‹ Description de l'Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (volume 3)Chapitre 62 sur 95 · ROUE A POTS OU MACHINE A ARROSER · texte numérisé non relu

ROUE A POTS OU MACHINE A ARROSER

Cette planche représente la vue de Tune des machines dont on fait le plus fréquemment usage en Egypte pour les arroscmens artificiels. On la retrouve employée dans les jardins et tout le long des rives du Nil , depuis l'embouchure du fleuve jusqu'à la première cataracte. Quelquefois cette machine, que les gens du pays nomment doidâb1, est remplacée, sur les branches de Rosette et de Damiette, par une roue à godets appelée en arabe a'gel*, que Ton décrira ailleurs3, et qui remplit le même objet que celle dont nous avons à parler. La machine dont il est ici question , et qui a été dessinée par M. Conté , est celle que l'on voit au Kaire dans les jardins de Qâçim-bey, que le général en chef avait mis a la disposition des membres de l'Institut et de la Commission des sciences et arts. Ce n'est autre chose qu'un chapelet vertical, qui tourne autour d'une roue à tympan. Cette roue est fixée verticalement sur un arbre horizontal , auquel est adaptée une roue dentée verticale d'environ quatre-vingt-dix-sept centimètres* de rayon", armée de vingt-quatre dents. Cette roue est mise en mouvement par une autre roue dentée, horizontale, qui a deux mètres quatre-vingtdouze centimètres5 de diamètre, et qui est armée de quarante dents. La roue horizontale est adaptée à un poteau vertical , dont les tourillons inférieur et supérieur tournent dans des crapaudincs pratiquées dans des taquets en bois : le taquet inférieur est encastré dans la maçonnerie ; le taquet supérieur est fixé à une grande

1 *r*X^ 3 Vo*: 11exPucation de la pl. m.

' ~ 4 Trois pieds.

a i}£ 5 Neuf pieds.

PLANCHE V. 4i3 traverse horizontale en bois, qui est elle-même encastrée dans deux mon tans construits en maçonnerie. Cette traverse maintient tout le système dans une position fixe. Un levier horizontal ou timon traverse le poteau par le centre, et sert a atteler l'animal qui imprime le mouvement à toute la machine. C'est ordinairement un bœuf : il a les yeux bandés ; il est fixé au timon par les cornes avec des cordes de feuilles de palmier. Quelquefois on emploie des chevaux et des ânes. Le système de roue dentée est isole* par une construction* en maçonnerie, qui s'élève tout autour à quatrevingt-dix-sept centimètres 1 au-dessus du sol ; et c'est au niveau supérieur de ce mur qu'est établi le manège.

Le chapelet est composé de pots de terre fabriqués exprès : ils sont attachés sur une échelle de corde dont les échelons sont quelquefois en bois , comme dans la machine que nous décrivons , mais le plus souvent en cordes. Les pots se vident dans une auge en bois , placée dans l'espace parcouru par la roue à tympan. Les clefs qui réunissent les deux faces de la roue à tympan, sont ici disposées cylindriqucmcnt : mais il y a de ces sortes de machines ' où elles sont disposées conîquement, probablement pour renvoyer le chapelet en dehors et faire mieux vider les pots. L'auge communique à une petite rigole qui conduit les eaux dans un bassin, d'où on les (ait écouler pour les distribuer ensuite dans tous les terrains qu'elles sont destinées à arroser. L'eau est tirée d'un puisard construit en maçonnerie, qui est assez profond pour que dans toutes les saisons il puisse être rempli par les eaux du fleuve, qui y arrivent par infiltration. Le puisard est ici assez grand pour qu'on ait pu y établir deux machines telles que celles que nous venons de décrire , et dont une seulement est entièrement exprimée dans la planche v.

1 Trois pieds.

La machine que représente la planche v, eu égard à Pétat des arts en Egypte, est construite avec une sorte de recherche et de soin que Ton ne pouvait retrouver que dans la capitale de l'Egypte et dans les jardins d'un bey. Toutes les pièces de bois sont bien équarries , les laces de la roue à tympan bien dressées. Les extrémités de l'arbre horizontal et du poteau vertical sont revêtues d'armatures en fer ; les tourillons sont eux-mêmes de fer ; les rigoles et les bassins sont construits en maçonnerie, revêtus en bon ciment. Mais , partout ailleurs qu'au Kaire , ces machines sont construites avec beaucoup plus d'économie et moins de recherche , on peut même dire , avec une sorte de négligence qui force bientôt à les renouveler. Le timon ne passe point par le centre du poteau vertical ; il est seulement attaché avec des cordes à la partie extérieure de ce poteau. La traverse horizontale est tout simplement un gros tronc de palmier non équarri , fixé sur les deux mon tans construits en maçonnerie, par de grosses pierres attachées avec des cordes de palmier. Les rigoles sont formées par de petites parois en terre , qu'on élève au-dessus du terrain naturel. Dans ces sortes de machines , surtout celles qui sont construites assez grossièrement, la force motrice a une grande résistance à vaincre de la part du frottement; ce qui est assez annoncé par le bruit qu'elles font entendre au loin, lorsqu'elles sont mises en mouvement.

Plusieurs circonstances peuvent influer sur le produit plus ou moins considérable de la machine , qui dépend plus spécialement de la force motrice ; car on peut augmenter le produit en rapprochant davantage les pots les uns des autres. Quand la machine est en mouvement, il est nécessaire qu'un homme soit là constamment, pour que l'animal ne s'arrête point, et pour le remplacer lorsqu'il a suffisamment travaillé. Il faut aussi remettre des pots à la place

PLANCHE V. 4*5 de ceux qui peuvent se casser. On sent qu'il est difficile d'assigner en général le produit de ces machines , qui est variable pour cha-

cune d'elles en particulier; ce n'est que par des expériences faites exprès , qu'on pourrait y parvenir. Une machine de ce genre mue par un bœuf, et dont le chapelet était formé de cinquante-six pots , a élevé, en une minute, d'une hauteur de dix mètres et trenteneuf centimètres», soixante-sept mille six cent deux centimètres cubes3 d'eau; ce qui fait soixante-sept litres et six décilitres3. M. Faye, ingénieur des ponts et chaussées, a (ait à Alexandrie, sur ces sortes de machines, des expériences dont il publiera les résultats par la suite.

Per. JoLLOIS.

1 Trente-deux pieds.

3 Trois mille quatre cent huit pouces cubes. 3 Soixante-onze pintes.

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