‹ Description de l'Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (volume 3)Chapitre 86 sur 95 · COUTELLE · texte numérisé non relu

COUTELLE

FlG. 2. MOULIN A PLATRE.

Cette figure est la vue intérieure d'un atelier où l'on pile le plâtre par le moyen d'un moulin. On a vu, dans la planche I {fig. 2 et 3) , la projection du moulin à huile, presque entièrement pareil à celui-ci, et, planche II (fig. 7 8), l'explication du moulin à plâtre. Il suffit ici de faire remarquer que le dé qui s'élève au centre de l'aire , a une forme conique très-prononcée :

on a déjà donné le motif qui a fait choisir pour l'aire la forme de

cône. A mesure que le plâtre est pilé , un homme le recueille et le

serre dans des sacs ; il s'occupe aussi à remettre sous la meule les

morceaux de pierre qui n'ont pas été pulvérisés.

La vue représente une circonstance très-commune dans tous les

moulins du Kaire, savoir, l'emploi de fragmens d'antiquités

égyptiennes; un morceau chargé d'hiéroglvphes fait partie du »

E. M. xii. < 3i

48a ARTS ET MÉTIERS,

dé, et la meule est un tronçon de colonne de granit de forte dimension, légèrement cannelé, pour être plus propre a broyer le plâtre. Cette meule a communément de douze à quinze et dixhuit décimètres (trois à cinq pieds) de largeur : elle est taillée en cône comme l'aire, ou bien elle prend insensiblement cette forme.

Il est superflu de faire observer combien est simple l'exécution de cette machine, où toutes les pièces de bois, c'est-à-dire le levier et les deux axes , sont des branches grossièrement taillées , ou même encore avec leur écorce : mais cette grossièreté d'exécution n'empêche pas le moulin à plâtre d'être une machine économique et bien conçue.

Le plâtre se pile aussi en Suisse , en Espagne et en France , par le moyen d'un moulin. La méthode la plus vicieuse est celle qu'on suit aux environs de Paris, où l'on pulvérise le plâtre à bras d'homme; ce qui expose les ouvriers à respirer un air chargé de

gypse. " V

E. JOMARD

FlG. 3. ATELIER OU L'ON BRULE LE CAFÉ.

Le café moka, dont l'usage est habituel dans toutes'les classes en Egypte , est apporté de Geddah et d'Yanbo' sur des bâtimens turks qui le débarquent à Qoçeyr et Soueys, d'où il est transporté à Qéné , dans la haute Egypte , et au Kaire.

Pour la consommation intérieure , on le brûle dans des ateliers , sur un large plateau de cuivre , au compte des marchands en détail et des particuliers : ce plateau est scellé à la surface d'un fourneau construit avec de la terre , en pierre ou brique.

L'ouvrier qui brûle le café, entretient d'une main, avec des

PLANCHE XXVI. 483 roseaux, un feu clair sous le plateau, tandis que, de l'autre, il le remue avec une espèce de balai formé de petites branches de palmier.

Le café brûlé est ensuite pilé dans un mortier fait d'un tronçon de colonne de granit, creusé de deux décimètres (sept à huit pouces environ), d'un diamètre à peu près égal par le haut, et d'un décimètre (trois à quatre pouces) près du fond, selon que le mortier a servi plus ou moins de temps , mais généralement trop étroit dans le fond pour que deux pilons puissent y être placés à-la-fois.

Deux et le plus souvent trois ouvriers lèvent et abaissent successivement et avec force , dans le mortier , un pilon de quatre décimètres (quatorze à quinze pouces) de long, du poids de cinq k six kilogrammes (dix à douze livres) , et quelquefois plus pesant , en accompagnant leur mouvement d'un chant mesuré , tandis qu'un enfant enfonce et retire sa main dans le mortier , et remue chaque fois le café, en suivant exactement, pour cette opération, la quatrième mesure du chant, lorsque ce travail se fait a trois ouvriers, et la troisième , lorsqu'il se fait à deux , sans jamais suivre des yeux les mouvemens des pileurs. Tandis que les Européens , peu habitués à ce genre de travail , le regardent avec surprise , craignant à chaque instant de voir la main de l'enfant écrasée pac les pilons , le chef fume tranquillement sa pipe , et tous remplissent leur tâche sans se douter de l'intérêt qu'on porte à cet enfant.

On enseigne de bonne heure dans les écoles à marquer la mesure, et cette instruction sert dans une foule de métiers, particulièrement pour l'art du pileur de café. Le maître frappe de sa baguette sur une table, et l'enfant doit présenter la main au point précis où a touché la baguette , puis la retirer latéralement. A mesure que le mouvement s'accélère , la main court plus de risque

d'être frappée : avec de l'usage, l'élève parvient à éviter la baguette, quoiqu'elle batte à coups redoublés. C'est ainsi qu'on fait faire sans danger, aux plus jeunes enfans, un travail que nous regarderions comme impossible.

CofJTELLE.

FlG. 4» LE MAROQUINIER.

Toutes les préparations de peaux se font , particulièrement au Kaire , dans un vaste établissement , qui consiste en une cour immense , entourée d'une multitude d'ateliers où travaillent deux ou trois cents ouvriers.

Le quartier où est située cette grande fabrique , se nomme el- Hasanyeh. L'établissement lui-même est appelé el-Madâbagh : il est près d'un lac désigné sous le nom de Birket él-Saqqâyn, et qui n'est rempli d'eau que pendant trois mois de l'année, août, septembre et octobre ; en sorte qu'aussitôt que l'eau diminuée s'y couvre d'une fleurée verte , les ouvriers qui employaient l'eau de ce lac pour le travail de leurs peaux , sont obligés de les porter au Nil, en le suivant dans son décroissement. On tanne au Madâbagh , pour les babitans du Kaire et pour ceux de la haute Égypte, les peaux de taureau , de vache , de buffle , de mouton et de chèvre ; mais on n'y donne pas à celles qui sont travaillées pour maroquin les dernières préparations qu'exige cette espèce de cuir. C'est dans un grand okel appelé Sahhlyân, situé près du Soukkaryeh, qu'on achève les maroquins, et c'est dans un marché connu sous le nom de Souq el-A'sr, qu'on les vend tous les matins.

Le maroquin noir, le jaune, et celui qui est teint en rouge, mais simplement avec le beqqem, ou le bois coloré, ne s'achètent que soixante à quatre-vingt-dix médins la peau entière, tandis que

PLANCHE XXVI. 485 le prix du maroquin coloré en rouge par le doud ( le kermès ou la cochenille) s'élève à quatre , cinq et six pataquès, et à huit et dix pataquès , lorsqu'il vient de Barbarie.

La figure représente un des ateliers du Madâhagh ; on y voit deux hommes nus, occupés, l'un à laver, à fouler les peaux dans une suite de réservoirs , l'autre à les écharner sur le chevalet, avec l'instrument usité en Égypte. {Vojez la Notice sur la préparation des peaux en Égypte, É. M., tom. xiv.)

Boudet.

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