Strabon, 1. XIV, ch. l
SUR I/ILE DE SAMOS. 147 la pointe de Mycale, le canal de 7 stades (le petit Bogaz).
<( Tô HoGeéàiov, àv.pa yi ttolovgoc Tipbç tyjv MuxaXvjv rôv mxa.G'CQtàiov i-opQuov. »
11 se trouvait à la droite de ceux qui naviguaient vers la ville.
<( Ev âzÇLOC p.èv OVV TïpOŒTïlÉoVO'L KpOÇ TY)V TTo'XtV £<7Tl TO
rioccc^tov. ))
Pour achever d'en déterminer la position , ce géographe ajoute qu'un temple de Neptune s'y élevait et qu'en face était la petite île Narthekis.
NapQrr/vtc.
Le cap Mycale, qui est la pointe la plus rapprochée de l'île Narthex, porte aujourd'hui, de même que cette île, le nom de Saint-Nicolas : La pointe opposée qui lui correspond le mieux dans l'île de Samos, et devant laquelle, par conséquent, s'élève ce même ilot, est celle qu'on appelle actuellement Psili-Hammos, ou, comme la plupart des habitants prononcent, Psili-Hammo ('^lA-h ay.y.oc, sable fin).
Or, ce dernier cap se trouve précisément à l'une des parties les plus étroites du petit Bogaz, du côté de Samos. C'est donc là, à mon avis, qu'il faut placer l'ancien cap de Neptune.
Il est bien vrai que, sur la pointe qui termine, à l'E., le port de Tigani, et qui, connue vulgairement sous le nom de Cavophonea (Kaêo<povea), est désignée dans la carte anglaise par celui de Gykora, on remarque quelques ruines, qui peuvent avoir été
celles d'un temple antique. Cette langue de terre, en effet, se compose de deux plateaux, dont l'un est supérieur à l'autre, et elle va ensuite s'effîlant et s'abaissant jusqu'à la mer par une pente assez douce. Ces deux plateaux sont environnés de petits murs en pierres sèches construits à la hâte par les Samiens dans la guerre de l'indépendance. Ils y placèrent alors des batteries de canons. Or, sur le plateau inférieur, on retrouve, sous les pierres amoncelées confusément à cefîe époque, les traces très-visibles d'une ancienne construction grecque : ce sont quelques vestiges de fondations circonscrivant une enceinte rectangulaire peu étendue, et, si un petit temple existait sur ce promontoire, il est permis d'en reconnaître là les restes; mais faut- il y voir ceux du temple de Neptune, dont nous parle Strabon? C'est ce que Téloignement de l'île Narthex, située beaucoup plus à l'E., et principalement la largeur du canal à cet endroit , largeur qui dépasse 6 kilomètres ou environ 33 stades, m'empêche d'admettre. Le promontoire Psili-Hammo, au contraire, est justement vis-à-vis cette île, vis-à-vis aussi le cap Mycale, et la largeur du canal en ce point est trois fois moindre. J'avouerai cependant que ce promontoire n'offre à l'investigation la plus attentive aucune trace de temple. Tout ce que j'y ai observé, c'est, au centre et sur la partie la plus élevée, les débris d'une petite lour antique de forme circulaire; les blocs avec lesquels elle a été construite semblent n'avoir été jamais complètement taillés; plusieurs même sont encore bruts. A l'extrémité existent, comme sur beaucoup
SUR L'ILE DE SAMOS. 149 d'autres points de l'île, les restes d'une tabia1 moderne, établie par les Samiens en 1821.
Là donc aucun vestige de l'ancien temple de Neptune ; mais cette position est celle qui s'accorde de la manière la plus naturelle et la plus exacte avec les indications fournies par Strabon.
Le lieutenant Brock, se fondant probablement sur ce que le promontoire qui forme, au S. E., la baie de Climax, se rapproche encore un peu plus de la côte d'Asie, et que là est l'endroit le plus resserré du détroit, a cru devoir y placer le Posidion de Strabon. Mais, outre que ce cap ne présente absolument d'autres ruines que les débris d'une tabia moderne, et que la différence, en moins, dans la largeur du détroit, est à peine de 200 mètres, l'île Narthex, qui doit nous servir en quelque sorte de point de repère pour fixer et déterminer la place de notre promontoire, ne se trouve plus en face, mais trop à l'O. Et puis ce lieu me paraît avoir été de tout temps désert, et je me demande pourquoi on aurait bâti un temple en l'honneur de Neptune au milieu de ces âpres rochers et loin de toute habitation humaine, tandis qu'à côté du promontoire Psili-Hammo j'ai découvert dans une vigne, près d'un étang salé, les restes d'un mur héllénique et de nombreux fragments de poterie, qui attestent qu'il devait y avoir là un petit village antique. Si l'gn m'objecte, contre la position que je propose, l'absence de
i. Le mot tabia, signifie, en Grec moderne, batterie de canons ou bien l'endroit où on la place. Il vient du mot Turc, tobji, ca nonnier.
ruines ayant appartenu à un temple, je répondrai que cette disparition, même absolue, d'un monument semblable, ne peut étonner ceux qui ont voyagé en Grèce ou en Asie mineure, et qui savent que d'autres édifices, infiniment plus considérables que ne Tétait ce temple de Neptune, n'ont laissé aucune trace, et qu'à Éphèse, par exemple, l'un des plus célèbres et des plus vastes temples du monde païen, celui de Diane, n'offre plus le moindre vestige reconnaissable. Sans sortir de Samos, le fameux temple consacré à Junon, et qu'Hérodote cite au nombre des plus grands qu'il ait vus, ne conserve plus aujourd'hui qu'une seule colonne, et encore même n'est-elle point entière. On n'ignore pas, en effet, que la plupart des anciens temples, soit des îles de l'Archipel, soit de l'Analolie, ont vu leurs dépouilles transportées à Gonstantinople ou dans les autres villes principales de l'empire bysantin, et puis de l'empire turc, pour orner d'abord les églises chrétiennes et ensuite les mosquées mahométanes. Ne soyons donc pas surpris si ce temple de Neptune, situé sur un promontoire et près d'une baie, d'où l'on pouvait facilement en emporter les matériaux, et bâti d'ailleurs dans des dimensions beaucoup moins colossales que ceux de Diane et de Junon, a été, comme ces derniers monuments, enlevé pièce à pièce, et s'il échappe actuellement aux recherches de ceux qui essaient d'en retrouver l'emplacement.
Les deux autres promontoires de l'île mentionnés par Straboh sont le promontoire Ampélos et le promontoire Cantharion.
« KxIeÏtou 1 [J.ev ovv y.ou aypoc rtq* Apmre/oç (3X£7rou<7a 7T&)ç npbq rb r/jç îxaptaç Apsiravov.
« Un des promontoires de Samos, qui regarde indirectement le promontoire Drepanon d'Icaria, s'appelle Ampélos. )>
Qu'on fasse attention au mot 7twç; car on verra tout à l'heure qu'il va nous servir à trancher une difficulté. Le même auteur nous dit, trois pages plus loin2 :
<< H âe aytpa (rb Apaxavov) àdyzi irtq Sapuwv <xxpaç rr,ç KavQocpLOv y.alovy.Évnq ôydo'/ixovTa trradiovç, onep eerrcv
« Le promontoire Dracanon est distant du promontoire de Samos, appelé Gantharion, de 80 stades, ce qui est le trajet le plus court entre ces deux îles. »
Il serait possible de croire, au premier abord, que Strabon distingue, dans l'île d'Icaria, deux caps différents, tous deux tournés vers Samos, l'un appelé Drepanon et l'autre Dracanon; mais, comme cette île ne lui en présente, en réalité, qu'un seul, il faut admettre nécessairement l'identité de ces deux caps. Cette identité une fois reconnue, nous n'avons plus cle doute sur le nom que nous devons donner à la pointe cle Samos qui s'en rapproche le plus, et qui regarde en face et directement l'île d'Icaria. C'est le cap appelé aujourd'hui cap Kalabacte, et qui est désigné dans la carte anglaise par le nom de cap Catavasis (Karaêao-ic), ou la Descente. Là est évidemment l'ancien Gantharion. Où faut-il placer maintenant le cap Ampélos?