VUES ET DÉTAILS DE DEUX MACHINES A ARROSER, APPELÉES
CHADOUF ET MENTAL.
Fîg. i. Vue de l'atelier d'irrigation par le moyen du châdouf.
Ces ateliers, établis pour fournir l'eau aux rigoles d'irrigation lorsque le Nil décroît, sont places sur les bords du fleuve , et multipliés à différentes hauteurs , suivant rabaissement des eaux.
L'atelier ici représenté consiste en quatre plates-formes placées les unes au-dessus des autres, sur chacune desquelles se trouvent des réservoirs où l'eau est successivement élevée pour passer du dernier dans les canaux d'irrigation.
On voit, au-dessus de chaque plate-forme, des supports en terre, semblables à des piliers, destinés à porter une pièce de bois transversale, à laquelle sont attachés les leviers et contre-poids par le moyen desquels l'eau est élevée. Ces piliers sont au nombre de trois sur les deux premières plates-formes , et de deux sur les autres.
Sur ces plates-formes sont pratiquées autant de rigoles qu'il y a d'hommes en action. C'est là que l'eau est versée pour se rendre dans les réservoirs où aboutissent les rigoles. Un peu au-dessous , sur une banquette faite à cet effet, sont placés les hommes qui puisent l'eau et qui l'élèvent à la hauteur de leurs plates-formes respectives.
L'eau est puisée, soit dans le fleuve, soit dans chaque réservoir, au moyen d'une couffe à anse, espèce de seau fait en feuilles de palmier, recouvert en cuir noir : l'anse de cette couffe est soutenue par une corde attachée au bout de la perche qui sert de levier. Les leviers sont eux-mêmes attachés, au quart de leur Ion-
PLANCHE VI. 417 gueur, et par le gros bout, à la pièce de bois transversale que nous avons indiquée, et qui est posée sur les supports en terre. A l'extrémité de la perche opposée à la corde qui supporte le seau , sont placées des rondelles en terre cuite au soleil , formant contrepoids, et servant à équilibrer l'eau contenue dans le seau.
Les deux premières plates-formes, semblables entre elles, exigent le service de quatre hommes. Elles ont chacune quatre rigoles pour la conduite de l'eau dans leurs réservoirs. L'eau est élevée de deux mètres sur chacune d'elles. Les deux plates-formes supérieures diffèrent des autres en ce qu'elles n'emploient que deux hommes , qu'elles n'ont que deux rigoles et un seul réservoir, et que l'eau n'est élevée sur chacune d'elles que d'un mètre.
Cet atelier, ainsi disposé, est servi par douze hommes. Ceux qui sont placés sur la première plate-forme au bord du fleuve, y puisent l'eau , laquelle , portée dans le réservoir au moyen des rigoles , y est puisée à son tour par les quatre hommes placés sur la seconde plate-forme, d'où elle est élevée sur la troisième, et ainsi de suite , jusqu'à ce qu'elle soit parvenue à la hauteur des canaux d'irrigation.
Ce moyen d'élever l'eau , fort simple en lui-même , est commode dans un pays où l'on emploie beaucoup d'hommes pour un faible salaire. Il est combiné de manière à répartir le travail assez également entre eux, et à exiger de chacun la même activité. Ce travail est accompagné et comme réglé par le chant qui marque la mesure.
Sur le haut de la rive , à la gauche du tableau , se tient le chef de l'atelier. On voit sur le premier plan une barque remontant le Nil à l'aide d'une voile latine. Le patron de la barque est représenté assis et fumant sur l'avant.
Fig. 2. Plan de l'atelier du châdouf.
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4i8 ARTS ET MÉTIERS.
Fig. 3. Coupe de l'atelier du châdouf sur la longueur.
Fig. 4* On a représenté dans ce dessin une autre manière assez usitée en Egypte, d'élever l'eau jusqu'aux rigoles d'irrigation, lorsque le niveau du Nil ne se trouve qu'à un demi-mètre environ au-dessous de ces rigoles. Cette manière d'arroser s'appelle mentâl.
On pratique sur la rive du fleuve une petite tranchée formant une espèce de réservoir. Deux hommes nus se placent en face l'un de l'autre sur les deux bords de cette tranchée. Ils sont à demi assis sur des buttes en terre , pratiquées à cet effet. Ils tiennent de chaque main une corde; aux extrémités de ces quatre cordes est attachée une couffe ou seau fait en feuilles de palmier et recouvert d'un cuir noir : ils lancent le seau dans le fleuve, où il s'emplit; puis, se jetant chacun en arrière, ils l'élèvent jusqu'à la hauteur de la rigole , et y versent l'eau. La tête de cette rigole est garnie de nattes pour contenir la terre, que la chute de l'eau unirait par délayer.
CÉCILE