‹ Description de l'Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (volume 2)Chapitre 17 sur 87 · SECTION DEUXIEME · texte numérisé non relu

SECTION DEUXIEME

De la rivière de Moueys* — Du canal et de la digue de Fara'our^eh. — Canal de Chjhjn'el'KGum, — Des branches du Nil, — Des boghdz ou bouches de Damielte, de Rosette et de Bourlos* — De la navigation du NiL — Tableau des bâtimens qui naviguent sur le Jieuve et sur les cotes maritimes de l'Égfpte.

§• L Du Tera'tFeUMoue^s , ou rivière de Mouejrs»

A. une lieue au nord des ruines d'Atrjb, sur la rive droite de la branche de Damiettet et près de Kalr-Moueys, se tronye Torigine dn Tera*t-el-Moueys : le cours de cette rivière , qui débouche dans le lac Menzalch , vers les ruines deSân ou Tanis, est très-sinueux^ il est d'environ trente<ûnq lieues, des ruines d*Atiyb à celtes de Tanis* Tout porte à penser que le lit de cette rivière est celui des anciennes branches Pélusiaque et Tanitique» dont la partie supérieure , d'Atryb à Bubaste^ appartient à la Pélusiaque, et la partie inférieure à Tancienne branche ^ Tanitique : c'est dans cette opinion que nous donnons k h rivière de Moueys le nom de branche Pélusia^Tani^ tique,

La première reconnaissance de ce canal fut faite, en

frihiaire an vii (décembre 1798), par MM. Malus, officier du génie, et Févre , ingénieur des ponts et chaus*

sees; elle avait pour objet principal de savoir si sa navigation pouvait ouvrir une communication plus directe entre le Kaire et Menzaleh , sans descendre et passer à Damielte. Le rapport de ces ingénieurs fut trcs-favorable j et M. Malus le communiqua à l'Institut d'Égy pie, dont il était membre Cette belle rivière est aussi navigable que le Nil; et cet avantage nous a détermines à y fixer le point de partage du canal de Soueys près de Bubaste, d'où l'on pourra, comme on l'a déjà expose', se diriger au sud, à l'ouest et au nord , vers le Kaire, Alexandrie et Damiette.

Le barrage e'cluse' que nous proposons d'établir audessous du bassin de partage, près de Bubaste, devra suppléer avec avantage, par les raisons que nous avons dites, à la digue que l'on construit annuellement au Kafr-Mouejs, pour prévenir une trop grande dépense d'eau de la branche de Damiette par le canal de Moueys,

Si le lac Menzaleh était réduit à son minimum d'e'tendue par des digues qui en fixassent les limites, il deviendrait encore nécessaire de construire des ouvrages pour empêcher les eaux salées du lac de refluer sur les terres environnantes, dont les lagunes ne permettent pas la culture sur une grande étendue de pays, au sud, pendant huit à neuf mois de l'année.

§. II, Canal de Fara'ounjeh.

Le canal de Fara'ounyeh (Khafyg eUFara'ounjeh , le canal des Pharaons) traverse obliquement le haut

* Ce rapport est inséré dans le x'^'' volarae des Alémoires de riostllut d^Égypie , imprimés au Kaire.

Ddta , du 6ud-«st au nord-ouest : il prenait autrefois , ayant rétablissemeiit des digues aa village de Fara'ou-

nyeh, des eaux dans la branche de Damiettej il les reçoit aujourd'hui de la branche de Rosette» psir son embouchure i Nadir : c'est ce canal qui , passant à Menouf , chef-lieu de la province de ce nom, servira pour le passage de la rivière de Mouejs dans la branche de Rosette ^ à moins que , les choses ne prenant de l'extension par la suite, on ne pre'ferât d'ouvrir un autre canal plus direct sur Rahmanjeh, qui partagerait plus avantageusement le Ddta.

Ainsi que toutes les autres dérivations des deux branches du Nil, ce canal a pu ne servir d*abord qu'aux irrigations : mais Fabondanoe des eaux qu'il a reçues par deux grandes ouvertures à Fara ounjeh, l'a considérablement agrandi; et la pente rapide qn'il a de Kafr-Fara*onnyeh à Nadir, en l'approfondissant et Tëlargissant encore , soutirait une si grande masse d'eau de la branche de Damiette, que les provinces de Charqjeh,.de Qclyoubyeh, de Mansourah et de Damiétte, se ressentirent fortement de rabaissement des eaux du fleuve. Cette diminution devint telbe^ que les eaux de mer , ne trouvant plus, dans les basses eaux du Nil, leur force d équilibre vers Damiette^ refluèrent jusqu à Fareskour^ et causèrent les plus grands dommages. Les malheurs qu éprouvèrent ces provinces , excitèrent les plus vives réclamations auprès du gouvernement des bejs : elles furent successivement ëcoulëes on rejetëes, suivant les intérêts des divers gouvernans , et les sommes ou les présens plus ou moins considérables qu'ils recevaient

des parties ioldrassëes. La pîse d*eau du oaBal fut eofiii fermëe à Fara*ounyeh par deux digues sur lesquelles on

construisit de petits ouvrages de deicuse, dont les bej^s iWlfiAlffirt (rr*'" r* gouveraenr de la pioViiiee^ qui y mettait des freupes peudratimit lé temps de k crue dit Nil. Bien lot la province de Meneur elle-même , celles flp^ti&fialieyrdi, de Rosette et d'Alexandrie fse plaigni*' ' fmt du manque dVan cfue'leèr oeessioBait la4ermeture d|tC9iiaLp»r les digues de Fara ouujrcli. 11 y avait quatre ant^fneoet ëtat de choses existait, lorsque les Français arrivèrent en Egypte; ces dernières provinces, privées d&Ial)Q|0(|ldncc de s eaux qu'elles recevaient avant Touverture du canal de Fara ounjeh, portèrent leurs lédam^ tions à la décision du gênerai en chef.

Les provinces ii^rcsseesji la iiermeture des digues de Fara'ounyeb yinient r^ebmar en opposkioMb Cjeademn» • des, fondées sur des inlcicis divers, mais importans, déimmnèrent le général eu chef iaira panotnt sujet , la veille de son de'paft 4'£gypte pou» la Fiimea^ roi^^ du jour suivant

Ordre do jour* da quartier général de Menonf, 1« 5 fmctidor «d vit

(aa août 1799).

a Ilexistaitfily a plus de cinquante ans, une digue à Fafa'ouTiyeh , qu'il était d*iisage de couper au moment où le Nil diminuait, et de fermer au moment où il augmentait; depuis , on a laissé librement passer les eaux par le canal de Ménonf.

(( Depuis quatre à cinq ans , au contraire, on a rétabli la digue à Fara'ounyeh , que Ton n*a plus coupée , et les E* M. XI. ifi

si6 MÉMOnUS SUR LE CANAL

eaux passaient entièrement dans la branche de Damietteî oe qui « dimimië rinomtaîoo du Drita el de la Bnheyreh, mais a considérablement augmente celle des provinces de Ckarqyeh , Damiette^ Maasourah et Qeljou^ hyA. Lei commandaiis de oes provinces ràininmt les gens les plus instruits de leurs provinces , et se feront rancttre de& notes , .

ir I**. Sur U quantité de Cemin qui B*était p«»am« sée, il y a cinq ou six ans , lorsque la digue de Fara ou* njA n*ezîatait pas ;

cr a\ Smr la quantité de terrain qui se trouve aujourd'hui inondée par rétablissement de la digue de Fara'ousyeb;

«' 5^. Enfin , sur le tort que Aiisait Soeurs provinces l'usage plus ancien d ouvrir cette digue au moment où le Mil commençait^ baîssark

tf Les conttnaiidans des provinces de Menpufyeli , Baheyrehi Gbarbyeh» Rosette, et d'Alexandrie, se fieront également remettre des notes,

ir I®. Sur la quantité deterrainquiéttnt inondée avant l'établissement de la digue de Fara*ounyeh;

« Sur celle d^enue inutile par rétablissement de cette diguej

fc 5^^. Enfin , sur le bien que produisait dans ces provinces Tusage plus ancien de. oouper cette dipie aa mo* ment où le Nil commençait à baisser.

. «Lo commandant de la province de Menouf se fera remettre un état des dépenses que Ton^étaît d'usage de faire toutes les années pour couper et fermer cette digne.

« M. Le Pèrei ingénieur en^cbef , recueillera toupies ienteîgDeaien« mt cette importante quertien , afin d*en faire un rapport dans lannée: il fera aussi observer avec V le plus grand soin les autres^cananx cpî paraissent avoir nne tendance à porter les eaux de la brandie de Da« mielte dans celle de Rosette,

« Signé AjSUoçdbm BE&THIER, chef de rétat-major génértd. »

En conséquence de cet ordre, je chargeai l'ingénieur Févre de se transporter sur les lieux pour y prendre les renseigneniens nécessaires; il me remit k ce sujet un mémoire détaille : les généraux commandant les provinces m'adi^essèfent aussi les renseignemens deman* dës par Tordre du jour qui vient d'être citë; et , Tanfiée suivante, les ingénieurs JoUois et Dubois levèrent ^ le plan di^ canal , en firent le. nrvdlement, et me remirent leur travail commun.

Dans la crue du Nil de Tan vu, on trouva, le la fructidor (agaoàt 1799), cpie les digues de Fara'onnyeh soutenaient une lunitefir d'eau de 4'°,86 centimitres ( 14^* 1 1*^ 6') au-dessus des eaux, en aval des digues, . feunnes par la branche de Rosette. L'année suivante , le ig fructidor ail yin (6 septenive 1 800) , on trottva que les mêmes digues soutenaient une hauteur d'eau de 6^,46 centimitres (ig^ lo^^ 6') au-dessos des eaux ,

en aval des mêmes digues

* LeniTelleiiMDtdoiiMipoarpio* époqae;8aT«ir,deX■ii^Pan^'oa■3wh

tedc«csiiixdao8l«liratlTa,àceU« àllBB0«f»M5MMiijaèiret,fwiiA

Dans la forte crue de Tan ix ( septembre 1800 ) , Tarrière-digue coostruite à Menouf fut emportée par la force des eaux. Les habltans de Menouf et des villages voisins avaient détermine' le commandant français à construire celte digue j elle avait pour objet de former, de la partie supérieure du canal jusqu'à Fara'ounjeh, un bief ou bassin , dans lequel les eaux fournies par les pertuis du canal de Menouf eussent e'tabli un niveau susceptible de porter des irrigations , par le canal d'Abousarali, sur les terres de plus de vingt villages, que le défaut d'eau assez ordinaire réduit à ne pas faire de récolte.

Celte digue avait encore Tavantage, en établissant, dans un bief intermédiaire, un niveau moyen entre les eaux de la branche de Damielte et les eaux de la branche de Rosette, de diminuer la pression des eaux supérieures A Fara'ounjeh, et d arrêter ainsi les filtrations qui ont lieu dans le haut Nil, au pied des digues , et qui causent souvent dos inquiétudes.

La contre-disue de Menouf fut construite en messidor an viii (juillet 1800) , par les procèdes ordinaires du pays, sous la surveillance.du commandant français j mais, la berge du canal de Menouf, et le terre-plain qui le sépare du canal de Fara'ounyeh , ayant ete emportes par la crue considérable de l'an ix (septembre 1800),

développement de 20000 môlres, et du Nil , de la nécessité qu'ail y a de

de Menouf ù Nadir, 1,61 centimè- fermer, en partie, celles qui se jet-

trcs de pcnle, sur une distance de tent dans les lacs maritimes, et de

i3,5oo mètres, et une pente totale déterminer, suivant Tclat du Nil,

de 396 centimètres, sur 335oo mè- Técoulement des eaux de ce fleuvo

très de cours. — On parlera ailleurs dans la mer. du trop grand nombre des bouches

DES DEUX MERS. %%g

immédiateinent au-dessous de Tîle qui sépare les deux anciennes prises d'eau du canal de Fara'ounyeh, le ni« veau des eaux s'dera dans ce canal au point que la contre-digue de Menouf, dont le sommet trop bas avait Aé fixé d'après les considérations qu'on vient d'exposer , fht emportée par la force du courant et totalement dé* truite.

L'abondance et la rapidité des eaux avaifint tellement agrandi la partie supérieure du canal de Menouf , et approfondi la brèche, que la navigation s'est trouvée rétablie^ de Nadir à la branche de Damiette. Cetévàiement causa de vives inquiétudes , et il était très-urgent d'en t prévenir les progrès ; les digues de Fara ouujreh devenaient, en effet, sans objet. Nous nous proposions d emploj er les plus grands moyens pour refermer celte brèche par une nouvelle digue, sous Contamil, sur le bord du fleuve , et de reporter la pi ise d'eau du canal de Menouf beaucoup au-dessous , afin de prévenir un semblable événement qui pouvait résulter encore du tri>p grand rapprochement des canaux. Cet accident devait faire craindre que les provinces de Mansourah et de Damiette n'éprouvassent les mêmes calamités qui les déso» lèrent pendant quelques années.

Ce fut après avoir acquis tous les renseignemens né* cessaires, et après avoir pris par moi-même connais** sanoe de l'état des choses sur les lieux , que j'adressai au général en chef Meuou* un projet d arrêté, dont l'article i^' portait : «Les digues de Fara'ounyeh seront

* Ordre du jour ân 5 fructidor an ni Boonparte était do 5 frvelidor vnt ( aa aoûi iSoa). Gelvi da géoé- aa vii ( M aoêt 179$^).

23o MÉMOIRE SUR LE CANAL

retaLlics , et soigneusement garde'es et entretenues jusqu'à ce qu'il soit possible de constnjireune c'cluse propre à établir le partage des eaux que reclame Tinterêt des provinces adjacentes au Delta. »

L'objet de cet arrête était de consacrer le principe de la conservation des digues , et de calmer les inquiétudes , par l'aveu public du projet de concilier tous les intérêts, au moyen d'un partage jiossible et nécessaire des eaux à Fara'ounjeh. En effet, de simples vannes de decbarge, et des déversoirs construits dans la digue, sont encore les seuls moyens de satisfaire aux divers intérêts des provinces de la basse Égypte. Mais, aujourd'hui que d'autres considérations portent à rétablir la navigation du canal de Fara'ounyeb , pour faire partie de la communication des deux mers, on se détermine à reporter le barrage actuel près de IMenouf , en laissant ouvertes les deux prises d'eau de Fara'ounyeh : 1 écluse à sas que l'on y construira, aura le double avantage d'allier la navigation à l'irrigation de toute la province de Menouf , et de ne donner à la branche occidentale que le trop-plein de la branche orientale. Celte écluse, et la digue de barrage, sont les seuls tiavaux d'art qu'il y aurait à faire dans le canal à Menouf.

Il suffit de jeter les yeux sur le cours des deux grandes branches du fleuve, pour sentir l'avantage que la navigation directe de Soueys à Alexandrie gagnera en passant par le canal de Fara'ounyeh , au lieu de remonter jusqu'au Batn-el-Baqarah (Ventre de la Vache), pour j)asser dans la branche de Rosette : les biilimens qui remontent le canal de Moueyset une partie de la brandie

DES DEUX MERS. a3i

de Damiette, jusqu'à Fara'ouiiyeli , n'auront, pour arriver à Nadir, situe sur Tauirc branche du Nil, qu'une distance de 53,5oo mètres (17188 toises) environ, tandis que, pour arriver au même point, en doublant le Batn-el-Baqarah , ils auraient 90000 mètres j ce qui fait une différence de 565oo mètres, ou environ 14 lieues communes, qu'on a de moins à parcourir dans la navigation de Soueys à Alexandrie.

Le radier de l'écluse de Menouf devra être e'iabli à une hauteur convenable pour avoir quatre à cinq pieds d'eau dans le bas Nil. Les digues et les portes busquées auront de dix-huit à vingt pieds de hauteur d'eau à soutenir dans les plus fortes crues. Cette écluse placée à Menouf reunira aussi à l'avantage d'assurer une navigation constante , celui d'être aise'mcnt défendue sous les murs du chef-lieu d'une des riches provinces de l'Egypte.

Enfin cet ouvrage offrirait encore une communication utile avec la partie la plus haute du Delta j communica- » tion qui eût été indispensable, si l'on avait réalise le projet d'y former des élablissemens qui fussent devenus le point central de la colonie. On conçoit, en effet, combien la position d'une ville au sommet du Delta serait avantageuse, considérée sous les rapports de la culture, du commerce, de la navigation, et surtout de la défense, puisque le feu de cette place peut fermer à volonté la communication des deux graudes branches du fleuve, et de toutes celles qui en dérivent j mais cet établissement était une idée première, dont la paix seule pouvait réaliser l'exécution.

DigitizcL , . .oogle

aSa MËMOIRË SUE LE GMAL

§• III, Canal de Chj hjn Mtcmm»

Aînsî que le canal de Faraounjcli, le canal de Qiybyn el-Koum arrose le Delta, qu'il traverse du sud-est au nord-ouest; il prend ses eaux dans la branche de Damiette, au village de Qai jncyn, et dcbouclie dans celle de Rosette, au «village de Farastaq* Malgré la tendance qu'ont les eaux de la branche occidentale à se jeter dans la branche orientale, le canal de Cbjbyn cl-Koum est aujourd'hui moins considérable que celui de^Fara'ounyeh rne'anmoins l'on pourra, pendant trois ou quatre mois de lannée , profiter de la navigation du canal de Qiybyn el-Koum, et gagner encore un ou deux jours: sur celle du canal dcFara'ounych j et comme il sera indispensable, par la suite, de fermer par des digues écltisees toute communication des canaux d*in*]gation avec les deux grandes brauches du INil, il est évident que, devant faire dans le canal de Ghjbyn el-Koum des travaux analogues à ceux du canal de Fara'ounjeh, on pourra concurremment établir la navigation des deuiC mers par ce canal, qui débouche à Farastaq, dans la branche de Rosette, à une demi-journéé au sud de Rahmânyeh.

S« IV^ Branches du NiL

Le Nil , qui , depuis la dernière cataracte sous le tropique à Syène, n'a qu'un seul: lit jusqu au-dessous des pyramides (car on ne peut considérer comme bras du fleuve quelques, canaux dérives qui courent parallèlement

DES DEUX IVIERS. a33

entre le Nil el les montagnes qui longent son bassin), se divisait, dit Hérodote (liv. ii, §. 17), en trois hranches, près de la ville de Cercasore, à peu près au point désigne aujourd'hui sous le nom de Batn-el-Baqa' rail : la plus orientale passait à Bubastc, et se rendait dans la nier à Peluse, dont elle prenait le nom ; la sc^ condc, la plus occidentale , se jetait dans la mer près de Canope, qui lui donnait aussi son nom; la troisième existait entre ces deux points extrêmes de la base du Delta , et se jetait dans la mer vers un promontoire avance; elle était connue sous le nom de branche Sébeii' iijtique, qui partait du sommet du Delta, qu'elle partageait en deux. D'autres branches, mais moins considérables, qui dérivaient de ces trois principales, étaient la Saïtique, la Mendesienne, la Bolbitine et la Bucolique : ces deux dernières n'étaient pas l'ouvrage de la nature, mais celui des hommes , qui les avaient creusées.

Le fleuve avait donc sept branches du temps d'Hérodote , vers son embouchure dans la mer.

Le Nil a successivement occupe divers points de la vallée; son lit, dans l'étendue de son cours, touche sur plusieurs points aux déserts de la mer Rouge et de la Libye, et de nouveaux changemens peuvent se reproduire encore : mais, quels que soient ceux que le fleuve ait eprouve's dans les temps éloignes, par rapport à ses bouches maritimes, il est évident qu'il en a subi sensiblement depuis Slrabon, qui écrivait plus de 45o ans après Hérodote. Ce géographe décrit ainsi l'ordre des bouches du fleuve : 1°. la bouche Canopique, où les bâtimens abordaient quand ils ne pouvaient entrer dans

a34 MÉMOmE 8im LE CANAL

IfiB ports d*Aleiaadrie; la bouche Bolbitine; S^. la Sebenny tique ; 4*** ^ Pbatnitique , qui ëtait la plos considérable après les deux grandes qui formaient les côtes da Delu ; 6\ la McndAicnne; 6^. la Taniiique , 7^ en* finlaPëliisîaqiie.

Le fleuve avait encore d'autres petites bouches , qui porlaient le nom de '\4if^9çifAaxa^ciafausseâ bouùhes; mais les anciens , par lenr respect superstitieux pour le nombre sept, n ont parié avec emphase que de ces sept bouches *•

Entre les bouches Tanitiqne et Pelusiaqne, il se trouvait, dit Slrabon, des lacs et des marais trcs-etendus, dans lesquels étaient situës beaucoup de boni^. Péluse, lîi^xifjiov y dont le nom signifie marécageux, ëtait entourée de marais et d'abimes^ cette ville était située à vingt stades de k mer, et elle est aujourd'hui également clisiante de la bouche de Tyneh : mais il n en est pas de même vis-i^vis de Damiettc et de BouHos , où d'anciens établisfiemens se trouvent au jourdlini sous les ' eaux de la mer.

Des sept anciennes boudies du fleuve, les deux prin* cipales , la Pélusiaque et la Oinopîquc , n'existent en les comblant , les sables ont diminué Tétendue cultivable du Delta : elles sont remplaoées par les bouches de Damiette et deHosette , qui sont cdies qu'Hérodote dit avoir été creusées de maiu dliomme. On compte eaeore le même nombre de bouches^ eu vend Tordre,

* Ofl |>eM «oDwllar M. Goori de jeu diTCft leai aocieni ont dé>i Gébdin ^ dant Mm Monde priroîUf , gnéa et coniacréf par ce nombre aeptoii|. viify ior la rcchcrdie dei ob- icnaire.

d orient en occident : i®. la bouche de Tyneh, a\ la bouche d'Omm-Fâreg, 5**. celle de Djbeh , 4°. la grande bouche deDamictte, 5®. celle de Scmennoud à Bourlos , 6^. la grande bouche de Rosette, 7^. enfin la nouvelle l)ouche du lac d'Edkou. Celle du MaVljeh ne peut pas être comprise dans ce nombre, puisque ce lac , qui communique à la mer , ne reçoit pas constamment les eaux du fleuve. L'une de ces deux dernières occupe l'emplacement de la bouche Canopique, dont les traces sont perdues sous les eaux de ces lacs. On peut considérer ces bouches comme repondant à peu près à celles qui existaient du temps d'He'rodote.

Les bouches du fleuve ne permettent pas Tentree à des navires de plus de sept pieds de tirant d'eau , dans le haut Nil. Gîlle de Rosette est la plus difficile, à cause des bancs de sable qui la ferment. Celle de Bourlos, qui est plus profonde, a l'avantage d'avoir un boghâz moins elevë, et aussi moins variable : il semble que l'on pourrait tirer un plus grand parti de celte bouche pour pe'ndtrer dans l'intérieur. La branche de Damielte permet- >taitencore , au commencement du siècle dernier , l'entrée à des bâlimens de huit à dix pieds de tirant d'eau 5 mais elle se comble sensiblement. Cet effet, comme on l'a dit précédemment , est dû à l'ouverture du canal de Fara'ounyeh , qui a diminue considérablement le volume des eaux que cette grande branche versait à la mer : c*esl pour conseiTcr dans cette branche le plus d'eau possible^ qu'on a propose d'établir une écluse dans ce canal, à Menouf, à l'effet de ne dépenser que ce qu'il faut rigoureusement pour la navigation et l'irrigation.

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a36 MÉMOIRE SUR LE CANAL

S^'V. Dësboghâs.

On appelle hoghâE, en Égypte, les passes e'iroita et périlleuses des bouches du Nil à la mer. CesLoudies sont fermées par le$ sables que les flots de la mer, agità par les vents du large et combattus par le courant des eaux du fleuve, y de'posent au point d'équilibre ou ces forces viennent se briser. Ces bancs de sable varient suivant lés saisons et Faction plus ou moins grande des venls , en sorte que ceux qui forment la barre qu'on trouve ordinairement aux bouches du Mil, changent souvent de position , et rendent sans cesise nécessaire aux navigateurs les soins d'un pilote, charge de leur indiquer la passe ou le chenal des bouches du fletive; mais cette surveillance continuelle d'un pilote n*est pas toujours suffisante pour prévenir lesaccidens.

Boghâz de Damiette,*** Le boghâz de la branche orientale duIV il prend le nom de hoghâs de Damieue* Ob y trouve une profondeur d'eau assez constante de sept à huit pieds dans le bas Mil, et de dix i douze dans le haut Nil ; ce qui rend l'entrée de cette bouche du flaive plus facijie et moins dangereuse que celle de Rosette : aussi les germes de-Damiette sont-elles beaucoup plus fortes que celles qui naviguent sur ht branche'de Rosette'.

Les bâtimens de commerce qui viennent en l^gypte * par la bmncfae de Damiette, diargent ou déchargent

■ Voy» le tableau ( ti) oA cet aortes de bateau font décrits , qoani A lenr etpèce et A leur usage. ^

DES DEUX MERS. nZ-j

leurs marcliandises en rade même, à une lieue au nord du bogliâz, au moyen d allèges employées à ce transport. Les bâlimens qui , après s'être allèges , sont surpris par les gros temps, peuvent entrer dans le fleuve et mouiller à la hauteur d'el-Ezbeli. C'est par la bouche de Damicltc que se fait le commerce de l'Egypte avec la Syrie, rUe de Chypre et l'Archipel. La Porte envoyait autrefois deux caravelles croiser sur les parages des rades de Rosette et de Damieltc, pour protéger le commerce et le dëfendj c contre les corsaires et les galères de Malte.

Damiette a une rade foraine, dont le mouillage est très-sûr en etc' par la nature de son fond : mais, en hiver, les bâtimens sont souvent forces, quand ils sont surpris par les gros temps, assez fre'quens sur cette côte , de couper leur ancre en y laissant une bouée, et de se réfugier en Chypre , pour attendre que le temps leur permette de reprendre leur mouillage. Cette rade est située à deux lieues à l'est du cap Bouyau , qui , comme celui de Bourlos , contribue au calme de son mouillage. Les marins du pays, qui connaissent mieux la côte, vont mouiller à quatre lieues à lest du cap Bouyau , et reviennent sur rade après le mauvais temps.

Le cap Bouyau est forme par le prolongement des terres de la rive droite du Nil : ce banc, à partir du château, aujourd'hui envahi par les eaux de la mer, s'étend sous l'eau jusqu'à une demi-lieue au large, et Von n y trouve que deux à trois brasses d'eau au plus ; il est assez reconnaissable par les brisans qui s'y forment dans les gros temps. Pour gagner le mouillage, en parlant de la rade de Dainietie, par neuf et dix brasses

îi3B MÉMOIRE SUR LE GAIN AL

d'eau, on fait d^abord route à Tcst^ dans cette direction , le fond diminue peu à peu jusqua quatre brasses, et augmente ensuite : dès qu'on s'aperçoit de celte augmeolalion , le cap est double. On peut faire route ensuite an sud-est jusqu'à cinq et six brasses; alors on met au sudsud-est; et dès qu'on aperçoit au sud le château du bogbâz et une mosquée à deux minarets , à l'ouest de Damiette, dont on ne voit plus que le haut des minarets , on peut jeter l'ancre. Plus on s'avance vers le sud, plus le mouillage est tranquille; mais on doit avoir la pre'caulion de mettre une ancre de toue, parce que le fond est de fange molle. Les batimcns du pays qui font le commerce de la Syrie, mouillent sur toute la côte du lac Menzaleh.

Boghdz de Rosette., . . La bouche de la brandie occidentale du Nil prend le nom de boghdz de Rosette : celte bouche, ainsi que celle de tous les grands fleuves qui charrient beaucoup d'alluvions, est peu profonde, étroite , difficile, étant fermée par un banc de sable qui n'y laisse que deux passes

Ce banc , qui , dans la crue du fleuve , s*oppose directement au cours des eaux , y cause une agitation et des Lrisans dont la violence en rend le passage extrêmement dangereux. Il y arrive dçs accidens fréqiiens, malgré les soins des pilotes côtiers que le gouvernement y entretient , et qu'on y trouve toujours lorsque le temps le permet , pour indiquer les passes aux germes et autres bâtimens. Ces passes varient sans cesse : tantôt c'est celle de Test

* On trouvera les sondes de ces fait partie do travail général do la -différentes bouches dans l^Allas qui Commission d'Égjpte.

DES DEUX MERS. aBg

qui esi fréquentée ; tantôt , maïs plus souvent , c'est celle de Touest. On r\y trouve , dans le bas Nil , que quatre à cinq pieds d eau , et sept à huit dans le temps de la crue : c*est autant au courant qui s'établit au boghâz , qu'à la hauteur d'eau de la crue , qui y est de deux pieds environ, que l'on doit celle profondeur.

Il arrive souvent aux germes qui font le cabotage de Rosette à Alexandrie, et qui tirent cinq à six pieds d'eau , de toucher au boghaz ; mais, comme le fond n'est qu'un sable fin et délié, la vitesse de ces germes, dont la voilure latine prend très-bien le vent, leur permet de fder, en labourant, pour ainsi dire, sur ces sables.

Boghâz deBourîos .... Le boghâz du lac Bourlos a une profondeur d'eau assez constante de neuf à dix pieds : mais la plage , trop exposée aux vents du nord et de l'ouest , est peu accessible aux bâtimens étrangers ; ceux du pays qui font le cabotage, y trouvent cependant un bon mouillage à une lieue au nord de ce cap , le plus saillant de la côte d'Iigypte.

On compte encore six boghâz secondaires, celui d'Abouqyr dans le lac Ma'dyeh , celui d'Edkou , ceux de Dybeh , de Gemyleh , d'Omm-Fâreg et de Tyneh , ces quatre dei niers appartenant au lac Menzaleh. Ces boghâz rappellent les embouchures d'anciennes branches qui n'existent plus; on peut les comparer aux graux ou bouches des lacs maritimes sur les côtes du Languedoc.

94o MÉMOmË SUE L£ CAISAL

§• VL De la navigation du NiL

La navigation du Nil dépend absolument des crues et du décroissementdes eaux» qui en deternuoeut la dui'ëe, car elle c^se successivanent pour les bateaux d^aprlt leur tirant d'eau , que nous avons indiqué dans le tableau suivant : çeux de la haute £gypte sont généralement plus forts que ceux du Delta.

On a vu que les germes qui font le cabotage d'Alexandrie i Rosette et i Damiette, ne renumtent pas le fleuve au-delà de ces deux yilles : d'autres bâtimens connus sous le nom de mâch, à voile latine, et du port de 60 tAnneaux, chargent et déchargent les marchandises dans ces yilles , elr les transportent an Kaire et jusqu-aux li« miles de TÉgypte, vers la cataracte. Pendant les derniers temps du décroissement du fleuve, c'est-i-dire pendant quatre à cinq mois de Tannée, dépuis janvier jusqu a la ûn de juin , le Nil est peu navigable : les bancs dé sable y rendent fipëquens les échonemens; mais ib sont peu dangereux , à cause de la nature de ces sables , qui sont presque mouvans.

Les vaits favorables pour remonter le fleuve pendant cette saison sont également rares ou faibles , de sorte que la navigation est presque nulle : on fait, a défaut du vent , usage de la coVdelle pour remonter le fleuve; cet usage y est très-ancien.

Dans le temps de la crue , le fleuve , qui coule à pleines rives et avec rapidité, est bien facile i descendre p^r le courant seul^ quoiqu alors les vents du nord , qui

soufflent constamment depuis juin jusqu'en septembre, soient absolument contraires : mais ils sont aussi nécessaires que favorables 3 car au moyen de ces vents on peut souvent, en huit jours et moins, remonter le fleuve, dont le cours, suivant son développement , est, du Kairc aux cataractes, de i85 lieues (deaSoo toises). Le trajet de Rosette ou de Damîette au Kaire se fait souvent en trente-six heures. Le fleuve a, vers celte e'poque, une profondeur suffisante pour recevoir des caravelles , espèce de frëgatesj ce qu'on a vu, en 1778, dans la guerre des ])eys, dans laquelle Ismâ'yl-bey vint, de Damicttc au Kaire, avec une caravelle de 24 canons.

É. Mi XI. 16

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