‹ Description de l'Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (volume 2)Chapitre 64 sur 87 · ET SUR LES PEUPLES NOMADES · texte numérisé non relu

ET SUR LES PEUPLES NOMADES

QUI HABITBITT

CETTE PARTIE DE L'ANCIENNE TAOGLODYTIQUEt

Par Bi DU BOIS-AYMÉ,

MSMBKB DB LA G>lIMIS6IOII DE6 SCIENCES ET ARTS d'ÉoYPTB.

La ville de Qoçeyr est située sur les bords de la mer

Rouge, à 26" 7' 5i" de latitude boréale, et à Si*^ 44' i5" de longitude ^ elle est bâtie près du rivage, sur une plage sablonneuse : sa plus grande longueur est de deux centcinijuante mètres, sur cent cinquante de largeur.

Les maisons sont basses , et construites assez genëralement en briques crues. Voici queHe en est la distribution la plus ordinaire : une grande cour^ au-dessus de la porte , un petit pavillon carrë à un étage 9 terminé par une terrasse; et au rez-de-chaussée, une ou deux chambres étroites , adossées au mur de clôture. La cour sert de magasin; ce qui est sans inconvénient dans un pays où il pleut rarement.

Aucune maison n'est pourvue de citerne. L'eau dont les gens riches font usage, vient d'une fontaine af^lée Derfâoueh , qui est à huit ou neuf lieues de la ville. Cette eau est assez bonne; elle se vend à Qoçeyr vingt à trente paras* foutre, du poids d'environ vingt kilogrammes. A quatre ou cinq lieues se trouve une autre fontaine dont Teau est moins bonne. EnGn , à peu de distance , an sud-ouest de la ville , les Français avaient creuse' un puits d'un mètre de profondeur dans le lit desséché d'un torrent : Teau n était point salëe, mais fade et eitrémement lourde; ce qu'on doit attribuer à la quantité de sulfate de chaux qu elle tient en dissolution. Ce puits pouvait, chaque jour, fournir de Teau à six cents hommes.

Les minarets des mosquées sont bien moins clevés qu'en Égypte ; ce qui donne à Qoçeyr un aspect différent des villes égyptiennes.

Le château est derrière la ville et la domine entièrement; Q est construit sur un plateau élevé de sulfate calcaire , recouvert de cailloux roulés , qui se réunit à une suite de collines formées entièrement de cailloux roulés de différentes roches. Ces collines terminent vers la mer la cLaîue de hautes montagnes qui borde l'horizon a Touest.

Ce château consistait , i Tépoque de Farrivée des Français, en un losange flanqué de quatre tours ^ ses murs avaient vingt-six à trente décimètres d'épaisseur, bâtis en pierre calcaire. 11 ne renfermait que peu d^ lo-

■ P4rtt&, on mej-dy (mcclio) , petite pièce 4e monnaie qui Tant en* TÎron neof deniers.

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genicnt, et un puits entièrement creuse dans le gypse (suliate de chaux), dont leau, extrêmement lourde et saumfttre , pouyait servir à peine pour les animaux.

Hors du rliîiteau, et à cent pas delà face sud-ouest, il y a.uae auciiWDç ciU^ut^ievvétue en brique , peutcgntenir qualre ciAqnanle màlfes cubes d'eau- : dk est placée dansunfond où viennent aboutir plusieurs rav ins (jui^cscendeut des collines cnviroimdiites.>d^M>rteque» dams la stHSoa des pluies^ eUe se ren^itliatureUeméBti De l'autre côte' du fort, il y avait uuv mosquée et plu-

molis. ■'-\:.jr: • . -7 'm,* ■ V

La ville n'est habitée que par des marchands d'Egypte

eM'ArabiefrqiiirtsIes^ voiit iorsc^ leun» aliaiies 9m% terminé : ainsi elle n a point dliabitans proprement dits. Les cheyUis de la ville sont eux-mêmes des marchands d'Yanbo'i qui ont affermé du gouveniement égyptien une partie des droits de douane.

Les environs de Qoçeyr sont tout-à-fait déserts^ et, à rezoqption de quelques coloquintes , edoore fort rares , on n'aperçoit aucune espèce de végétation. Le temin est sablonneux'^ mais, en approchant de la mer, on trouve des couches d'aigle à quelques décimètres audessous du sable.

Le port est entièrement ouvert au vent d'est 3 il est ahrité à l'ouest par le rivage, et au nord par un banc de madrépores et de coraux , qui s'avance de deux cent cinquante mètres dans la mer. Ce banc est coupé à pic, et les bâtimens viennent s'y amarrer , c'est en quelque sorte un quai naturel , que les polypes ont construit en cet É. M. XI. 25

endroit : mais , à marée haute, il est recouvert d envii on trois décimètres d'eaa ^ et , à marde basse , sa snrfiioeest si raboteuse , que l'on n'y mardbe qa*ayec beaticonp de peine. Uestëlouuaut que les Labitaus n'aient pas songe à rélever un peu pour y construire leur villes les marchandises s'embarqueraient et se débarqueraient alors facilement -, tandis qu actuellement , cpmme la mer diminue de prc^ndeur a mesure qu'on approdie de la ville, on est oblicrc de les transporter dans des canots, qui ne peuvent s'avancer à plus de huit ou dix mètres de la plage , et il faut que des hommes se mettent dans Teau pour prendre les ballots sur leurs épaules.

Le fond est de sable et.d^assez bonne tenue; mais, comme la plupart des bâtimens arabes ont de mauvais câbles de lin , ou même de palmier', qui sont bien moins forts que ceux de chanvre, il arrive quelquefois dans le port des accidens que n'éprouveraient point des bâtimens mieux grées. '

Le port forme à l'ouest une courbe concave, bordée de récifs de madrépores , et se termine à un banc de même Jiiature, qui s'avance, à lest, de près de cinq cents mètres dans la mer. A mille mètres environ de ce roclier, en suivant la côte, on eu rencontre un autre de douze cents mètres de long, ^valement en madrépores. Ces bancs sont converts^ à mai^ haute , par la mer; la plage , qui a etë fort basse jusque-là , commence à s'élever, et présente bientôt des collines de cailloux roulés.

La position du port de Qoçej^r , à l'entrée de plusieurs

' CVst ayeo le réican filamen*' du palmier, Von fabric^ue ces teax qui garoil la base des feuillta covdes.

vajlëes qui débouchent en Egypte, a dû uécessairemeut le faire (iioisb' de tout temps pour 1 eotrepdt du commerce de la haute Egypte avec FArahie. L'Égypte y envoie actuellement du hlë, de la farine, des fèves, de l*orge , de lluiUe et d'autres denrdes ; et T Arabie, du cafë , du poivre, des gommes, des mousselines et q^uelt[ues étoffes de rinde'.

Durant mon sëjour à Qoçeyr, depuis le commencement de prairial an vu jusqu'au milieu de thermidor ( depuis le niilieu de mai 1 799 jusqu au commencement d*août) , le vent a presque toujours été nord-mn<d«est , et il est entre dans le port cinquante bâtimens : les plus gros, au nomlnre de neuf ou dix^ étaient de Geddah; cinq ou six appartenaient aux Arabes de la côte; le reste était d'Yanbo\ Ces bâtimens ne sont point pontes : dans leurs voyages^ ils suivent constamment la côte; et lorsque le vent est trop fort, ils s'abritent dans de petites anses : ils ne se tiennent en pleine mer que pour la trar verser.

On nomme ici la mer Rouge Bahr el-Malh; à Soueys , on la nomme Bahr el^Qolzoum, La plus forte marëe que j*aie observée à Qoçeyr , est de hiMt décimètres, et elle n'est ordinairement que de cinq, tandis qua Soueys elle est d'environ deux mètreys. .

On trouve le long de la eôte me grande quantité d*éponges, de coraux, et de coquilles nuancées des plus , belles couleurs. Elle est aussi £ort poissomeuse ; j!en puis donner une idée par la manière dont'les soldats

> p'oyez , pour d« plus grands détails » le Métogàn itir la oommerce de la haole Egypte Rvcc TArabie.

français y faisaient la pêche j ils ne se servaient ni d'hameçons ni de filets; ib prenaient les poissons avec la

main, après les avoir tues à coups de sabre ou de bâton.

Cette e6tc est habitée par des tribus de pêcbéurs; ils

avaient sur le bord de la mer , au nord du château , un camp , (ju'ilft abandonnèrent à notre approche. Chaque petite cabane était couverte d*une écaille de tortue. Ces ^uples ne vivent guère <juc de poissons 5 ils les prennent avec des filets, ou les harponnent à coups de lance; ils en font sécher an solml une grande quantité, qu'ils vien« nent éclianger à Qoçejr contre quelques objets qui leur sont nécessaires. Ces poissons secs servent à 1 approvisionnement des bâtimcns. N'est-il pas remarquable de trouver dans les écrits des anciens \ que la côte occidentale de la mes Ronge était habitée par des peuples nomades et ichthyophages , et qu'il existait un peuple chélonopliage% ou mangeur de tortues, qui eu employait les écailles i couvrir ses cabanes? Ainsi donc ces fidbles tribus ont franchi les siècles avec leurs coutumes, leur indépendance, tandis que tant de nations puissantes ont vu changer totalement leur gouvernement, ieun^usages , et que d'autres n'existent même plus pour nous que dans les annales des historien^. Mais Tétonnement que peuvent faire naître ces réfleuons, doit cesser bientôt : la misère, en effet, n'excite point l'envie; les pays fertiles verront de nouveaux maîtres, et les sables du désert ap-

■ Ptoléoiée, livre iv; Slraboa, ionophages dans de petites îles toî-

liT. xTi ; Paiiaiilias , Iît. x } Diodore aines des c^tesde PEihiopie , et Pttne

09 Sicile, Ut. xxxni; Plme, liY*Tr. rapporte qa'oo' en tromrait auprèt

* Diodon de Sicile place in Ché- dn golfe Peraiqae.

partiendront eucote aux derniers descêndans de ses pre-

miers possesseurs.

11 est encore un peuple qui , par sa ressemblance avec les anciens Troglodytes, mérite que Ton entre ici dans quelques détails sur ses mœurs et ses usages^ ce sont les A'bâbdeh, tribu nomade qui occupe les montagnes sitnëes à Forient du Nil, au sud de h vallée de Qoçcyr y pays œnnu autrefois sous le nom de Troglodjtique.

Cette tribu possède encore plusieurs villages sur la rive droite du Nil : les principaux sont, Darâoueh , Chejkh-A'mer et Redesyeh.

Tous les marchands qui fontle commerce de Qoçejrr, donnent aux A'hâhdeh vingt-trois medins par chameau chargé , et une petite mesure ' de ble , de fèves , de farine ou d'orge , selon la charge du chameau. Us prennent aussi en nature le vingtième des moutons , chèvres, poules I et autres objets d'approvisionnement de ce genre qui arrivent à Qoçeyr ; le camp qu'ils avaient aux environs de cette ville , e'tait destiné à empêcher toute espèce de fraude de la part des marchands. Les A'bâbdeh^ moyennant cette rétribntioR, sont oMig& de veiller à la sûreté de la route ^ et d'escorter les caiavanes^ mais ib ne répondent pas des acodens, surtout de ceux qui peuvent résulter de la rencontre des Arabes Antouny^ qui s étendent jusqu'aux déserts de l'isthme de Soueys, oà on les nomme Hwâytâi. Il existe depuis un temps im^ mémorial une guerre continuelle entre ces deux tribus.

A certaines époques, lorsque le blé et les autres denrées données par les marchands forment des amas con-

Uo viogt«4|ttatrièiiie d^ardeb.

sidërables au milieu du camp, le nombre des A*hâbiieh

angmenle, et l'on procède au partage. Je n'ai j)u prendre aucun renseignement certain sur la manière dont il se feit ; mais comme cette distribution donne souvent lien à des rixes , on peut présumer que la bonne lui n y prë* side pas toujours.

Les A'hâbdeh ont fort peu de cbevaux , et ils ne montent que des dromadaires Cet animal ne diil'ère du diameau (juepar sa taille , qui est beaucoup pins svelie , et par sa I^gëretë i la course. Les selles dont ils se servent pour leurs dromadaires , ne ressemblent point à celles qui sont en usa^ en l^gypte; elles sont formées de différ entes pièces de bois cousues ensemble avec des lanières de cuir. Elles ne sont point rembourrées^ et cependant on 8*y trouve fort commodément ^ parce rne le bois est creuse de façon à présenter une surface concave qui empêcbe que le corps ne porte sur un seul point : par-dessus, on étend assez ordinairement une peau de mouton. Sur ces selles, on ne se tient point enfourcbé comme à cheval , mais assis , les jambes en avant , posées ou croisées sur le cou du dromadaire.

Les A'bâbdeh élèvent une quantité considérable de chameaus : ils en vendent, ils en louent pour les cara* vanes; et c'est, je crois , la partie la plus considérable de leurs revenus. Ils récoltent dans leurs montagnes une grande quantité de wéaé et de gomme arabique; ils y exploitent dunalron , de lalun , et quelques autres substances minérales. Si Ion joint à cela quelques esclaves qu'ils amènent de TAbyssinie, Ton aura une idée des

■ Le âroomâaire des Dâturalisles.

principaux objets que les A'bâbdeh vieunent ëchauger dans les maixlies de la liante Égypte contre les grains ,

les étoffes et les ustensiles de diffëiens genres dont ils ont besoin.

Les A'bâbâeh sont mahomëtans; mais le pajs qu'ils babitent, et la vie active qu ils mènent continuellement, les empêchent de suivre scrupuleusement tous les préceptes de cette religion.

Gî peuple se glorifie d'être guerrier : lorsqu'on demande à un A'bâbdeb , Qiu «i-fu ? il répond , soldat^ avec l'accent de la fierté', 'fous ceux à qui j'ai entendu faire cette question , ont toujours repondu de même.

Les A'hâbdeh prétendent pouvoir mettre deux mille hommes sous les armes : cette évaluation est peut-être trop forte; on doit au moins le soupçonner, d après le penchant tpi!ont naturellement tous les hommes à exagérer les forces de leur nation.

Leur manière de voyager leur permet de parcourir un pays désert très-étendn^ ils font jusqu'à cent lieues en quatre jours : chaque homme, monte sur un dromadaire, porte avec lui.trois outres; elles sont attadiees le long de la selle , Tune pleine de fèves ^ Tautre d'eau , et la plus petite de farine. Équipés de la sorte , ils se réunissent quelquefois, et vont à cent ou cent cinquante lieues à travers le désert, attaquer une tribu avec laquelle ils sont en guerre , ouattendre le passage d We caravane qu'ils veulent piller.

Les -rd^*&^ft<iei^difiei en t entièrement , par leurs mœurs , leur langage , leur costume , leur constitution physique , des tribus arabes qui y, comme eux , ocoipent les d&erts

qui environnent TËgyple. Les Arabes sont blancs, se mient'ia tête, portent le turban, sont vétns, ont des

armes à feu, des lances de quatre à cinq mètres, des sabres très-conrbes y etc. Les sté'bàbdeh sont noirs ; mais leurs traits ont beaucoup de ressemblance avec ceux des Européens. Us ont les cheveux naturellement bouclés, mais point laineux ; ils les portent assez longs , et ne se couvrent jamais la tête. Ils n'ont, ])our tout vêtement, qu'un morceau de toile qu'ils attachent au-dessus des bancbes, et qui ne passe pas le milieu des cuisses.

Exposes presque nus à un soleil brûlant, c*est sans doute pour diminuerson action et conserver la souplesse de leur peau , qu'ils s^endnisent tout le corps de graisse^ ils en mettent même une telle quantité sur leur tête, qu'ayant qu'elle soit entièrement fondue, on croii^ait qu'ils se sont poudrës à la manière dès Européens. Les chejkhs seuls mettent quelquefois un turban et une chemise de toile, qui leur sert en même temps de robe.

' Ils n'ont point d'armes à feu : chaque homme est armé de deux lances de seize à dix-huit décimètres de lonj[, d*un sabre droit à deux trancfaans, et d'un petit oouteaa courbe attaché au bras gauche ; il a pour arme défensive un bouclier rond en peau d'éléphant , de six à sept dé* cimètres de diamètre.

Les A'bâhdeh connaissent la langue arabes mais ils en ont nne antre qui leur est propre. Us descendent pro* bablement des peuples errans qui possédaient autrefois cette contrée, et dont les anciens écrivains nous ont conservé le souvenir'. Les Troglodytes, selon eux,

< Strabon , liv. xvi j Diodore de Sicile , Iît. lu.

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portaient pour armes des boucliers de cuir arrondis et des lances; ils étaient nos , à Tezoeption des cujages el des reins; et la circoncisioïK^lait en usage chez eux. Enfin ils avaient une manière d'inhumer les morts qui leur était partictdière; on jetait des pierres snr le cadavre jusqu'à ce (ju'il en fut entièrement couvert. Cette coutume est encore pratiquée aujourd'hui par les A'bâbdeh. En effet , on me fit remarquer dans la yalléé de Qoçcjr plusieurs tas de cailloux qui étaient les tombeaux de quelques A*bâbdeh tués dans un combat. A trois Ueoes de Qoçejr, je vis encore au milieu de la route an monceau de pierres j ces pierres recouvraient, ma-t-on dit, le corps d'un riche marchand assassiné par les Arabeç.

Diodore de Sicile , qui écrivait il j a dix-huit sièdes , semble craindre que Ton ne prenne pour des fables ce qu'il raconte des Tn^lodytes \ et nous venons de les retrouver sur le même sol, avec le même costume, les mêmes armes , et la plupart de leurs anciens usages. U est singulier de pouvoir ainsi ^ après tant de siècles , attester la véracité' d'un bistorien.

On ne voyait aucune tente dans le camp que les ûà'bàb' deh avaient auprès de Qoçeyr. Pendant le jour , lorsque la chaleur est excessive , TA'bâbdeli pose à terre la selle, de son dromadaire; il dresse vis a vis , à une certaine distance 9 une pierre d'égale hanteur^ il pose sur ces deux supports son sabre et ses lances; par-dessus, il étend une peau de mouton , et voilà sa maison construite : à la vérité, elle n'a guère que quatre à cinq décimètres déliant, et il ne peut y être que couché. D'autres se mettaient aussi i Tahri du soleil dans de p^ites

grottes qu ils avaient creusées sur le penchant de lsi montagne. Je o*ai point vu de femmes dans œ camp ; et il est assez probable que , dans ceux où il s en trouve , les cabanes et les tentes sont un peu plus spacieuses que les abris dont je viens de parler,

La curiosité' m'a conduit souvent chez ces A'hâbdch , et j y ai toujours été bien reçu. J'étais le seul Français qui les voyais habitudlement; ils me regardèrentbientôt comme un de leurs amis, et je fus plusieurs ibi^ témoin de lenrs amnsemens.

Lenr danse n'a aucun rapport avec la danse lascive des Égyptiens ; elle est toujours l'image des combats. Les danseurs sont,armés,de la lance ou de Tép^ et du bonclier, et ils eiécnlent^ en s'attaquant , plusieurs pas avec force et légèreté. L adresse consiste à défendre son bouclier j celni qni le laisse frapper , est vaincu. Souvent nn danseur s clance vers un des spectateurs; il lui pose la pointe de l'épée sur la poitrine , en poussant un grand cri , auquel celui-ci doit répondre , A'hâbdeh : alors il s*en éloigne, et recommence à danser.

LeUr musique n'a point la tristesse et la monotonie de cdle des Egyptiens. Le mtme homme est nrasiden et poëte : ses chants sont à la louange des braves, ou à la gloire de sa tribu ; qnelqnrfois aussi il est question d'àmour. Assis autour de lui , on l'doonte en silence : il chante en s accompagnant dune espèce de mandoline > et Ton voit la gaieté, lateireur, la pitié ou la colère| se peindre tour à tour sur la figure des spectateurs.

Les vallées que Ion peut suivre pour se rendre de Qoçejr en Égypte, sont , si l'on en croit les A'hâbdok,

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SUR LA VILLE DE QOGEYR. SgS

au nombre de six ou sept. Celle que j'ai parcourue deux fois , a environ quarante lieoes de ddvdoppement , depuis Qoçeyr jusqu'à Byr^AnbôP,

On trouve d'abord , à deux lieues de Qoçeyr, le petit mîsseau de Lambâgeh ' ; l'eaa en est très-limpide, nais lourde et d'un goût de'sagreable ; les Arabes pre'tendent quelle est très-malsaine» et ils ne s'en servent que pour lenrs chameaux; cependant j'en ai bu , ainsi que plusieiii s Français , sans en avoir ctc incommode'. Sur les bords de ce ruisseau , 1 on voit qudques palmiers et un peu de verdure ; une multitude d'oiseaux , et surtout des pigeons sauvages, y ont fixe leurs demeures j ils liabi- ^t le creux des rochers , et vivent des graines que perdent les caravanes.

Dans un pays fertile , Lambâgeh ne serait rien : mais , au milieu de la soiilude et de Faridité des montagnes j un ruisseau , quelques arbres et quelques êtres vivans suffisent pour en.£aiire un lieu enchante j et cette expression ne paraîtra certainement pas exagérée à ceux qui s'y sont reposes en traversant ce désert. Malheureusement le ruisseau se perd dans les sables, à peu de distance de sa source i dans la saison des pluies seulement , il devient quelquefois un torrent considérable, qui se jette dans la mer auprès de Qoçey]^

A quatorze lieues de cette petite oasis, on trouve les fontaines appelées eUAdout : ce sont des trous creuses dans le sable sous des bancs inclinés de schiste. A cinq

■ AvaDl d^arriver à Lanibàgeh, servi à la coDâlruclioa da châtcaa on aperçoit sar la droiu let otrriàMS de Qoçeyr. d*où Pon a Uré lei iMerres qui ont

quarts de lieue plus loin, on rencontre une fontaine aembhble, nommëe eUAlanar* On aperçoit çà et là quelques acacias (mimosa Niîotica Liiu ). J en ai compté une vingtaine dans toute Tëtendue de la vallée.

D'el-Ahmar à hi Gytah * nous avons mis treize heures et demies c*est là que se réuniss^t toutes les autres vallées. Les puits de la Gytah sont fort larges, et revêtus en briques; une rampe permet aux animaux de descendre jusqu'à la surface de Teau , qui n'est qu'à un mètre du sol. On aperçoit auprès des puits quelques restes de constructions anciennes , et un petit caravanseray qui sert à abriter les voyageurs.

Depuis Qoçeyr jusqu'à une lieue environ avant la Gytah, nous fûmes toujours entre de hautes montagnes arides de pierre calcaire, de schiste, de brèche, de granit, de grès etc. , peu éloignées les unes des autres ; il existe même quelques défilés qui n*ont pas plus de douze à quinze mètres de large, et où des blocs de rocher obstruent tellement la route, que deux chameaux chargés ont de la peine à y passer de front : mais, à la Gy^ tak, la vallée commence à devenu* fort large , et forme bientôt une vaste plaine de sable , qui se termine vers rÉgypte par une chaîne de petites collines de sable et de cailloux roulés. ^

Quelques lieues après la Gytah , nous aperçûmes au loin le terrain cultivé. G>mbienri^ypte, que naguère je trouvais si triste , s'était embellie pour moi ! ces bois de palmiers , dont l'ombre presque insensible m'avait

' Ou la Guitta. détails minéralog^Qety k mémoife

* Fojrez, pour de plus grands de M. Roztôre.

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tant de fois fait regretter les forêts de ma patrie | me paraissaient le séjour de bi fraîcheur : et le Nil I pourrai-je peindre ce que j'éprouvai i sa me y an scnrtir du âiaett que jliabitais depuis trois moisi Le khamsyu * souiÛait alors par rafales brillantes; mais cette eau douce, objet de nos vœux , semblait en diminuer les effets malfaisans. L espérance d un bien prochain diminuait le mal présent ; fatigués, altérés, afi&més, Timagination nous donnait déjà le repos , Teau du Nil et les fruits. Nous pressâmes ' nos dromadaires : depuis Qoçeyr, nous avions marché presque continuellement ; les plus longues haltes avaient été de deux heures : mais hommes et dromadaires avaient oublié leurs Êitigues, et nous arrivâmes pronqptement à Byr-Anbâr.

Byr-Anbâr est un petit vUlage qui se trouve sur la limite du désert et du terrain cultivé; il est à environ cinq quarts de lieue au nord de Tancienne ville de Coptos, à une demi-lieue du Nil, et à huit ou neuf lieues de la Gjtah. Ce village appartient à la tribu arabe des A'zâyzy : on y trouve des puits dont l'eau est fort bonne dans le temps des hautes eaux du Nil ; mais , à l'époque des basses eaux , elle a un goût désagréable d'hydrogène sulfuré , qui pr ûv ient sans doute de la malpropreté des puits.

* Khamsyn^ Tient brûlant^ ap- ponssiftN «strémement subtile et

pelé, dans le désert, «ejiioi(m(einpoi- brûlante est enlevée à une grancle

sonné). Les animaux qui s'y trou- hauteur; elle obscurcit Téclat da

■vent exposés, souffrent beaucoup, soleil, et donne à ratniosphère une

et quelquefois même meurent subi- teinte livide de pourpre et de jaune :

temcnt : les bouffées de chaleur cette poussière péni-trc à travers tous

c[u^OD ressent par intenralles, peu- les vétemeos, et dessèche la peau.

Tent ie comparer à ceOea qui éma- Malbenr à cens qae ces trombes

nent d*iiiie fournaise ardeote. Une icneootient dans le désert!

De Byr-Anbâr à Qéné , petite ville située sur les bords du Nil, Dous avons mis quatre heures; c'est le rendezvous le plus ordinaire des caravanes qui font le commerce de Qoçcyr : ce fut le terme de mon voyage.

La vallée que je viens de décrire , est celle que fréquentent liabiluellement les pèlerins de la Mekkc et les marchands qui font lecommercedcrArabie.MM.Bruce et Browne, voyageurs anglais, en ont fait connaître deux autres; mais la plus remarquable de toutes est celle qu*a suivie M. Bachclu, officier du génie. Elle est au nord de celle dont j*ai parle ; on y trouve plusieurs monumcns anciens, distans les uns des autres d'environ quatre lieues : ce sont des espèces de stations fortifiées, construites sur un plan uniforme; elles consistent encore en une grande cour carrée, fermée de hautes murailles flanquées de tours. On retrouve dans l'intérieur quelques vestiges des logemens qui y existaient autrefois. Au milieu delà cour est un puits très-large , avec une rampe par laquelle les animaux pouvaient descendre pour s'abreuver. Ces puits sont en partie combles; mais, en les creusant un peu, il est probable que l'on y trouverait de l'eau.

Celle de ces stations que l'on rencontre d'abord en partant d'Égypte, est à quatre lieues au-delà des puits de la Gjtahj qui était certainement autrefois la première station fortifiée de cette route. On en compte six ou sept jusqu'à Qoçeyr : la dernière en est e'loignee d'environ six lieues. Dans les endroits où la valle'e se divise en plusieurs branches , un cube de maçonnerie est place' dans celle que l'on doit suivre. Vers le milieu du che-

, , ^.oogle

SUR LA ViLLE DE QOÇEYR.

min , on fi'ëlëve par nne pente assez douce, et, après être arrivé au sommet de la montagne » on descend dans la Tallée, qui se prolonge ensuite , sans aucune antre interruption, jusqu'au ruisseau de Lambageh, où elle rejoint celle que j'ai précédemment décrite.

Strabon parle d*nne route qui allait de G>plos à Myos-hormos , ville située sur les bords de la mer Rouge, et dont le port était fort considérable. Strabon ajoute ' que cette route était très>fréquentée ; que , dans les premiers temps , on emportait Teau nécessaire pour le voyage j et qu'on se dirigeait en obserrant les étoiles $ mais qu'ensuite on avait creusé des puits et fait des ci* ternes pour conserver Feau des pluies. Ce chenun était de six ou sept journées de marche.

Dans plusieurs ouvrages on rapporte ce passage de Strabon , en rappliquant à la route de Coptos à Bérénice : on peut s'assurer, en lisant attentivement cet ancien voyageur , que c'est celle de Coplos àMyos-hormos qu'il décrit dans l'endroit cité.

D'Anville , qui a discuté parfiiitement tout ce que les anciens écrivains rapportent sur la position de Mjos-.

■ *àXKknhnK»inU,*âiihUtUtf thcmnêitsveetipernoetemiterage-'

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x«< uS'ittA xctT«Tjt«i/flt)trt«r/i» , ôjjD^av- ci'sternas fecerunt. lier est sex sep-

Ttt -TTOXÙ )3«t9oc* *flt» tK Tiv aufAy'tui, tenue dietnim. ( Slrabonis Rerunt

KAirsif oiTttv tf-jratïiuv, 'o/*oc S^t^AfAt' geographicarumlibrl xvii,com VCT-

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i^k i/jiipmf, ParUiontm , typU reg^i, ifoo , m-

Sed CopUt» et Murip^tatio nuiie JôL; lib. xrii, pag. 8i5.> excelùmt^ mquê omnes uUinlur, Jm*

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