MOYENNE
Par E. JOMARD.
Le séjour et les voyages que j'ai faits dans les différentes provinces de l'Egypte moyenne, m'ont mis à même d'observer le caractère et les habitudes des Arabes et le régime intérieur des tribus, tant de celles qui se sont adonnées à l'agriculture depuis très-long-temps ou seulement depuis quelques générations , que de celles qui ne cultivent pas ou ne font pas cultiver, et qui ne s'occupent, quand elles ne sont pas en guerre, que de
1 L'Egypte moyenne est coin- nomes de Memphis ,&Oxyrynchus y
posée des provinces de Gyzeh, de à^Heracleopolis , d*u4rsùioé , à?A-
Behncseh, du Fayoum, d'Atfy- phroditopolis ,d'^/iitVioe', deCvvio-
hyeh et d'Achmouneyn. La seconde polis et d' Hermopolis magna. C'est
et la dernière, ont pris, pendant dans le cours des années 1799, 1800
Tadininislration française, les déno- et 1801, que j'ai parcouru ce pays
rainations de Beny-soueyf et de Mi- et recueilli les observations qu'on
nyeh , du nom des deux villes prin- va lire. Ces obsrr\;u ions s'appliquent
cipales qui sont baignées par le Nil , plus spécialement aux provinces
tandis que les anciens chefs-lieux d'Alfyhyeh et d'Achmouneyn : il
sont recules dans les terres. Ces cinq est nécessaire de se rappeler ces cir-
provinces répondent à l'ancienne constances pour l'intelligence du
Heptanomidc, qui comprenait les mémoire. 1
a68 OBSERVATIONS SUR LES ARABES
la conduite des caravanes et de l'e'ducation des bestiaux, des chameaux et des chevaux. Cette division des Arabes en deux grandes classes peut s'appliquer à tous ceux qui habitent ou fréquentent l'Egypte, et je m'en servirai dans cet écrit, pour faire connaître les tribus que j'ai visitées. J'avertis que les remarques suivantes, bien que sous une forme générale, sont cependant particulières aux provinces dont il s'agit : je ne prétends pas donner ici le tableau des mœurs des Arabes; mon seul dessein est de rapporter des observations dont je garantis l'exactitude, les ayant faites et écrites sur les lieux mêmes, avec loisir et sécurité, souvent accompagné dans mes courses par des cavaliers de ces tribus , ou bien campé au milieu d'elles. Ce que je considérerai principalement, ce sont les Arabes dans leurs relations habituelles avec le pays. Ainsi ces observations , quelqu'isolées qu'elles paraissent au premier coup-d'œil , pourront fournir plusieurs traits au tableau de cette nation singulière , et servir à son histoire.
Comme les Arabes cultivateurs exercent en Égypte une grande influence, et que leur caractère et leurs habitudes sont peu connus, je commencerai par ce qui les regarde, et j'exposerai ensuite mes observations sur les Arabes Bédouins ou errans, à-la-fois guerriers et pasteurs. La première classe doit se partager en deux autres : l'une qui est établie en Egypte depuis très-longtemps et originaire d'Asie, cultivant elle-même les terres et habitant dans des villages la plupart situés sur la rive droite du Nil; l'autre ne s'occupant de culture que depuis une époque récente, et composée principa-
lement d'Arabes qui sont sortis de l'Afrique septentrionale : ces derniers occupent une partie du territoire de la rive gauche ; ils sont la plupart logés sous des tentes, et font cultiver leurs terres par les fellâh ou naturels de l'Egypte. Les uns et les autres ont un siège fixe et sont assujettis à l'impôt territorial.