Rutilius, De reditu suo, 1. 1, vers 409 et suiv
en faire du mortier. Des oliviers sauvages, de hautes herbes et des arbustes épineux croissent çà-et là. Le diamètre de cet édifice est d'environ quatre-vingt-dix pas. Au bas, et suivant l’axe de ce diamètre, s’étendent deux longues voüles, séparées par- un intervalle de quelques pieds. La position de ce théâtre était admirable. Dominant la ville d'environ 80 mètres et. adossé à la pente de la grande acropole, 11 élait tourné. vers le S. Sile mur de la scène n’était pas trop élevé (actuellement il est complètement détruit), les specta= teurs pouvaient, des gradins où ils étaient assis, au moins dans la partie supérieure de la cavea, contempler à leur aise tous les monuments de leur opulente # cité et le vaste bassin de leur port. Devant eux, à leur gauche, s’élevaient les deux cimes gigantesques du mont Mycale, qui leur rappelait une brillante victoire remportée sur les Perses par les Athéniens, et à laquelle eux-mêmes avaient contribué: en face, se déroulaient, à leurs yeux les côtes .de la Carie; à leur droite, les îles d'Hyetussa, de Léros.et de Calymno leur apparaissaient dans le lointain comme rattachées entre elles par la distance, et si, plus près d'eux, ils abaissaient leurs regards vers la plaine, ils apercevaient à son extrémité occidentale le faubourg et le temple de Junon, dont la majestueuse colonnade et les immenses développements rivalisaient avec ce que l'antiquité avait conçu et exécuté de plus vaste en l'honneur des dieux. Tout cela réuni compusait un horizon à souhait pour charmer la vue, et l’on comprend aisément que celte seule perspective et cette É lé
magnifique décoration de la nature, sous le beau ciel de l’Ionie, devaient ajouter singulièrement à l'intérêt des pièces dramatiques. — Sans parler des autres débris innombrables qui jonchent la terre, je ne puis me dispenser de mentionner ici les vestiges considérables d'un long aqueduc romain, tout à fait différent de l’aqueduc grec d'Eupalinus, et postérieur de plusieurs siècles à ce dernier. RE |
Cet aqueduc entrait dans la ville par l'O., et sur le penchant du mont Kastro on en reconnait la trace jusque vers le théâtre : il est probable même qu'il se prolongeait plus avant, et que plusieurs réservoirs en recueillaient les eaux qui ensuite étaient distribuées par des conduits dans les divers quartiers. Il était large de 3 mètres : le mur qui supportait les gros tuyaux de terre cuite dans lesquels l’eau coulait était construit avec de petites pierres fortement cimentées et mêlées avec des briques.
Les tuyaux étaient comme emboîtés dans une rainure large et profonde enduite d’un mortier indestructible. Ce mur, en dehors de la ville, contournait à l'O. les flancs du mont Kastro, puis franchissant le ravin de St-lean sur un pont dont les piles gigantesques, à moitié renversées, forment une des ruines les plus pittoresques de l'île, et se dirigeant vers le N., il suivait la pente méridionale du mont Katarouga. Au delà, il faisait un coude à l'O. pour traverser les hauteurs de Chora; mais là toute trace se perd et échappe aux recherches les plus attentives : car il a été démoli entiérement par les habitants de cette petite ville, et ce.
SUR L'ILE DE SAMOS. 911 n'est que 25 minutes plus loin, à l'O. de Chora, qu'il reparaît de nouveau au milieu des broussailles. 1 cotoie toujours les collines, traverse cinq à six ravins, ét monte enfin jusque sur lé revers oriental de la chaîne dé PAmpélos, dont les sources lui fournissaient les eaux qu'il transportait à la ville par cé long détour de 14 à 15 kilomètres. |
Je ferai remarquer plus tard, quand je pärlerai dés fouilles que j'ai exécutées à la fontaine de Saïnt-Jean, l'étrange méprise qui est échappée à Tournefort au sujet . de laqueduc qui vient de nous occuper, et dont la fondation, loin de remonter à Eupalinus, me paraît tout au plus contemporaine de l’époque d’Auguste.