‹ Description de l'île de Patmos et de l'île de Samos (volume 2)Chapitre 47 sur 122 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les promontoires de l'ile de Samos sont nombreux, surtout vers l’E., où la côte est plus découpée que vers l'O. Mentionnons d’abord les trois caps cités par Strabon *; ce sont : le cap de Neptune (ro Iocsidiov), le. cap Ampélos (Aureko) et le cap Cantharion (Kay Ocouoy ).

Il dit du premier qu’il format, en se dirigeant vers

4, Strabon, 1. XIV, ch. 1.

la pointe de Mycale, le canal de 7 stades (le petit Bogaz ).

« To Ioceidioy, dupa n mouwoboa mpôs rnv Muxdlny Toy énTacrddioy mopÜuiy. »

il se trouvait à la droite de ceux qui naviguaïent vers la ville.

« Ev dei pèy où TooGTAËQUL TO0G THY TOY ETTI TO [oceidioy. »

Pour achever d'en déterminer la position, ce géographe ajoute qu’un temple de Neptune s'y élevait et qu’en face était la petite île Narthekis.

« yet dE vec Trad code rodkeiTar d'adroÙ vnoidioy À Napünunts.

Le cap Mycale, qui est la pointe la plus rapprochée de l’île Narthex, porte aujourd'hui, de même que cette ile, le nom de Saint-Nicolas : La pointe opposée qui lui correspond le mieux dans l’île de Samos, et devant laquelle, par conséquent, s'élève ce même ilot, est celle qu'on appelle actueïement Psili-Hammos, ou, comme la plupart des habitants prononcent, Psili-Hammo (dun duos, sable fin).

Or, ce dernier cap se trouve précisément à l’une des parties les plus étroites du petit Bogaz, du côté de Samos. C’est donc là, à mon avis, qu'il faut placer l’ancien cap de Neptune.

Il est bien vrai que, sur la pointe qui termine, à VE., le port de Tigani, et qui, connue vulgairement sous le nom de Cavophonea (Ka&ogcyex), est désignée dans la carte anglaise par celui de Ciykora, on remarque quelques ruines, qui peuvent avoir été

celles d’un temple antique. Cette langue de terre, en effet, se compose de deux plateaux, dont l’un est supérieur à l’autre, et elle va ensuite s’effilant et s’abaissant jusqu’à la mer par une pente assez douce. Ces deux plateaux sont environnés de petits murs en pierres sèches construits à la hâte par les Samiens dans la guerre de l'indépendance. Ils y placèrent alors des batteries de canons. Or, sur le plateau inférieur, on retrouve, sous les pierres amoncelées confusément à cette époque, les traces très-visibles d’une ancienne construction grecque : ce sont quelques vestiges de fondations circonserivant une enceinte rectangulaire peu étendue, et, si un petit temple existait sur ce promontoire, il est permis d’en reconnaître là les restes; mais faut-il y voir ceux du temple de Neptune, dont nous parle Strabon? C’est ce que l'éloignement de l'ile Narthex, située beaucoup plus à l'E., et principalement la Jargeur du canal à cet endroit, largeur qui dépasse 6 kilomètres ou environ 83 stades, m’empêche d’'ad-' mettre. Le promontoire Paili-Hammo, au contraire, est justement vis-à-vis cette île, vis-à-vis aussi le cap Mycale, et la largeur du canal en ce point est trois fois moindre. J'avouerai cependant. que ce promontoire n'offre à l’investigation la plus attentive aucune trace de temple. Tout ce que j'y ai observé, c’est, au centre et sur la partie la plus élevée, les débris d’une petite tour antique de forme circulaire; les blocs avec lesquels elle a été construite semblent n'avoir été jamais complétement taillés; plusieurs même sont encore bruts. À l'extrémité existent, comme sur beaucoup

d’autres points de l’île, les restes d’une tabia' moderne, établie par les Samiens en 1821.

Là donc aucun vestige de l’ancien temple de Neptune ; mais cette position est celle qui s’accorde de la manière la plus naturelle et la plus exacte avec les indications fournies par Strabon.

Le lieutenant Brock, se fondant probablement sur ce que le promontoire qui forme, au S. E., la baie de Climax, se rapproche encore un peu plus de la côte d'Asie, et que là est l'endroit le plus resserré du détroit, a cru devoir y placer le Posidion de Strabon. Mais, outre que ce cap ne présente absolument d’autres ruines que les débris d’une tabia moderne, et que la différence, en moins, dans la largeur du détroit, est à peine de 200 mètres, l’île Narthex, qui doit nous servir en quelque sorte de point de repère pour fixer et déterminer la place de notre promontoire, ne se trouve plus en face, mais trop à l'O. Et puis ce lieu me parait avoir été de tout temps désert, et je me demande pourquoi on aurait bâti un temple en l'honneur de Neptune au milieu de ces âpres rochers et loin de toute habitation humaine, tandis qu’à côté du promontoire Psili-Hammo j'ai découvert dans une vigne, près d’un étang salé, les restes d’un mur héllénique et de nombreux fragments de poterie, qui attestent qu’il devait y avoir là un petit village antique. Si l’on m’ob- Jecte, contre la position que je propose, l’absence de

4. Le mot fabia, signifie, en Grec moderné, batterie de canons

ou bien l'endroit où on la place. Il vient du mot Turc, tobji, ca-nonnier.

ruines ayant appartenu à un temple, je répondrai que celte C'isparition, même absolce, d’un monument semblable, ne peut étonner ceux qui ont voyagé en Grèce ou en Asie mineure, et qui savent que d’autres édifices, infiniment plus considérables que ne létait ce temple de Neptune, n’ont laissé aucune trace, et qu’à Ephèse, par exemple, l’un des plus célèbres et des plus vastes temples du monde païen, celui de Diane, n'offre plus le moindre vestige reconnaissable. Sans sortir de Samos, le fameux temple consacré à Junon, et qu'Hérodote cite au nombre des plus grands qu’il ait vus, ne conserve plus aujourd'hui qu'une seule colonne, et encore même n'est-elle point entière. On n'ignore pas, en effet, que la plupart des anciens temples, soit des iles de lArchipel, soit de l’Anatolie, ont vu leurs dépouilles transportées à Constantinople ou dans les autres villes principales de lempire bysantin, et puis de l'empire turc, pour orner d’abord les églises chrétiennes el ensuite les mosquées mahométanes. Ne soyons donc pas surpris si ce temple de Neptune, silué sur un promontoire et près d’une baie, d’où l’on pouvait facilement en emporter les matériaux, et bâti d'ailleurs dans des dimensions beaucoup moins colossales que ceux de Diane et de Junon, a été, comme ces derniers monuments, enlevé pièce à pièce, et s'il échappe actuellement aux recherches de ceux qui essaient d’en retrouver l'emplacement. | Les deux autres promontoires de l’île er par Strabon sont le promontoire Ampélos et le promontioire Cantharion. |

QKaeïror* pEy oùv nat dupa tie Aureloc Bléroucd rue mods To TS fraplac ApéTayoy.

«Un des promontoires de Samos, qui regarde indirectement le promontoire Drepanon d'Icaria, s’appelle Ampélos. » | |

Qu'on fasse attention au mot roc: car on verra tout à l'heure qu’il va nous servir à trancher une difficulté.

Le même auteur nous dit, trois pages plus loin* :

« H 0ë dhpa (ro Apéxaoy) Diéyer Ths Eauioÿ dxpac rs KavOaplou xalouuévne éydofnovra aradious, êmen éoriy étyuotoy Dlapua To peTaëv. ù

« Le promontoire Dracanon est distant du promontoire de Samos, appelé Cantharion, de 80 stades, ce qui est le trajet le plus court entre ces deux îles. »

[l serait possible de croire, au premier abord, que Strabon distingue, dans l’île d'Tcaria, deux caps différents, tous deux tournés vers Samos, l’un appelé Drepanon et l’autre Dracanon; mais, comme cette île ne lui en présente, en réalité, qu'un seul, il faut admettre nécessairement l'identité de ces deux caps. Cette identité une fois reconnue, nous n’avons plus de doute sur le nom que nous devons donner à la pointe de Samos qui s’en rapproche le plus, et qui regarde en face et directement l’île d'Icaria. C’est le cap appelé aujourd'hui cap Kalabacte, et qui est désigné dans la carte anglaise par le nom de cap Catavasis (Kazaä6aoic), ou la Descente. Là est évidemment l’ancien Cantharion. Où faut-il placer maintenant le cap Ampélos?

4. Strabon, 1. XIV, ch. 1, t. ur, p. 169, édit. Tchn. - 2, Strabon, 1. XIV}-ch. 1, t. it, p. 172.

Strabon nous apprend qu’il regarde jusqu'à un certain point (r&s<) ou, si l’on veut, indirectement le cap d’Icaria, appelé Drepanon.

Devons-nous, avec M. de Choiseul-Gouffier, le considérer comme étant le même cap que celui de Cantharion et l'identifier avec ce dernier, de même que nous n'avons fait qu'un seul et unique promontoire de Drepanon et de Dracanon? Car, dans la carte de M. de Choiseul, je vois le cap le plus occidental et le plus avancé de l’île, celui-là même qui est vis-à-vis Nikaria (l'ancienne Icaria ou Icaros), marqué ainsi : «Cap de Samnos, Olim Ampelos promontorium, quod et Cantharius. »

[Lest cependant facile de remarquer que Strabon, tout en disant que le cap Cantharion et le cap Ampélos sont tournés du côté de l’île d’Icaria, signale une différence qui sert à les distinguer : c'est que l’un, le cap Cantharion, est le point le plus voisin de l’île d'Icaria (diéyer dydofxovra oradiovc), et que l’autre, le cap Ampélos, ne regarde qu'indirectement (rs) le promontoire Drepanon.

Il est également probable que Strabon n’a pas voulu désigner par là l’autre promontoire occidental de lile de Samos, qu’on appelle cap Saint-Dominique, et qui est au-dessous du précédent et un peu plus à l'E; car, voulant signaler les trois caps principaux de l'ile, il aurait alors passé sous silence celui qui devait aitirer le plus son attention, je veux dire le cap appelé aujourd'hui cap Colonni, et quelquelois aussi cap Blanc, et qui me paraît être l’Ampélos d'autrefois.

Le géographe Lapie avait déjà adopté cette opinion en 1824, et depuis le lieutenant Brock l’a partagée.

Mélétius' n’indique pas d’une manière beaucoup plus nette que Strabon la position de ce cap; car il se borne à dire qu'il regarde le couchant.

«To De rpos duauas Exvedoy dxpoy Aurehos raheïra. »

Il est, si l’on veut, au couchant, par rapport au cap Neptune, qui est à l’E.; mais sa position véritable, eu égard à l’ensemble de l'ile, est les.

Une raison déterminante, et qui me semble péremptoire en faveur de la place donnée au cap Ampélos dans les deux cartes dont je viens de parler, c’est que la chaîne de lAmpélos. n’occupe pas l'ile entière, comme on pourrait d’abord être induit à le penser d’après ce texte de Strabon ? « A2X4 xat ro ëpos day à mouei Thv OAny vacoy épeuviy éuavyuws Àéyerar. »

« Toute la chaîne qui rend l'île entière montagneuse s'appelle du même nom. » (C'est-à-dire Ampélos, comme le promontoire qu'il vient de citer.)

Mais, ainsi que je l'ai déjà montré, en décrivant la configuration générale de l’île, la chaîne de lAmpélos est, en réalité, distinete de celle du Kerki, et, bien que, par sa longueur plus grande et par ses chainons el ramifications secondaires, on puisse dire, jusqu'à un certain point, que c’est elle qui constitue l’île montagneuse, cependant le Kerki, plus élevé, et cité ailleurs par Strabons comme étant plus remarquable que l’Am-

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