‹ Description de l'Égypte ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée françaiseChapitre 37 sur 68 · LONGITUDE · texte numérisé non relu

LONGITUDE

3i° ia' oo"

3i oo oo

6o° 3o' oo"

Chazeiles , académicien français, à. . . .

3l II 30

39o MÉMOIRE

Le territoire d'Alexandrie , baigne' au nord par la Méditerranée, est resserre' au sud par l'ancien lac Mareoiis , dont le vaste bassin, aujourd'hui envahi par les eaux de la mer, e'tait entièrement desséché à l'époque où nous limes la conquête de l'Égypte. Cette irruption des eaux de la mer, dont les desastres sont dus aux efforts de cette puissance européenne , notre rivale dans la paix et dans les arts , comme elle est notre éternelle ennemie dans la guerre , a rattaché d'une manière plus marquée le sol de cette ville à cette longue et étroite péninsule qui, formée d'une chaîne continue de roche calcaire, s'étend du cap d'Abouqyr à Test, jusqu'au-delà de la tour des Arabes, sur sept à huit myriamèlres dans le sud-ouest.

2. Le premier des deux ports d'Alexandrie, que tout bâtiment venant de l'Occident trouve à son arrivée sur cette partie des cotes de l'Afrique , est le port vieux, situé au fond d'une rade immense, formée par une ligne de roches cachées en partie sous l'eau et apparentes en partie à sa surface. Les bas-fonds de ces récifs s'étendent depuis le cap du Marabou jusqu'au Ras el-Tyn, ou cap des Figuiers, situé à la pointe la plus occidentale de la presqu'île du Phare, sur une longueur de 83oo mètres (4258 toises 5 pieds).

Cette rade a trois passes naturelles, dont la plus profonde et la plus facile, quoiqu'inégale et sinueuse,

La différence des longitudes dans renec est de vingt degrés trente

les deux dernières observations des minutes, entre le méridien de H le

astronomes français est due à celle de Fer et celui de l'observatoire de

des méridiens pris ultérieurement Paris à Test, pour point de départ. Cette diffé-

SUR LA VILLE D'ALEXANDRIE. 39i

est celle qui, dite du centre, n'existe cependant que vers le tiers de l'étendue de celte ligne , du côte du Marabou. Cette passe, de deux à trois cents mètres de

largeur, ayant cinq à six brasses dans les parties les moins profondes, est la seule accessible à des frégates , ou à des vaisseaux de guerre privés de leur batterie. Nos officiers de marine ont pensé que tout vaisseau qui ne tirera que vingt-trois pieds d'eau, après avoir réduit sa différence à zéro, peut entrer dans la rade par cette passe, dans son état actuel et sans autre préparatif. On lira toujours avec intérêt la lettre que l'amiral Brueys écrivit au gouvernement français , quelques jours avant le combat naval d'Abouqyr; nous consignons ici en forme de note cette lettre, qui, par rapport à l'objet de ce mémoire, contient des notions qu'il importe de conserver pour l'utilité de la navigation*.

1 Lettre de P amiral Brueys, com- rade ouverte, où Ton ne peut pas mandant la /lotte française dans s'approcher assez de terre pour y ^expédition d'Êiypte, adressée établir des batteries, et où deux au directoire de la république escadres enpcmies peuvent rester à française. la distance qui leur convient.

« Il est fâcheux qu'il n'y ait pas A bord .1,. v.i„„a vorUnt, en à Alexandrie un port où une escapade d'Abouqyr , le ai me*»idor , . ,

an vi (9 juiUei 1-98 ) ' dre puisse entrer; mais le port vieux,

tant vanté , est fermé par des ré-

« Le 19 messidor , ayant été re- cifs hors de l'eau et sous l'eau , qui connu que les vaisseaux ne pou- forment des passes fort étroites , et vaient pas entrer dans le port , à entre lesquelles il n'y a que vingtcause du peu de profondeur qu'il y trois , vingt-cinq et cinquante pieds a à Tenlrée, je mis sous voile pour d'eau : la mer y est ordinairement aller mouiller à la rade de Requiers, élevée; d'où Ton voit qu'un vaisavec treize vaisseaux et trois fré- seau de 74 canons y serait fort exgales, posé, d'autant qu'il serait brisé un

« Cette position est la plus forte quart d'heure après avoir touché,

que nous puissions prendre dans une J'ai offert, pour satisfaire au désir

Les deux autres passes adjacentes ont trois à quatre brasses d eau, mais de largeur et de profondeur inégales; leurs directions sinueuses, sur un fond hérisse de récifs, en rendent l'abord difficile: une dernière passe, la plus orientale, n'est accessible qu'aux chaloupes et aux germes qui font le commerce de cabotage.

Les vents qui facilitent le plus l'entrée des passes de la rade sont tous ceux qui sont compris entre l'ouestsud-ouest et l'est-nord-est , en passant par le nord : ces vents sont aussi les plus forts et les plus habituels; et, comme ils forment la moitié de la rose des vents, ils réduisent à un petit nombre les rumbs favorables à la sortie , qu'ils rendent difficile : en effet , il arrive souvent à des bâtimens d'attendre, surtout dans la saison des vents étésiens, des mois entiers avant de pouvoir quitter la rade.

Quand on jette les veux sur cette rade, dont la profondeur et l'étendue permettent d'y recevoir les escadres les plus nombreuses, on regrette que la nature, qui a, tant fait pour la former, sur une plage basse et peu accessible en tout autre point des côtes , n'ait pas achevé son ouvrage en agrandissant les passes de cette rade, qui peuvent être défendues sans de grandes dif-

«lu général en chef, dix mille francs coup de peines et de soins; alors

au pilote du pays qui ferait entrer on pourra entrer sans beaucoup

l'escadre; mais aucun n'a voulu se de danger. Le fond en dedans des

charger que d'un bâtiment qui ti- rçcifs va en augmentant jusqu'à

rerait au plus vingt pieds d'eau, quinze brasses ; mais la sortie sera

J'espère cependant qu'on parvien- toujours très-longue et très-difficile,

dra à trouver un passage dans le- et dès-lors une escadre y serait trèa-

quel nos ^4 pourront entrer : mais mal placée. » ce ne peut être que le fruit de beau-

ficultés. Le rocher qui en fait le fond étant de nature calcaire, on pourrait , par quelques travaux d'art , parvenir à leur donner plus de largeur et de profondeur \

On conçoit de quelle importance serait l'exécution de ces travaux, qui assureraient à l'Egypte la protection de son commerce par l'existence d'une marine militaire; car cette rade, quoique naturellement abritée, peut l'être encore plus par des môles et autres établissemens sur ses côtes , et même sur divers points de la ligne de récifs qui en borde l'entrée. La nature calcaire de la chaîne qui longe toute la côte au sud-est , doit faciliter l'exécution de ces derniers travaux.

Les difficultés des passes de la rade rendent indispensable le secours des pilotes côtiers pour tout bâtiment qui veut y entrer ; mais souvent le gros temps, et l'agitation de la mer qui en est la suite, ne permettent pas aux pilotes de repondre à l'appel des signaux. On remédiera facilement à cet inconvénient par 1 établissement de quelques points d'amers sur la côte. Ces e'tablissemcns consistent dans la construction de quelques tours assez élevées pour être aperçues des mens à deux lieues au large. Ces tours pourraient i tout-à-la-fois de balises, de forteresses et de phares;

1 On pense qu'au moyen de quel- On pourrait plus facilement ques pontons armés d'une batterie core détruire cl enlever les débris à sonnettes, agissant par l'effet de des extractions de ces roches, pour moutons sur de longues et fortes en déblayer le fond des passes, au pièces en bois de chêne , armées de moyen de la cloche à plongeur, dont sabots en fer pointus et tranchans, l'emploi permet à trois ou quatre ou parviendrait ù saper , détruire ou ouvriers de travailler ensemble , duraser les proéminences des roches rant quatre à cinq heures de suite, saillantes sous la ligne des récifs des à trente et quarante pieds de propasses, fondeur d'eau.

394 MEMOIRE car, comme la côte est basse et dangereuse par les atterrissemens de sa plage, on a besoin d'y multiplier de nuit les feux destines à la sûreté de la navigation.

3. Le port vieux , situe' vers l'extrémité orientale de la rade, est déterminé par l'espacement circulaire compris entre le cap des Figuiers et la côte au sud ; les hauteurs de la presqu'île du Phare le mettent parfaitement à l'abri de la tourmente des vents du nordouest , du nord et du nord-est , assez violens et assez fréquens sur les plages d'Egypte. Ce port est vaste et profond ; le mouillage en est sûr : dans son état actuel , les plus forts bâtimens de commerce peuvent y mouiller à une demi-encablure de terre ; cependant , au moyen de quelques travaux d'art et autres établissemens de marine, il serait facile de le rendre un des ports 'les plus commodes comme il est naturellement un des plus beaux du monde. On voit , par l'indication des sondes, que les frégates et les bâtimens de guerre peuvent y mouiller. L'accès en était autrefois interdit aux vaisseaux européens. On doit espérer , de l'intérêt plus éclairé de la Porte ottomane, que ce port sera désormais ouvert à notre commerce, comme à celui des autres nations de l'Europe *.

4. Le port neuf ou port oriental est formé par une anse semi-circulaire, dont l'ouverture, qui, du côté du nord, a 1789 mètres (917 toises 5 pieds), est également resserrée par une ligne de récifs ou roches

1 On peut cousulter, pour les douze planches des n* . 85 à 96 in vues des ports d'Alexandrie, en ou- clusivement. Voir Ê. M. , toI. ii. tre des deux feuilles de plans , les

sous leau , qui réduisent à 5oo mètres environ la passe accessible aux bâtimens. Ouvert absolument aux vents de nord et de nord-est , il ne peut recevoir que des bâtimens de commerce, des corvettes et quelques frégates.

La passe de ce port se prend à une encablure (200 mètres) à lest du fort Pbare et du rocher en avant , dit le Diamant, que l'on peut serrer de plus près. Le mouillage se prend à cette distance en s'é(cndant au sud-sud-est du Phare. Les bâtimens de commerce qui ne peuvent jeter l'ancre que sur cette ligne, sont contraints d'avoir deux ancres pour résister à la tourmente des vents du nord et du nord-est, qui y sont, comme on l'a dit, assez fréquens, et dont la violence les expose souvent à se briser les uns les autres sur les bas-fonds. Dans les gros temps d'hiver, les bâtimens ne peuvent y tenir , et sont obliges d'aller mouiller dans le port vieux.

Ce port, dont l'entrée et la sortie sont assez faciles, semble vaste à son premier aspect , mais il est généralement peu profond, et il est resserré par des récifs à fleur d'eau, qui existent jusque dans son centre : il il est d'ailleurs encombré de sables et de pierres, que les bâtimens stationnaircs y jettent depuis des siècles. Le fond , qui est de roches , en rend le mouillage assez mauvais: les bâtimens sont obligés d'y tenir toujours flottans leurs cables d'encrage, pour ne pas les exposer à être coupés par le fond pierreux et rocailleux qui longe la digue sur toute la ligne du mouillage. L'encombrement de ce port, autrefois si magnifique par sa

profondeur, est dû en grande partie aux sables qu'y portent sans cesse les courans de la mer, qui varient suivant la violence et la direction des vents, ainsi qu'aux courans des eaux de la branche occidentale du

fleuve, dans le temps de sa crue; il est encore l'effet de îa décomposition des roches calcaires de la côte à l'ouest , qui cèdent à l'action destructive de la mer.

5. Les marées, comme dans toute la Méditerranée, sont peu sensibles et n'ont rien de périodique sur les côtes d'Alexandrie; elles tiennent plus aux vents qu'à toute autre cause constante : la plus grande éle'vation des marées qui ont lieu sous les aires de vents comprises entre l'ouest et le nord-est, n'y est pas de plus do 18 ii 24 pouces (49 à 65 centimètres).

Apres avoir dit tout ce qu'il importait de connaître sur les passes et le mouillage des rades et des deux ports d'Alexandrie, nous allons prendre terre, et parcourir les ruines d'une cite qui, en échappant à. la domination française, dont elle devait attendre une nouvelle existence , est retombe'e , pour des siècles peutêtre, dans la poussière de ses tombeaux.

6. L'entrée du port neuf, où les vaisseaux européens pouvaient seulement aborder et stationner avant notre expédition , est défendue par deux forts bâtis sur les caps qui en terminent la forme semi-circulaire, le fort Phare a. l'ouest , et le Pharillon à l'est.

Le fort Phare consiste dans une enceinte fortifiée 11 la moderne, renfermant une tour carrée1 , flanquée de

1 Voir l'élévation de ce fort, vue, qu'on doit à M. Cécile, offre planche 85, E. M., roi. U. Celle une grande exactitude de détails.

SUR LA VILLE D'ALEXANDRIE. 3g7

quatre tourelles, dont la plate-forme est occupée par un donjon portant une lanterne, où Ton allume des feux de nuit1. J'ai vu dans les chambres les plus élevées de cette tour des monceaux d'épées et d'autres armes, presque entièrement détruites par la rouille , et dont la forme et les orncmens font assez connaître qu'elles ont appartenu aux croisés, et sans doute à ceux de l'expédition malheureuse de Louis ix.

On communique au fort Phare par une digue étroite, défendue par un chemin couvert et crénelé , sur 55o mètres de longueur. * Cette digue, bâtie sur des récifs à fleur d eau, et sur de grosses pierres et des fragmens de colonnes de granit, jetés et empilés transversalement, est percée de quelques petits ponts pratiqués dans la largeur de la chaussée, et dont l'effet est de briser et d'amortir la force des lames, qui viennent

1 C'est à la tour du Phare que les doit encore les résultats des calculs

astronomes de l'année française, de la charpente trigonométrique qui

cités ci-dessus, ont déterminé la po- a servi à la formation des plans

sition de la Tille d'Alexandrie ; c'est d'Alexandrie. Voici ces résultats : à ces mêmes astronomes que Ton

Distance du Phare... { 3U Marabou °'

! à la colonne : . io<)36. o.

à la méridienne çp28'n . o. (onest. )

à la perpendiculaire. 72^0. o. (sud.)

Distance du Marabou

Les observations sur la boussole ont donne pour résultat! :

Boussole

{Déclinaison à l'ouest. i3* G' o" Inclinaison 4>- 3o. o.

Nota. Les sondes des ports, dues et chaussées, sont exprimées en aux soins de MM. les officiers de pieJs de France, marine et des ingénieurs des ponts

y battre avec fureur par les vents d'ouest et du nordouest. Mais ces ouvertures artificielles , en laissant courir les eaux du large dans le port neuf, ont l'inconvénient d'y donner passage à une grande quantité de sables , qui contribuent à accroître les progrès de son eucombrement.

7. Le Diamant est un rocber à fleur d'eau, qui, situe' près et au nord du fort Phare, est découvert dans les temps calmes ; on remarque à sa surface des vestiges d'anciennes constructions, et au pourtour, des fragmens .de pierres travaillées par la main des hommes. Quelques voyageurs en ont infère' que ce rocher avait servi de base à l'ancien phare; mais la surface ne paraît pas avoir jamais e'te' assez e'tendue : on voit par l'inscription des sondes, que la mer y a partout aux environs une assez grande profondeur d'eau.

8. La presqu'île du Phare, dite en arabe Roudah eh Tyn (le Jardin des Figues), parce que Ton y cultive avec succès des figuiers qui donnent d'excellens fruits , couvre le port vieux sur une longueur de 2Ô5o mètr.es courant au sud-ouest; son sol aride et salin n'offre qu'une roche calcaire , dont la couleur blanchâtre, que le soleil rend toujours e'blouissante, repousse et fatigue la vue. Toute cette presqu'île est bordée de récifs à fleur d'eau , principalement à l'ouest de la digue du fort Phare. On y retrouve encore beaucoup de vestiges d'anciennes fabriques et autres constructions en briques et ciment, qui ont résisté à l'action des lames de la mer , quand la roche des récifs n'en offre au contraire que les effets destructifs.

Le cap au sud-ouest de cette presqu'île inabordable est défendu par une batterie rasante, qui prend son nom du cap des Figuiers. Deux autres fortins de substruction arabe défendent l'intérieur des deux ports.

Près et au nord-ouest de celui du port vieux, on trouve une lagune d'eau salce, qui fournit naturellement un sel très-blanc, mais d'une saveur plus piquante que celle du sel marin ordinaire.

La partie de cette presqu'île inhérente au sol de la ville moderne est uniquement destinée à la sépulture des musulmans. On a figuré sur la carte, par de petits traits noirs pleins, les tombeaux particuliers des familles , qui offrent de petits mausolées en marbre blanc ou en pierre calcaire, d'un travail plus ou moins simple et plus ou moins décoré de sculptures ou d'inscriptions.

Après avoir traversé ce quartier des tombeaux, on pénètre dans l'intérieur de la nouvelle ville, qui sépare les deux ports. Cette ville a été bâtie sur un banc de sable de nouvelle formation, dû aux atterrissemens dont nous avons parlé plus haut. « Les progrès de ces atterrissemens sont tels , dit M. de Maillet 1 , qui a résidé quarante ans en Egypte en qualité de consul français, que, dans l'espace de vingt -six ans, de 1692 à 17 18, ils furent de quarante pas de longueur en avant de la maison consulaire que j'habitais à ces deux époques de ma résidence à Alexandrie, au point qu'on bâtit quelques maisons sur le sol de ce nouveau

k Description del'Égyple, t. ier, pag. 187 , édition de la Haye, in-8°, i;4o.

4oo - MÉMOIRE

rivage. » Ces atterrisse meus s'étendent de plus en plus dans le port, qu'ils menacent (Venvahir entièrement avant peu de siècles.

Cette ville ne renferme aucun monument remar-

quablej les principales mosquées au nombre de vingtcinq à trente , les olcls ou magasins publics , les maisons particulières , les quais, etc. , sont remplis de fûts de colonnes de grès, de granit, de marbre, de porphyre, d'albâtre, on de pierre calcaire, numismale , provenant d'anciens palais ruines : on s'est borné à indiquer en toutes lettres sur le plan remplacement des édifices dépendans du service de la marine et des administrations publiques ; il n'en est aucun qui mérite une description particulière. Si Ton excepte le plan des okels , la construction et la distribution intérieure des - maisons sont aussi mauvaises que mal entendues : l'extérieur des maisons ne présente que des façades lisses et blanchâtres , percées de petites fenêtres masquées de grillages en bois à croisillons serrés. Des rues étroites et non pavées , qui n'offrent aucun écoulement aux eaux pluviales , restent toujours poudreuses ou fangeuses , suivant le temps : on n'y trouve de mouvement que vers les bazars ou quartiers des marchands. Du reste, tout concourt à donner à la ville un aspect triste et monotone pour tout Européen que le commerce ou l'amour des voyages attire en cette contrée.

Cette ville est naturellement privée d'eau douce, ainsi que je le dirai plus bas. Le nombre de citernes qu'elle a pour y suppléer, appartenant à ses vingt mosquées, peut contenir i54oo charges de chameau j la.

SUR LA VILLE D'ALEXANDRIE. 4oi charge est estimée à 200 pintes pesant 400 livres ou 195 kilogrammes 80 décagrammes : cette quantité peut suffire pendant cent vingt-huit jours ou quatre mois à la consommation de huit mille âmes, qui en forment la population ordinaire. Ces citernes sont remplies annuellement , moitié par les eaux pluviales , sur lesquelles on compte, et moitié par des transports d'eau.

Indépendamment de ces citernes publiques, chaque maison en possède une petite, que les propriétaires font remplir au moyen d'outrés chargées à dos de chameau , de mulet ou d'âne 5 on y trouve encore des puits de peu de profondeur, et dont l'eau plus ou moins saumâtre sert aux usages les plus ordinaires : quelques-uns de ces puits donnent de l'eau potable. Les habitans les plus pauvres, qui n'ont dans leurs maisons ni puits ni citerne, sont contraints d'aller chercher dans les grandes citernes de l'ancienne ville l'eau nécessaire à leurs besoins journaliers.

On ne trouve en cette ville aucun moulin à eau : un moulin à vent , situé sur le rivage de l'anse au nord de la presqu'île du Phare, et construit il y a vingt â trente ans par un habitant de Rhodes , était le seul qui existât en Égypte ; nous y en avons construit deux autres aux environs du Kaire. C'est pour suppléer au défaut de ces machines , que chaque riche particulier possède dans sa maison un moulin mu par des chevaux ou des ânes; quelques-uns de ces moulins sont destinés au service public. Les habitans les plus pauvres ont , pour leur usage particulier, des meules à bras, que font É. M. xviii. ' 26

4oa MÉMOIRE

tourner habituellement des femmes qui n'ont presque pas d'autre occupation , et qui souvent prolongent leur travail assez avant dans la nuit.

10. On ne peut assigner aucune époque à la fondation de cette ville moderne ; elle a été' bâtie et habitée à mesure que , d'une part , les amas de sables y formaient des atterrissemens, et que, d'une autre part, les guerres civiles et religieuses, ou celles des nations étrangères , occasionaient dans l'ancienne ville des ravages qui la faisaient abandonner partiellement. L'epoque de son plus fort agrandissement ne date que du milieu du xvie siècle, quelques années après la conquête de l'Égypte par Selim icr. C'est ce que l'on doit conclure d'un passage de Jean Lëon d'Afrique \

1 1. On trouve sur le rivage des deux ports quelques murs de quai et des jetées pour la facilite des embarcations : ces constructions ne sont formées , en grande partie, que de fûts de colonnes empiles. Quant aux magasins et autres bâtiraens dépendans du service des arsenaux de la marine, l'e'tat d'abandon et de ruine dans lequel se trouvent ces établissemens publics, fait assez connaître l'esprit d'insouciance du gouvernement turk , qui laisse tout dépérir sans jamais rien réparer ni entretenir.

1 Jean Léon d'Afrique , qui voya- lies sur des citernes. Le port neuf

geait en Egypte en i5i7, Tannée avait le nom de Marsa et-Sehela ,

même de la conquête qu'en fit Se- qui veut dire port de la Chaîne.

lyui i«r, dit qu'à celte époque la Dans la ville est une montagne éle-

ville des Arabes, celle qui occupe vée, qui n'est pas de formation na-

une partie de remplacement de l'an- turelle, et qui est couverte de débris

ctenne Alexandrie, était encore trïs- île -vases: à son sommet est une tour

habitée; toutes les maisons de la ou vigie. (Collection de Ramusio,

ville, ajoute ce voyageur, sont bâ- en trois volumes, tom Ier.)

SUR LA VILLE D'ALEXANDRIE. 4o3

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