Saint Irénée, Contre les hérésies, 1, 111, ch. i et n
DE L'ILE DE PATMOS. 37 ment faux tout ce qui est renferme clans ce manuscrit, et je pense, en particulier, que, pour ce qui concerne la géographie de l'île de Patmos, il peut être intéressant et utile à consulter.
Avant de terminer celte analyse, je vais présenter la liste de tous les noms de lieux qui sont cités dans cet ouvrage comme se trouvant à Patmos :
1° Saint Jean débarque à Phora (f opa). Gg port doit être celui de La Scala, ainsi que je l'ai déjà dit plus haut, et l'ancienne capitale de l'île, ou du moins un de ses quartiers, probablement celui de la marine, portait le môme nom \
2° Endroit appelé Votryi (Borpvi). Il y avait sans doute quelques vignes (Borpvc, grappe, raisin).
3° Autre endroit nommé Lithovoli (AïOo&ôh).
Je les place l'un et l'autre au N. E. de la capitale, près du port de La Scala, Votryi étant actuellement Rouvali, et Lithovoli Pernera.
4° Gatapafsis (K<x-<xr.xv<jiç)9 lieu où l'apôtre compose son Évangile. Il faut le chercher sur la pente de la montagne de saint Jean, à un mille de l'ancienne capitale, sur le petit plateau de la grotte de l'Apocalypse,
Jusqu'à présent saint Jean n'a pas encore visité les bourgs, mais seulement les environs de la ville. Enuméraiion des bourgs parcourus par saint Jean.
i. Ce qui me ferait croire qu'un des quartiers seulement de la ville s'appelait Phora et que le nom de celle-ci était Patmos, c'est que la plupart des îles, de la mer /Egée avaient des capitales nommées comme elles.
1° Agrikia (Ay/ema),
A l'Ouest, et près du port de Gricou , j'ai remarqué sur une hauteur quelques débris anciens, qui me semblent devoir être les restes de ce bourg. La ressemblance des noms (Agrikia, Gricou) est frappante.
2° Autre bourg, mais dont l'auteur n'indique ni le nom ni la place : il dit seulement qu'il y avait un temple de Jupiter.
3° Myrrhinousa (Mu&ptvoO^a). Au N. 0. de l'île, dans un endroit appelé actuellement Myrsini, il y a quelques faibles ruines que je suppose être celles de Myrrhinousa : les deux noms sont les mêmes (u.-jorU, imppfon ou pypqivq, myrte).
4° Caro (Kaow), bourg qui, suivant le manuscrit, était à la distance de 13 bornes de Myrrhinousa («tto a-nu.zujyj Jr/arp^ov). Non loin du cap Geranos, à cette distance de Myrsini, on distingue, au milieu des broussailles, des débris épars qui ont pu appartenir à ce bourg.
5° Tykhi (T-J/^), petit village dont l'emplacement n'est pas marqué dans le manuscrit.
6° Proclos (Upoyloz). L'auteur se contente de dire que ce lieu était près de la mer.
7° Phygi (#vy*î}î position non indiquée.
Manuscrit de Nikitas, archevêque de Thessalonique, intitulé également : ïîsptoJot Oeoléyov.
La bibliothèque du monastère de Patmos possède un abrégé de l'ouvrage attribué à Prochore, par Nikitas, archevêque de Thessalonique. D'après ce manuscrit, saint Jean est exilé à Patmos par Adrien, et non par Domitien , ce qui est une grave erreur. Il aborde à Pthora et non à Phora ($Qopx).
L'histoire de Kynops est identique : quelques détails seuls varient.
Quand saint Jean est rappelé de l'exil, il compose, suivant Nikitas , son Évangile, et ensuite son Apocalypse. Dans le manuscrit précédent, il n'est nullement question de ce dernier ouvrage.
Puis il parcourt les bourgs de l'ile, et il retourne à Éphèse. Son séjour à Patmos avait duré quinze ans, erreur que j'ai déjà réfutée.
Le récit de sa mort, où sont reproduites les circonstances principales du récit original, y ajoute quelques nouveaux détails. Quand saint Jean a fait creuser sa tombe en sa présence, il y descend lui-même, et s'y couche tout vivant; puis il ordonne à ses disciples de rejeter la terre sur son corps. Ceux-ci hésitent longtemps; enfin, obéissant quoiqu'à regret à ses ordres formels, ils couvrent de terre ses pieds, et ensuile, après de nouvelles injonctions, le reste de son corps jusqu'au haut de sa poitrine; mais ils ne
veulent point se décider à en jeter sur sa tête, et il faut que le saint le leur commande avec autorité et à plusieurs reprises, pour qu'ils consentent à se prêter jusqu'au bout à ce cruel et douloureux ministère. Le lendemain ils retournent pour le voir, mais ils trouvent la fosse vide.
Je vais transcrire de ce manuscrit le passage dans lequel il est question de l'Apocalypse et de la grotte où cet ouvrage fut composé. Ce morceau tout entier est une adjonction au texte de l'autre manuscrit.
« E/OOVT£Ç OVV STCl tl GT.'f]laiQV ? 0 TiV àlTO OTjptSlWV rptwy
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« Étant donc arrivés à une grotte qui était à trois bornes de la^ville et où coulait une source, nous y de-
DE L'ILE DE PÀTMOS. 41 meurâmes dix jours. Jean resta sans nourriture, dans le silence et la prière : pour moi, j'allais à la ville, vers le soir, et je mangeais avec les frères. Le dixième jour, Jean lui-même désirait retourner à la ville, et, fléchissant le genou, il se mettait en prières, lorsqu'il entendit une voix qui lui dit : «Jean, Jean! » « Qu'y « a-t-il, Seigneur? » s'écri a-t-il . Le Seigneur lui répondit : « Demeure dans la caverne dix autres jours, de « grands et nombreux mystères te seront révélés. » Obéissant à cet ordre, Jean resta encore dix jours sans nourriture, et il tomba dans une grande extase, et il aperçut de grandes puissances et un ange du Seigneur qui lui indiquait ce que ses yeux voyaient et que ses oreilles entendaient. M'appelant de nouveau, il me dit : «Va à la ville, prends du papier et de « l'encre et reviens ici. » Je le fis; alors il m'ordonna d'écrire sur le papier toutes les paroles qui allaient sortir de sa bouche, et nous passâmes ainsi deux jours, lui parlant, et moi écrivant; puis nous reprîmes le chemin de la ville, et nous allâmes loger dans la maison de Sosipater. »
Nikitas place la g rote de l'Apocalypse à trois bornes de la ville. Si, par une borne, il entend un mille, il a exagéré la distance, car cette grotte est à 20 minutes à peine du port de La Scala, c'est-à-dire du port môme de l'ancienne ville. Il ajoute qu'elle renfermait une source. Cette source est tarie maintenant, mais la trace en est encore visible, et l'on dislingue très-nettement deux rigoles creusées dans le roc, qui servaient à l'écoulement des eaux.
Suval-apiVr/jç ou Vie des Saints.
Dans un ouvrage imprimé , intitulé le Yvvoclapivmç
TWV dw^sxa p]V<ov Gvyypy.QÛç imb MavpiyJov Ùlccy,6vov ttjç
y.zydl'nç ÈîfcH^cF.fof, et qui a été traduit en langue vulgaire par un moine du mont Athos nommé Nicodème , et publié à Venise, en 1819, se trouve, à l'article Saint Jean, une compilation faite d'après les deux précédents manuscrits. Ce résumé assez fidèle reproduit la plupart des faits qui y sont contenus. Le traducteur a ajouté au bas de chaque page quelques notes, dans lesquelles il se borne à discuter certains points de détails, en paraissant admettre comme vrai et authentique tout le fond du récit.