Spatareïka
Marathro-Cambo, chef-lieu.
District de Chora.
Le distriet de Chora, par lequel nous commençons parce qu'il renferme la capitale de l’île, est borné à l'E. et au N. par le district de Vathy, à l'O. par ceux de Carlovassi et de Marathro-Cambo et au S. par la mer. Son territoire comprend :
1° Deux belles plaines séparées par l’un des rameaux de PAmpélos, la plaine de Meso-Cambo à l'E. et celle de Chora à FO,
2° Une jolie et fertile vallée, celle de Mytihni, qu'arrose le fleuve ou plutôt le torrent de ce nom.
9° Les versants de la chaîne de lAmpélos qui sont tournés vers ces deux plaines et vers cette vallée.
Cuora (Xooz, pays, ville). — Chora, chef-lieu de ce district et capitale de l'île, ressemble plutôt à un village qu'à une ville. Il s’élève, vers le N. E. de la plaine du même nom, sur le penchant méridional d’une colline et à une petite heure des ruines de l’ancienne Samos. Les rues en sont irrégulières, étroites et mal pavées. -On y compte 335 maisons, hautes d’un rezde-chaussée et d’un étage, et la plupart couronnées par une terrasse. Elles contiennent chacune une famille. Celle qu'habite le gouverneur a un peu plus d’apparence que les.autres, quoique simple elle-même et modeste. Le rez-de-chaussée est occupé par un poste de soldats habillés à lalbanaise, et le premier par le gouverneur et quelques personnes de sa famille,
Ses secrétaires demeurent dans une autre maison où sont les bureaux et l'imprimerie.
L'ancien local de l'évêché, vacant depuis un an, sert aux réunions du sénat et de l’aréopage.
Le tribunal de première instance siège dans une autre maison. |
L'assemblée générale des Samiens, qui se compose de 36 députés, se tient dans une église. Cette dernière et trois autres n’offrent rien qui mérite d’être signalé.
école primaire est fréquentée par 70 enfants, gar-. cons el filles.
Vers le bas de la ville est une ancienne tour avec machicoulis et créneaux, et qu'on prétend avoir été bâtie autrefois par les Génois, d’autres disent par les. Vénitiens.
Deux fontaines fournissent une eau excellentes En descendant vers la plaine, on trouve une trentaine de maisons ruinées ét quelques jardins plantés de mû-— riers. , :
L'air est assez pur, exceplé pendant trois mois de l'année où l’on se ressent un peu de l'influence malsaine des marais voisins. La température est généralement irès-douce, parce qu'on y est à l'abri des vents du Nord.et que ceux du Midi presque seuls s’y font sentir. | | <
Le soir, les chacals viennent quelquefois rôder Jus— qu’auprès des maisons, et l’on entend leurs cris plain tifs qui ressemblent aux vagissements des enfants. Les hurlements des chiens leur répondent et les mettent en fuite.
J'ai cherché vainement des inscriptions antiques à Chora ; mais, en examinant attentivement les maisons et les boutiques, je me suis aperçu que la plupart d’entre elles cachaient, sous la chaux qui les recouvre, de beaux matériaux antiques enlevés sans doute aux ruines de l’ancienne Samos. Ainsi, j'ai distingué des tambours de colonnes, des fragments de frises et d’ar- Chitraves et même des débris de sculptures mutilées. Un bas-relief funéraire, élégamment exécuté, mais dont les figures ont été fort maliraitées, est déposé dans le local de l'Évèché. Le
Le gouverneur possède aussi chez lui une petite tête de femme en marbre blanc, représentant une Junon, et dont les traits et la chevelure ont une grâce et une délicatesse parfaite.
My. — Au N. de Chora et en tirant un peu vers lE., à 4 kilomètres à peine de distance, est le village de Mytilini. On s’y rend en franchissant et ensuite en côtoyant le petit torrent dans lequel j'ai cru voir le Chésius des anciens. Puis on le laisse sur la gauche, et, tournant à droite, on aperçoit bientôt les maisons de ce village groupées au N. de la vallée qu'arrose le Mytilinous. Ce bourg a été fondé, il y a 280 ans, par une colonie venue de Lesbos (aujourd’hui Metelin). En effet, Kilidj-Aly Pacha, pour repeupler l’île de Samos, promit sept années d’exemption d'impôts à ceux qui viendraient s’y établir, et celte promesse fit accourir de nombreux colons de différents points de FAsie mineure, de lArchipel et de la Grèce continentale d'Europe. Les habitants de
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Chora ont déjà perdu le souvenir de-leur première origine, mais ceux de Mytilini l'ont conservé, grâce au nom de leur village qui leur rappellera toujours leur ancienne patrie.
Mytilini a sept cents maisons et trois églises. L'école mutuelle est fréquentée par cent vingt enfants; 1by a aussi une autre école, dite hellénique, suivie-par cinquanteélèves venus de différents points de l’île. On y enseigne le grec ancien, les éléments des mathémati= ques, de l’histoire et de la géograplue, et même un peu de français.
La vallée qu'arrose le Mots présente un as— peet charmant, lorsque les arbres, qui couvrent les bords de ce torrent, ne sont point dépouillés de leurs feuilles. La plupart sont des müriers. Le Mytilinous, dans lequel je reconnais l’Hybettes de Pline, poursuit son cours jusqu'à la mer, en se frayant un ravin à travers deux montagnes et en traversant ensuite la partie occidentale de la plaine de Meso-Cambo. Cette plaie, que je vois désignée, dans la carte qu’avait fait dresser M. Choiseul-Gouffier et dans celle du chevalier Lapie, sous le nom-de Pisos-Campos, et,.dans lat carte anglaise du lieutenant Brock, sous-celui de Miso-Cambo, porte en réalité celui que je viens d’indiquer, et elle: le doit à sa position même entre la mer et les montagnes. Sa longueur est au moins de 4 kilomètres et.sa plus grande largeur de 2. La ceinture de hauteurs qui l’entoure, au N. et à l'O., se termine à l'E. par la pointe Psili-Hammo. Cette plaine offre d'excellents pâturages aux troupeaux :elle contient sept à huit
SUR L'ILE DE SAMOS. 243 étangs salés, qui, n'étant point entretenus, répandent des exhalaisons malsaines et l'ont pour cela même rendue déserte. On y voit seulement, le long dé Ja plage, quelques fabriques de poterie et çà et Là plusieurs pelites chapelles abandonnées. La baie de Meso- Cambo est peu profonde, et, quand les vents du Midi soufflent avec force, elle est très-dangereuse pour les bâtiments.
À son extrémité occidentale, on rencontre, au delà comme en deçà du Mytilinous, et au milieu d’épaisses “broussailles, des traces de constructions fort an- . ciennes, et qui me paraissent devoir remonter à l'époque de l’occupation de Pile par les Cariens. Près des bords de ce même lorrent, vers son embouchure, sur une colline qui le domine et qui se rattache au Rhakivouno, lequel sépare la plaine de Meso-Cambo de Tigani, on distingue encore les vestiges d’un mur construit avec des blocs polygonaux.
Le Rhakivouno (Pæyt6ouvo), ainsi appelé à cause de son escarpement et de ses bois, atteint une hauteur de 326 mètres au-dessus de la mer. Ses flancs sont couverts de pins et d'oliviers, et son plateau, hérissé . d'énormes rochers, à élé, en plusieurs endroits, taillé par la main de F homme, qui en a arraché des blocs de marbre et de pierre. J'y ai remarquë également les restes d’un mur antique de construction cyclopéenne, dont on peut suivre les traces à travers les rochers €l les broussailles.
En redescendant les pentes occidentales de celte montagne, c’est-à-dire en se rapprochant de l’ancienne
244 ÉTUDE capitale, on traverse une forêt de beaux oliviers, entreméêlés d’arbousiers, de lentisques et princrpalement de jeunes pins. Une source ombragée par um vieux platane sort d’un petit canal antique : puis elle se rend par un conduit à une fontaine, et de là elle se répand dans deux bassins rectangulaires en marbre blanc, longs de 2 mètres, et qui ne sont autre chose que d'anciens sarcophages. Au devant de cette fontaine sont plusieurs belles dalles de marbre enfoncées dans le sol. Un aqueduc moderne, et mainte-. “nant à moitié détruit, amenait les eaux de cette source à un petit monastère inhabité depuis 40 ans et appelé Hagia-Paraskevi: Situé 200 pas plus loinvers le S., il commence à tomber en ruine. J'y ai découvert, à l'extrémité d’une salle, sous une estrade en bois, un hypogée antique, dont les moines se ser— vaient probablement comme d’un caveau pour y déposer leurs provisions. Cet hypogée, construit avec de beaux blocs équarris avec soin, a 2 mètres de long, 2 de large et 2 mèt. 40 cent. de profondeur. Cinq petites niches rectangulaires ont été ménagées dans les parois latérales. {l était recouvert par trois longues plaques de marbre, dont une existe encore. J'imagine que c'était un tombeau de famille et qu'il devait y avoir: en ces lieux une riche villa. |
Plus bas on rencontre encoré d’autres débris et une seconde fontaine près d’un platane gigantesque.
Le versant septentrional de celte même montagne est plus rude et plusescarpé : il domine la vallée accidentée du Myüf nous, etsur ses dernières pentes s'élève
SUR L'ILE®DE SAMOS. 245 le petit monastère d'Hagia-Trias ou de la Ste-Trinité. Il a été fondé en 1826. L’hégoumène qui le dirige est vénéré dans le pays, et les douze moines qui vivent sous sa dépendance sont astreints à une règle trèsaustère. Eux-mêmes ont construit leur chapelle et les bâtiments qui l'entourent. Ils m'ont montré à côté d’un puits plusieurs dalles antiques et une sorte de petite auge rectangulaire avec linseription latine suivante :
CIVLIVSMARTIALISHSE CIVLIVSAGATHOVIVE IVLIAOROSTILIAVIVE
€ Caius Julius Martialis hic situs est. « Caius Julius Agatho vive.
« Julia Orostilia vive.
Au lieu de Orostilia, peut-être faut-il lire Orestilla : car les caractères étant un peu effacés se prêtent à ce double texte. Cette-inseription nous prouve que c'était là un tombeau, et, comme il est long à peine de T0 centimètres, il ne pouvait renfermer que le corps d’un petit enfant, à moins qu’il ne contint que des cendres.
À 2 kilomètres de ce petit monastère vers le N. O. est la fontaine dite de St-Jean. J'en parlerai plus aulong dans un autre chapitre.
Nous avons parcouru la partie orientale du district de Chora, dirigeons-nous maintenant vers [a partie occidentale.
Myci, — À 5 kil. 12 de Chora, à l’O., après avoir franchi le ravin d'Hagios-Constantinos, et ensuite celui de Nero-Trivia, ces deux affluents du torrent Daph-
nia, l’ancien fleuve Imbrasus, on arrive au petit village de Myli, situé sur un tertre entre ce dernier fleuve et le courant de Nero-Trivia. Il se compose seulement de trente-cinq maisons et d’une église : il n’a point d’école. Ce village fut un des premiers fondés dans l’île par une colonie de Patmiens vers 1580. Suivant une autre tradition, les habitants seraient originaires de l’île de Milo : mais la dénomination de Myli, qui aura sans doute donné lieu à cette croyance, a pour étymologie véritable le mot uy2os qui signifie meule, et par extension moulin et. non celui de Mo (île de Milo). En effet, non loin des dernières maisons de ce village, sur le bord de l’Imbrasus, on voit encore cinq à six moulins d’eau qui paraissent assez anciens et d’où cette localité aura tiré son nom. |
Les environs de Myli sont très-fertiles; mais les beaux orangers et citronniers qui composalent autrefois son principal revenu ont été gelés par lhiver de 1849.
S'il faut en croire les habitants, le philosophe Pythagore aurait eu une petite maison de campagne un peu au delà de leur village, sur la pente d’une colline, où il venait méditer loin des bruits et de l'agitation de la. ville. à |
“Jamblique * nous raconte aussi que ce philosophe s’était arrangé hors de la capitale une grotte où il passait de longues heures de la nuit et du jour à étudier les sciences et les applications qu’on en pouvait faire.
Myli est beaucoup moins peuplé aujourd’hui que du