CHAPITRE V
De la nier Rouge» —— Description des ports , rades et stations de cette mer, De sa navigation. — De son commerce, — Parallèle de la navigation de France dans les Indes par le grand Océan , avec celle qui se faisait par l'Egypte et la mer Rouge.
§. I. De la mer Rouge.
La navigation de la mer Rouge doit avoir puîssamïnent influe' sur l'util lie, plus ou moins grande, que les anciens ont pu retirer du canal de communication de cette mer au Nil et à la Méditerranée, par l'isthme de Souqys : nous avons renvoyé' à un examen particulier cette question , essentiellement liée aux causes de l'abandon et de la destruction de cet ancien canal 5 nous allons donc rechercher jusqu a quel point la navigation de ce bras de mer a dû y concourir.
Strabon , en parlant de la resolution que prit Ptolc'mee-Philadelphe, de transférer à Bérénice le port où devaient aborder les bâtimcns qui venaient des mers des Indes en Egypte, l'attribue à la difficulté de la navigation de la mer Rouge, principalement vers l'extremite' du golfe; idque effccisse , quoniam Rubrnm mare difficulter navigaretur , prœsertim ex intima recessii (dit son traducteur).
ig6 MÉMOIRE SUR LE CANAL
ArrieD , qui a donné , dans son Périple de la mer Érythr^% la description de tous les ports , des rades,
lies et stations de cette mer , ne parle pas des vents et des courans qu'on y trouve ^ on n y lit que ces passages sur la navigation :
«La plupart des marchandises sont transporle'es d'Égypte à Goloé depuis le mois de janvier jusqu'au mois de septembre, c'est-à-dire de Thybi jusqu*cn Thoth (des mois égyptiens) ^ mais le temps le plus convenable et le plus &vorable au transport des marchandises d^Egyplc , est vers le mois de septembre. » Et dans un autre endroit : k Le temps £aivorabie et le plus court pour la navigation de cette mer, est au mois de septembre, que les Égyptiens appellent Thoth \»
Pline dit, en parlant du retour des bâtimens des Indes en Égypte : c<Les vaisseaux repartent des Indes durant le mois égyptien Thybi , qui commence dans noire mois de décembre; ou du moins ils font voile avant le sixième jour du mois égyptien Mechyr , c*est« à-dire avant nos ides de janvier^. »
IVL AmeiUion , dans l'ouvrage qu^il a publié sur le
* Le Périple cU la mer Erythrée , emporium Ulad ( Coloc ) defenmtur écrit en grec par Arricn, vers la fin à januario ad sepUmbrem usque j du premier siècle de l'ère vul<2;aire, hoc est, à Tliyhi usque ad Thoth» a été iradiiit en laiin, en iG83,par Veriim tempus maxime oppovtnnum N. Blancard, et imprimé à Amsler- et idoneum hujusmodi ex yEgypto dam. H. Gostellm dit (dam aes. d^fartndi drca menton âtjaait-
Recherches, tom. n, pagi 176) qae hrem
ce périple cet ftaneiiiient aiuiboé à Tempiu opportunttm nafiganeK^
Arrien. mense septembriy quem Thoth
* Coloé, lien dVntrciiôt de la mer pellant, otcjne etiam citîàs. Rouge au Nil. 7 oj'e2 [ihis bas, 4 £x DtJia renm'i^ant mense Tarticle Dah<daq-el-Kebyr, p. uoS. yEgyptio Thybi incipiente^ riostro
V 3 Pleraçue atUem ex JE^ypto in decembn^aulutiquieMechiris^Qyp'
commerce des Egyptiens \ cite lobservation de S. Jérôme , qui dit que , de son temps , cette mer était semée de tant d ecueils et si remplie de difficultés de toute espèce, qu'on s'estimait alors très-heureux quand, après six mob de navigation , du débouché de TOcéan indien* on pouvait enfin relâchera Aylath (portaufond du bras oriental).
M. Niebuhr dit que les moussons diamétralement
opposées, et qui soufflent constamment de six mois en six mois sur cette mer, devaient s opposer à plus d'im vojage par an, et cite, à Tappui de cette assertion , le passage de S. Jérôme rappelle par M. Ameilhon'.
M. Bruce 9 qui naviguait dans cette mer en 1769, &it assez connaître par ses relations, que, soumise à des moussons et à des courans, elle est remplie d ecueils, et que la navigation en est lente et difficile.
Voyons jusqu'à quel point s'étendent ces difficultés, par l'examen de la nature des ports et du régime de cette mier^
tii intra diem sexlum , quod Jît intra — Let yttkVt étéûens, en Egypte , idus januarias nostras. Plin. SÙior* sont ceux qui , pendant Yélé , soufnat.ïïh. VI, caj). -26. ^ fient du nord dans la n^er Noire,
» Traité du coiuuierce des Egyp- dans rArchipel , la Méditerranée , la tiens, par H. AmeOhoa, igG6, mer Rouge , .et dans toale TEgypte in-S**, pag. 78. jusqu'en Abyssinie, qnand, dans
l%fix cursus est si, post sex jnen- TOcéan indieii, ils soufflent , au eon» ses , supradicUBuHns jâUatKportum traire, du sud, pendant ce temps. teneanty à quo 99 mdpU aponre Voyez In Voyage dt; Néarque, Oceanus. par M. William Vincrnt, traduit
» Moussons. Ce terme désigne, de l'anglais par M. Billecocq. Paris, en général y 1«8 vents étésicns, qui, an viii ( 1800 }. dans les mers des Indes orientales, ' Nous r^^rcttons de ne pouvoir soufflent régulièrenient du nord^st donnerHous les autres déTelopflependant leasiz mois d?liivcr, et du mens imporlans. qu?on peut puisud-ouest durant les six mois d^été. ser dans les ouvrages modernes de
Le golfe Arabique, sinus Arabicas, que les Euro-
])eens appellent communément mer Rouge, tîre son nom, selon d'Anvilie et INiebubr, de celui du royaume d'Édonm , qui a existé vers la partie septentrionale de ce golfe 5 le mot hébreu a^N (adoum où edoum) signifie rouge, rubis, terre ou pierre rouge, d^où le nom de mare Idumœum : cette étjmologie parait la plus yraisemblable de toutes celles que l'on cri a données. Celte mer est désignée dans l'Ecriture sous le nom de Jam^ Suph, ou mer des Joncs'. Les Grecs la nommaient golfe d'IIeroopolis , du nom de la ville siiuee au fond du golfe , et mer Erythrée ou mer Rouge, Cette dernière dénomination , qui lui était commune avec le golfe Persique et la mer des Indes, lui a sans doute etë donnée parce que le golfe Arabique ouvrait la route de l'Océan indien. Les Arabes lui donnent aujourd'hui les noms de
Bahr-el- Qoïzoum ^ Bahr-^ Soueys , Bahr-el-Ka'bah, Bahr^ITanbo', Bahr-Geddah, Bahr^Mekkah, Bahr- .ehYemen, Bahr-Qoceyr, etc., toutes dénominations que^prend cette mer à différentes latitudes.
Dodwell, Hddfon, Hnet, et de ^eceUe herbe a pu donner à la mer
MM. Robertson , WiUiani Vinoent , Aonge ceue cfoalificaUoa qui a été
et le major RenneU, qui ont encore le anjet de fréquentes diaoosfliona.
écrit sur ce sujet. Voyez le Recueil des voyages, im^
' Suph , on Sufn, est le nom d'une primé à Paris, en 1764.
herbe <|ui croît abondaanm'nt dans Le nom de mer Hou ge peut venir
les Indes, dans plusieurs lieux de encorc*de la nature dos uioniagncs
FAsie , et dana le fond de la mer qui bordent les parties septeotrio-
Roo^ : de la fleur de cette heirbe on nales da golle, et dont la rougeur ,
fait une conlenr rouge, dont on se due au porphyre et an granit dont
sert pour teindre les draps en Éthio- ellea aoot composées, reflète, sur
pie et dans 1rs Indrs; celle fleur, la mer qu'elles dominent, leur con-
qui ressemble à celle du safran, leur rembrunie ; ces moniagnos of-
Louillieavecdu jus de limon, donne front Taspoct de volcans éteints,
un beau rouge. Ou peut donc penser Foy. M. Gossellin , t. 11 , p. 78-84.
La mer Rouge s*6teiid du sud^est au nord-ouest, depuis le détroit de Bâb-el-Maudeb , situé sous les 12'' 55^ de latitude septentrionale, ju^ua Souejrs, par le 3o« degrë de latitude, sur une longueur de 5a5 lieues en*viron , et 20 de largeur moyenne ' : resserrée et dominée i Test par les montagnes d'Arabie, et à louest par eelles de TÉgjpte , elle est soumise k des moussons et à des marées régulières. Le ilot, qui porte cinq à six pieds d'eau à Soueys, n'en porte que deux à Tor, et un.pied au plus à Qoçeyr , variant ainsi du plus au moins dans les autres ports , suivant la direction et la force des vents et des courans que déterminent. des caps et le gisement des côtes.
f M. Bruce, dans sa carte des moussons de cette mer,
» HtTodole ilit (liv. a, §. ii ) : citations, qiic b journée de naviga-
c De Penfoocement du golfe Ara- Uoa d'un vaisseau à rauies des au-
biqae à la mer Rouge , appelée mer deiM pooTsit être de 35o •tadct
Étytkrée, il faut quaranie jours ( 33a5o toûes), puisqu'il fallait
Je naTif^Uon poar m Taîaseao à quarante jours de Davigaiion d^on
rames. » vaissean à rames, selon la reniât que
Ératoslbène , suivant Slrabon d'Iiérodole, pour se rendre du fond
(liv. xvi), donne i3i5oo stadt-s du golfe ;iu détroit de cette mer,
(laSaSoo toises) ù la longueur du dans l'Océan indien. La journée de
golfe Arabique. La carte mèdcroe, navigaiiou d'un vaisseau à Toiles des
dit M. GosmUid (Redierches sur la anciens était de Soo stades ( 4735o
navigation des anciens, tome n, toisés), ou de 60 milles romains
page i63}y donne à Pétenduc de (453Go toises), la journée s^enten-
cette même mer, en ligne droite, daot de resfMce qui est entre le
de Soueys jusqu'au cap méridional lever et le coucher du soleil (Mé-
de Bàb-cl-IMan(l( h , 20 degrés, à moires d^Kgjptc, par M. Dolo-
réchelle de latitude, valant 14,000 mieuj Journal de physique, de 171)3,
stades de 700 au degré (i33ooo6 tom. xlii, pag. 196). La journée
toises) ; ce qai donne ijBÙ lienes ma* d*un soleil à Taotre , ou de vingt-
^nes de 98S3 toises, et 554 liéaes quatre heures, était de 1000 stades
de a^oo toises; ce qui approche de (96000 toises), suivant ThéophUe ,
la distance donnée par les dernières comme le dit M. Gosiellin (t. u,
cartes de cette mer, publiées par pag. 38). KL. Rosilj. Oa voit encore par ces
aoo MÉMOIRE SUR LE CANAL
indique aux navigateurs les vents de sud-est comme fa^
rables pendant six mois, depuis novembre jusqu a la ûn d'avril^ pour se rendre du détroit, et même de la mer des Indes , dans les ports et rades de ce ffAfé; et 4éB vents de iioi d-ouest , pendant les six autres mois , de mai jusqu'en octobre , pour Iç départ de Soueys on des autres ports vers le détroit et la mer des Indes. Néanmoins ces vents périodiques pour le large du golfe sont souvent contrariés par les diverses directions que leltr font éprouver les montagnes , les caps et les récifs , qui déterminent des courans trè&-rapides que les Imiimens ne peuvent pas toujours éviter. ' ^ j m/
La njjL'r liouge manque de grands ports : ses côtes, couvertes de récils, d'iles ou debancs de sable^d'algue&Y de coraux et de madrépores, ne permettent pas aux graifds batimens de les approcher^ mais on y trouve un grand^nombre de stations., de rsudes^ei de jj^É^ ports, où les bâtlmens marchands -ptm^t immwtiÊi Nous allons en donner une description ^apids,^^:^v:>^r^
§. IL Description des ports et humiUages dè la mer
Rouge*
Sou&jtS:. . Le port de Souejrs est situé vers Texlré-
. mité du bras occidental du golfe Aiabique^ nous en
* Voyez ^ ponr ceUe âeMriptioo peiil enoore oonnilcw le Voyage de
des poris et autions de cette mer, Bnioe, tom. i*' ^ les œrtes de cette
les deux cartes de d?Aiiyflle ( Mé- mer, publiées en z8qo, par H. R<h
moire sur FÉgypte, p. 219), celles .âly, amiral français; eoGn, la des-
de Kiebuhr ( Description (le TAra- cription du golfe Arabique, par
bie, tom. II, pag. 2i3 et 299, et M. Gossellin, dans sa Géographie
Voyage en Arabie, pag. ao5}. On des aocieos, tom. xi et m.
DES DEUX MERS. soi
atons donné la description particulière dans le chapitre précédent.
Tor, . . . Tor , sur la côte Arabique , n a qu'une rade , dont rentrée est étroite et resserrée^ elle est ouverte aux vents du sud et du sud-ouest; les vents de nord , qui y sont les plus fiequens, en facilitent la sortie : c est le point de relâche des kayasses, bâtimens à voile latine, qui naviguent sur cette mer, de Geddali à Soueys. Ces bâtimens, de sept à huit pieds de tirant d'eau, ne peuvent pas aborder à Tor; ils mouillent toujours eu rade. Tor a des aiguades dont les eaux, qui sont saumâlrcs , sont recueillies sur le bord de la mer
Râs-el'Mohammed.*,* Le cap qui divise les deux bras du golfe, est nomme Râs-eUMohammed, L entrée du bras occidental , qui avait le nom particulier de sinus HûfûopoUtes, et qui porte aujourd'hui celui de Bahr^ el-Qolzoum , Bahr- Soueys , est très-resserre'e par des îles et des récifs à flenc d*eau, qui la rendent diificile. Le bras oriental , nommé parles anciens 5111115 JEtaniies, ' et aujourd'hui Bahr'cl-Ka'bak, sc'teud moins vers le nord que celui de Soueys: vers son extrémité, un ancien port, nommé Asiongàber dans TÉcriture*, et Bérénice par les Grecs, était le lieu où les flottes de Salomon se rendaient , chargées des richesses d'Ophir.
Mcylah..., Le port de Moylah, situé sur la cAte Arabique, et désigné dans Ptolémce sous le nom de
' M. Rozière, ingénieur des nii- confirme ce que nous rapporlonisnr nés, (|ui a visilé ce porl dans le ce mouillage.
voyage qu'il a fait, avec M. Cou- * Deutéronome, chap. u, v. 8; telle, au mont Sinaï, nonaa remis, d^AnviUc, pag. !i36. A ftm retour an Kaire, me note «jui
2oa MÉMOIRE SUR LE CANAL
Phœnieum oppidum, peut encore recevoir de petits bâ-
timens.
Baourâ.,,. Haoura, désigne dans Stiabon et dans le Périple de la mer Ërythree par le nom de AtxMÎi (^Lcucê cômé^ , Aïbiis pagus dans la traduction latine, o£t're une anse semée d lies , mais où de petits Mlimens trouvent un bon mouillage.
yil Sharm — iVl-Sliarm, dit d'Anville,est un port vastei capable de recevoir 2000 bâtimens, qui y sont tellement en sûretë, selon Niebnhr, qu'ils n*ont pas besoin d'y jeter lancre : son entrée est resserrée entre deux falaises élevées; Ce port e$t celui d* Yanbo*, petite ville peu distante ^ stir la route des Pèlerins, qui suit toute celle côte, depuis Aylatlrjusqua la Mekke. Al- Gyàr, situé au sud et à peu de distance d'Yanbo', en est le second port.
Ceddah.... Geddah, le port de la Mekke, est situé sur une côte semée d'écueils et de bas-fonds qui en rendent l'abord difficile; mais ces basses qui en couvrent l'entrée, font la tranquillité du mouillage que ïon y trouve près de la ville. C'est aujourd!hui un des ports les plus fie'quentcs de cette mer : il est distant de deux journées de la Mekke
• Les meilleurs pilotes de celle an moins deux mois, car ils ne na-
mer, dit M. !Niebuhr, ne foDl qu^un rigucui pas de nuiij le resie de
••al voyage par aa , de Soueys à Tannée, cee vaisseaux Blalionnent à
Geddah. lia partent de Soaeja dans Soueys on à Geddah. Le trajet de
la aaison où les a mts sont au nord^ Soueys à Geddah parait tonjonre
et arrivent à Geddah en dix-sept oa périlienz aox navigateurs turks,.
vingt jours, après avoir jeté rancre parce qu'ils sont obliges de tenir la
chaque soir, excepté dans le court pleine mer pour gagner TArabie. trajet de Ràs-cl-Mohammcd à Tile Si ces marins osaient se hasarder
ilaçan. Pour le retour, il leur faut eu pleine mer, ce trajet, par ie nii-
DES DEUX MERS. ao3
Au sad j et en suivant la côte, on trouve d'autres petits ports, Badëo, Senura et Gedan , indiques, dans les cartes françaises , anglaises et tiirkes, comme offrant de bons mouUhges, ainsi que Marsa-Kour, Marsa- Eran, Marsa-Ibrahym , Marsa-d-Bjr, Mugora et Ghezau.
Zohejra,**» Loheya , qui n'a point de port , a une rade étroite, que rendent difficile les courans et les basfonds qui s y trouvent. Mozeck ou Muza, situé au sud, est cite , par l'auteur du Périple , comme ayant été fi*é-
quente'.
MokM. • • • Mokhà n*est qu*un petit port, aujourd'hui très>fréquenté par les bfttimens anglais de la côte de Malal)ar ^ il est connu surtout par la grande exportation que l'on y fiiit du café âe l'Yémen , dans les ports de Qoçeyr et de Soueys. Ce port a remplacé celui d'Aden, comme station intermédiaire dans la navigation do rÉgypte aux Indes,>
Ghela. . . . Ghela , l'ancienne Ocelis, située près du détroit, a été, scion l'auteur du Périple, un port trèsfréquenté , où l'on pouvait faire de Tean. Pline ( lib, vi ,
liea du golfe, ne sendl wns doute gager, premmit toojowa la pleine
pas plus périUeiiK que celui de B&b- mer.
d'BÎandeb à Gcddah , où les vais- ' Il arrive annaellemeat à Geddah ,
aeaox anropéens n*oot paa même be- vers la fin de mara $ maq à m vai»-
aeîn de fnlotes; mais ils sont telle- seaoxdeSarateetdn Bengale, dont
ment ignorans dans la navigation, les cargaisons sont rsliioées à sept
qu'ils prëlendenl être plus habiles ou huit millions. M. Niebuhr a ans
que les Européens, en ce qu''ils na- trente-quatre jours de navigation
vigucnt toujours en longeant los pour se rendre de Soueys à Loheya,
côtes, au milieu des récifs et d» s dont la dislance est de plus de f\-2o
dangers qu'ils savent éviter, tandis lieues. (Yojrage en Arabie, pag. au5
que ceux-là, craignant de a''7 en- etai8).
ao4 MEMOIRE SUR LE CANAL
cap. a5) dit que c'est le lieu d*où il est le plus avantageux de partir pour la grande navigation des Indes. 11
offre encore aujourd'hui un bon mouillage.
Bâb'cl'Mandeb.*.. Le détroit de Bàb-el-Mandel ou Mandei)^ c'est-à-dîre porte des mouchoirs on du deuil, est le lieu le plus resserre de cette inei\ Sa largeur est de six à sept lieaes. L'île Perim, qui le divise, y forme deux. passages : l'un au nord, vers la côte Arabique, a deux lieues de largeur , et 1 3 à 17 brasses d'eau :i'autre, au sad, est de trois lieaes de largeur» et Pon y trouve 20 à 5o brasses d eau; mais il est moins fre'quentë que le premier , à cause de la force des courans qui s y font ressentir. L'île Perim (Mehun, dans les cartes de Ro- •sily) est Lasse , et a , comme le dit Bruce , un bon port , qui fait face à la côte d'Abys^nie. Au-delà du détroit , la violence des vents de sud-ouest y cause des courans très-rapides, et y rend la mer extrêmement agite'e,
Jtden*. • • Sur la côte Arabique , à lentrée de l'Océan indien, on ti*ouve Aden, l'ancien Arahum vicus, que Fauteur du Périple dit avoir été l'entrepôt du commerce des Indes, comme Alexandrie le fut de celui deTÉgypte; il offre un bon mouillage, des eaux très-bonnes et en . abondance : ce port doit servir de relâche , comme sous les Grecs , les Romains et les Vénitiens, à tous les batimcns qui entrent dans le golfe 1 ou qui en sortent, pour attendre les vents favorables.
On vient de citer tous les ports et mouillages de la côte orientale du golfe, en partant de Soueys; on va parcourir également ceux de la côte ocGideutaie en partant du détroit.
DES DEUX MERS. " 2o5
On ne trouve aucun port sur la côte sud du détroit : selon Arrien , la force de la mer permet a peine aux barques d'en aborder les côtes. Les premiers mouillages que Ton retrouve dans le golfe, sur la côte d'Abyssinie , sont Assab avec une aiguade, Bailul , situes sous la latitude approchée de Mokliâ, et Sarbo, désigne par Juan de Castro dans son journal de navigation.
Dahalaq-eî-Kehyr, . . . L'ancienne île Oriue , aujourd'hui Dahalaq', située sous la latitude de Loheya, qui est sur la côte opposée, a un port qui peut recevoir de grands vaisseaux; mais, ce port étant ouvert à tous les vents, la lame y est toujours grosse. Cette île, la plus grande du golfe , couvre le port de Massuali ou Matzua , dont l'anse , assez profonde, peut recevoir des vaisseaux de guerre; c'est le port qui remplace l'ancienne Adiilis , et par lequel on pe'nctrait, comme on le fait aujourd hui, dans le royaume d'Abyssinie : il est distant de huit journées d'Axum, peu éloignée de l'ancienne île de Meroc , située à la jonction de l'Astaboras au Nil. Adulis et Coloe étaient les lieux d'entrepôt du commerce du Nil à la mer Rouge,
Chahack — Chaback , situe' près et au sud de Souakem , a un bon port , dont l'entrée est à Râs-Ahehaz.
Souakem, . . . Souakem , selon les anciens géographes et les navigateurs modernes, doit être regarde' comme le port le plus sûr de la mer Rouge, quoique situe sur une côte difficile et dangereuse; un canal assez étroit
• L''îlc de Dalialaq-cl-Rcbyr a peuplée. (Recueil de vojagcs, Pa- Rcizc lirtios de longueur ; on y pêche ris, 176/1. ) des perles ; elle esl étroilc , mais fort
' 2o6 MËMOl&E SUR LE CANAL
conduit au fond d'un golfe où se trouve une île sur laquelle la ville est bâtie : d'Anvilley rapporte lanciennc Ptoiemaîs'Thêrén , port alors très-fréquente. Les bâtimens qui font le cabotage de Souakein et de Massuab ' à Geddab daos le fort de la mousson deté, ont soin de serrer la côte d'Abyssinie ou d'Habech , oà ils trouvent un bon vent d est qui souOle ordinairement pendant la nuit, et un vent d'ouest qui souffle pendant le jour, s*ils naviguent assez près de terre, ainsi que le permet la construction de leurs bàtimens. (Bruce, tome i*^'', page 355.)
En remontant la côte , on trouve les baies de Dradath , Dorbo, Fusba , Arekea , Alaki ou Salaka, Bathus au cap Calmés ; Minet^Beled^l-Habech , ou port des Aby$rsins, situe' dans renfoncement d'un golfe anciennement nomme Sinus immuitdus* Ce lieu , qui offre un assez ])oq mouillage , parait Convenir , dit d'AnviUe, à la position de l'ancienne Bérénice^ mais cette rade , comme le rapportent Strabon et Pline, est ouverte à tous les vents. Sa distance de Coptos, qui est de douze journées, ne permettra que trcs-dilTicilement dy former de nouveaux établissemras qui tendraient à rouvrir cette ancienne route vers TÉgypte.
Qoçe/r. ... Qoçeyr , . port aujourd'hui le plus fréquenté par le commercé de TÉgypte avec Yanbo*, Geddab et M okhft , n*a qu'une rade , qui est ouverte a tous
* Entre Tile de Massuah ( Mat- Henes au-delà sur la côte occiden-
sua} et k ooDlineDi on troiiYe nue ule, k Arquiko, <|iii a noe forte-
bonne rade ponr 1m fçroB b&timeDs. reise pour en défendre Paignade.
L'île est dcpourv'ue d^eau ; Ton est (Racoeil de Toyages, Paris, 1764* ) obligé d'en aller prendre à deux
les vents , mais dont le fond offre un bon mouillage; il ne s'y trouve aucun e'tablissement maritime qui puisse donner accès aux bâtimens et faciliter le transport des marchandises'.
Mjos-hormos , le Murh statio ^gs Romains, situe' à douze ou quinze lieues au nord de Qoçejr , lut anciennement très-frequentc; sa rade est couverte par trois îles , qui y brisent et arrêtent la lame du large. Il semble qu'on pourrait y rc'tablir Tancienne route vers Coptos^ dont ou retrouve les restes dans quelques-unes de ses stations entre le Nil et la mer : ce port abandonne' paraît plus avantageux que Qoçcyr. C'est de ce port que partit la flotte d*jï^lius-Gallus , forte de cent vingt bâtimens , pour son expe'dition de TArabie Heureuse. Le reste de la côte n'offre plus de stations connues jusqu'à Soueys.
D'après cette description rapide de la mer Rouge, il paraît que les ports situes sur la côte orientale sont de nature sablonneuse, peu profonds, couverts de bancs de sable, de coraux, et d'un accès difficile, tandis que ceux qui sont situes sur la côte occidentale, de'gages de bancs et de récifs , restent plus profonds : la cause en est due aux vents violons de ce golfe, qui y occasionent des courans tres-rapides , et qui portent vers la plage orientale les sables que la mer retire des débris des montagnes de la cote occidentale'. On observera que tous les ports de la mer Rouge manquent généralement des
• Nos collègues, MM. Girard, général pour les mers élroiles : les
ingénieur en chef, et Dubois, qui coles de France, dans la Manche,
ont visité ce port, |)Ourront en don- n^offrent que des plages basses et
Dcr ane description particulière. sablonneuses, et seulement de pe>
^ On remarque que cet effet est lits ports, tandis que les côtes
!io8 MÉMOIRE SUR LE CANAL
eaux douces nécessaires à la navigation ; mais on doit être assuré qu'il serait toujours possible d y ménager
une pal lie de celles qui se perdent dans cette mer.
UL Navigation de la mer Mouge*
Malgré le peu d'avantage que pre'sentent à la navigation les ports et stations de la mer Rouge , riiistoire atteste que Sésostris et les Pharaons ses successecurs, Salomon et la reine de Saba, les Perses, Alexandre et les Ptolemëes, les Romains, et enQn les Turks, les Vénitiens et les Portugais, ont couvert cette mer de leurs flottes guerrières et commerçantes.
La navigation de la mer Rouge a été véritablement le<:anal des richesses de Tyr et d'Alexandrie. Les flottes de Salomon pénétraient jusqu'au fond du bras oriental y de nos jours, des flottilles pénètrent tous les ans à^*extrémité du bras occidental : ces deux parties les plus resserrées et les plus dilHciles du golfe ont doue été et sont encore fréquentées.
Sous la domination des Arabes et de!& Turks . la marine des Egyptiens perdit toute son activité j telle était
opposées (celles de rAnglelerrc) Soucys, Cette opération, cpii est
sont peu susceptiblfsd'eoMblenieDS, lente, diûi que rien n^interrompt,
et ont des ports qui restent toujours eomble les ports de cette c6te, et
asMs profonds pour y recevoir» en leiaee an nûUen des terres , des TÔlet
font temps, des bàtîmens de tonte dont les mors étaient baignés par
grandeur. les eaux du golfe : unsî Elana , Mo-
C'est, dit M. Gossellin (lom. ir, dyana, Sambya et Mersa, connues
pag. 238 et 239 ) , une opinion cods- sous les noms modernes ôijdylath ,
tanle parmi les pilotes arabes, que de Madiarif d''Yanbo' et de Mersa f
le fond de la mer et le Ken des an- antrefeis situées sur les bords de la
tesges cfaangent tons les vmgt ans mer, en sont anjonid^bni pins on
sur 1a o6te orientale dn fpMt de m<nns éloignées.
DES DEUX MERS. ^og
sa &iblesse sons Mahomet, qae» dans la me d'entretenir. le commerce par r Arabie, ce législateur imposa à tous les sectateurs de l'islamisme lobligation religieuse da voyage de la Mekke. Ce long et pénible voyage , qni se pratique encore aujourd'hui par terre , de'montre assez rétat d'abandon de la navigation , et consequemment du commerce de la mer Ronge, à cette époque; cet e'tat, qui est toujours le même, a pour principales causes, la voie que prit le commerce des Indes par le cap de Bonne-Espérance % et le dépérissement des arts, des sciences et de Tindusti ie , dans tous les pays qu embrasse la domination des Turks.
- Les Vénitiens, qui firent le commerce des Indes par la mer Rouge , y curent une marine très-florissante. Le joiurnal du Comité vénitien parle de la flotte de Soliman II, qui, composée de quarante^nne galères et de neuf gros vaisseaux, fut armée à Soueys en i558. On j vit, en i54o, celle des Portugais, dont Juan de Castro commandait un vaisseau. '
En 1769, les Anglais y avaient quelques Lâtimeus, comme le rapporte BrQce, qui les rencontra dans son passage de Géddah â Massuah.
' Il arrive annuellement de Geddali à Soueynune flot* tille marchande chargée de café. M. de Yolnëy , qui a vu arriver celle de 1783 , dit qu'elle.élait composée de
* Après la dëcomrerle du cap de Vénitiens, el céUe mime que Soli-
Bonne-Espcrance, en i497i les Por* tnnn ii arait fait constmira à gran^
tognis firent tous leurs efforts pour frais dans le port de Soucys, en i538;
détruire le commerce et la naTÎga- ilsy furent ks inaîirosjus(]ii'en iS^o,
tioo de la mer Rouge j ils y curent époque où ils perdirent leur puis-
«De fldile qaî détruiait toute la ma- eaiice dans les Indea. rine marebande des TmkB M det
É. M. XI. i4
vîngt-liuît voiles, dont quatre vaisseaux perces à soixante canons. Enfin, pendant que les Français occupèrent rÉgypte, nombre de Lâtimens sont venus d'Yanbo' et de Geddah à Souejs. Les Anglais y ont paru à diverses reprises, et en dernier lieu avec des frégates et autres gros balimens de la compagnie des Tndcs',
Le vice-amiral Rosily , qui naviguait sur celte mer en 1787 , et que noUs avons pctrticulicrement consulte', est bien éloigne de croire que les dangers et les difficultés de la mer Rouge soient aussi considérables qu'on le pense communément. En effet, ces dangers, enfantes seulement par l'ignorance des navigateurs anciens et modernes, ont cle accrédites par l'opinion, ou plijtot par Terreur générale. En jetant les yeux sur la nouvelle carte de cette mer, on voit que la route tenue par la frégate la Vénus , que cet officier général commandait, embrasse la largeur de cette mer dans , tous les sens : on doit donc rester convaincu que tous les batimens de commerce n y trouveront pas des difficultés d'une autre Dature que celles qui sont communes à toutes les mers étroites. IjCS côtes seules offrent des dangers : mais le nombre des bons mouillages y est si considéi able , que les marins du pays jettent l'ancre tous les soirs, parce qu'ils ne naviguent jamais de nuit ; dans les gros temps, ils restent mouillés au même endroit quelquefois liuit et quinze jours, sans jamais oser gagner le large, ni profiter d'un vent qui serait favorable pour tout bâtiment européen.
» Aux mois de germinal etdeprai- glais ont débarqué à Soueys et à rial an IX (avril cl juin 1801), les An- Qorr-yr environ Gooo hommes de
DES DEUX MERS. au
Les relalions des voyageurs sont pleines de ces £uts* On trouve dans celle d'nn officier anglais , M. Roolp % des détails ptîu étendus, mais précis, sur la navigation de la mer Rouge.
« La construction et la manœuvre des vaisseaux qui y naviguent, dit cet oilîcier , sont particulières à cette mer, ainsi qu'aux Arabes, qui font le cabotage de Mokhâ, Geddah , Qoçey r et Souejs. Le vent, premier mobile dans la marche des autres vaisseaux, est presque nul pour les bfttimens arabes; le calme leur est plus avantageux : craignant autant un vent ^vorable qu un vent contraire, ils restent à 1 ancre en attendant le calme; ils lisent Fancre ponr profiter de la brise; dès qu elle devient un peu forte , ils regagnent les côtes environnées de rochers et de bancs de sable, ne se croyant jamais plus en sûreté qu au milieu de ces dangers 3 ils
IronpeR des Indes (des Cipayrs); reip($f1iiion ;\ Morcbat, et de co
ils perdirent doux gros liàliineos À pori s'eaibarqua sur un bâtiment
rentrée du détroit. arabe pour Mokbâ, oi\ il arriva ea
' Voyage de M. Rooke, officier quinze jours j traversée qui n'est
anglais, faisant partie d« rexpédi- comaranément, dit-îl, que de dix
il<Hi contre le oap de Bonne-Eap^ jonra : il en mit Tra^-huit à ae'ren-
rance , en 1781. dre de Mokhà à Geddah , an lira de
La flotte anglaise ayant été battue neuf à dix que dure ordinairement
par celle de M. de Suffren , à la hau- cette navigation ; il mit quarante-
Icur des îles du cap Vert, el dcvau- cinq jours de Geddah à Souevs , pour
cée au cap de Bonne- Espérance , unedistanccdcdeux cent vingt lieues
Tamiral frapçais fit voile pour les eoriron, dont le trajet, dit Niebubr,
Indee. M» Rooke, afihibli par lei n^est que de dix^sept à TÎngtjoara :
fatignea d*nn voyage cb denx cents snr ce nombre il efi mit donse ponr
jours de navigation , des cotes d'An*^ passer de Pile de ChedooAn» située
gleterre <^ Morebat (situé sur les au Râs - el - Mohammed ,& Soueys ,
côtes de l'Arabie heureuse, vers le pour Une distance de cinquante-trois
golfe Persique) , et «îans lequel Ttsca- lieues. Lettre viii , datée de Soueys ,
dre anglaise perdit beaucoup d'hom- du 25 avril 178a, p. 60*98 jet Lettre
mes par les maladies, abandonna xi,pag. X23.)
21 a MÉMOIRE SUR LE CANAL
mouillent sur les deux henres après-midi , car alors la
brise fraîchit ; ils jettent des ancres à proportion de sa force I jusqu'à cinq ou six^ ils ont encore deux ou trois câbles pour s*amarrer sur les rochers; la brise de terre s'élève sur les deux heures du matin , et dure jusqu'à neuf et dix : sans ces brises, laoïavigation des Arabes serait interminable. Ceux qui n*ont pas &it leur traversée de Geddah à Souejs 'avant la fin de mai , risquent de ne pouvoir pas y arriver de la mousson; car les vents de nord soufflent alors si constamment, qu'il est impossible que les vaisseaux manœuvrent contre le vent, et passent l'étroit canal de Tor à Soneys. »
La navigation de Squeys à Geddah se £iit , comme on la dit précédemment, par des zaimes, espèce de vaisseaux sans pont , du port de nos petits bâtimens marchands , et asSGE forts pour ne pas craindre Féchouage. Ils ne font ordinairement le voyage qu une ou deux fois par an; ce qui les rend préférables aux gros bâtimens qu'ils ont remplacés. Si cette mer eût présenté des dangers réels, ou seulement des dilBcultés dans sa navigation» aurait*on vu la compagnie des Indes d'Angleterre solliciter et obtenir de la Porte la défense d y laisser pénétrer aucun vaisseau européen? Voici un extrait de ce que rapporte à ce sujet le même officier anglais:
« Des Anglais faisant le commerce par fraude ( c'était autant à leur avantage qu'au détriment de notre pays) , plusieurs navires chargés dans l'Inde venaient à Soueys tous les ans , quoique le grand-seigneur en eût expressément défendu Tentrée à tout vaisseau chrétien ou étranger. C'est pour nous nn grand mal; car noos
DES DEUX MERS. ai)
xi*aYons pas de voie plus courte pour expédier nos dé<pêches,
crQuand onsaitqoelechemiadeLoiidjresàBladras»
par Souejs , a ete fait en soixante-trois jours , on est surpris de voir , les Anglais n^liger un si grand avantage, quand ils peuvent se le procurer. Je ne crois ce* pendant pas qu il faille en faire une route ordinaire pour les passagers, ni permettre même à aucun vaisseau d'aller à Souejs , excepté aux bâtimens cbargés de dépêches^ car on faciliterait alors une contrebande qui nuirait au commerce de la compagnie des Indes et au revenu de l*État. »
11 pourra paraître intéressant de lire ici un hatteche^ ftf ou firman cité par cet ofBcier , dans lequel la Porte défend la navigation de la mer Rouge aux nations européennes , et particulièrement à la nation anglaise
• Finnan de ]« Porle ottomane, et surtout ceux des enfans des ténè-
qoi défiencl rentrée de la mer RoQg* brea, q^avaient cootume de yenir
anzEnropéena: dana la mer de Soneja; les Anglaia
« Sa baotease le grand -adgnear n^aTaient pas paasé au-delà de Gcd«
ne veut plus qu^ancun vaisseau y im- dnh , jusqu^au temps d^AJy - bcy.
ne à Soueys, ou bien y trafique de Alors un ou deux bâtimens anglais
Geddah , soit ouvertement, soit se- vinrent à Soueys apporter audit Aly-
crèlement : la mer de Soueys est Ley des préseus de la part d'une pcr-
cooaacrée an noUe pèlerinage de U sonne ineonnne ; ils dirent qn^ils re •
Blekke; et qmconqne finroriaera le naient oberdier une cargaison : d*a^
paasage dea vaiaieanx cbrétiena, le pria cette première démarche, lea
tolérera , ou ne s^y opposera pas de Anglaia crurent qu''ils pourraient en
toutes ses forces, est déclaré traître tout temps faire les mêmes choses; à sa religion, à son souverain et à sont donc venus à Soueys, avec
tous les musulmans : Taudacieux qui des bâtimens chargés des maichan-
bravera cette défense, sera punidans dises de Tlnde. ce monde et danaraotre ; car elle eat « N ona en arcoa été inatralta ; et
anlant importante pour les êSUatà regardant ce ccmmerceoomme anan
de rétat qne pour celles de la reli- daogerenx pour la police de notre
fpifa* royaume qne ponr la religion , nona
e 1 amaia aucun Tajjsean étranger, défendona ezpreaaément à tout Tais-
ai4 MÉMOIRE SUR JLE CANAL
On trouve dans les Mémoires de M. deMonligny , officier français, qui naviguait sur la mer Rouge en 17761 les détails saivans :
« La saison la plus propre pour se rendre de F.rance dans rinde par la mer Rouge , est celle du printemps^
sraa clirélien de venir clorénaTant laissèrent abuser , et les chrétiens à Soupys; nous en avons signiGé ont fini par prendre leurs villes et noire volonlé à leurs ambassadeurs» les réduire en esclavage. Ou sait , en pour ea faire part chacun à leur ton- cotre , combieq Ua haïssent les mnveram qni a*y est conformé. Ainsi, sohnana, i cause è& leor religion , quiconque enfreindra nos défenses, et combien ils sont fichés de TOÎr sera emprisonné; ses effets seront Jérusalem entre nos mains, confisqués, t t Ton traduira celte a Noua ordonnons, par ce Crman, affaire à notre illustre Porte. que si un vaisseau chrétien , et parce Des sages, des hommes profonds ticulièremout un vaisseau anglais , dans la connaissance de rbisloiro, et Tient'à Sonejs, on mette le capîcens qui savent tons les malheurs taine ainsi que tout Téquipage danc qn^aprodttiurobscnrepoUliqnedeâ les fera, puisqn^ls soni rebelles à chrétienst nous ont appria qu'ils nos ordres et à ceux de leur prince, voyagent partctte et par mer , qu'ils d'après la déclaration même de leurs «ivent les plans des différens pviys ambassadeurs; ils méritent donc par où ils passent, pour s**en rendre d'être emprisonnés et d'avoir leurs uiaitres, comme ils l'ont fait dans effets confl&qués. u ^Extrait du rinde et dans d^ttttm contréès. Voyage êt M. Mookê. )
« Le chérif de la Uekke nous a G*est en 1774 que les Anglais en-
aussi représenté que ces chrétiens, voyèrent pour la première fois des
non contens de leur commerce de bâlimens de commerce, de Calcutta
rinde, ont tiré du café et d'antres ei de Aladras, dans les ports de la
marchandises de rYemen , pour les mer Rouge , jusqu'à Soueys , à l'effel
transporter à Soueys; ce qui a fait aussi de faire passer dans les ports
beaucoup do tort à notre port de de Tlndc des dépêches assez fraî-
Geddab. ches pour n*avoir que quairè>Tingts
« En réfléchissant sur ces mal- à quatre-vingt-dix jours de date,
heurs passés, noire rojrale indigna- En 1777, le conseil de Calcutla
tion s'*est enflammée, surtout lors- fit passer, d'après les ordres de la
que nous avons appris la conduite cour de Londres, dans la mer Rouge,
que ces chrétiens tiennent dans la corvette le i$wa//bw, et en 1778,
rindi:. Pendant quelques années , le Cormoran.
ils entreprirent de longs voyages. Le Swallow protégea la marche
«ts'aononcùrentpourdesmarchanda de six h4timens qui arfÎTèrent au
qui ne cherchaient ni à nuire ni A commencement de mars A Soueys ,
tromper. Les atupides Indiens ne oAilaattendirentle commandant de
aonpfonnérent pas la fourberie, se Hadras : ce commandant, après
DES DEUX MERS. aiS
c'est le temps où les bâti mens de Marseille viennent ordinairement à Alexandrie, en dix, quinze et vingt jours au plus : on arrive alors à Soueys dans le temps où les vents du nord commencent à souffler, vers les premiers jours de juin. »
La nation européenne qui pourra jouir de la liberté du commerce par la mer Rouge , doit avoir à Soucjs des bâtimens qui lui appartiennent. En profitant des moussons favorables , c'est-à-dire des mois de mai , juin , juillet, août et septembre, pour se rendre dans l'Inde, et de ceux de décembre, janvier, février et mars, pour le retour, cette navigation serait si prompte, que la France , par exemple, pourrait envoyer des dcpêclies de Paris à Pondicliéry dans Tcspace de cent jours , tandis qu'il faut au moins cinq mois , ou cent cinquante jours , pour les faire tenir dans les ports de l'Inde par le cap de Bonne- Espérance,
On voit que cette correspondance est du plus grand intérêt: mais elle ne peut avoir lieu toute l'année, parce que les temps favorables à la sortie du détroit de Bâbel-Mandeb cessent à la fin de septembre, et qu'alors on
soixante-six jours de navigation , et soixante-onze de son départ de Londres, arriva à Madras sur celle corvcUe.
Le Cormoran^ qui attendait également à Soueys des dcjiêclies de Londres, arriva à Madras avec des Jetlres de quairc-vingl-quiuze jours de date.
En 1778, un vaisseau particulier arriva de Soucys à Madras en cinquanle-nn jours de traversée ; un second % aisseau parti Je Soueys
arriva au même port en quarantecinq jours , el y apporta des letlrcsde Londres, de quatre-vingt-treize jours de date.
Les deux bâtimens anglais cités dans le firman sont ceux dont parlait M. Rooke, en 177g ( lel. vitr, pag.
97 ) , ainsi que M. de Volney ( t. i*"^, pag 20G ) , et dont la caravane richement chargée de marchandises des Indes , et compo;îée d'officiers el ncgocians anglais, fut entièrement pillée [)ar les Arabes.
ai6 MÉMOIRE SUR LE CANAL
. trouve an-delioi s des calmes et des courans qui portent les bltimens sur la côte d'Afrique, d'où ils ont peine à se relever ) ainsi que des vents contraires, qui , venant les surprendre , rendent cette navigation longue et difficile*
Les vaisseaux qui sont stationnés à Soueys , et qui j attendent les vents favorables , doivent calculer sur ces ëpoqnes. On part pour le Bengale, dès le mois de mai au plus tard ; pour h cAte de Goromandel , dans le mois de juin, jusqu'à la mi-juillet; pour la cote de Malabar et de Surate , en juillet et août } et enfin « pour Bombay , de mai en septembre.
Quand les vaisseaux européens sont partis de Soueys y il n*y reste plus que des bâtimens turks ou arabes , qui attendent le temps du pèlerinage de la Mekke, pour ^ 8*en retourner à Geddah , Loheya ou Mokhâ. Il arrive souvent à ces bâtimens, qui sont partis trop tard de Soueys ou de Geddah, d'être surpris en route par les vents contraires, et forces d attendis pendant trente à quarante jours au mouillage le retour de quëlqnes vents favorables pour regagner le port d où ils étaient partis.
Si nous avons démontré que la voie de TÉgypte et de la mer Rouge est, pendant cinq mois de l'année, préférable à celle de la grande mer, pour Farrivée des dépêches d'Europe dans les Indes , nous pouvons assurer qu elle Test encore en tout temps pom* le commerce. L'opinion contraire existe assez généralement : c*est pour la détruire qu'on donne ici le pàrallële de la durée de la navigation aux Indes par le cap de Bonne-Espé-
Tance, avec celle du trajet par la Méditerranée et la mer Rouge 9 abstraction faite de toutes difficultés politiques. On suppose la liberté des mers^, avec rétablissement d uue coiouie européenne en Egypte»
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On voit dans ce parallèle , que le trajet par TOcean , suppute à i3o jours, peut eu exiger i5o, à cause des relâches inévitables dans une aussi longue navigation : on peut donc l'évaluer à cinq mois^ mais il pourrait être moinflre pour un navire qui , dans les mois de juin , jnillet et août, ferait route par le canal de Mosambîque. Cette traversée de cinq mois est d'ailleurs assezlordinaire, comme on le sait par les relations de quelques vojagem.
Le trajet par l'isthme de Soueys et la mer Ronge ne serait que de trois mois et demi : il pourrait être réduit k moins de trois mois, par un concours possible de circonstances frvorables ponr les nai^res de commerce^ et cette traversée serait moindre encore pour ceux qui, prenant le canal plus direct , de Souejrs à Tyneh, pr^ de Pélnse, et ne passant plus par Alexandrie et le Nil, ne seraient tenus à aucune relâche. A la vérité , commq^ dans tous les cas, on aurait à attendre les nio|WiO||i pour le retour , on n'obtiendrait pas un très-grand avantage sur la voie de l'Océan, qui exige près d une année pour TaUer et le retour; mais il ne &ut pas. perdre 4a vue qu'en supposant celle de TÉgyptc, on y a des établissemens d'entrepôt, et que, parcourant le golfe Arabique, le commerce y trouverait des moyens d'échange et des complémens de chargemens.
D'après.les résultats de ce parallèle , ouj^iiift fpliis aurait souvent , toutes choses ^|;ales d*ailleâi»v niiir:Sli^ nomie de temps pour la navigation par la mer Rouge ^ ce qui est déjà tiès-prëcieu^ : mais un jt\m ff^ii^§rpjf^ff^ tpCon peut se promettre du tojet par eétit mer, c'est que les équipages seraient moins sujets aux maladies qui
DES DEUX MERS. aai
les ravagent à la hauteur du cap de Bonne-Espërance , et moins long-temps e'loigne's des ressources que pre'sentent les pays civilises 5 on verrait encore s'ouvrir de nouvelles sources de commerce et d'industrie avec l'Aral)ie et TAbyssinie, et avec toute la côte orientale de l'Afrique , qui , si connue des anciens , et presque ignorée de nos jours, reprendrait une nouvelle existence.
On conclura de tout ce qui vient d'être dit sur les stations , les ports , les courans et les moussons de la v mer Rouge, que la navigation de cette mer, dont les côtes désertes sont encore dépourvues de grands ports, sera moins avantageuse, il est vrai, pour une marine militaire, mais le sera toujours beaucoup plus q.u on ne le pense aujourd'hui pour une marine commerçante.
La voie de Soueys dans Tlnde par la mer Rouge , tenue par les bâtimens du pays, est réellement longue, périlleuse et diflicile ; mais on a vu que cela ne lient qu'à l'ignorance des navigateurs arabes, à la mauvaise construction de leurs bâtimens , ainsi qu'aux entraves apportées par les boys et par la Porte , divises d'intérêt. Les citations que nous avons faites des expe'ditions maritimes qui ont eu lieu sur cette mer, et des navigateurs européens qui l'ont fréquentée, ont levé tous les doutes, toutes les craintes sur l'existence prétendue de ses dangers, et ont fait connaître quelle peut devenir encore, comme elle la été , la voie la plus avantageuse du commerce des Indes. C'est donc à la Porte, en cherchant à s'élever à la hauteur de ta situation politique et commerciale des puissances de l'Europe , à s'éclairer enfin sur ses véritables intérêts.