partie des eaux de s'écouler à la mer ; mais il s'en perd
proche du Serapcum, dans un lieu indiquent remplacement de la ville où il y a des ruines. J'en ai parlé nommée par les Hébreux Beclsedans mon premier mémoire. Peut- phon. Elle était de l'autre côlé de être enfin ce lieu prît-il plus tard la m;r , vis-à-vis Plii-Haliiroth , le nom de port Daneon qu'on lit que nous avons cru devoir placer à dans Pline. Hadjerolh.
Quant aux ruines qui sont à en- » Plia. Hist. nat. lib. n, cap. ' viron deux lieues et demie au nord- xxix
est de Soueys, nous pensons qu'elles a Vcye* la note de la page 356.
ANCIENNES LIMITES DE LA MER ROUGE. 37i
toujours une certaine quantité qui serait bien précieuse à conserver dans un pareil désert. On reconnaît entre cette marc et la ville les traces d'un petit canal.
Nous avons suivi encore jusqu'au mont Attaka, à trois lieues à l'ouest-sud-ouest de Soueys, le lit, alors à sec, d'un autre torrent. Nous entrâmes ensuite dans une vallée étroite que les eaux ont creusée, et nous atteignîmes bientôt l'extrémité de cette gorge, que terminent des rochers élevés d'où les eaux se précipitent quelquefois en cascade. Elles ne coulaient point alors; mais leur trace e'tait bien marquée sur le rocher. Je montai avec quelque difficulté au-dessus de cette cascade ; une espèce d'aquéduc naturel , creusé dans le rocher, aboutissait obliquement à ce point. Je m'avançai dans ce canal , et je trouvai quelques cavités remplies de fort bonne eau. La roche est une pierre calcaire compacte, rouge et blanche. Au sortir de la vallée, le torrent se divise en plusieurs branches qui se déchargent à la mer, et je crois même qu'une de ses ramifications arrive à peu de distance de la mare d'Afrique.
Les travaux que très-probablement on dut faire pour réunir et conduire à Arsinoé l'eau de ces divers torrens, auront, par erreur, été considérés, dans les pays étrangers, et même en Égypte, comme la continuation du canal qui devait établir une communication entre le Nil et la mer Rouge. D'autres ouvrages auront pu encore être faits sous le même règne pour maintenir dans quelques parties de la mer une certaine profondeur dans les passes, et faire disparaître les bancs de sable qui, près d'Arsinoé, gênaient la navigation au nord
de cette ville, ensableraens qui ont fini par séparer de la mer ce que nous nommons aujourd'hui le bassin
de l isthme. Que de causes d'erreurs pour les historiens qui, n'ayant pas visite les lieux, étaient obliges d'écrire sur de simples renseignemens , et en se copiant le plus souvent les uns les autres! Ils apprenaient par différentes voies qu'on avait entrepris de joindre le Nil à la mer Pxouge , qu'un canal d'eau douce se déchargeait à la mer dans le port d'Arsinoe, et que des écluses, des digues, en retenaient les eaux; que des curages avaient eu lieu près de là, afin de prolonger au nord pour quelques navires la navigation de la mer Rouge : pouvaient-ils ne pas confondre quelquefois ces différons travaux 1 ?
Quant à la ville tï 'Iferoopolis, la même probablement ([iislvaris*, je persiste à la placer au lieu nomme aujourd'hui Abou-Keycheyd. Cette position cadre parfaitement avec les distances données par l'Itinéraire d'Antonin, et il me semble qoe mettre, comme quelques personnes l'ont fait, cette ancienne ville près de Soueys à cause de la latitude qui lui est assignée par
1 Diodorc et Strabon ne connais- Mémoire sur les anciennes limiles
•nient par eux-m£me> ni Arsiooé, de la mer Kouge, l'opinion de quel-
ni aucune partie de l'isthme de ques personnes qui pensaient qu'/fe-
Soueys. Strabon, par exemple, a roopolis pouvait a\ oir éle designée
commis, sur des parties de l'Egypte dans la Bible sous le nom de Pilhom.
qu'il avait visitées, des erreurs bien II parait plus probable que la ville
autrement graves que celles que nommée Pithoni par les Hébreux
nous lui attribuons ici sur un can- était celle que les Grecs appelèrent
ton qu'il n'avait point vu : on sait Patoumos, et les Romains, Thoum :
en effet que ce géographe prit, ces trois noms ne diffèrent en effet
dans la Thébanlc, un canal du Nil que par la désinence grecque, et Ja
j our le fleuve lui-même. valeur ou l'absence de l'arlicio
a J*ai fait connaître, dans mon égyptien q.
Ptolémée, passer sous silence la position plus méridionale de 40 minutes que ce géographe donne à Arsiuoé, et placer celle-ci, de même Heroopolis , dans le voisinage de Soueys, il me semble, dis-jc, que c'est là s'appuyer d'une manière bien peu rigoureuse du témoignage des anciens.
Nous avons fait voir précédemment que la position tV Heroopolis comparée à celle d'Arsinoé, diaprés Ptolémée, s'accordait très-bien avec celles d'Abou-Kcycheyd et de Soueys.
D'un autre côte', si Ptolémée, dans un endroit do son ouvrage , semble donner les mêmes latitudes et longitudes a Heroopolis et à l'extrémité' de la mer Rouge, il ne faut pas passer sous silence le passage où ce géographe place Heroopolis plus à l'ouest de 20 à 5o minutes, et plus au nord de 10 minutes : non qu'A bon- Keycheyd soit à cette distance de l'ancienne extrémité du golfe; mais l'essentiel est de savoir que ces deux points ne coïncidaient pas, et quJ 'Heroopolis était au nord-ouest de l'extrémité' du golfe. On ne doit pas s'attendre à une plus grande rigueur dans le livre en question , où Ptolémée s'est borne' souvent à fixer approximativement les latitudes et les longitudes, d'après les mesures déjà peu exactes que loi donnaient quelques itine'raires.
Nous pensons donc que ce géographe ne cite la ville d 'Heroopolis , en parlant de l'extrémité du golfe, que pour distinguer celui-ci du golfe Elanitique , et qu'en cet endroit c'est la latitude et la longitude de l'extrémité nord de la mer Rouge qu'il prétend donner, et
374 APPENDICE. i
non celles d'Iferoopolis , qu'il rapporte dans la suite de son ouvrage, et qu'il place dans le nord-ouest, comme nous venons de le dire. On pourrait peut être encore supposer , d'après les passages cites > qufferoopolis, Lien que située vers les ruines d'Abou-Kcycbeyd , avait quelque établissement sur le bord de la mer1; mais, dans tous les cas , le témoignage de Ptolémée ne peut être invoque pour placer sur le rivage la ville elle- , même.
Nous avons déjà dit ailleurs que les Septante mettaient Heroopolis dans la vallée de Gessen ou de Saba'bbyâr sur la route de Memphis à Gaza : ce serait en vain que, pour détruire ce témoignage , on accuserait les Septante d'avoir pris le verbe bébreu JTtTfî (horoth), qui signifie annoncer*, pour un nom de ville; cette objection n'est rien moins que concluante dans la question dont il s'agit. Nous dirons d'abord qu'il est difficile de concevoir qu'une faute tellement grave, que le moindre écolier ne la ferait point, ait été commise par soixante-dix rabbins profondément versés dans la connaissance des langues bébraïque et grecque, et que l'on doit plutôt croire que ces savaris interprètes n'auront pas mal traduit ici un mot de leur langue, mais qu'ils auront ajouté quelque ebose au texte bébreu, pour en rendre l'interprétation plus claire, ou en développer le sens, comme cela leur est arrivé en d'autres endroits. Que l'on compare le texte bébreu du
1 Ce sont ces établissemeos qui , tris dont parle Strabon , ou au port en s'augmentant, donnèrent peut- Daneon de Pline. Voyez la noie être naissance à la ville de Cleopa- de la page 36g.
verset en question avec la version grecque, on verra que les Septante n'ont point voulu traduire littéralement ce passage , mais l'expliquer. Ainsi , par exemple, le mot de Gessen, deux lois répété dans l'hébreu, ne se trouve pas dans le grec, où on lit ceux (Yfferoopolis et de Iiamesses, qui ne sont point dans l'original : cette différence et d'autres encore ne peuvent être dues à la faute qu'on impute aux Septante. Au surplus , que ceux-ci aient agi d'après le motif que nous leur supposons, ou qu'ils n'aient pas compris le mot horoih, il n'en est pas moins Vrai qu'ils n'auraient pas parlé en cet endroit d1 Ifcwopolis , si cette ville eût été, de leur temps, près de l'emplacement actuel de Soucys, et non dans la vallée de Gessen ou de Sabah-byar. La même observation s'applique à l'historien Josèphe, qui place aussi la ville d' Heroopolis sur la route de Memphis «à Gaza.
Rappelons-nous encore que lorsque les Hébreux quittèrent l'Égypte pour se retirer dans les déserts de Sinaï , ils suivirent le rivage occidental de la mer Rouge, depuis la terre de Gessen jusqu'au lieu où ils traversèrent la mer. Voici ce qu'on lit dans Y Exode, chapitre xm :
Vers. 17. « Or, Pharaon ayant fait sortir de ses terres le peuple d'Israël, le Seigneur ne les conduisit point par le chemin du pays des Philistins, qui est voisin, de peur qu'ils ne vinssent à se repentir d'être ainsi sortis, s'ils voyaient s'élever des guerres contre eux, et qu'ils ne retournassent en Egypte.
Vers. 18. « Mais il leur fit faire un long circuit par le chemin du dèscH qui est près de la mer Rouge, *
Comment pourrait-on expliquer ce passage , si le golfe Arabique eût eu alors les mêmes limites qu'aujourd'hui?
Quant aux 900 stades donnes par Strabon à la largeur de l'isthme, depuis Péluse jusqu'au golfe Arabique vers Heroopolis , on les retrouve facilement, si l'on admet, ce qui est très-probable, que les renseignemens recueillis en Ëgypte dans l'antiquité , par les voyageurs étrangers , sur les distances qui existaient entre divers lieux, leur ont été donnes le plus souvent en stades égyptiens de 100 mètres de longueur. N'oublions pas d'ailleurs qu' Heroopolis était à quelque distance de la mer Rouge : cette ville et Péluse étaient, sur les deux mers, les places de commerce les plus rapprochées; c'est entre elles que se faisait l'échange des marchandises de l'Europe et de l'Inde : il était donc naturel que Strabon , en parlant de la largeur de l'isthme , donnât la longueur de la route que l'on suivait pour se rendre de Peluse au golfe Arabique, en passant par Heroopolis. Or, on trouve environ 700 stades de Péluse à Abou-Keycheyd , et 200 stades de ce lieu au Serapeum.
Ces diverses considérations expliquent d'une manière bien simple pourquoi Heroopolis, dans les écrits des anciens, est toujours censée le point où se terminait, vers l'Egypte, le golfe Arabique, bien que cette ville ne fût pas immédiatement sur ses bords \ Ne voyons-
1 II esl nécessaire , en consultant données au bassin de l'isthme ne la carie des ingénieurs de l'armée sont exactes que dans les points où d'Orient , de savoir que les limites la ligne d'opération du nivellement
nous pas de nos jours nombre de villes situées dans l'intérieur des terres être conside're'cs cependant comme ports de mer, et servir, dans le langage, de point extrême pour déterminer une certaine étendue de l'Océan.
Aux mesures que nous citons d'après le témoignage des anciens, on ne peut en opposer aucune autre ; mais on peut leur donner une valeur différente , qui tendrait à placer le fond du golfe beaucoup plus au sud qu'il n'est aujourd'hui : cela prouve que nous avons raison dans l'e'valuation de ces mesures, comme dans leur application sur le terrain ; car y a-t-il la moindre probabilité' que la mer se soit autrefois moins étendue au nord qu'aujourd'hui, et n'existe-t-il pas au contraire une foule de faits qui indiquent qu'elle s'est retirée vers le sud?
Nous terminerons en rcpe'tant ici que, selon nous, les fontaines et lacs Amers étaient au nord-ouest et au nord du bassin de l'isthme; que ce bassin, au temps où vivait Hérodote, faisait partie de la mer Rouge; que des travaux ont pu être faits sous les Ptole'me'es pour maintenir la mer à une certaine profondeur dans les passes au-dessus d'Arsinoé , ce qui a pu faire donner à ce bras de mer le nom de fleuve ou de rivière Ptolémdique ; que ce nom a pu aussi être donne' au torrent d'eau pluviale qui se jetait dans le golfe près
a coupé les contours du bassin, et que partout ailleurs elles ont été tracées approximativement , attendu que Ton n'a point fait d'autre nivel-
lement que celui indiqué sur la carte, ni relevé la ligne des laisses que la mer a déposées autrefois.
d'Arsinoé ; que le canal entrepris sous les Pharaons, continue sous Darius et les successeurs d'Alexandre, fut creuse depuis la branche Pélusiaque, à travers i l'Ouâdy, jusqu'aux fontaines Amères; qu au-delà de ces fontaines il fut sans doute prolonge' vers la mer, et qu'il est naturel que les souverains de l'Egypte aient suspendu ce travail aussitôt qu'ils s'aperçurent des grandes difficultés que présentaient l'élévation des eaux de la mer Rouge et les dëcroissemens du Nil ; que cependant, à diverses époques , la navigation sur ce canal et les lacs Amers a pu, pendant les crues du fleuve, s'étendre jusque fort près de la mer Rouge, et que, ♦ le trajet par terre depuis ce point jusqu'au golfe se bornant alors à très-peu de chose, on a pu, sous le rapport du commerce, regarder la communication par eau comme établie ; qu'ainsi s'explique le motif qui obligea Clëopâtre à faire charrier ses navires par terre pour les faire passer d'une mer à l'autre1, quand plusieurs écrivains rapportent cependant que le canal des Rois avait été achevé par ses prédécesseurs a ; qu'enfin , sous les khalifes, on a pu essayer de rejeter la mer Rouge sur les terres qu'elle avait couvertes autrefois au nord de Qolzoum , mais que ces travaux , promptement abandonnés , n'ont point suffi pour rendre à la mer, d'une manière stable, ses anciennes limites.
« Pluiarque, Vie d'Antoine.— a Slrabon, Géogr. liv. xvn. — Dion Cassius, Iiist. Rom. liv. n. Diodore de Sicile , Bibl. Hst. Ht. i .
ANCIENNES LIMITES DE LA MER ROUGE. 37g
Extrait du Journal de voyage de M. Devilliers , ingénieur des ponts et chaussées.
Parti du Kaire le 27 brumaire an lx, avec MM. Le Père et Chabrol.
Du Kaire à Birket el-Hâggy, plaine sablonneuse, couverte . de l'espèce de jaspe ovoïde connue sous le nom de caillou à" Egypte. On aperçoit à gauche le terrain cultivé, et, à une demi-lieue sur la droite, une suite de dunes de sable de différentes hauteurs; elles ont d'un quart de lieue à une demi-lieue de largeur. Le terrain est coupé de temps en temps par de petits ravins où il y a de la végétation. Les dunes viennent jusqu'auprès de Belbeys. \ la sortip de cette ville et dans la direction de Sàlehyeh , une plage sablonneuse, couverte de cailloux d'Egypte, s'étend au loin par une pente fort douce. A upe lieue au-dessus de Belbeys se termine la montagne calcaire : elle peut avoir cinquante pieds audessus du terrain cultivé. .
Près de Rahourny 1 commencent de nouvelles dunes de sable qui se prolongent dans toute la longueur de la vallée des Toumjlàl, jusqu'à Abou-Nechàbch ; elles ont vis-à-vis de ce point une lieue de largeur. La vallée est inondée.
Au delà , c'est-à-dire au nord de l'autre côté de la vallée, est une plage très-unie , couverte de cailloux. La partie sud de la vallée, entre Abou-Ncchâbch et Ras cl-Ouàdy, est très-basse : l'eau n'a pas de mouvement sensible ; elle a de 8 à 9 pieds de profondeur; elle s'est répandue en quelques endroits à travers les dunes. On voit de là les montagnes voisines de Soueys.
• Ce village est à 3ooo mi tres trefois aux pèlerins de la Mckke , environ au sud -ouest d'A'bbiiçeh , portent à croire que la caravane qui près d'un lac nommé Birket el-Fev- se rassemble tous les ans au Kaire, #c/t, ou Birket el-Hâqgy el-Qedym. et qui passe ù présent par Hadjc- Ce dernier nom , qui signifie ancien rolh , suivait alors rOuâdy-Toumylac des Pèlerins, et les restes d'eta- lât, afin de pouvoir contourner le blissemens que Ton trouve sur le golfe Arabique; ce qui vient enchemin de Belbeys et sur la digue coreà l'appui de l'opinion de M. du de Seneka, appelée Gisr Soultâ- Bois- Aymé sur les anciennes limites nyeh, établissemensque leshabhans delà mer Rouge, du pays annoncent avoir servi au-
38o APPENDICE.
Toute la partie au-delà <le Ras eï-Ouâdv est couverte d'eau ; l'inondation présente une surface très-étendue, bornée à l'ouest par la grande digue. Les palmiers, près du Ras el-Ouàdy, sont dans l'eau jusqu'aux feuilles. Au Mouqlar, l'eau se réunit en un canal. 11 s'en faut d'un mètre 2^ centimètres qu'elle atteigne la partie supérieure de la pierre de granit qui a servi de point de repère dans le nivellement.
Le puits de Saba'h-byâr est entouré d'eau; plus loin , le courant s'est creusé un lit assez profond et a rongé les dunes : l'eau coule avec une rapidité que l'on peut évaluer à quatre pieds par seconde.
Plus avant encore, l'eau, après avoir fait un grand détour à 'gauche, se répand dans deux vastes bassins qu'elle remplit. Ces bassins ont 6 à 7 lieues de circonférence x. L'eau s'étend jusqu'au pied de la dune sur laquelle est bâli Cheykh-Henâdy , et entoure une partie, du plateau voisin, auquel on peut communiquer par une langue de terre.
Le Ier frimaire, nous avons quitté l'eau pour nons rendre directement au Serapeum , en suivant lés dunes. Le Serapeum était un bâtiment circulaire de 12 à i5 pieds de diamètre dans l'intérieur; ce que l'on reconnaît à une moulure faite sur un bloc de granit concave : d'autres ruines sont au sud-ouest ; on y voit des fragmens de granit, de grès et de pierre calcaire; celle-ci est semblable à la roche qui forme le plateau sur lequel se trouvent ces débris d'une ville ancienne.
Du Serapeum, nous nous sommes dirigés sur l'extrémité des montagnes de Soueys ; nous avons traversé, dans une étendue de 3 lieues , les lacs ou parties basses qui se trouvent dans cette direction3. Pendant la première lieue, on remarquait du sulfate calcaire cristallisé en aiguilles rayonnantes et par masses isolées d'environ trois pieds de haut, qui avaient l'apparence de troncs de palmiers coupés. Le terrain s'amollit et descend : on trouve enfin de la boue et de l'eau extrêmement saumâtre, dans laquelle il m'a paru que le muriate de soude dominait plus que dans l'eau
1 Sur la carte, ils sont indiqués 5 Ces lacs font partie du grantl sous le nom de lac du Temsdh , ou baasin de l'isthme, du Crocodile. \
ANCIENNES LIMITES DE LA MER ROUGE. 38i
de mer. De Tau Ire côté, le terrain est fendu en quartiers de i5 à 20 pieds , qui ont environ 4- pifds de haut : l'eau les dissout et les divise. Ces blocs sont composés de masses demuriate de soude, quelquefois très-considérables, et de sables mélangés de petits cristaux de sulfate de chaux. Après une lieue et demie de ce terrain tourmenté, le sol s'abaisse encore; il est humide et boueux. De l'autre côté, Ton trouve, en s'élevant, quelques coquillages sur du sable; puis du sable sans coquilles, sur lequel il y a du carbonate de chaux qui paraît se décomposer, et enfin des cristaux de gypse rayonnaut , la pointe en bas. Le terrain est boursouflé et fendu, non comme par l'effet d'un retrait entre ses parties, mais au contraire comme si une plus grande extension les eût soulevées et brisées.
Les parties les plus saillantes de ce terrain sont des masses de muriate de soude , qui présentent des crevasses de quelmes pouces de largeur , à travers lesquelles j'ai sondé sans trouver le fond à un mètre de profondeur au-dessous du muriate de soude.
Le 2 frimaire , en sortant de ces bas- fonds , nous avons marché au sud-ouest, et nous nous sommes beaucoup rapprochés des montagnes auprès desquelles passe la route de Belbeys à Soueys; ensuite nous avons dirigé notre marche à l'est; nous avons traversé les vestiges du canal au sud des bas-fonds du centre de l'isthme; nous sommes revenus ensuite directement à Soueys, en traversant un plateau élevé, formé de gros sable; nous avons, près de la mer, repassé à l'ouest du canal, et nous sommes arrivés à Soueys.
Renseignemeiis recueillis auprès de plusieurs chejhhs et habitons de la vallée des Touinylât , dans les derniers jours de nivôse an ix , par M, Devilliers , chargé de relever les canaux du Nil depuis le Kaire jusque dans la vallée des Toumylât.
La plus grande hauteur d'eau dans la vallée a été entre A'bbaçeh et Râs el-Ouâdy. D'après le rapport des habilans de Toumylât el-Chcryf , elle a pu s'élever à quinze pieds près d'A'bbâçeh. Quand les eaux baissent, les environs d'A'bbâçeh se découvrent
38a APPENDICE.
d'abord ; le terrain voisin de l\âs el-Ouâdy se dessèche ensuite , cl l'inondation se concentre vers Abou-Nechâbeh , vis-à-vis duquel paraît être le point le plus bas de la vallée.
L'eau ne pénètre dans l'Ouâdy que par de petits canaux dérivés de celui de Belbeys, mais dont le fond est plus élevé; en sorte qu'elle ne peut s'y introduire que dans les grandes crues, qui n'arrivent guère que tous les cinq ou six ans : encore faut-il que ■ les Toumjldt viennent couper d'autorité les digues d'A'bbâçeh et de Seneka , malgré les babitans des villages supérieurs. Cette coupure se (ait entre Scneka et Messit. On se rappelle qu'il y avait autrefois un grand pont d'une seule arche, entre Seneka et Messit sur le Bahr el-Ramel , près de Baatyt. L'utilité d'un canal qui , tous les ans, conduirait régulièrement l'eau dans l'Ouâdy, n'est pas douteuse : il suffirait de creuser plus profondément un des petits fanaux dont nous avons parlé. Mais il serait nécessaire en même temps de rétablir la digue de Seneka ou celle d'A'bbâçeh , afin de ne donner entrée dans l'Ouâdy qu'à la quantité d'eau nécessaire pour l'arroser sans la submerger. Celte submersion totale fait perdre pour la culture l'année que les eaux mettent à se retirer : ainsi ce n'est que l'été prochain que les terrains de l'Ouâdy pourront être cultivés. Dans les années où l'eau du Nil ne pénètre pas dans l'Ouâdy, le peu de culture que l'on y entretient se fait au moyen de l'eau des puits, qui ne manque jamais.
Dans les crues extraordinaires de cette année, les eaux ont rompu la digue de Râs el-Ouâdy, et n'ont pas dépassé, à l'est et au sud , le lieu nommé Chejhh-IIenâdy ; mais elles se sont répandues au nord jusqu'à Râs el-Moyeh. Un cheykh nous a dit : Râs el-Moyeh el-Ballah a vu Veau du A/7 cette année. Nous rapportons cette expression, qui est celle même de cet Arabe.
On ne coupe jamais la digue de Râs el-Ouâdy. Les Toumylâl disent qu'ils n'y trouveraient aucun avantage , et cela se conçoit facilement.
Il y a vingt-quatre ou trente ans que le Nil n'avait porté autant dVau dans l'Ouâdy.
SUR
Par M. GRATIEN LE PERE,
Ingénieur en chef au Corps royal des Ponts et Chaussées.
« La palais des rois «ont devenus le repaire de* bétes fa aveu ; \c% reptile* immonde* habitent le* sanctuaires de* dieu*. Ab ! comment *'e*t éclipsée tant de gloire ? comment «e «ont anéantis tant de travaux ? Aimi donc périssent le* ouvrages de* hommes ; ainsi s'évanoniasent les empires et les nations î »
Vol k et , Les Ruiner, ou Méditation* sur Ut révolution*
des empire* , chap. n.
La ville d'Alexandrie devint sous les Ptolémées, successeurs d'Alexandre-le-Grand, qui en fut le fondateur et qui lui donna son nom, la capitale de l'Egypte et le centre du commerce de l'Inde. Sous l'empire des Romains , elle s'éleva au rang de la seconde ville du monde, et conserva, au sein de sa splendeur, le plus rictie dépôt des connaissances humaines. Depuis l'établissement de l'ère chrétienne jusqu'au temps du Bas- Empire, l'église d'Alexandrie^ la première de l'Orient, avait été dans cette contrée une des villes fortes du
christianisme. La prééminence dont elle jouissait, ébranlée par le second concile général , lui fut entièrement ravie par le troisième , et transférée à l'église de Constantinople, malgré l'opposition des papes. Enfin, après avoir souffert de longs déchiremens , Alexandrie tomba sous le joug de fer des Arabes et des sectateurs de l'islamisme, et ne cessa plus depuis de décliner vers sa chute. Si elle offre encore un reste d'existence, on peut dire que , courbée et gémissante depuis douze siècles sous l'empire des Ottomans , cette ville n'offre plus qu'une fajble population, qui semble s'agiter encore au milieu de ses propres ruines et des cendres de ses tombeaux. Nous nous bornerons à rappeler ici sommairement les principales époques des révolutions de cette ville célèbre dans les annales du monde. - L'an 422 de Rome, le premier de la 1 1 2e olympiade et le 352e avant l'ère chrétienne, le conquérant de l'Asie et de l'Inde n'a besoin que de paraître en Egypte pour soumettre cette contrée et y fonder la nouvelle ville de son nom , qui s'éleva et se soutint avec éclat pendant trois cents ans, sous lés règnes des princes grecs , ses successeurs.
L'an 706 de Rome et 47 avant J.-C, Jules-César s'empare d'Alexandrie, et y porte le fer et la flamme, pour se venger de la défense opiniâtre de ses habitans.
L'an 725 de Rome et 3o avant J.-C, Octave Auguste passe en Egypte ; il y poursuit Antoine et Cleopâtre, et s'empare de cette ville, sous les murs de laquelle il défit encore, et pour la dernière fois, son implacable enuemi.
En 269 et 275 de notre ère, cette ville eut encore à soutenir deux longs et malheureux sièges sous les empereurs Claude 11 et Aurélien.
Lan 298, l'empereur Diocletien assiège et prend encore cette ville, qu'il chercha néanmoins à relever de ses pertes.
. Lan 61 5, les Perses s'emparent d'Alexandrie, et pénètrent dans l'Afrique par la Pentapole.
L'an 20 de l'hégire, ou 642 de notre ère, le lieutenant du khalife O'mar, le féroce A'mrou, après quatorze mois d'un siège et d'une défense également opiniâtres de part et d'autre, renverse de fond en comble cette malheureuse cité.
Lan 562 de l'ère mahomélane, ou 1167 de J.-C, les Francs l'assiègent et l'emportent. Le sultan Salahel-dyn les en expulse l'année suivante.
L'an 1202 de J.-C. , les Vénitiens s'emparent d'Alexandrie. Sous la domination de cette république , alors puissante sur mer, cette ville reprit quelque éclat par le commerce qu'elle fit par la mer Rouge et par la mer des Indes.
L'an i25o, pendant que Louis ix traitait de son rachat avec le soudan d'Egypte, cette ville est de nouveau prise et saccagée par le roi de Chypre.
L'an 767 de l'hégire ou 1367 de J.-C, les Francs l'envahissent de nouveau , et la livrent au pillage.
Malgré tant de désastres, Alexandrie était encore florissante vers la fin du xive siècle, suivant le rapport d'Abou-l-fcdâ, qui la visita en i383.
L'an i5i 7 , le sultan Selym s'empare de cette ville E. M. xviii. a5
sur les soudans, qui s'étaient déclares indépendans de la Porte ottomane. C'est de cette époque que datent les plus grands changemens qui ont amené la décadence et la destruction totale de cette ville.
Le 14 messidor an vi de la republique française (2 juin 1798), et 12 1 3 de l'hégire, les Français s'emparèrent de nouveau d'Alexandrie , sous la conduite de Bonaparte. A peine débarque sur les côtes d'Afrique, ce général n'eut qu'à se présenter pour l'emporter d'assaut. La postérité aura peine à croire que trois heures aient suffi à trois mille Français pour forcer et prendre cette place, que la Porte ottomane regardait comme le boulevartde son empire en Afrique. Mais, en avouant ici que les murs de l'enceinte de cette ville ne conservaient plus depuis long-temps que l'ombre de leur ancienne force, je rappellerai que, vingt-deux jours auparavant, la cité d'une île jadis fameuse, réputée imprenable, et vraiment imposante par l'état de ses fortifications, Malte, en un mot, n'avait tenu qu'une journée contre l'attaque imprévue d'une armée navale que la présence de son chef rendait triomphante. Maître de cette première place, la clef de l'Égyple à l'ouest, le vainqueur, après quelques jours employés à des dispositions militaires , la quitte pour achever sa conquête. L'une de ces dispositions ordonnait aux divers corps des ingénieurs de l'armée de reconnaître et de lever le plan de la ville. On eût dit que, plein du génie du héros qui la fonda en lui donnant son nom , un second Alexandre venait, après vingt-un siècles, la rendre à son ancienne splendeur.
Tel est le sommaire des fastes d'Alexandrie. Ne voulant pas offrir aux yeux des lecteurs les pages ensanglantées de l'histoire de ses révolutions, dont nous venons de rappeler les principales époques, nous allons donner la description de 1 état dans lequel les Français ont trouve cette ville vers la fin du xvme siècle.
Pour l'intelligence de cette description , on doit avoir sous les yenx le plan gênerai d'Alexandrie, que M. Le Père, mon frère aînë, a joint à son Mémoire sur le canal des deux mers1; à ce plan topographique, dont l'échelle permet de distinguer les vestiges des anciens monumens de cette ville, j'ai cru devoir ajouter, sur une échelle réduite, un plan ou plutôt une carte générale, qui offre dans un même cadre sa rade , ses ports , ses villes et les lieux environnans.
C'est donc à l'aide de ces deux plans que nous allons parcourir le site de cette ancienne ville : ces recherches s'e'tendront sur tous les vestiges que l'on y retrouve. Pour y procéder avec ordre et clarté, je diviserai ce mémoire en deux parties ou sections.
La carte générale des rades, ports et villes, que j'ai dressée pour l'intelligence de ce mémoire (voyez la planche 3a, A.t -vol. v), est gravée à Péchelle de 4 millimètres pour ioo mètres, ou de 0,00004=7^5 = 2 ttôôô <*e 'a nature. On verra qu'en réunissant toutes les données des opérations graphiques des ingénieurs de l'armée , j'ai cherché à donner à cette carte, dont la gravure , d'une belle exécution , est due aux soins de M. Collin, tous les détails et tout l'intérêt qu'elle comporte.
1 Voir le plan général des villes et des deux ports , E. M. , vol. 11, planche 84, ainsi que le Mémoire sur le canal des deux mers, sect. 111, $. Ê. M. , toni. xi, p. a«;3et274i dans lequel l'auteur rend nominativement à MM. les ingénieurs civils et militaires la part qu'ils ont prise dans ce premier travail des Français en Egypte. Ce plan, levé avec le plus grand soin dans tous ses détails, et dressé sous diverses échelles, a été gravé à celle de un centimètre pour xoo mètres, ou de 0,0001 de la nature.
388 MÉMOIRE, etc.
La première section sera une description simple des lieux dans leur état moderne, c est-à-dire dans l'état où l'armée française trouva cette ville, à 1 époque de la conquête de l'Egypte.
La seconde section sera une discussion comparative et raisonnée de letat moderne et de letat ancien, dans laquelle on désignera les vestiges qui, ayant appartenu auxmonumens les plus célèbres, sont autant de témoins de la richesse et de la splendeur de cette antique cité. Nous la terminerons par des vues générales sur sa restauration.