‹ Description de l'Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (volume 2)Chapitre 30 sur 87 · ESSAI HISTOJUQUE ET CRITIQUE · texte numérisé non relu

ESSAI HISTOJUQUE ET CRITIQUE

sua LA GiOCnAVHIE

DË L'ISTHME DË SOUEYS.

Une position essentielle et première à rclaLlir, et à laquelle se rattache toute la topographie de risthme, est celle iVUeroon ou Heroopolis , sur laquelle tant d auteurs ont été et sont encore partages : cependant , d*après nos données, nous n'hàitons pas, si toutrfois Heroopolis a etc la même qu'Hcroon , d'eu reconuaître et d'en fixer la position aux ruines d'Âhou-Keycheyd, sur le bord du canal , vers le oentre de l'Ouàdy.

Pococke) pour trancher la diitlculté, a imaginé de placer l'Heroon del antiquité où les itinéraires l'exigent , et lUeroopolis vers le golfe à Ageroud. Le docteur Shaw a partage la mcnie opinion. Mais le site d'Ageroud ne présente aucune ruine, et nous parait trop élevé pour convenir à des établissemens autres que ceux d une mansion dont la position est déterminée par les eaux potables qui s*y trouvent; et encore ces eaux, qui n y existent qu^à une très-grande profondeur, doivent faire présumer que ce puits n'a été ouvert à grands frais que pour satisfaire aux besoins d'une station qui répond

a deux journées de l'aocienne Babylone, dans la route d'Arsinoe.

G^peudant Strabon dit positivement que la ville d'Heroopolis était située près d'Arsinoé, à rexkrémitë du golfe Arabique, distingué sous le nom de sinus He^ roopolites, du côte (jui regarde TÉgypte. Pline, qui exprime encore la chose avec précision , dit, en parlant

de ce golfe, in quo Heroum oppidum est» Or, dans la position actuelle de la mer , on serait force de reporter le site d'Heroopolis Ters Soneys; mais d antres considérations, et la connaissance des localités, vont jeter quelque jour sur la difficulté quon trouve à faire concorder ces di-^erses opinions.

D'Anville, maigre rautoritc de Strabon, n'a pu se défendre cependant de placer Heroon (Heroopolis) vers le lieu où nous croyons devoir en 6xer la position. En effet , celte détermination fournit le site respectif de tous les lieux environnans et satisfait aux divers itinéraires : car, quoique ces anciens itinéi^aires' soient reconnus

* L^ItinMro d^Antonin pantt tûntciifigiiedeThéodofe-le-Gnnid

•TOir existé du temps de César. La ( vers Tan SqS ) ; et c''e8t de là qu^on

carte dite de Peutinger, qui semble Tappelle Table Thcodosienne. Di-

tcnir à ritinérairc par de nombreux cuil , aulciir liibernois, sous Char-

rapprocbenirns , rst ainsi appelée Icmagne, dans son traite de Men.'

du nom de Conrad Pcutinger, anli- sura urùis teiraSy a regarde Théo-

^aire , docteur d*Aagsboarg , qui dote x*' comme aateor de Tarpeu-

en était propriétaire. On attribne tage de Pempire. Sédition la plu

commanément cette carte, ainsi que récente a été donnée en 1753, par

ritînéraire d''Anlonin, à Ammicn- François-Christ, de Scheyb, €t im*

Marcellin, qui vivait sons Julien, primée à Vienne , in-folio. en 36o. Ce célèbre géographe aura Los éditions de Plolémce sont

sans doute mis la dernitrc main à nombreuses et iris-fauiives : celle

des itinéraires incomplets et impar- de Bcrtius (de iGiS ) , qui paraît la

faitsqui existaient avant loi. Suivant pins complète, n^a pas cependant

d^antres opinions , cette carie appar- ]iara très-exacte à H. Gossellin ; elle

fautifs, en ce qu'ils offrent de fréquentes omissions et des contradictions évidentes, ils n'en sont pas moins des monumens publics, dont, dans beaucoup de cas, l'autorité' ne peut être méconnue ; les fautes et les lacunes dont ces tableaux sont susceptibles, sont d'ailleurs souvent faciles à découvrir j et quand la position d un lieu y est donnée par rinlerseclion de plusieurs communications, elle porte en quelque sorte avec elle-même sa vérification. On doit surtout considérer , dans ces itinéraires, la nomenclature et Tordre de succession des lieux. D'ailleurs on ne peut pas supposer que les Romains, qui avaient hérite' des coimaissanccs des Grecs en ligypte, les eussent perdues absolument, et par cela seul que ces itine'raires sont postérieurs à ceux des Grecs , ils semblent mériter plus de confiance.

La position d'Heroopolis étant invariablement fixée à Abou-Keycbeyd , vers les 29*^ 4^' longitude, et 5o° 52' 45" de latitude, nous prouvons qu'elle satisfait,

1°. Au fait historique cité par Joseph {Antiq., liv. 11 , chap. 4) 5 qui porte que le fils de Jacob allant au-devant de son père, qui venait du pays de Chanaan et de Bersahée (ou du puits du serment), le rencontra sur cette route à Heroopolis ' : or , il est de la plus grande évi-

réunit les itinéraires viables et ma- des Icrrcs, à plus Je douze lieues

ritinies des Romains. do Texlréiuité du golfe Arabique.

' M. Gosst:llin, dans ses rocher- « Quant au passage de Joseph, dit

ches sur la géographie ancicDue (t. ir, ce.savant, il ne peut mériter aucune

pag. 181), combat les motifs de confiance : le texte hébreu de la

d''Anvillc, qui, malgré Tautorilé Bible ne fait point mention d^He-

des géographes anciens , a cru de- roopolis ; il est dit seulement ( Cew,

voir placer Ucroopolis au milieu cnp. xlvi ) que le Gis de Jacob alla

dcnce, comme robscrve (VAnville (Mémoires, p. 132), « que la route qui , des environs de Gaxa , dont la position de Bersabce elail peu distante, conduit eu Egjpto, laisse fort à l'c'cart de sa direction un lieu voisin de Soucjs, et que la caravane de la Mekkc trouve sur son passage en prenant une route très-differcntc de celle qui conduit de l'Egypte dans la Palestine : » or , on ne pense pas que Jacob eût trouve' plus convenable de traverser le désert entre Bcrsabee et Soueys , que de suivre la route par Qatycb, vas Heliopolisj

ao-dcTaatde son père et de ses frè- duit par Heroopolis , et Ramess^, res, jusque dans la terre de Gozen élaienl donc dans la terre de Gcsscn; Qu Gesscn, que le Pharaon avait et cette terre de Gessen ou de Raabandonnée à cette famille de pa»- mcssès est évidemment rOuàdy, qui, leurs , pour y vivre avec ses trou- dans son étendue , et particulièrepeaux. Celte terre de Gozen , située ment vers les ruines d'Abou-Kej- Ters le milieu de la largeur de Tisib- clieyJ, n'*offrait, comme aujourd'hui, me de Suez, prés des marais et des ^quedes terrains vagues, envahis par lacs que Ton trouve encore, et qui les sables, mais susceptibles de cette répandent quelque ferlilité dans leurs culture qui suiEt à des peuples pasenvirons, ne pouvait être alors que leurs.

très-peu habitée. Nous sommes donc autorises à

« Si les Égyptiens avaient dai- combattre les objections de M. Gosgné former des établissemens, 8''ils sellin, quoique cette version d'une avaient en des villes ou seulement autre version, réplique ce savant, ne des bourgades à la proximité de ces fasse pas autorité contre le texte hélienx, auraient-ils souffert que des breu, qui ne parle pas d'HeroopoIis. Arabes pasteurs, qu'ils avaient tous Le général en chef, en Tan ix, en abomination, vinssent partager ( 1800) , accorda aux grands Tcrrâleur territoire? ( Gen. ch. xlvi, v, bins, arabes pasteurs, après leur -^"ss^ lie les reçut-on point dans fuite de Syrie, un asile dans les rîntérteur de r£gypte ; et il est si mêmes lieux; la crue extraordinaire vrai qu'il n'existait aucune ville dans de cette année, qui avait porté les la terre de GoScd , que quand ces eaux au-delà même delà vallée, leur Hébreux s'y furent multipliés, les permit de semer dans des endroits l^gypliens les forcèrent d'en bâtir depuis long-temps incultes, et d'y deux, Piihom et Ramcssès. (^xo</. nourrir par-là plus abondamment cap. I , V. it. ) » leurs troupeaux.

Mais Pithom, que , dans une ver- Foyez plus bas, la Dotc remise «ion qoble du texte grec, on a tra- par M. GosscDin.

2°. A raulhentique version des Seplanle, faite eii Egypte sous les premiers Ptolemecs, et dans laquelle on lit un passage non moins concluant : il y est dit que Jacob envoya Juda au-devanl de lui , pour rencontrer Joseph près d'IIeroopolis, dans le pays de Ramessès; et l'on sait positivement que le pays de Ramessès, qui était le même que le pays de Gessen, où les frères du patriarche Joseph demandèrent à s'établir, ne pouvait être éloigne du nome dTIeliopolis , et que cette conside'ration , qui nous porte nécessairement dans les terres propres à la culture, ne peut absolument convenir aux parages de Soueys, bien qu'il ait pu y exister quelque vege'tation ;

5**. Aux ruines considérables d'Abou-Keycheyd, qui ont tout le caractère d une ville égyptienne, et au centre desquelles il existe encore un monument égyptien Irèsremarquable * 5

4**. A l'Itinéraire d'Antonin, qui fournit une roule de Babylone à Clysma, dont le développement et la direction nécessitent encore îa position d'IIeroopolis à Abou- Keyclieyd. Cette roule est ainsi de'taiilee dans l'Itinéraire :

* Ce monument consiste dans nn monolithe de granit taille en forme de fauteuil , sur lequel sont assis, à côte Tun de Taulre, trois personnages égyptiens, sans doute de Tordre des prêtres, ainsi qu'on le jugera par le costume et les bonnets qu'ils portent. Ce monument est encore dans sa position verticale, et les figures regardent Toricni ; elles étaient enterrées jusque sous Testomac : mais, ayant fait fouiller jusqu'au pied , nous avons été à même

de le voir en entier et de le mesurer. Le dossier du fauteuil est particulièrement couvert dMiiéroglyphes , dont il forme un tableau régulier et complet. On voit encore dans ces vestiges beaucoup de blocs mutilés, de grès et de granit, portant des hiéroglyphes, et tous les débris semblables à ceux qu'on trouve À lu surface di s eniplacemens de \ illcs détruites dans la basse Egypte.

( yoycz le dessin qui en a été fait par M.rcTrc.)

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• Le mille romain est évalué à 755» 4"^» S" 8^ par M. Rome de rilc. Od Ta calcule dans ces lablcaux

à raison de 7 56 toises en compte rond. L''indicalioQ des mètres en a Clé déduite.

Or , si Heroopolis devait répondre à remplacement « derancienne Arsinoé* oa Soueys, commeiit retrouver

les 68 railles que cet itîne'raire donne pour la distance d'Heroopolis à Clysma, quand d'ailleurs la position intermédiaire du Serapeum oonrespood ù him aux dis-

lauces y désignées? •

Ptolëmëe fait conclure qn'Arsinoë (que Ton plaee généralement vers Souey s ) était de o*^ ^o' au sud dUe-

roopolis. En effet » les ruiues d'Abou-Kejcheyd sont de 35' au nord de Soueys \ et la distance directe au nord-* ouest de Soueys fournit les 4o' en mesure de degré. On avoue cependant que cette considération n est pas d'un grand poids, attendu les erreurs bien constatées des tables de Ptolémée.

Mais, si Von se reporte aux temps où le bassin des lacs amers participait encore aux marées du golfe, dont il faisait partie, on verra qu'Heroopolis pouvait être réputée au tond du goliè Arabique > il ne peut même exister de doute à cet égard , puisqu'il est prouvé pàr les uivellemens , que tout le cours de TOuâdy est encore inférieur au niveau de la mer Rouge , et que des digues naturelles ou -factices ont pu seules empêcher les eaux de se répandre par cette vallée dans la basse Ëgypte ,

■ Nous avons déjà comeuti à ooQ- avons fnftme remarqné sar la pfage

iddérer le eile de Soueys comme une cunctte qui, M dirigeant vert

pourant répondre à celui d"'Arsinoé; lesYcstigesdcrancifri canal, au wortA

Cependant nous croyons que cette oucit, semble en retracer la tête pri-

ancicnnc ville a pu exister sur les mitivc, que les Arabes auront aban-

faautcurs et les ruines qu^onretrouTe donnée en prolongeant le canal an

h reztrémité do golfe {yoy. pl . i x) , nui vers la part de QQhoom, près de

fltaapiaddeaqvalleslanierranNiDte Sooeya. ■ ' encore danples grandes taarées. IToiis

quand le Nil , par son décroîssemcnt , établit une contrepcnle. Alors Strabon aurait parle pour des temps antérieurs; car, à le'poque où il écrivait, les lacs étaient déjà sépares du golfe, puisque Ptole'me'e-Philadelphe avait achevé le canal qui les rattachait de nouveau à la mer , d'où le canal prit le nom de rivière de Ptolémée : mais quoique Strabon soit aile en Egypte , il est possible qu'il se soit trompe , et que Pline ait propage' son erreur.

M. le major Rennell , si profond et si judicieux dans ses discussions , n'a pu concilier les auteurs : il a place Heroopolis huit lieues seulement au nord-ouest de Soueys , au-dessous du lac amer ; et en faisant passer par Ageroud les vestiges du canal , qui eu sont distans de 9000 toises à Test, ce géographe a commis une erreur.

Nous rétablirons encore la position de plusieurs villes anciennes qui ont pu être également réputées voisines du golfe Arabique , pour confirmer avec e'videncc les motifs de notre assertion sur celle d'IIeroopolis.

Les ruines sont tellement multipliées dans la basse Égyple, qu'il est assez difficile d'y rapporter le nom des villes auxquelles elles appartiennent, quand on sait d'ailleurs que d'autres villes s'y sont succédées sous differens noms : mais, pour ce qui concerne les déserts, nous pensons que la situation des lieux de l'antiquité doit se rétablir moins par les ruines que par lesendroils où l'on trouve de l'eau. En effet , Ageroud , Byr-Soueys , les sources de Moïse, etc. , seront long-temps des points de repère delà géographie ancienne dans cette partie du

OËS DEUX MfiRS* sgg

golfe Arabique^ car ils sont moins sujets aux révolutions de la natnie, que les cilës ne le sont aux revolations politiques et aux ravages de la guerre.

l^es positions d*Atryb , de Bubaste, de Phacusa et de Pélose, sont d'abord celles qni intéiessent par hm liaison avec la brandie Pelusiaque , dont la dérivation vers la mer Rouge a constitue le canal des Rois. Les tables de Ptolànée fournissent les positions suivantes :

INDICATIONS DES UEUX

L4«tX1IW«

f Atrjb...

Positions 1 Babaste.

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1 Phacusa.

6ao o'o" 63. 6. o.

G3. lo. o. .

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