Tournefort, lettre X, sur Samos, Voyage au Levant, t: I
antiques : puis l’on franchit un ruisseau que MM. Ross et Kieperi ont pris à tort pour l’imbrasus. En continuant à s'avancer vers l’O., on traverse un autre ruisseau moins considérable qui découle des marais, et l’on arrive à d’autres magasins tout remplis de débris de marbre enievés à l’'Héræon et engagés dans l’intérieur des murs. Dans l’une de ces maisons, entre autres, on ma montré l'inscription suivante gravée en fort beaux caractères sur une base de marbre blanc qui sou tenait une statue :
OAHMOZ3KAAYAIANOKTAOYIANTHNF YNAIKATOY ZEBAZTOYNEPONOZKAAY AIOYAPOYZOYKAIZAFOZ FEPMANIKOYAYTOKPATOFOZ.
E L] , O duos Khaudiay Ouraouiay Th yrvaïxa Toù Sebagroë Népwvos KAaudiou Apoucou Kaicanos Tepuayurod Adronpd-
TOpos.
Cette base a été découverte au milieu de l’emplacement de l’'Héræon, et nous voyons par cette inscription qu’elle était celle d’une statue érigée en l'honneur de Claudia Octavia, femme de Claudius Néron. Les Samiens, par flatierie sans doute pour l’empereur, avaient placé celie statue dans le temple même de Junon. |
Hér&on. — De ce vaste temple que reste-t-il majñtenant? Une simple colonne, et encore même n'est-elle point entière; car deux ou trois tambours manquént ainsi que le chapiteau. Elle s'élève solitaire à une distance de la mer d'environ 200 pas et à
AG. ** ÉTUDE 400 pas dé l'Imbrasus. Tous les voyageurs que ont débarqué à Samos l'ont décrite.
Lorsque Tournefort visita les ruines de l’'Héræon, en 1702, il trouva, outre celle colonne, un PEL et les bases de plusieurs autres colonnes ‘.
Trente-septans plus tard, Richard PHBLE * déclare avoir remarqué, du côté de l'aile du N., plusieurs bases et piédestaux, dont la plupart étaient enterrés, de même qu'une partie des colonnes. « Mais, ajoute-t-il, il y en a une presque tout entière du côté du Midi: Ces co— lonnes étaient composées de plusieurs tambours et leurs bases étaient d’une structure extraordinaire. Celles des colonnes du porüque sont différentes de celles des ailes. Une de ces colonnes, qui m'a paru entière, est composé de 17 tambours. Chaque tambour a 2 pieds à 3 pieds de haut. Ces tamboars ont élé dérangés comme par un tremblement de terre. Ces colonnes élaient de marbre blanc et les piédestaux de mârbre gris. Je vis une partie de deux chapiteaux de marbre gris, dont l’un avait 4 P. 5 p. de diamètre; mais, comme celui des colonnes est de à P: 6 p., je croirais qu’ils appartenaient aux colonnes de l'intérieur du temple : les chapiteaux m'ont paru doriques. »
M. Choiseul-Gouffier ‘, qui,en 1776, contempla ces mêmes débris, n'avait plus vu qu'une seule colonne, un chapiteau et une autre base hors de sa place, d’un profil différent et d'un plus grand diamètre. « Peut-être,
4. Tournefort, lettre X, sur Samos, Voyage au Levant. 2. Richard Pococke, Descript. de l'Orient, p. 408. 3. Choiseul-Gouffier, Voyage dans l'empire ottôman, t. 1, p.161.
SUR L'ILE DE SAMOS. 27 dit-il, la colonne qui existe faisait-elle partie du deuxième rang du péristyle, et l’on sait que les Grecs étaient dans l'usage de les diminuer par une raison d'optique; mais la diminution de celle-ci était trop considérable. » d |
Dans son atlas, pl. 54, fig. 4, il donne le plan du temple de Junon, tel que Pococke l'avait imaginé. Dans la figure 2, il reproduit l'élévation de la seule colonne encore existante, et il en suppose la hauteur totale d’après le diamètre de la base, celui du dernier tambour et celui du chapiteau. Suivant ses mesures, la hauteur actuelle de la colonne, y compris la base, est de 32 P., 3p., 101. : il pense que jusqu'au chapiteau il y avait encore 10 P., 8 p., 6 1. 6/7. Le chapiteau qu'il avait vu, et qui maintenant a disparu, avait 1 P., 8 p. de haut : ce qui fait une hauteur totale de 44 P., 8 p., 4 1. 6/7. | 3
Le diamètre de la base est de 6 P.,3 p., 41. : celui du premier tambour de 5 P., 9 p., et celui du dernier de 4 P., Tp.; mais le tambour supérieur, sur lequel reposait immédiatement le chapiteau, ne devait plus avoir que 4 P., 2 p. de diamètre.
En 1796, l'Anglais Dallaway ‘ annonce avoir aperçu encore certaines bases, que, chose singulière, M. Choiseul-Gouffier n'avait ni vues ni décrites vingt ans plus 1ôt. 3
« Du côté du N., dit-il, sont encore les bases et les tores de huit colonnes qui ont 5 P. 10 p. de diamé-
ga Dallaway, Constantinople ancienne et moderne, t. If, p. 37.
tre et dont l’entre-colonnement est de neuf pieds et demi. Elles ne sont pas placées régulièrement, mais on reconnaît pourtant que le grand côté de la colonnade était de vingt colonnes; les tores sont formés de filets et de gorges d’un genre singulier, et les chapiteaux ornés d’oves et de pointes d’ancre, style d’architeclure probablement dorique, ou au moins antérieur à l’ionique.... A environ 150 pieds de ces ruines, on voit encore debout une colonne isolée de marbre blane, dont la base est enfoncée dans la terre et le chapiteau tombé à son pied. Sa hauteur est de plus de 40 pieds (elle n’est que de 32 pieds, 10 lignes, d’après l'estimation de Choiseul-Gouffier)...…. Le portique paraît avoir été à huit colonnes, et sa longueur, en face de l'E., de 124 pieds.»
En 1841, M. Ross' n'avait plus retrouvé ni ces bases, ni ce chapiteau; il avait seulement remarqué, dans le mur d’un cellier voisin, deux oves colossaux, restes de ce chapiteau, et, ce qui avait uniquement frappé sa vue, c'était la colonne incomplète, qui existe encore aujourd'hui, découronnée de ses tambours-supérieurs et de son chapiteau.
Cette colonne est en marbre blanc, sans cannelures, ce qui est rare dans les temples grecs, et ce qui à fait penser à M. Ross que, peut-être, ce monument n'avait point élé achevé, opinion qui me parait trèscontestable , et que, du reste, ce savant n'émet qu'avec une certaine réserve. Elle à 12 tambours d’iné-