‹ Description de l'île de Patmos et de l'île de SamosChapitre 106 sur 116 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

ADMINISTRATION ACTUELLE DE l/lLE. — LES CHARGES ET LES REVENUS. — CLERGÉ. — INSTRUCTION PUBLIQUE. — PRODUITS DU SOL, ETC.

Je me suis interdit tout ce qui avait trait à l'histoire de l'île, reportant le lecteur, pour ce sujet, à l'article qui concerne Samos , dans l'ouvrage de M. Lacroix sur les îles de la Grèce ; mais , comme il n'y est point question de l'administration actuelle de cette île , je crois qu'on ne sera pas fâché de trouver ici quelques documents peu connus, et que la bienveillance de M. le gouverneur Conéménos m'a permis de puiser dans ses propres archives.

On sait que File de Samos s'insurgea en 1821 centre les Turcs et que pendant neuf ans elle résista courageusement à tous les efforts qui furent tentés pour la réduire. En 1830 néanmoins, il fut stipulé entre les trois grandes puissances et la Turquie, que cette île resterait attachée à l'empire Ottoman. Cette décision qui fut due surtout à la position géographique de Samos et qui la jeta dans la consternation, après la lutte acharnée qu'elle avait soutenue, n'abattit point cependant tout à fait le courage de ses habitants, et quoique abandonnés à eux-mêmes, ils refusèrent pendant deux ans encore de se soumettre aux Turcs. Enfin dans le courant de février 1833, ils reçurent la note suivante qui les inclina peu-à-peu à accepter le nouveau régime qui devait adoucir leur dépendance et que les trois cours alliées de France, d'Angleterre et de Russie leur avaient obtenu auprès de la Sublime- Porte.

Note envoyée aux primais de Vile de Samos par les amiraux commandant les forces navales des trois cours alliées de France, d'Angleterre et de Russie.

« A bord de V Alfred, en rade de Nauplie, le 15 février 1844.

« Lorsqu'on février 1830, les trois puissances alliées obtinrent de la Sublime-Porte la reconnaissance de l'indépendance de la Grèce, il fut stipulé que l'île de Samos resterait attachée à l'empire Ottoman. Les trois puissances intercédèrent pour que votre île fut soumise à l'avenir à un régime particulier et favorable au

bien-être de la population. La Sublime-Porte le promit. Aujourd'hui le Sultan Mahmoud, remplissant -fidèle^ ment sa promesse envers les trois cours alliées, vient de leur soumettre l'acte par lequel Sa Hautess-e concède à Samos des privilèges qui doivent assurer à cette île une administration toute bienfaisante.

Note officielle remise par son Eminence le Reis-Effendi à MM. les représentants des trois cours, le 10 décembre 1832.

« 1° Sa Hautesse le Sultan Mahmoud Khan accorde aux Samiens amnistie pleine et entière. Aucun d'eux ne sera recherché pour sa conduite passée, et leurs personnes ainsi que leurs biens leur seront assurés.

<( 2° L'autorité intérieure de l'ile résidera dans un conseil composé de membres choisis, suivant l'usage, parmi les notables du pays. Ce conseil aura l'administration générale de l'île ; il réglera les diverses branches de cette administration et décidera librement les questions relatives au commerce, à l'exercice du culte et à la réparation des églises.

<( 3° La présidence du conseil appartiendra au chef nommé par la Sublime-Porte avec le titre de prince de Samos. Il sera de la religion des Samiens et pourra nommer un substitut professant la môme religion que lui.

<( 4° Le chef de l'île délivrera aux bâtiments et aux bateaux samiens les expéditions dont ils auront besoin pour naviguer, et les revenus qui en résulteront seront

considérés comme faisant partie des droits spéciaux de sa charge.

« 5° Il n'y aura pas de troupes dans l'île de Samos. Les Samiens paieront directement à la Sublime-Porte, un kharats annuel de 400,000 piastres.

« 6° Le Métropolitain de Samos sera, comme autrefois, nommé parle Patriarcat Grec de Constantinople.»

La soumission de l'île ne suivit point immédiatement la communication de cette note , et ce ne fut qu'en 1834, que l'île de Samos reçut dans son sein le prince Yogoridès chargé de l'administrer. Celui-ci ne fit qu'une courte apparition dans l'île, et il laissa bientôt le soin de la gouverner à un caïmacan ou délégué. Quinze caïmacans successifs gérèrent tour à tour les affaires en son nom ; mais le mécontentement des habitants alla toujours croissant à cause des abus et des exactions dont ils avaient à se plaindre, et enfin en 1849, des troubles graves éclatèrent à Samos, à la suite desquels le caïmacan et les agents du prince Yogoridès furent contraints de s'enfuir. La Porte, craignant que cette île ne cherchât de nouveau à secouer sa domination, lui envoya un fîrman plus explicite et plus libéral que le premier, et en même temps elle remplaça le prince Yogoridès par le prince Callimaki. Celui-ci nomma pour son caïmacan M. Conéménos, qui débarqua à Yathy dans les derniers jours du mois de. février 1850.

Je vais transcrire ici les points les plus essentiels de - ce firman.

Abrégé du firman donné à Vîle de Samos par le Divan Impérial dans Vannée 1266 de l'hégire, au commencement de la lune Rebi-ul-ahir.

« Attendu que la rédaction du firman organique accordé par ma Sublime-Porte aux Samiens. Tan de l'hégire 1247 (1832) est trop concise et trop sommaire et que chacun s'est mis à l'interpréter à sa façon, il est devenu nécessaire de le développer.

« 1° Une fois par an, dans la saison accoutumée, à l'endroit et jour indiqués par le gouvernement du Prince, le pays sera représenté par une assemblée générale; cette assemblée sera composée du métropolitain, de deux députés choisis par chacun des sept comopolis 1 (Ghora, Vathy-Ano, Vathy-Cato,Mytilini, Pagonda, Néon-Carlovassi , Marathro-Cambo) et d'un député tiré de chacun des vingt-deux autres villages, de sorte que le total des membres de cette assemblée se composera de trente-sept représentants, y compris le métropolitain.

« Seront exclus de cette assemblée les individus entachés de crime, etc.

« 2° L'élection des membres de cette assemblée doit se faire avec le plus grand ordre. Les habitants de chaque village procéderont d'abord avec calme à la nomination des électeurs, et ces derniers, après s'être

\ . On entend par Comopolis (vMyàno'ktç), ceux des villages de l'île qui, en raison de leur importance, ont le droit d'envoyer deux députés à l'assemblée générale.

m ÉTUDE désigné un président, éliront les députés de rassemblée.

« 3° Lorsque les membres élus se seront réunis, ils se nommeront un président , à la majorité des voix.

« Les discussions de l'assemblée auront pour objet les questions relatives aux revenus et aux dépenses, à la perception la plus régulière et la plus équitable possible de l'impôt, à l'encouragement du commerce, aux réparations et améliorations jugées convenables, etc.

« Toutes les décisions de rassemblée qui auront été prises à la majorité des voix, et qui ne seront pas contraires aux devoirs qu'imposent aux membres leur condition de sujets et la fidélité qu'ils ont promise k la Porte , seront consignées par écrit , signées et présentées au Prince, afin qu'il avise aux moyens les plus convenables de les faire exécuter.

« La durée de la session de l'assemblée, qui sera réunie une fois par an, ne sera ni moins d'un mois , ni pins d'un mois et demi, à compter du jour de l'élection du président.

t( 4° De chacun des quatre districts de l'île de Samos, il sera élu deux candidats pour le poste de sénateur. Ils seront pris parmi les habitants les plus honnêtes et les plus éclairés, sachant lire et écrire, et ayant au moins trente ans d âge. Le Prince choisira et nommera, parmi ces huit individus, les quatre qu'il croira les plus capables et les plus hommes de bien. Ces quatre membres formeront le conseil administratif du pays et se-

SUR L'ILE DE SAMOS. £tt vont placés sous la présidence et la surveillance du Prince ou de son délégué, ils auront à traiter toutes les affaires administratives et financières, suivant les lois du pays et en se conformant aux devoirs de l'intégrité et de la droiture.

« Ils devront aussi veiller à ce que les deniers publics ne soient jamais ni détériorés ni dilapidés, -à assurer le payement régulier de l'impôt dû à ma Sublime- Porte, et montant à 400,000 piastres par an, etc.

« Les quatre membres du conseil auront, au bout d'un an, qui est le terme de leur administration, à rendre compte de leur gestion.

a 5° L'assemblée générale ayant fixé les appointements des membres du conseil administratif, du secrétaire, des membres du tribunal, des gendarmes, des employés des quarantaines et de la police, le Prince ou son délégué aura soin, d'accord avec le conseil administratif, que, pendant la vacance de l'assemblée générale, les appointements qui ont été fixés soient payés mois par mois, ainsi que le traitement ci-après mentionné du Prince.

« Comme jusqu'càprésentil n'y avait pasun traitement fixé pour le Prince ni pour les employés dans l'île, le Prince prenait à ferme les dîmes et la douane comme équivalent des frais de l'administration princière, mais il en résultait plusieurs abus. Aussi, dorénavant, le droit de donner à ferme les revenus susdits a été laissé au conseil du pays qui pourra exposer le fermage aux enchères publiques.

« Un traitement seulement de 12,500 piastres par

292 ÉTUDE mois sera payé par l'île de Samos au Prince, à la charge pour celui-ci de payer son délégué à Samos et ses employés chargés de protéger à Gonstantinople les intérêts des bâtiments samiens.

« 6° Le démarque de chaque village doit être renouvelé tous les ans. A cet effet, les électeurs de chaque village nommeront deux personnes dont les noms seront soumis à l'autorité princière, et le Prince du son délégué, d'accord avec le conseil administratif, confirmera l'un des deux.

a 7° L'autorité princière surveillera avec soin les écoles destinées à l'enseignement des Samiens, encouragera les arls et métiers, etc..

« 8° Un officier en chef de la police, sous les ordres et sous la surveillance du Prince, s'établira dans la ville qui est le chef-lieu du gouvernement, et il aura sous son commandement cinquante gendarmes, dont il enverra une partie dans chacun des quatre districts de l'île, et il retiendra le reste auprès de lui pour le maintien de l'ordre et la sûreté de la ville. Indépendamment de ces cinquante gendarmes, un autre corps de cinquante hommes sera organisé et payé par l'autorité pour poursuivre et arrêter dans les villages les voleurs ou autres fauteurs de désordre.

« 9° Il y aura, dans la ville qui est le siège du gouvernement, un tribunal de justice composé de cinq personnes, à savoir : un président, deux membres, un greffier, et, pour les affaires criminelles, un procureur du Prince; mais le greffier et le procureur ne seront pas comptés parmi les juges. C'est à l'autorité princière à

SUR L'ILE DE SAMOS. 293 élire les cinq membres du tribunal qui seront amovibles et révoqués, s'ils commettent des infractions à leurs devoirs. »

Tel est le firman organique que la Sublime-Porte avait accordé aux Samiens, pour calmer leur effervescence et que le nouveau prince , Gallimaki , ou plutôt son Caïmacan, M. Gonéménos, avait à exécuter.

Les esprits, depuis longtemps émus et irrités, ne s'apaisèrent point aussitôt, et il fallut toute l'habileté de M. Gonéménos, pour qu'il se fît admettre par les habitants, sans avoir besoin de recourir aux six mille hommes de troupe que la Porte avait mis à sa disposition et qui furent bientôt renvoyés, sur la demande même du nouveau gouverneur, à l'exception de deux cents hommes , qui sont restés casernés à Vathy inférieur.

M. Conéménos s'empressa d'appliquer, delamanière la plus large et la plus libérale possible, le firman précédent et de remplir fidèlement la mission de conciliation et de paix dont il était chargé.

Il commença par convoquer l'assemblée générale des Samiens et déclara que tous seraient électeurs et tous éligibles, à l'exception, bien entendu, des cas prévus par la loi, et que l'élection serait à un seul degré. En cela il prit sur lui d'aller au delà du firman organique, qui avait décidé que l'élection serait à deux degrés, et plusieurs des primats de l'île s'en montrèrent mécontents ; mais l'immense majorité des habitants applaudit à cette mesure, qui coupait court à plus d'un abus. Remarquons que chaque habitant de l'île de Samps est

propriétaire et cultivateur. Tous ont un petit coin de terre et une maison qui leur appartiennent. Tous aussi peuvent comprendre plus ou moins les intérêts généraux d'une île qui ne renferme que quarante deux mille habitants et où les rouages de l'administration sont simples et peu compliqués.

îl n'y avait clone point de danger à accorder l'égalité politique à des insulaires tous possesseurs de quelque bien-fonds, et tous, par conséquent, intéressés à maintenir une constitution qui garantissait leurs droits. En outre, leur dispersion dans vingt-neuf bourgs différents, et leur nombre peu considérable, car quarante-deux mille habitants font environ dix mille électeurs, si on en défalque les femmes et les enfants, tout cela engagea M. Conéménos à concéder, d'une manière absolue et sans limites, ce qui n'avait été accordé qu'avec certaines restrictions dans le firman organique.

L'événement prouva qu'il n'avait pas été trop loin : car les élections se firent avec beaucoup de calme, et l'île n'eut point à se repentir des choix qui eurent lieu.

Les deux années suivantes amenèrent les mêmes résultats, et l'assemblée générale des Samiens, trois fois réunie depuis l'arrivée du gouverneur actuel1, se montra digne de son mandat : trois fois aussi elle déclara au nom du pays que le gouverneur avait bien mérité de ses administrés.

L'époque de la session est fixée ordinairement au

■1. Ceci a été écrit, il y a deux ans: aujourd'hui M. Coniménos n'est plus gouverneur de l'île.

mois de février; et l'endroit où l'assemblée est convoquée est Chora. Chaque commune paye les frais, du reste assez minimes, qu'occasionne, pendant un mois ou six semaines au plus, ce déplacement momentané à celui ou à ceux qui la représentent; nous avons vu en effet que les comopolis nomment deux députés.

Avant de se séparer, l'assemblée élit huit membres tirés de son sein, qu'elle propose au choix du gouvernement, afin qu'il en élève quatre au rang de sénateurs. Chacun d'eux doit appartenir à un district différent es, le représenter en l'absence de l'assemblée.

Le sénat, ainsi élu et constitué, forme le conseil permanent du gouverneur jusqu'à la session prochaine. Ses appointements sont fixés par un vote de l'assemblée et payés par le trésor public.

La justice exigeait un remaniement complet; car de graves désordres s'étaient enracinés dans cette malheureuse île, si longtemps en proie aux discordes intestines, et qui, en moins de quinze ans, avait changé seize fois de gouverneurs. M. Conéménos essaya d'y établir des tribunaux à l'instar des grandes nations de l'Europe. Ainsi il voulut créer un tribunal de première instance, un tribunal d'appel et une cour de cassation ou aréopage , et , se retirant à lui-même le droit de juger seul et directement certaines causes qui, auparavant, étaient tranchées par la volonté arbitraire du gouverneur, il resta uniquement président de l'aréopage.

Le tribunal de première instance se compose de cinq membres révocables et nommés par le gouverneur.

jugeant les causes civiles, commerciales et criminelles. Les parties plaident elles-mêmes ou sont défendues par un avocat.

Le tribunal d'appel n'a point encore été créé. Celui de cassation, sous le nom d'aréopage, consiste dans les quatre sénateurs, un procureur du gouverneur et un secrétaire, en tout sept membres, en y comprenant le gouverneur, qui le préside. Le procureur et le secrétaire n'ont pas le droit de voter. Ce tribunal casse ou ratifie les jugements précédents.

Le gouverneur a le droit de grâce.

Chaque commune est administrée par un démarque ou maire, aidé d'un conseil municipal. Le démarque peut arranger à l'amiable les petits différents qui s'élèvent entre les habitants de sa commune et juger les procès, quand il s'agit d'une somme qui ne dépasse pas 200 piastres, c'est-à-dire environ 44 francs de notre monnaie1.

Les dépenses des communes sont votées séparément par chacune d'elles; elles proposent deux démarques au choix du gouverneur; l'un des deux est nommé : il peut être révoqué. L'élection lui adjoint un conseil de deux membres, qui doivent être confirmés par l'autorité.

Le clergé se divise en clergé régulier et clergé séculier, et la religion professée est exclusivement la religion grecque. Je ne crois pas qu'il y ait dans toute l'île un seul catholique romain ou un seul protestant;

1. La'piastre' turque équivaut à peu près à 22 centimes de notre monnaie.

SUR LUE DE SAMOS. 297 cailles vice-consuls eux-mêmes sont grecs. En fait de musulmans, il n'y a absolument que les deux cents soldats turcs demeurant à Yathy; ils n'ont point de mosquée et remplissent les devoirs de leur culte dans les salles de leur caserne.

Le clergé régulier compte six monastères, dont j'ai déjà parlé, et plusieurs fermes, régies par dés moines. Excepté dans le monastère récemment fondé de l'Hagia-Trias, et dont l'hégoumène est à vie, dans les autres, le supérieur est élu, soit pour deux ans, soit même pour un temps plus limité; mais il peut être réélu indéfiniment. Les moines suivent la règle de saint Basile; toutefois, ils ne sont point astreints à la vie commune, du moins dans quatre de ces couvents; je les ai indiqués. Ils passent pour assez ignorants, et je n'ai trouvé nulle part chez eux de bibliothèque. Chaque hégoumène a le rang d'évêque et relève directement du patriarche de Gonstantinople.

A la différence du clergé régulier, qui est célibataire, le clergé séculier peut se marier. On sait, en effet, que, dans l'église grecque, les papas ne sont point soumis à la loi du célibat ; les évêques seuls et les moines y sont assujettis. Ils vivent tous de la piété des fidèles, et les frais du culte sont couverts par des quêtes et par des donations; en un mot, dans le budget général il n'y a point de budget spécial pour le clergé. L'Église est complètement indépendante de l'État. Les papas ne sont pas plus éclairés que les moines : beaucoup d'entre eux sont cultivateurs et ils n'ont guère le temps de s'instruire , ayant, en dehors

de leurs graves fonctions, une famille à élever et à nourrir.

Un évêque avait la haute direction du clergé de Samos. Rappelé par le patriarche de Constantinople, à cause du mécontentement qu'il avait excité contre lui, il n'a point encore été remplacé.

L'instruction publique, par suite de l'anarchie qui avait longtemps régné dans l'île , était fort négligée. Beaucoup de communes manquaient d'écoles, et les maîtres, mal payés, étaient quelquefois obligés de renoncer à une carrière dans laquelle plusieurs mouraient de faim. Actuellement, il y a à peine trois ou quatre villages qui n'aient point une école mutuelle, et 100,000 piastres sont affectées par an à l'entretien des écoles et aux émoluments des maîtres.

Cinq communes, Yathy inférieur, Mytilini, Yourliotes, Néon-Carlovassi et Marathro-Cambo ont à la fois une école mutuelle et une école dite hellénique, parce que l'on y enseigne aux élèves le grec ancien.

Les dépenses générales de l'île, sans compter les 100,000 piastres allouées à l'instruction publique, se montent par an à 800,000 piastres dont 400,000 sont envoyées à la Turquie pour acquitter le tribut qui lui est dû.

Afin de faire face à ces dépenses, un impôt est chaque année voté par l'assemblée générale, et il est perçu au moyen du système des dîmes et de la douane qui sont mises à l'enchère. Quand l'acheteur de la dîme est en contestation avec le propriétaire qu'il décime, la question est jugée par des arbitres; ces

SUR L'ILE DE SAMOS. 299 arbitres sont le démarque, un papas et deux autres habitants de la commune.

La douane consiste dans un droit de 6 °/0 prélevé sur toutes les importations et exportations.

En outre, l'administration perçoit environ 86,000 piastres par an sur le blé importé, à raison de 4 paras loque *. Ces 88,000 piastres sont consacrées aux écoles. Les couvents, de leur côté, sont obligés de fournir 14,000 piastres pour le même but, ce qui fait en tout les 100,000 piastres dont nous avons parlé.

Gomme les autres dépenses n'atteignent que le chiffre de 700,000 piastres et que cette année la dîme et la douane ont été achetées 900,000 piastres, il en résulte qu'il y aura dans la caisse publique un excédant de 100,000 piastres dont on pourra disposer pour des besoins urgents ou pour des travaux d'utilité publique.

Opposons maintenant à ces dépenses le tableau des revenus de l'île.

L'huile, dans les bonnes ( 700,000 oques.

années, produit environ, j 3,000,000 piastres.

y "il i ( 5,000,000 oques.

Le vin blanc et rouge. . . , ' ?

& { = 4,000,000 piastres.

Le raisin sec. .... ( 2,000,000 oques.

■ ';;.( — 1.500,000 piastres.

Les oignons . . j M00,000 oques,

' ' ' \ - 300,000 piastres.

L'anis pour le rakis. . . j 10'000 ociues-

\ --=■ 60,000 piastres.

Total en piastres. . . 8,860,000.

1. Une oque répond à peu près à notre kilo. Un para est la 40e partie d'une piastre, ou un peu plus d'un demi-centime, la piastre égalant 22 centimes.

L'île produisait en outre auparavant pour deux autres millions de piastres en caroubes, citrons et oranges; mais, depuis le funeste hiver de 1849, elle a perdu ce revenu.

Je ne compte pas non plus la soie ainsi que d'autres revenus moins importants.

Si donc la dîme était perçue exactement, elle rapporterait dans les bonnes années plus de 800,000 piastres,tandis qu'elle n'a été achetée qu'à raison de 400,000. Mais comme ce sont, en général, les communes ellesmêmes qui achètent cette dîme, elles se montrent accommodantes et faciles dans l'évaluation du dixième; et puis, quand l'année est mauvaise, le dixième des produits est bien loin d'atteindre le chiffre approximatif que j'ai indiqué.

L'huile de Samos est de moyenne qualité ; elle serait excellente, si elle était mieux préparée, et elle pourrait rivaliser, sans contredit, avec nos huiles fines de Provence.

Les vins sont en grande partie muscats et plutôt blancs que rouges. Loin de mériter les reproches qui jadis leur étaient adressés, comme nous Favonsvupar Strabon et par Apulée , ils sont , au contraire, maintenant renommés ajuste titre entre tous ceux de l'Archipel, et, s'ils ne sont point dignes d'être placés au premier, rang, ils peuvent occuper le second sans trop de désavantage. Très-liquoreux, ils le deviennent moins, quand on y mêle de la résine, et ensuite ils se conservent mieux, kussi , l'usage du vin résiné est-il trèscommun non seulement à Samos, mais dans presque

SUR LILE DE SAMOS. 301 toutes les îles de l'Archipel et dans la Grèce continentale.Pour obtenir cette résine, on fait une entaille assez profonde au bas de la tige des pins ; la résine, en découlant de l'arbre, s'amasse peu à peu dans ce petit réservoir qu'on lui a ménagé. On la recueille et on la mélange en quantité déterminée avec le vin qu'on veut résiner : il contracte alors un goût amer, qui d'abord répugne, mais que l'habitude finit par rendre agréable.

Les raisins secs, sans avoir la qualité et la réputation de ceux de Corinthe ou de Smyrne,sont cependant recherchés.

L'olivier et la vigne, voilà donc les deux grandes richesses de l'île de Samos. Les meilleures huiles viennent de Marathro-Carnbo et du versant occidental du Kerki; et les vins les plus estimés, des trois Caiiovassi, de Pyrgos et de la vallée de Palseo-Castro.

L'abondance de ce dernier produit est même la cause d'un défaut très-commun parmi les habitants; je veux dire l'ivrognerie, défaut qui est presque en honneur chez eux. Ils affectionnent aussi singulièrement le raids, espèce d'eau-de-vie, faite avec du marc de vin bouilli et de l'anis.

La garnison turque qui réside à Vathy inférieur et qui, par respect pour la loi du Khoran, s'interdit le vin, ne croit pas la violer en faisant un fréquent usage de rakis.

Le blé réussit peu, excepté dans quelques plaines. Les Samiens tirent de l'Anatolie celui dont ils ont besoin.

En fait d'animaux domestiques, l'île nourrit des

302 ÉTUDE bœufs, mais en petit nombre, des moulons, des chèvres, des ânes et des mulets. Ces derniers servent à tous les transports, et ils ont le pied extrêmement sûr. Les chevaux sont un luxe que se permettent fort peu d'habitants : d'ailleurs, la nature montagneuse du so' et l'escarpement ou le mauvais état de la plupart des routes les rendent peu utiles.

Les poules sont très-communes : elles errent de tous côtés au milieu des villages. On y voit aussi des pigeons et des pintades. Quant aux paons, jadis consacrés à J unon, et qui, suivant l'historien Sam i en Ménodote 1 et le poète Àntiphane, étaient originaires de Samos, ils ont entièrement disparu.

Parmi les animaux sauvages, je citerai les lièvres, les chacals et les sangliers.

Tourneforl et, après lui, Pocockeont prétendu qu'il passait de temps en temps dans l'île de Samos des tigres qui venaient d'Anatolie parle petit Bogaz : mais, malgré l'autorité de ces deux savants voyageurs, j'ai peine à croire que ce fait ait jamais eu lieu.

Les tourterelles, les pigeons sauvages, les bécasses, les bécassines et les grives y abondent : les perdrix surtout s'y rencontrent par bandes nombreuses; mais on n'y remarque plus la fameuse hirondelle blanche, dont il est question dans /Eli en et qui était aussi grosse qu'une perdrix. S'il faut ajouter foi à A ri s to te, cité par cet auteur ', quand, on lui piquait les yeux, elle

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