‹ Description de l'île de Patmos et de l'île de SamosChapitre 45 sur 116 · Athénée, 1. XIV, p · texte numérisé non relu

Athénée, 1. XIV, p

132 ÉTUDE sans doute, la guerre et les incendies les ravagèrent; mais, après la prise de Constantinople, l'île , ayant été complètement abandonnée par ses habitants, resta déserte pendant un siècle; alors les bois dont elle était parsemée s'étendirent et se multiplièrent, et, lorsqu'elle fut de nouveau colonisée , ils occupaient , suivant une ancienne tradition, d'immenses espaces de terrain. Actuellement, la plus grande partie en a été coupée ou arrachée pour faire place à la culture ou pour être exploitée par les habitants, et ce n'est plus que çà et là, sur les flancs de quelques montagnes, qu'on trouve des cyprès, des adrachnés, des thuyas, des chênes, mais surtout des pins qui forment comme le fond des forêts encore subsistantes.

Les arbustes les plus ordinaires sont les myrtes, les lentisques et les arbousiers, et, sur le bord ou au milieu du lit des torrents, les agnus-castus et les lauriers-roses. En outre, des touffes de thym et d'autres herbes odoriférantes ont pris racine de toutes parts, et semblent le revêtement naturel du sol que l'homme n'a point encore conquis.

De gros et vieux oliviers sont épars à travers la campagne, et dans certains endroits même, notamment dans la partie occidendale de File, ils sont fort abondants.

Dans plusieurs villages, principalement à Castania, on remarque des châtaigniers ; mais ces arbres sont aujourd'hui assez rares.

Je n'oublierai pas non plus de signaler quelques gigantesques platanes, les plus beaux arbres, sans com-

SUR L'ILE DE SAMOS 133 paraison, que j'aie vus dans l'île, parce qu'ils sont les plus respectés. Ils s'élèvent, en général, près des fontaines. C'est, en effet, comme on le sait, l'arbre hospitalier qui, en Grèce et dans toute l'Asie mineure, annonce de loin l'existence d'un^source; et il faut avoir voyagé pendant l'été, à travers ces contrées brûlantes , pour comprendre la joie qu'à cause de cela inspire sa vue et l'espèce d'affection dont il est l'objet. Et puis la grâce de son large feuillage , ses vastes rameaux, qui peuvent abriter sous leur ombre une caravane entière, et la majesté de son port, tout concourt à le rendre comme sacré et à protéger sa vieillesse contre les ravages de l'homme.

Si j'ajoute autour de Chora et de plusieurs autres villages des mûriers, des amandiers et des figuiers, j'aurai énuméré la plupart des arbres de l'île de Samos. Qu'on ne s'étonne point si je ne fais pas mention des orangers, des citronniers, des grenadiers et des caroubiers que d'autres voyageurs y avaient observés avant moi , car l'hiver de 1849 les a fait presque tous périr.

La culture principale de l'île est celle de l'olivier, mais surtout de la vigne. La vigne est basse et rampe à terre; elle n'est point soutenue par des échalas, comme cela se pratique dans une grande partie de la France, elle ne monte pas non plus aux arbres comme en certains endroits de l'Italie, mais elle s'élève à peine de trente-cinq à quarante centimètres au-dessus du sol. Du reste, le vin qu'on en récolte est excellent, il passe même pour un des meilleurs de l'Archipel; il paraît qu'autrefois il n'en était pas ainsi, car Strâbon

et Apulée s'accordent à déclarer que de leur temps la

vigne n'y réussissait point.

» ÈvTi d'ovy, evoivoc, dit Strabon l, xanrep evotvoveày twv yLvxlto vri(JMVj y.al zriç 'hndpov cj'/eàôv ri vnç irpoveypvç Tiaanç tovç àpiGTovç e^jppovffyjç oïvovç. »

Et Apulée2 s'exprime de la manière suivante : « Sa- « mos Icario in mari modica insula est.... ager fru- « menlo piger, aratro irritus, fecundior oliveto, nec « vinitori, nec olitori scaîpitur. »

Toutefois, il ne faudrait pas prendre à la lettre cette assertion; car la grande chaîne de l'Ampelos a dû probablement son nom aux vignes qui croissaient à ses pieds et sur ses flancs. Seulement, la réputation des vins de Samos était alors de beaucoup éclipsée par celle des vins dé Lesbos, de Chios, de Gos, ainsi que des montagnes de ITonie et de la Carie.

D'après ce que je viens de dire, on voit qu'il ne faut pas s'imaginer que Samos soit aussi nue et stérile qu'elle le paraît de loin, et, à mon sens, ce serait être fort injuste envers les îles de l'Archipel que de vouloir les juger à première vue et d'une manière définitive, sans avoir abordé sur leurs côtes ; car, autrement, on serait tenté naturellement d'en tracer une peinture défavorable et non méritée. En effet, lorsqu'on traverse pour la première fois les flots de cette mer célèbre qui sépare la Grèce de l'Asie, on s'étonne d'abord delà stérilité apparente et quelquefois réelle de la plupart des îles dont elle est semée, et, comparant la nudité

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