Polyœn., Stratag., 1. I, eh. xxui
SUR L'ILE DE SAMOS. 199 parts et les tours, dont quelques parties subsistent encore, portent l'empreinte d'un art déjà perfectionné, et les belles ruines de la forteresse d'Eleuthères, sur les confins cle la Béotie et de l'Attique, sont loin d'être plus remarquables. Il faut croire que, si des fortifications primitives et plus grossières avaient précédé celles-là, elles ont été détruites ou remaniées par Polycrate, pour devenir plus uniformes et d'un aspect plus régulier et plus élégant.
C'est également à Polycrate que j'attribue les remparts de la grande acropole, dont la construction est identique à celle de cette forteresse.
Un fait qui me paraît digne d'observation, c'est que la ligne occidentale des murs, c'est-à-dire celle qui s'éloigne le plus de l'ancienne Astypalsea, et qui, par conséquent, n'a dû être reportée si avant qu'à une époque où la petite cité des Lélèges, concentrée d'abord vers TE. autour du port, s'étendit ensuite de plus en plus vers l'O., est cependant celle dont les blocs offrent la régularité la moins parfaite et qui, parie caractère de leur construction, en partie polygonale, et par les dimensions énormes de ses matériaux, se rapprochent davantage du système cyclopéen on pélasgique. C'est là, à mon sens, une des raisons les plus décisives en faveur de l'opinion que j'ai émise, à savoir que le système rectangulaire, une fois mis en usage, n'a pas fait disparaître complètement le système polygonal qu'il remplaçait; car il m'est difficile d'admettre que cette partie des remparts, qui a dù être le plus souvent attaquée, détruite et relevée, puisqu'elle regarde la
plaine, et qui, en outre, ne délimitait certainement point la ville primitive, dont l'extension ne pouvait être si grande, soit, néanmoins, la plus ancienne de toutes.
Les tours qui flanquaient cette ligne occidentale ont été complètement rasées , à l'exception de la tour supérieure que j'ai décrite, et qui, du reste, est un peu plus à l'O. et formait un poste avancé de défense. Sur la pente de la montagne, l'emplacement d'une grande porte est encore bien marquée; plus bas, une autre porte donnait aussi, de ce même côté, entrée dans la ville, et enfin, à l'angle S. 0., on remarque de belles ruines, consistant dans quatre piliers gigantesques, regardant le S. et la mer, et, chose singulière, inégalement espacés entre eux. Carrés à leur base, ils se courbaient ensuite à leur sommet, qui est à moitié démoli.
M. Ross se demande si ce ne seraient [as là les débris de la tour avoisinant la mer que mentionne Hérodote dans son livre III , ch. liv.
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C'est, à mon avis, une supposition erronée, car ces piliers présentent tous les caractères d'une reconstruction romaine avec des matériaux grecs, et, en second lieUj il m'est impossible de voir les restes d'une tour dans ces ruines, que je regarde plutôt comme ayant appartenu à des espèces de propylées, par lesquels on pénétrait dans un vaste édifice rectangulaire, dont les fondements seuls se distinguent encore.
SUR L'ILE DE SAMOS. 201 La ligne méridionale du mur, celle qui longeait la mer jusqu'au port, et qui se rejoignait ainsi avec la ligne orientale, n'offre plus que des vestiges peu considérables. Au-dessus des fondations grecques se montrent, en certains endroits, des reconstructions romaines elles-mêmes détruites. En continuant à marcher vers l'E., on rencontre, le long de la plage, des voûtes romaines à moitié renversées et rangées les unes à côté des autres; elles me rappelaient celles que j'avais remarquées dans la province d'Alger, près du port de l'ancienne Tipasa : les unes et les autres ont servi très-probablement de remises pour les petits navires.
Le monticule peu élevé et arrondi qui vient ensuite, et dont j'ai déjà parlé, était jadis entouré d'un rempart. On en retrouve encore quelques traces qui semblent indiquer différentes époques, car la brique et le ciment romain y adhèrent ça et là à des assises inférieures qui sont helléniques. Aujourd'hui, cette colline, espèce de promontoire qui contribue à constituer avec la pointe plus allongée de Gavophonea le bassin de Tigani, est occupée en partie par un fort moderne qui date de 1821 et qui a été construit sous l'administration du principal chef de l'insurrection à cette époque, nommé Lycurgue. Environné d'un mur, il renferme un château, une église et plusieurs bastions avec créneaux et mâchicoulis. Ces constructions, qui n'ont jamais été achevées, ont été faites avec les matériaux antiques qui couvraient la colline. Ainsi, tambours de colonnes, architraves, linteaux de portes,
blocs de pierre et blocs de marbre ont été mêlés confusément dans ces bâtisses exécutées à la bâte, mais qui ne manquent pas cependant d'une certaine élégance. L'église surtout est fort gracieuse ; svelte et légère dans son architecture, elle serait devenue la plus belle de l'île, si on avait pu la terminer.
Après avoir décrit un demi-cercle autour de ce promontoire, le mur méridional reprenait sa direction vers l'E., jusqu'à ce qu'il eût atteint la ligne orientale.
Telle était cette vaste enceinte, dont les ruines peuvent rivaliser avec ce que l'antiquité nous a laissé de plus remarquable en ce genre. Qu'on relève par l'imagination ces murs épais et massifs avec leurs nombreuses tours, qu'on rétablisse aussi ces fossés qu'avaient creusés les prisonniers Lesbiens tombés au pouvoir de Polycrate, et l'on avouera qu'à l'abri de cette formidable ceinture de remparts les Samiens pouvaient être fiers de leur puissance et que Périclès, qui les réduisit à force d'habileté et de machines de guerre, eut le droit de se vanter que, tandis qu'Agamemnon avait mis dix ans entiers à prendre une ville barbare, lui, il avait conquis en neuf mois la cité la plus riche et la plus redoutable de l'ionie : et, ajoute Plutarque L, ce n'était pas sans fondement qu'il s'en glorifiait ; car, outre que cette guerre fut très-périlleuse et le succès longtemps disputé, peu s'en fallut, suivant Thucydide, que les Samiens ne fissent perdre à iUhènes l'empire de la mer.
i. Plutarque, Vie de Périclès, ch. xlih.
SUR L'ILE DE SAMOS. 203 Leur flotte, en effet, était considérable et leur port excellent. Actuellement, au contraire, il est peu sûr; car, depuis longtemps, il n'est plus protégé contre les vents du Midi par la digue qu'avait admirée Hérodote. Il est aussi beaucoup moins profond et moins étendu qu'autrefois, puisque le petit village de Tigani, c'està-dire les quinze à seize magasins qui le composent ont été bâtis sur une plage sablonneuse d'au moins 30 mètres de large qui jadis faisait partie de ce port. Le nom de Tigani 1 qu'il porte lui-même indique sa forme. Il se développe entre les deux promontoires que j'ai déjà mentionnés. L'un à l'E., appelé Gavophonea, s'allonge vers le S. de 800 mètres : l'autre à l'O., surnommé Kastri, à cause de la petite forteresse qu'on y a bâtie, n'a qu'un prolongement de 400 mètres. C'est à partir de l'extrémité de ce second promontoire que commençait le fameux môle que décrit Hérodote. Quand la mer est calme, il est facile de distinguer sous l'eau les restes de cette puissante jetée.
□ le se dirige du X. G. au S. E., et elle monte encore jusqu'à environ 2 mètres au-dessous de la surface. Il est probable qu'elle la dominait d'une hauteur de 3 mètres. C'est donc au moins 5 mètres d'élévation qui lui manquent. Les énormes assises qui en couronnaient la partie supérieure ont été renversées sans doute par le même conquérant qui démolit les remparts de la ville, et Fériclès abattit ainsi d'un seul coup la marine des Samiens. Des amas de blocs gisent au