ce monument.
Sous la protection romaine , Nimes jouit pendant quatre siècles d'une prospérité constante , durant laquelle les édifices publics servirent à l'usage auquel ils avaient été destinés ; à l'imita-
{]) Remarck , on sevcral parts of Italy (Addisson Hagus,
tion de la métropole , son amphithéâtre fut destiné, pendant cette période^ à des combats de gladiateurs ou de bêtes féroces, et probablement aussi à ces luttes d'hommes et de taureaux qui se sont perpétuées jusqu'à nous, et font encore aujourd'hui le charme de nos populations turbulentes.
A l'invasion des Vandales, qui eut heu en 406^ les jeux de l'amphithéâtre furent sans doute suspendus, jusqu'à la mort de Crocus, leur roi, sous les murs d'Arles, deux ans après leur invasion. Selon toute apparence, ces amusements ne furent point rétablis dans les huit années qui suivirent, durant lesquelles les plaines de Nimes devinrent le théâtre principal des guerres intestines que se livrèrent les usurpateurs Constantin, Jovin et Sébastien.
Après la chute de ces tyrans, en 411, ce pays, qui semblait devoir jouir de quelque tranquiUité^ se vit encore exposé à toute la fureur des Visigoths, retournant chargés des dépouilles de Rome, pour renouveler les scènes de dévastation des Vandales qui les avaient précédés. Ce fut là l'époque fatale de la destruction des monuments de Nimes et particulièrement de ceux qui portaient dans leurs décorations quelques emblèmes de la puissance romaine!^)
(-1) Un grand nombre de nos monuments détruits portaient des frises d'aigles qui ont toutes été décapitées. La conservation de ceux qui sont debout n'est peut-être due qu a l'absence de ce signe impérial dans les ornements.
Ces temps de désolation et de deuil durèrent jusqu'en 416. A cette époque, Wallia, roi des Visigoths^ épousa la sœur de l'empereur Honorius qui eut pour dot la seconde Aquitaine et la partie occidentale du Languedoc, dont Toulouse devint la capitale. La ville de Nimes restant sous la domination romaine, ses habitants durent reprendre les coutumes que le séjour momentané des Barbares avaient suspendues, et l'amphithéâtre vit renaître alors ces exercices gui faisaient depuis si longtemps les déHces de la nation. Les jeux que l'empereur Majorien donna en 46i dans l'amphithéâtre d'Arles, doivent nous faire supposer que la ville de Nimes, soumise à la même domination^ conserva aussi, jusqu'à cette époque, la pratique de ces sortes d'exercices ; l'empire du christianisme ne fit que lui apporter quelques modifications, sans en détruire l'usage ; les luttes de gladiateurs furent suspendues , comme contraires à l'Évangile (') , mais les combats de bêtes féroces subsistaient encore en 460, sous les empereurs Léon et Athénius Severus.
En 472, les Yisigoths s' étant rendus maîtres des principales villes de la Narbonaise , -l'amphithéâtre devint sans utilité tant que dura leur domination, c'est-à-dire jusqu'à l'année i508. A cette époque, la tribu barbare des Francs, conduits par Clovis , conquit le midi de la Gaule sur les Yisigoths. Ceux d'entre ces derniers qui restèrent
(•I) Code : deFeriis, leg. ii.
à Nimes, entourèrent l'amphithéâtre d'un vaste fossé pour en faire une forteresse dans laquelle ils construisirent quelques maisons; ils élevèrent, du côté de la porte orientale, deux tours carrées, l'une plus grande que l'autre , qui n'ont été démolies qa'en 1809. A cette époque , elles étaient encore appelées tours visigothes{^). La plus basse servait de chapelle , consacrée sous l'invocation de saint Martin ('^). Cette nouvelle citadelle fut appelée castrum arenarum , camp des arènes , et les maisons qu'on y avait construites servirent à loger les soldais.
Les Sarrasins, chassés de la Septimanie en 720, soumirent le pays à leur domination et le conservèrent jusqu'à l'année 757. Charles-Martel, maire du palais , vint les assiéger dans le château des arènes , où ils se défendirent vigoureusement , mais dont ils furent cependant chassés. Avant de quitter ce pays , qu'il n'avait l'intention que de ravager, Charles voulut ôter à ces peuples et aux habitants qui les favorisaient l'usage de cette forteresse ; il y fit mettre le feu ; mais cette tentative barbare n'ayant eu pour résultat que de faire éclater quelques parties du monument , sans le détruire, il fut obhgé d'abandonner son projet (^).
L'amphithéâtre continua cependant à être un château-fort dont la garde fut confiée , en 1100 ,
(1) Ménard, vol. \, p. 73. La plus élevée était au-dessus de l'entrée orientale, l'autre sur l'arc iv du sud-est.
(2) Ibid, vol. ^, p. 2^8.
(5) Ibid, vol. ^, p. ^66, ^07 JI4.
à des chevaliers appelés milites castri arenannii; ils logeaient dans les maisons construites dans le monument même, et formaient un ordre dont les membres s'engageaient, par serment, a défendre ce poste jusqu'à la mort. C'était une espèce de communauté particulière gouvernée par des consuls à part, transigeant quelquefois, pour ses intérêts particuliers, avec les consuls de la cité(').
Le fossé qui entourait ramj)liithéâtre ne fut comblé qu'en 1278 par Philippe-le-Hardi (^). Néanmoins, l'édifice continua à servir de forteresse; les chevaliers en conservèrent la garde jusqu'à la tin du quatorzième siècle, époque à laquelle fut construit^ par Charles Yï^ un nouveau château-fort à la Ported'Auguste.
Les chevaliers abandonnèrent alors successivement leurs maisons dans l'amphithéâtre ; le peuple s'en empara, et l'on vit bientôt, dans cette enceinte^ s'élever un village dont la population était au moins de deux mille âmes. Ces habitations formant ce qu'on appelait le quartier des Arènes i^) , subsistaient encore en 1809, lorsque, par les soins de M. d'Alphonse, préfet du Gard, on opéra l'entier déblaiement de l'amphithéâtre. Nous devons dire ici que la démolition de toutes ces maisons avait été ordonnée par François 1" (^) , lorsque ,
{\) Ménard, vol. 4, p. \\o.
(2) Ibid, vol. \ , p. 504, 509, 56 î.
(3) Nous possédons un plan de cette espèce de village avec le nom de tous les propriétaires des maisons qui le composaient.
(4) Ménard, vol. 4, p. ^27.
en 1555, ce monarque visita les antiquités de Nimes accompagné de la reine Eléonore et de ses enfants. En commémoration de cette visite , les consuls de la ville lui firent hommage , deux ans après, d'un modèle en argent de l'amphithéâtre, du poids de trente marcs (').
On éleva aussi, sur une des places de la ville , une colonne sur laquelle on lit :