BULLES D'OR
Le monastère de Patmos possède dans ses archives plusieurs bulles d'or qui lui ont été accordées à différentes époques par les empereurs de Constantinople, et la dernière, en 1727, par un empereur d'Allemagne, Charles VI.
La plus intéressante, sans contredit, est la première ou bulle de fondation, octroyée par Alexis Comnène, en 1088 après J.-C, et dans laquelle cet empereur concède l'île de Patmos en toute propriété à saint Christodule. Il y énumère minutieusement tous les privilèges dont cette île jouira à l'avenir. Cette énumération, faite en style de notaire, et où, par conséquent, tout est spécifié, est fort curieuse, parce qu'elle nous montre combien lourdes et multipliées étaient les charges qui pesaient sur le monde byzantin, et dont cette bulle affranchit à tout jamais l'île et le monastère de Patmos. La rapacité et les exigences du fisc impérial ne pouvaient être mises à jour d'une manière plus complète et plus officielle.
Dans le Mémoire sur l'île de Patmos que j'ai eu l'honneur de présenter à l'Institut, il y a deux ans,
120 CATOLOGUE DES MANUSCRITS, j'avais donné le texte de cette bulle déjà publiée en 1841 par M. Ross. J'y avais joint celui de trois autres bulles, dont deux étaient inédites et que j'avais transcrites d'après les chartes originales. L'une est du même empereur Alexis Gomnène qui confirme et augmente les privilèges accordés précédemment par lui au monastère ; la seconde est de l'empereur Andronic Paléologue et date de 1329, et la troisième, beaucoup plus récente, est de l'empereur d'Allemagne Charles VI et ne remonte pas au delà de l'année 1727.
J'avais ajouté à cela le texte d'un codicile inédit du testament de saint Cristodule.
Mais , comme ces pièces et plusieurs autres encore que je n'avais point rapportées ont été depuis l'objet d'un Mémoire spécial de la part de M. Lebarbier, je crois inutile de les reproduire ici, attendu que ceux qui voudront les connaître devront consulter de préférence ce récent travail beaucoup plus complet que le mien et où elles sont accompagnées d'un savant commentaire et de notes précieuses.
Au moment où je rédigeais, il y a deux ans , les notes que j'avais recueillies sur l'île de Samos, pendant le séjour que j'y avais fait et où je me proposais d'en donner une étude à la fois historique et géographique, j'appris que l'ouvrage de M. Lacroix, sur les Iles de la Grèce, venait de paraître. Je me suis empressé de le consulter et de prendre connaissance de l'article qui concerne Samos. J'y ai trouvé résumés, avec beaucoup de netteté et d'exactitude, les faits principaux qui se rapportent à l'histoire de cette île, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'époque actuelle. Il serait donc téméraire et inutile, de ma part, de recommencer, après ce savant professeur, cette exposition historique, qui, pour être succincte et rapide, n'en est pas moins à peu près complète.
Quant à la partie géographique, et purement descriptive de cet article, elle m'a paru susceptible de nouveaux et plus amples développements. L'auteur, n'ayant point visité lui-même cette île, a dû se contenter de quelques détails empruntés à l'antiquité ou aux voyageurs modernes, détails parfois inexacts et
124 PRÉFACE, surtout très-insuffisants. Je vais tâcher de combler cette lacune ; car j'ai exploré en tout sens cette île intéressante , et j'en ai examiné avec soin jusqu'aux moindres localités.
Ici, qu'il me soit permis de remercier, tout d'abord, publiquement M. Conéménos , gouverneur grec de cette principauté \ qui, pendant tout le temps que je suis resté à Chora, m'a offert généreusement chez lui une bienveillante hospitalité, et qui ensuite m'a fourni tous les moyens nécessaires pour étudier et parcourir facilement le pays. C'est aussi, grâce à son extrême obligeance, grâce également à l'intelligent concours de son commandant militaire Alexis, que j'ai pu découvrir l'ancien aqueduc d'Eupalinus, dont la trace se trouvait à peu près perdue. Lui ayant, en effet, manifesté un jour le désir d'éclairer à ce sujet mes recherches par des fouilles, il s'empressa aussitôt de mettre à ma disposition plusieurs soldats et les condamnés criminels qui étaient en ce moment dans la prison de Chora. En raison de ces circonstances favorables, qui m'ont mis à même de visiter plus à fond et plus longtemps cette île que la plupart des voyageurs qui m'y ont précédé, j'ai la confiance que la description que je vais en donner sera moins incomplète et plus précise que celles qui ont été déjà publiées. Je les ai lues attentivement, du moins celles que j'ai pu me procurer et dont voici la liste. Vers 1656, Thévenot côtoya 2 les rivages occiden-