CANAL D'ALEXANDRIE
nu DERNIÈRE PARTIE DU CAI9AL DES DEUX MERS, DU NIL
A ALEXAÎ^DRIE,
As antages du canal d'Aleocandrie. — Description historique de ce canal. — Son état actuel > — De son rétablissement. — f^ue^ générales sur les ports et ailles d'Àleocandrie, — Résumé général»
§. I. A\^antages du canal Alexandrie*
La ville d'Alexandrie , maigre' sa décadence , n'a pas cesse d'être considérée comme une place importante, comme la clef de TÉgyple. Renfermée par les eaux de la Méditerranée et par deux lacs d'eau salée qui en forment une presqu'île, elle ne tient plus à cette province de l'empire ottoman que par une bande étroite de terre qui s'étend sur la côte au sud-ouest jusqu'à la tour des Ara])es * ; privée absolument d'eau douce, elle n'eu reçoit que par un canal dérivé du Nil : son existence,
* CeUc presqu'île a 36,ooo loîses clic est de 1800 loiscs ; elle nVsl que
de longueur environ, depuis Abou- de 400 toises ù la tour des Arabes ,
qyr jusqu'à la tour des Arabes, où et de 3oo loiscs seulement à J'an-
eile se rattache au désert de Libye: cienne coupure , vers le centre de la
sa plus grande largeur se trouve iiiT rade d'Alexandrie, inédialemen l ù Test d'Alexandrie , où
qui CD dépend, est aussi aëoessaire à TEgyptei que rÉgypte lui est nécessaire.
La consemitifMi da taxai qui conduit les eans du fl^ye dans cette vilie , est de la plus grande importancei fli^elte importance est fondée sur les avantages qne les possesseurs de l'Égypte retireront toujours de ses deux ports et de sa mie, puisque , sur une étendue de plus " dn loiiante licnes de oâtes^ Alexandrie et Abonqyr* sont les deux seuls peints ou les vaisseaux peuvent aborder facilement.
La première opération à fiiire en Egjrpte est donc le rétablissement de ce canal , que les puissances alliées , las Anglais et les Turks, ont Goupé , à Teffet, par le ver- WÉniHl des eanx de ht mer dans le bassin desséché de l^ncîen lac Maréotis, de resserrer les Français bloqués dana Alexandrie*. . ^'
• Abouqyr est un cap çitué sur la qn'au 24 germinal an ix (aa niarsc^le4iu Dord-est d'Alexandrie : c^est 14 ^^^f^ )» jour où l'avis des àce^pqaesetermioelacôterocâil- offieiecs ^ h marine toglaise, et hnm et cdcaiie^^AIcxtndrie; ai^ principaleinent de raminl Keilli, delà, la cbu d'Egypte, ]iiaqn'*à el* remporta anr toote avtie coondéta- A^jcb, n'ottcé ploa «|a*one plage tien. Celte opération désasirense, basse et sablonnense. La rade, quoi- qui TÎenl de submerger Tancien basqa^oo verte aux Trnis du nord et du sin du Maréotis, est une calamité Dord-est , assez fiéquens et assez vio- pour la prorincc delà Babeyreh, ieos anr cette côte , est vaste et d'uo puisque 1rs eaux de mer en ont inon> bon mouillage ; maia eDe eat peo te> d^«me très - grande étendae , qui , deaaUe en hhrer. Cette rade eat ifor^ pnia «pwkpiea aiiclea, pouvait étie aaéepar mieaoaeanlond de laquelle rendne à ragricniture. Les Anglais, on tronvedeux communications des pour opérer la submersion du bassin Jacsd'Edkou eldu Ma''dyeh à la mer : du Maréotis , avaient fait dans les c^est dans cette partie qu'a dû exis- digues du canal plusieurs brèches ou ter rancieane bouche Cauopique. coupures, qui laissèrent aux eaux de
* NowteaonadVmoflkicr géné- la mernodéboncIiéd^enTirootrepte ral de Parmée.anglaiae, que la oon> toiaea. Après le départ deaFfan^aîa, pore dn eanal fiit a^téa danadivera le gran^êdgoeor envoja à Alexanconaeila de gaerre, d^ai»le i*' joa- drie .qnelqiiea Ingénienra anédois,
46 MEMOIAË SUR LË CANAL
L'ancieârie AlexaiHlrie, privée sainrelleineDt douce, en recevait par un canal dérive de. la branche Onopiqoe , près de Schedûu « Quand on sort (dit Strabon, liv. xyii) d'Alexandrie par la porte de Ginope, c a , à sa droite, un canal qui communique au lac et con* duit à la ville de Canope : par le bc on na?tgve dans le fleuve , à Ginopc et à Scliedia ^ mais avant on passe à Eleusinc, bourg d'AlfSxandrle , situé sur le canal même de Canope : un peu au-delà d'Eieusine^ est i droite un canal qui conduit à Scliedia, éloignée de quatre scboB^ ues d'Alexandrie* » ' ,
Daprès ce-passage* d'Anville en condiit rexistenee d*un canal qui, du faubourg d'Alexandrie el du lac Mareotis, se rendait à Canope , en suivant la côte. En effet, on retrouve des vestiges bien sensiblës d'un canal dans la partie de cet istlime comprise entre les derniers monticules de décombres, à Test de la porte de Rosette, et le sol ëleve aux abords du Qasr-Qjâssera, ainsi que
avec â«8 ouvriers de clioix , suivis angîo-tarke ont élé réduilca dans
de vingt navires charge?, de bois , de le siège de celle ville. On voit , dans
fer et d^aatres matériaux pour rcfcr- les Comonentaires de César , que son
mer ces brèches. Le pacba du Kaire armée fut réduite à la même néces-
•vait reça rofdre de leur foarnjr 80 sUé .
bonnet par mois (envifon 70,000 Oo lit, nne petite brocburt
francs ) : on y travailla pendant quin- intitulée Situatitm de VÉgj^fit^i ou
zemois, mais sans succès ; et le canal i'' vendcmioire an i3, page 5i :
resta dans le même état. Les habitnns « Janib - cflcnJi , nommé par la
d'Alexandrie durent être cxlrjême- Porte grand tn sorier de TEgyplc,
ment embarrassés de se pourvoir est parvenu, à iorcc d'argent et de
d^aan; mais on sait que, dana dea uaTanx,Aferm«rleBcouparesliûlM
drconalanoea aernUaUes , lea riohca par Itt Anglais, et à rétablir le cih
en envoient chereber par mer a Ro- nal d^ Alexandrie : dans la grando
sette, quand les pauvres se conlen- inondation de i8o4f l'^ean du Nil,
lent des eaux saumàiros qu'on trouve dont celte ville avait été privée de-
au-deliors d'Alcxaudrie , Cl à TiisAge puis deux années, en a de nouveau
de8({uellea nos troupes et l'armée rempli les citerpes. »
sar les rives actuelles du lac Ma'dyeh , qui n'existait pas alors ; mais on sait d'ailleurs que le canal qui amenait les eaux du fleuve à Alexandrie, prenait dans la bouche Canopique, aux environs de Scliedia , et longeait le lac Mareolis , où il débouchait , dans l'emplacement actuel , sans doute, des lacs salins situes sous les hauteurs du Qasr-Qyâssera , et d*où, reprenant son cours, en tournant, au sud, le faubourg d'Éleusinc, il entrait dans Alexandrie. Les historiens ne disent rien sur cette communication du canal de Schedia au lac Mareotis : mais on doit penser qu'elle restait libre et ouverte en tout temps à la navigation de ce lac, dont les eaux, quoique dérivées du Nil par divers canaux, ne devaient pas cire également douces pendant toute l'année, et devaient même être plus ou moins saumalrcs pendant sept à huit mois \
L'ancien canal de Schedia doit avoir existe à peu près dans la partie du canal actuel qui, des marais salins, s e'tend jusqu'à Leloha et el-Nechou, villages situes visà-vis l'un de l'autre, et qui paraissent occuper l'emplacement de l'ancienne Schedia, éloignée, comme nous
* On sait que les eaux des différenscanaux qui versent dans les eaux salées des lacs marilimesde TEgypte, tels que ceux de Meozaleli , de Bourlos , d^£dkou y etc. , conservent , durant la crue du fleuve, leur douceur à travers ces lacs , et jusqucs au-dclù de leur euibouchure à la mer. Cet effet est plus remarquable encore aux bouches des deux grandes branches de Damiette et de Rosette , qui , pendant Tinondation , portent
des eaux douces jnsqu^à plus d'un mille en mer , par une suite de la vitesse du ileuve , landis que , dans le bas Nil, au coniraire, les eaux de mer refluent dans ces mêmes bouches jusqu'à trois et quatre lieues, et que ces eaux altérées et sauniâtrrs obligent les habilans de Damiette et de Rosette, ainsi que les riverains, d'user d'eau de citerne , ou d^en envoyer chercher à une ou deux lieuen au-dcsâus dans le fleuve.
a48 MÉMOIKE SUR LE CANAL
l'avons dit daprèsStrabon, de quatre schœneftd'AkiMi*
drie En effet , suivant les distances données plus bas, on trouve que le développement du canal, depuis el- Nediou jusqu'à la tour saillante , an sod de la porte de Rosette à Alexandrie, est de 25,22e mètres (12,939 |oises) : or le scliœne , dit d'Anvillc, égale 5oji4 toises j il y avait donc d* Alexandrie à Schedia 1 3,og6 toiMt^, distance qui correspond assez à celle que donne la nouvelle carie, si 1 ou a égard aux sinuosités du canal actuel^ qui jièuvent donner la différence trouvée. Les kauAeiM considérables de decoml>res sur lesquelles est situe le village d el-Nechou, indiquent dans cet endroit les restes d'une ancienne ville. La largeur du canal dans crtle fié» tie, qui est de 100 à 25o mètres sur une demi-lieue de longueur, atteste encore l'existence d'un vaste. Imu^s^, propre à recevoir un grind nombi^ede hàtimees; ce qui se rapporte parfaitement bien, d'ailleurs, à la description i{ue Strabon donn» du commerce de cette^vîU»*v. f*it^^
Les Ptolëmées a pprédèlrent de bonne faéure les grands avantages qu'ils devaient retirer de la navigation dii ^alqui amenait les^eaiut^du fleiive à leur v^UatcMlii^
* Sobedia (Sirabon, 1. xvit) était Gfrégoîre de Nanaose, et qui était
vu bourg aossl oootiâérablft4[a^iDe la réndenee d'an éréqae daoa lea-
TiUe, ayant de» éiabliasement de prewiers fièdea dn duMtianiwne en
marine et de» navires doni'lea plas Egypte.
grands remontaient dan» la iiaote On voitdansProoi^yqneloca- Egypte ; il B^y Ironvaît une douane , nal de Chérce , qui ne peut être que
où Ton payait un droit sur toutes les reltii de Schedia, portait de petits
inarchandiifcs qui devaient entrer bàii»nens appelés diaremi {àonl il
dans Alexandrie, ou cpii devaient semble que l'on a fait le mot djet^
en sortir. Cette tïHc paraît ^trc la mes) du teD>ps de cet historien , qui
même que Ckèré« ou Chertu, dont écrivait sous le règne de Jusiieicn,
il esi par!é dan» S. Atlianaae et S. Tén le nilien du aiiième tièck.
santé; et Thisloire nous apprend à quel degré de splendeur le commerce avait eleve' celle ville sous le règne de ces princes. On doit penser que, sous les Romains et sous les empereurs de Constantinople, ce canal ne perdit rien de ces avantages , puisque Ton voit , par quelques passages des ecrilsdes patriarches et des evêques d'Alexandrie, que la navigation était la même sous les princes arabes : elle cessa et reprit alternativement, suivant l'esprit de ces conqueransj néanmoins les possesseurs de l'Égypte en ont gc'neralement reconnu l'importance.
Dans les premiers mois de sa conquête , le général en cbef Bonaparte le considérait comme le premier travail dont on dut s'occuper; le général Kléber, après sa victoire d'Héliopolis, en avait arrêté lexécution ' ; et le général Menou en avait jugé de même que ses prédécesseurs. En effet, par ce canal de navigation intérieure, 1(S bâlimcns de commerce ne sont pas forcés de passer le bogliàz étroit et périlleux de Rosette, pour gagner Alexandrie par mer, ni de s'exposer, en temps de guerre, aux entreprises de l'ennemi ; par ce canal , les approvisionncmens de vivres, les transports de marchandises, si lents et si dispendieux, deviennent sûrs et faciles :
' La veille même de sa mort , le en conséquence répart is dans les pro-
général Kléber m'avait comumniquc vinccs pour procéder aux opéralions
808 vues sur le système des commu- préliminaires : mais le canal d'A-
nications militaires et commerciales lexandric lui ayant paru l'objet lu
à établir en Egypte; il désirait par- pins pressant, il en avait arrêté Texé-
ticuliiïromcnt des roules sur le cours culion ; le trésor de Tarmée , beurcu-
des deux principales 1 ranclies «lu srmcnt accru , lui en fournissait 1rs
Nil, et de Damiellc à Ralnnànyrh moyens, et il avait fixe provîsoirc-
par le Delta. Il me demanda la ré- ment à ioo.ooq francs par mois les
daction de ces projets, dont il avait fonds nécessaires à cette entreprise. Cxé les bases; les ingénieurs furent
DigitizcL. . , v .oogle
?.5o MÉMOIRE SUR LE CANAL
car, quelle que soit la voie que prennent les marclian-r dises (les Indes arrive'es en Égypte par les ports de la mer Rouge, c'est Alexandrie qui en sera rentrcpôt gênerai , et qui devra les distribuer à toute l'Europe. Cette navigation doit encore augmenter l'activité' du commerce, la population, Tëtendue d'une province abandonnée , et consequemment les revenus publics. On peut encore être assure de rendi e a Alexandrie tout son ancien éclat, en rétablissant les communications du canal avec le lac Mareotis et la rade d'Abouqyr par le MaMjeli : les avantages dont l'armëe aiiglo-turke a su profiter dans le dernier siège d'Alexandrie, font connaître ceux qu'on peut en tirer dans tous les temps. Ces considérations doivent donc déterminer l'adoption du canal d'Alexandrie comme dernière partie navigable de la communication de la mer Rouge à la Méditerranée.
Ce canal, considère' en conse'quence sous tous les rapports d'utilité' publique, devra réunir aux avantages d'un canal-aqueduc, ceux de sa navigation, et enfin ceux de l'irrigation des provinces adjacentes.
§. II. Description historique du canal d'Alexandrie,
L'histoire, qui manque de de'taîls propres à faire connaître l'origine, la nature des travaux , des réparations et de l'entretien de ce canal , dans son e'iat ancien , en fournit d'assez inte'rcssans pour trouver place dans la description de sou e'tat moderne sons les Arabes^ nous les devons principalement àMaqrjzy. Cet écrivain
DES DEUX MERS. aSi
s'ëtend beauœup , dans sa Description géographique de rÉgyple, sur le canal d*Alexandrie; on y trouve les passages suivans' :
« Le canal d'Alexandrie porte, dans la plupart des auteurs arabes, le nom de canal de Cîcopâtre, parce qu'on l'attribue, sans doute, à la reine de ce nono. On y voit encore que cette princesse fit revêtir en marbre ce canal, qu'elle fit conduire jusque dans Alexandrie, où il n'entrait pas avant son règne. Quelques auteurs le nomment improprement canal de Canope , sans doute parce qu'une dérivation se terminait près de cette ville, ou qu'il prenait dans la branche Canopique. Mais on doit croire que le canal d'Alexandrie a existe' sous un autre nom avant la fondation de cette ville, qui , avant Alexandre, n'était qu'un bourg sous le nom de Rhacotis; seulement on l'agrandit, avec le temps, pour servir aux besoins d'une grande population.
« Vers l'an 245 de Tliegyre (SSq-Go de J.-C), suivant Maqrjzy, Hhare'ls-êbn-Meskyn , gouverneur de l'Egypte, fit reparer le canal d'Alexandrie. En 269 heg. (87 2-5 ) , Ahhmed-ben-Thoùloùn fit aussi recreuser ce canal, qui, soixante-dix ans après, en 552 heg. (945^4) , ne portait déjà plus l'eau du Nil dans le canton d'Alexandrie; l'eau s'arrêtant à une journée de la ville, les barques ne pouvaient plus y naviguer, et les liabilans étaient réduits à boire de l'eau de citerne.
' M. Langlès, membre de Tlnsii- nouvolle édition des VoyagcsdclNor-
toi, profcpsciir des Jangiies orien- den, d^où nous avons tiré ces détails,
talcs, cl conservateur des manuscrits des extraits intéressans des meilleurs
orientaux de la Bihliotlit-que du roi, auteurs arabes inousconservonsdans
adonné, dans un supplément ù sa celui-ci rortiiographe de Toriginal.
DjgitizcL. . , . .oogle
aSa MÉMOIRE SUR LE CANAL
(( En 404 cle rhëgire ( ïoi4-i5), le khalife el-Hliâkem-Bàmr îi-lab , si fameux par ses cruautés, employa ' une somme de i5,ooo dynârs (225000 livres envirmi) pour faire curer ce canal dans toute son e'iendue. En 662 hég. (1265-1264)5 el-Melik cl-Daher-Beybars chargea Tc'myr (trésorier) A'Jy des réparations de ce canal : l'embouchure en était tellement comblée par les sables, qu'Alexandrie manquait d'eau. On commença les travaux à el-Teqtedy , où Ton bâtit une mosquée. Deux ans après , Témyr A'iem-el-dyn Sandjar-el-Mesroùry , qui ert reprit la direction , contraignit indistinctement tout le monde, officiers et soldats, à tiavailler en personne jusqu'à ce que le lit du canal fût débarrassé des sables qui l'encombraient , depuis cl-Tcqtedy jusqu'à son embouchure: il se rendit ensuite à Ommdynàr (Bâr-Byâr, suivant quelques manuscrits), où l'on fit couler bas des radiers , sur lesquels on éleva des constructions en maçonnerie. Cependant , loin de circuler » pendant toute l'année dans ce canal , l'eau n'y séjournait que deux mois environ, et se retirait aussitôt: les Alexandrins furent réduits à ne boire que de l'eau de citerne.
«En 710 hég. (i5io), l'émyr Bedr-el-dyn-Mekloùt, gouverneur d'Alexandrie, se rendit près du sulihân el-Nâsser-Mohhammed ben-Qalâoun, qui faisait sa résidence dans le château de la montagne, près du Raire; il représenta au souverain les avantages qu'il y aurait à nettoyer le canal. Frappé de ces avantages, le sulthân ordonna l'exécution des travaux proposés : en vingt jours, 40000 ouvriers furent rassemblés, et les travaux terminés au mois de redjeb de la même année.
Les habîtans de chaque canton furent chargés de creuser une certaine partie de ce canal , qui avait en tout 16000 qassabahs Hhâkemyles (5 16 11 toises)*, dont 8000 (i58o5 toises) depuis son embouchure dans le Nil jusqu'à Chembar, et autant depuis Chembâr jusqu'à Alexandrie. On éprouva dans le travail de grandes difficultés parles eaux , qui firent [îérir un grand nombre d'ouvriers. Enfin les bâti mens naviguèrent dans ce canal toute l'année, et les habitans d'Alexandrie ne furent plus réduits à ne boire que de l'eau de citerne : en peu de temps , plus de 100000 feddàns situés sur les bords du canal, et qui n'offraient, avant, que des marais infects , furent peuplés et cidlivés; plus de mille enclos ou jardins furent airosés dans Alexandrie. La dépense de ce travail et des constructions s'éleva à 60000 dynàrs Messryeb, ou 900,000 livres de France, outre les matériaux que l'on tira d'un ancien édifice situé hors d'Alexandrie, et sans y comprendre le plomb des canaux souterrains qui conduisaient jusqu'à la mer , et que l'on avait retrouvés en creusant le canal. C'est dans cet
' Le qasnbah hâkcmylc, \crge p. iG5 , des Notices des mamiscrits
ou canne royale , est une mesure de la Bibliothèque du roi. On y lit
agraire , que l'on a trouvée de 3'", 99 que le fcddàn est de /joo -verges
ccnlinièircs de longueur ( 12 pieds liùkemytcs de longueur, sur une de
3 pouces 5 lignes), ^oyes r Annuaire largeur, la verge ou caune royale
du KaLre pour Fan IX ( 1801 ), p. /^8. étant de six dhiras et deux tiers, à
M. Langlès,page 177 desrs JSolcs la mesure du commerce, qui est le
du tome 11 1 des Voyages de Nordcn , pyk-belady du Kaire , valant 0,6775
évalue la caune bâkeniyte à 8 cou- dix millimèires ( □i'* 4M- C*="^<^*'*oe
dées de 18 pouces chacune; ce qui ou qassahali de 3"", 85 centimètres
fait juste l a pieJs. ( ii*^* lo** 3^ ) est la même que celle
On retrouve cette mesure avec qui fut déterminée en Egypte , par plus de précision encore dans les tra- Selym, peu d'années apr^s sa conductions de quelques passages de quête, en i5i7. Chems-cl-dyn par M. de Sacy, t. i ,
DigitizcL, , , v . 00g le
a54 MÉMOmE SUR LE CANAL
ëlat florissant qii Abou'1-fëdâ , qui le vit au milieu du quatorzième siècle , en fit une description si ponopeuse : « Le canal qui conduit les eaux du Nil à Alexandrie , • offre un aspect délicieux; des jardins et des vergers plantes sur ses deux rives en embellissent le cours , etc. »
te L'eau ne cessa de circuler dans le canal pendant tout le cours de l'année, que vers Tan 770 he'g. (1568-9); alors elle ny entra plus qu'à la faveur de la crue du Nil : le canal restait à sec quand le Nil se retirait; la plus grande partie des jardins devint stc'rile , et tous les villages situes sur ses rives disparurent.
t< En 826 heg. ( i425), on tenta de recrcuser le canal , qui était encombre en partie; l'emyr Djerbacb al- Ke'rymy rassembla 875 ouvriers, qui terminèrent les travaux en quatre-vingt-dix jours : l'eau du Nil coula de nouveau jusqu'à Alexandrie, et les bàtimens y naviguèrent; ce qui causa une joie universelle, et d'autant plus grande, que l'on ne fit contribuer à ce travail et aux dépenses que les villages riverains et les propriétaires d'Alexandrie. Les sables ne lardèrent pas à encombrer de nouveau le canal, au point que, dans le quinzième siècle, les bâlimens ne pouvaient y passer que dans le temps de la crue. »
Belou, qui voyageait en Egypte en i55o, dit avoir vu ce canal dans un très-bon état : il paraît que, dans le commencement du dix-septième siècle, ce canal , sujet par la nature de son sol à des re'parations et à des entretiens annuels, a toujours perdu de Tetat florissant qu'il a eu sous quelques princes ottomans.
On lit dans Cbems-el-dyn , écrivain arabe du milieu
DES DEUX MERS. a55
du dix-septième siècle , qu en 980 de rhegjTc ( i573) ^ SiIlall^padla, qui, sons Seiym u , fit &ire des traTaux asses ocHiridëraUles ,di!S okds , des mosquées, des khis, des caravanscrais , au Kaire et à Boulaq ^ Ht aussi réparer le canal d'Alexandrie.
Nous allons exposer Fàat de dépërisseineDi et d'abandon daus lequel les Français l'ont trouvé en i a 14 hég, (1799.1800).