‹ Description de l'île de Patmos et de l'île de SamosChapitre 24 sur 116 · Voy. la carte de l'île, à la fin de ce travail · texte numérisé non relu

Voy. la carte de l'île, à la fin de ce travail

marbre blanc, sur laquelle repose maintenant la table sainte, et qui servait autrefois à supporter une petite statue. J'y ai lu, sur deux faces, l'inscription suivante, en fort beaux caractères :

EnAOPOAEITHS ERÂOPOÀEITOYNESSYP iOS

ÈitocypoddrriÇ Erîx(i>po3eizGV ISeivvpioç, SOUS-entendu avsÔyjx'sv OU ir.olr^z.

« Epaphrodite, fils d'Épaphrodite deNisyros, a consacré (ou bien a fait) cette statue. >»

Celte base est ionique; elle est carrée et superposée elle-même sur une autre de forme ronde, également de marbre et décorée d'une guirlande sculptée. Cette dernière est couverte tout entière d'une inscription ancienne, qu'il m'a été impossible de déchiffrer, tant les caractères en sont effacés. J'ai aperçu aussi, encastré dans l'un des murs, un fragment de chapiteau corinthien d'un travail excellent et d'un marbre très-fin.

En continuant à marcher vers le S. 0., on rencontre un ermitage à moitié ruiné, qui renferme une chapelle dite de V Annonciation, et où l'on voit plusieurs débris de marbres antiques. Cet ermitage domine un ravin profond autour duquel s'élèvent, de trois côtés, de gigantesques rochers qui, concentrant la chaleur et les rayons du soleil dans le bassin qu'ils enveloppent, ont fait donner à ce lieu le nom de Vrasta (Bpaora) ou de Brûlant ((3p*ç&>, bouillir).

DE L'ILE DE PATMOS. 87 Ce ravin communique à l'O. avec une vallée fertile appelée Jardin du Saint (&te>g zo-j Ôaîov). Les moines prétendent que saint Cbristodule le cultiva de ses propres mains. Cette vallée, arrosée par trois sources et traversée par un ruisseau, est comme une sorte d'oasis où le regard aime à se reposer, après avoir été attristé par la vue de montagnes arides ou couvertes seulement de chétifs arbustes et de maigres touffes de thym. Une vingtaine d orangers et de citronniers, des figuiers et quelques caroubiers y forment un bosquet connu sous le nom de Bosquet du Saint (Aao-o? toO OciVj). à l'une des extrémités est la célèbre fontaine qui, d'après les traditions du pays, jaillit du roc à la prière de saint Christodule. L'eau de cette source, que les habitants regardent comme sacrée, est renfermée sous une voûte dont les fondements remontent, dit— on, à l'époque du saint, mais dont la partie supérieure est plus moderne.

Dirigeons-nous maintenant vers le mont Saint-Hélie, le plus élevé de l'île, et dont la hauteur au-dessus de la mer est de 292 mètres. Avant d'en atteindre le sommet, on marche péniblement au milieu de blocs énormes de rochers affectant toutes sortes de formes et dans un désordre vraiment fantastique. On dirait qu'ils ont été entassés là par des mains de géants. Les uns sont debout et se dressent en pyramides, les autres sont horizontaux; ceux-ci creusés en caverne, ceux-là unis, et on croirait presque qu'ils ont été taillés. C'est au-dessus de cette enceinte pittoresque qu'ont été jetés, en 1763, les fondements du petit cou-

vent et de l'église de Saint-Hélie. Inaccessible de tous les autres côtés, ce monastère n'est facilementabordable que vers le S. 0. Du haut des terrasses, l'horizon est incomparable de majesté et d'étendue, et l'on s'arrache avec peine à un spectacle qui semble reculer les limites de l'imagination en agrandissant celles du regard.

A l'O. de la montagne Saint-Hélie, non loin du bord de la mer, la chapelle d'Hagia Paraskevi (Âyia Râpoccrxevri) présente dans ses soubassements plusieurs pierres dont la taille est antique.

On descend de là sur une plage couverte d'énormes galets arrondis par les vagues, et, à quelques mètres du rivage, on observe avec étonnement sur la surface bleue des flots une écume qui surnage sans cesse et qui provient du bouillonnement d'une source chaude sous-marine.

Quelques pas plus loin vers le S., la plage disparaît, et la montagne dite de Kynops ((3ouvo"toû Kvvoïtoç) s'avance presque verticalement dans la mer en cap gigantesque de. 290 mètres d'élévation. Horriblement escarpée vers l'O., elle offre à l'œil une masse tourmentée et confuse de rochers qui semblent menacer ruine, des précipices effrayants et des déchirements profonds. Célèbre dans le pays par les traditions qui s'y rattachent, elle inspire aux habitants une terreur mystérieuse. G'est-là, disent-ils, que résidait Kynops, le fameux magicien dont j'ai raconté l'histoire d'après le faux Prochore. Ils montrent encore deux cavernes qui lui servaient de retraite : l'une est presque au sommet de la montagne, vers le couchant; ii est très-

DE L'ILE DE PATMOS. 89 difficile d'y pénétrer, à cause de l'escarpement du roc, et d'ailleurs aucun habitant n'oserait y entrer; l'autre est une sorte de crevasse très-large vers le S. et au fond de laquelle les flots de la mer s'engouffrent et tourbillonnent avec fracas.

Cette montagne contient une grande quantité de laves et de pierres ferrugineuses, et l'on observe en beaucoup d'endroits la trace très-distincte de feux souterrains. Dans d'autres, le .terrain paraît avoir été fouillé par l'homme, et je crois que c'est là qu'il faut placer les anciennes mines de fer qui autrefois étaient, dit-on, exploitées dans l'île.

Au S. E. du mont Kynops est le grand port de Diacopti\ ainsi nommé parce qu'un isthme étroit le sépare du port de Gricou, situé derrière lui. Dans la carte anglaise de Graves, il est marqué sous le nom de Stavros (XraypoV, la Croix), sans doute à cause de la chapelle Sainte-Croix qui l'avoisine. Ce port trèslarge et ouvert vers l'O. est peu sur quand les vents soufflent de ce côté; mais il offre un abri excellent contre les autres vents. Son enceinte est bornée à rO. par le mont Kynops, au N. par un des rameaux du Saint-Hélie, à TE. par un isthme, et au S. E. par les monts dits Pakheia ( ou monts Épais , Uayjïa).

Devant le port est un étang salé, d'où les moines tiraient autrefois leur sel; aujourd'nui il est abandonné. Au centre de l'isthme, sur une colline qui porte la trace de constructions bysantines, est une chapelle

i. hiawirxoi, couper, séparer.

sous le vocable de Stavros (Y-xjg6z, Sainte-Croix). J'y ai trouvé un fragment de coionnette antique. Cet isthme conduit, au S., dans une presqu'île montagneuse et arrondie, entièrement inhabitée et fréquentée seulement par les bergers qui y mènent paître leurs troupeaux. Le mon! Prason, haut de 262 mètres, est le point culminant de la chaîne qui porte la dénomination générale de Pafcheia.

Au 8., à peu de distance du rivage, est un ilot appelé Prasonisi.

Au S. E., le cap Saint-Hélie, l'ancien cap Amazonium, avait probablement dû jadis ce dernier nom à quelque tradition fabuleuse concernant les amazones, tradition dont il n'est nulle part fait mention. Plutarque seulement nous raconte, dans ses Questions grecques^ qu'une armée d'amazones s'enfuit d'Éphèse à Samos, et que là, poursuivie et atteinte par le Dieu, elle fut taillée en pièces près du mont Phlius. Peutêtre quelques-unes d'entre elles, échappées à ce désastre, auront-elles, d'après la même tradition, cherché un asile à Patmos et laissé leur nom à un des caps de l'île.

L'isthme qui relie cette presqu'île au reste de l'île est bas et large à peine de 300 mètres; il s'étend entre le port Diacopti et celui de Gricou. Ce dernier, situé à l'E., est le plus vaste de l'île. Au centre, et au devant de ce port, s'élève une petite île inhabitée, appelée Tragonisi (ou île des Boucs), qui le protège contre

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