‹ Description de l'Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (volume 3)Chapitre 90 sur 95 · OUTILS ET INSTRUMENT · texte numérisé non relu

OUTILS ET INSTRUMENT

La figure i représente la serrure ordinaire des Egyptiens laite en bois, et qu'ils nomment dabbeh. Elle est vue de face, telle qu'elle se trouve posée à une porte.

La figure a représente une coupe faite à plat sur l'épaisseur de cette serrure; celle-ci est ouverte, et le verrou prêt à tirer.

La figure 3 est le montant ou la portion verticale de cette serrure , vu séparément avec la coupe transversale du verrou et de la clef : ici la serrure est fermée.

La figure 3' est le plan de la clef.

Cette serrure est de bois et faite de deux pièces : l'une a a (Jîg. i et a), verticale et fixe, qu'on peut appeler le montant; l'autre bb, horizontale et mobile, qui est une espèce de pêne ou de verrou.

Le montant de cette serrure s'attache aux portes avec des clous ; il est entaillé transversalement dans plus de moitié de son épaisseur, pour contenir le verrou. (Voyez en a,fig. 3.)

Au-dessus de l'entaille du montant se trouve un petit dé de bois très-dur (voyez en d,fig. a et 3) , incrusté dans l'épaisseur même du montant. Ce dé , qui est ordinairement fait de buis , est percé de plusieurs trous, hors desquels s'abaissent de 'petites fiches de fer , susceptibles aussi de remonter et d'être entièrement cachées dans le dé qui les contient.

Le verrou est plus épais aux extrémités que dans' le milieu pour ne pas sortir de l'entaille du montant , tandis qu'il glisse de droite et de gauche dans cette entaille.

PLANCHE XXX. 4g3

Ce verrou est longitudînalement évidé en-dessous , de manière à présenter une coulisse qui se voit en e (Jig. a ) , et qui reçoit la clef c (fig. i */ 2 ).

Cette clef est un petit morceau de bois propre à être introduit dans la coulisse du verrou. Elle est garnie de six dents de fer qui se voient en / (Jig. 2 ).

Les dents de cette clef, quand on la soulève dans la coulisse du verrou , pénètrent dans des trous correspondans , percés au haut de la coulisse de ce verrou , et rencontrent dans ces trous les fiches qui se sont abaissées, hors du dé du montant. Ce sont ces fiches qui tiennent la serrure fermée ; et les dents de la clef, en déplaçant ces fiches, ouvrent la serrure.

Les Egyptiens se servent de serrures de cette espèce pour fermer leurs maisons, leurs magasins et leurs armoires. Ils adaptent aussi quelquefois ces serrures à des coffres. Elles sont fabriquées par des menuisiers qui en ont toujours une grande quantité de toutes prêtes dans leurs boutiques , et de différentes grandeurs. Les plus petites sont au moins doubles de la figure 1 et de la figure 2.

On met des serrures d'une grandeur médiocre dans les appartemens : on en met de fort grandes aux larges portes des maisons et des villes. Il y avait à la porte Bâb el-Fuutouh, au Kaire , une serrure de bois dont le verrou avait environ un demi-mètre (dixhuit pouces) de long, sur environ quinze centimètres d'épaisseur (cinq à six pouces).

On fabrique, dans les grandes villes, ces serrures avec assez de soin , et l'on y emploie des pointes de fer pour faire les fiches de la serrure et les dents de la clef; mais, dans les villages , on substitue des chevilles de bois aux pointes de fer, et l'on n'a que des serrures grossières et moins solides.

Les figures 4 , 5 et 6 représentent diverses parties d'une serrure

4q4 ARTS ET MÉTIERS,

de bois qui s'ouvre et se ferme avec une clef en fer , de même

espèce que les clefs de nos serrures.

La figure 4 est le pêne de cette serrure , vu de côté et en dessous.

La figure 5 , le même pêne vu en dusus.

La figure 6 est le montant dans lequel glisse le pêne..

Il y a derrière le pêne de cette serrure un morceau de bois qui est taillé de manière à représenter un tenon qm se loge tantôt au dédans, tantôt au dehors d'une échancrurc de pêne a (fig. 5).

Lorsque la clef rencontre, en tournant, les dents du pêne (Jîg. 4)i elle le fait avancer ou reculer ; elle soulève aussi le morceau de bois en tenon qui s'arrête dans l'échancrure du pêne , et l'ouvre ou le ferme. Les serrures de cette espèce sont rares en Egypte ; elles nous ont paru faites très-grossièrement sur le modèle de quelque serrure apportée d'Europe , et moins bonnes que la serrure (fig. i ) que nous avons décrite la première.

lia figure 7 est celle d'une essette vue de côté et avec son manche.

La figure 8 est la même essette vue en dessus.

Cette essette sert de fermoir et de marteau aux menuisiers égyptiens. Nous avons été très-habitués à les voir manier cet instrument, qu'ils appellent qaddoum.

Ils tiennent cette essette d'une seule main ; elle ne pèse qu'un demi-kilogramme (environ une livre) : elle sert aux menuisiers et charpentiers d'Egypte à tailler les plus petits morceaux de bois aussi bien que les plus gros.

En France, les menuisiers ne se servent point d'essette; mais les couvreurs et les tonneliers sont les ouvriers qui s'en servent : les charrons emploient aussi de très-grandes essettes.

L'essette {fis. 7 8 ) est de la forme des essettes fabriquées au

PLANCHE XXX. 4g5 Kaire. On en apporte de beaucoup plus minces de Constantinoplc au Kaïre ; mais il est rare que les Égyptiens ne leur préfèrent pas celles fabriquées chez eux.

f Cette essette est très-commode pour les menuisiers et les charpentiers égyptiens , qui restent le plus qu'ils peuvent assis en travaillant. Ils sont très-adroits à se servir de cet instrument.

La figure 9 représente un bec-d'âne , espèce de ciseau propre à faire des mortaises : a a est le fer de ce bec-d'âne forgé grossièrement; h est un anneau de fer que les menuisiers placent entre le manche et la base de l'outil pour raffermir. Cet anneau supplée au rebord large et bien forgé qui garnit la base de nos ciseaux de menuisier, et qui les empêche d'entrer trop profondément dans les manches qu'on leur adapte.

La figure 10 est le tranchant du bec-d'âne vu de face.

La figure 11 est un feuilleret dont les menuisiers d'Égypte font un très-grand usage. La figure représente ce feuilleret vu en dessous, et réduit à un peu plus de moitié de sa grandeur. Il est plus long que les feuillerets des menuisiers français. Les Égyptiens ne choisissent leur feuilleret aussi long que pour être plus sûrs de bien dresser leur bois, parce qu'ils n'ont point de varlopes, qui sont les longs rabots avec lesquels les menuisiers en France dressent le bois. Le seul procédé suivi par les menuisiers égyptiens pour dresser un morceau de bois, consiste à passer premièrement le feuilleret sur les bords du bois, pour dresser ces bords, et à enlever ensuite avec le rabot la partie de bois inégale restée entre les coups du feuilleret. Cette méthode dont les menuisiers égyptiens ne s'écartent point, et qui est appropriée à leur attitude gênée, puisqu'ils travaillent assis, et qu'ils ne pourraient manier une varlope longue et pesante, est pratiquée quelquefois par nos ouvriers en France. Elle est décrite dans l'art du menuisier (En-

4g6 ARTS ET MÉTIERS.

cyclopédie de Diderot et d'Alembert, page 67). C'est assurément

une méthode très-convenable.

Les figures la et i5 représentent deux rabots. Leur grandeur naturelle est au moins quatre fois celle de la figure. Ces rabots sont grossièrement façonnés. La lumière ou espèce de mortaise d'un rabot ordinaire est difficile à faire. lies Égyptiens, pour éviter les difficultés de ce travail , se bornent à faire , sur le côté du fût de leurs rabots , une simple entaille avec la scie pour suppléer à une lumière , et pour tenir le fer au moyen du coin. En France , on nomme feuiUerets, gorgets et bouvets, les rabots dont le fer se place ordinairement dans une entaille faite de cette manière , et qui servent plutôt à faire des rainures et des moulures, qu'à dresser et à aplanir le bois. Ainsi, en ne considérant les instrumeW fig. 12 et 1 5 que par rapport à leur forme, il faudrait les appeler feuille-

rets; mais, en considérant leur usage entre les mains des Egyptiens, il faut les appeler rabots.

La figure i3 est le dessous du rabot^Jg-. 12 , à lame fort étroite.

La figure i4 est le dessous du rabot/gr. i5 , à lame plus large.

La figure 16 est un foret ou viUebrequin qui peut être regardé comme particulier aux Égyptiens et à quelques peuples de l'Orient.

a est le fer ou la mèche de ce foret ; b est un manche arrondi, sur lequel se roule la corde d'un archet ; c est la poignée ou extrémité supérieure du manche. La figure représente ce foret d'un tiers de sa grandeur.

On se sert de cet outil en le faisant tourner rapidement par le moyen d'un archet ; on le fixe en tenant de la main gauche la poignée , tandis qu'on fait mouvoir l'archet avec la main droite.

La poignée de cet outil est toujours faite d'un noyau de doum. Ce noyau est très-dur ; il est creux à l'extérieur , et contient un

PLANCHE XXX. 497 bouton qui termine le sommet du manche. Les menuisiers égyptiens se servent de ce foret avec une très-grande facilité.

La figure 17 est une machine à forer les tuyaux de pipe.

Cette machine est composée d'un châssis marqué ffy qui est destiné à recevoir un ou plusieurs forets, a est un de ces forets , dont le manche et les diverses parties sont cotés b, c, d, e.

a représente particulièrement la mèche qui perce les trous ; elle est d'un fil d'archal épais, aigu par le sommet, et qui porte une petite anse à la base pour être fixée dans le manche.

On voit ce manche en b, c, d, e; il est arrondi, et tourne par le moyen d'un archet. La corde de l'archet se roule sur la partie e.

d est un rebord saillant qui fixe le manche sous une des traverses du châssis.

b est un anneau de bois ou de métal , mobile sur la partie e , et qui , embrassant fortement cette partie , y fixe l'anse du foret.

Cette machine est ordinairement haute d'un mètre et un tiers (quatre pieds).

La figure 18 est une essette qui a de la ressemblance avec celle des figures 7 et 8, mais dont le côté tranchant a beaucoup moins de largeur. On voit , au Kairc , quelques menuisiers se servir de cette essette pour dresser les côtés intérieurs des mortaises.

La figure 19 est une équerre à niveau; elle est garnie du cordeau et du poids de ce niveau. Les joints coudés au-dessus de la traverse de cette équerre sont d'une invention bizarre et manquent de solidité.

La figure 20 représente la truelle des maçons d'Egypte. C'est une spatule en fer, coudée comme l'indique la figure, et dont la longueur est d'un pied environ (quatre décimètres).

Les figures 21 à 26 représentent les instrumens qui servent a travailler le cuivre.

La figure 21 est un marteau de chaudronnier. Ce marteau est plat par un bout pour travailler sur des surfaces un peu larges , et se termine, par le bout opposé, en une pointe mousse, pour frapper sur des objets diversement figurés.

La figure 22 est une cisaille pour couper les feuilles de cuivre.

La figure 23 est une bigorne, enclume à deux branches, dont Tune plus forte que l'autre , relevée et terminée en tête.

La figure 24 est un tas, haut d'environ un mètre (trois pieds) , et dont le sommet est arrondi.

La figure 25 est un maillet pour aplanir des plateaux de cuivre.

La figure 26 est une pince pour tenir le cuivre et le mettre au feu. ,

A. Delile et Cécile.

Page 1