‹ Description de l'île de Patmos et de l'île de SamosChapitre 47 sur 116 · Denys le Périégète, vers · texte numérisé non relu

Denys le Périégète, vers

% C'est le principal port de l'île de Samos.

autres, bordés d'arbres qui s'entrelacent et semés de lauriers-roses et d'agnus-castus, sont comme autant de fraîches oasis qui invitent le voyageur à s'arrêter ou qu'il salue avec joie en passant.

Samos est sous le même ciel que la partie méridionale de l'ancienne Ionie, et nous savons que l'ïonie a été de tout temps vantée pour la douceur et la beauté de son climat.

u 01 de ïooveç o'moi, dit Hérodote *, r&v y.al rb Ucxlmyiôv iarij rov [Av ovpocvov y.oà tcov wps'wv ev tco xaXAeoTw hvyyjxvov iâpv(7<x(j.evoi noAiocç îravrcov «vôpwirwv rcov nfAeïç

Quoique moins favorisée par la nature , cette île participe cependant aux avantages de cette heureuse contrée. Les hivers y sont tièdes et s'y font à peine sentir, excepté sur les hauts plateaux. L'Ampélos, malgré son élévation , se couvre rarement de neige ; le Kerki seul en blanchit quelquefois ses cimes. Dès le mois de février, les amandiers sont en fleurs et la vigne bourgeonne, et dans la partie méridionale de l'île surtout, qui est à l'abri des vents du N., la végétation est très-précoce. Dans la partie occidentale il pleut plus fréquemment que dans celle qui regarde l'Orient, à cause de la hauteur plus grande du Kerki, qui, dominant l'île entière et toutes les îles voisines, attire sans cesse vers son sommet, durant l'hiver, des nuages qui s'y concentrent et souvent éclatent. 11 n'éclaircit guère alors son front, presque toujours voilé,

t, Hérodote, 1. I, ch. cxui.

que lorsque souffle le vent du N., qui balaie et chasse vers les mers d'Afrique les nuées épaisses qui le couronnent. Cette chaîne et celle de l'Ànipélos réagissent nécessairement sur le climat de l'île et la rendent plus sujette aux pluies et aux orages que certaines parties correspondantes de l'Anatolie placée sous le même degré. Quand ces orages fondent sur l'île, il est difficile d'assister à un spectacle plus saisissant que celui qu'elle présente alors. Le tonnerre gronde avec fureur, et tous les échos des vallées et des montagnes se répondant, les mêmes coups sont répercutés cent fois et rebondissent du mont Kerki au mont Mycale qui s'élève à l'opposite sur la côte d'Asie et dont la cime, plus basse de quelques centaines de pieds que celle du Kerki, atteint cependant encore -une hauteur de 1375 mètres.

Les mois de janvier et de février amènent assez ordinairement des pluies abondantes, qui ressemblent par intervalle à de véritables avalanches, tant elles sont soudaines et impétueuses. Les ruisseaux se transforment aussitôt en torrents rapides, et des cascades multipliées tombent de roc en roc du haut des montagnes, dont elles ravinent et déchirent les flancs.

Si les hivers sont peu rigoureux à Samos, les étés y sont rafraîchis par des brises qui en tempèrent l'ardeur, et, comme la plupart des villages sont situés sur des hauteurs, quelques-uns même étant perchés comme des nids d'aigles sur des points très-élevés, les habitants n'y souffrent que médiocrement des chaleurs.

Il est clans l'île peu d'endroits insalubres et mal-

SUR L'ILE DE SAMOS. 139 sains, à l'exception toutefois de la plaine de Chora et de celle de Meso-Cambo , au milieu desquelles dorment des eaux stagnantes d'où s'exhalent, aux époques les plus chaudes de l'année, des miasmes funestes. Hors ces deux points, l'île ne mérite nullement l'anathème du voyageur allemand Bartholdy1, qui s'exprime ainsi au sujet des îles de l'Archipel : « Plusieurs de ces îles sont malsaines et empestées, nommément Samos et Milo, et, dans la première, principalement la plaine de Chora, comme dans la seconde, le rivage de la mer avec ses marais salans. »

Ce jugement est évidemment trop sévère, du moins en ce qui concerne Samos, car la plaine de Chora elle-même n'est insalubre que pendant trois mois de l'année, et la culture, en la rendant fertile, finira aussi par l'assainir, quand on aura redonné un cours vers la mer aux marais qui peu à peu s'y sont répandus et augmentés. Déjà même des travaux de dessèchement ont été entrepris par M. Conéménos.

Mais, à part cette plaine et celle de Meso-Cambo, dont l'insalubrité tient à la même cause et pourrait disparaître par les mêmes moyens, je ne vois pas la raison qui a fait prononcer si vite à ce voyageur une condamnation pareille. Au contraire, le climat est généralement sain, et, dans quelques villages même, la vie humaine dépasse parfois la limite ordinaire. Ainsi, à Spatharei , par exemple, il est mort, il y a peu d'années, une femme âgée de cent trente ans; j'ai

\. Bartholdy, Voyage en Grèce, 1. 1, p. 143.

causé moi-même, à Scoureika, avec un vieillard âgé de cent dix ans. Si l'on rencontre çà et là quelques lépreux, la terrible maladie qui les consume n'a nullement pour cause l'influence de l'air, mais elle est plutôt le résultat d'une nourriture indigeste, de l'usage immodéré du rakis et de la malpropreté dans laquelle vivent beaucoup d'habitants.

J'ai essayé de décrire d'une vue d'ensemble l'île de Samos; je vais entrer maintenant dans des détails plus précis et plus circonstanciés.

Page 1